Publié le 20 Juillet 2014

"Spinoza, en rédigeant son magistral Traité théologico-politique, ne se considère guère comme l'auteur des récits qu'il reprend. Il y découvre chaque fois un agencement collectif de gloses et de copistes impossibles à débrouiller. Toute sa thèse consiste précisément à récuser le statut d'auteur et de témoignage propre. La prophétie est pour Spinoza l'impersonnel du rêve, habitée de lieux et de légendes anonymes, complexes, dont l'énonciation ne relève d'aucun sujet, s'effaçant devant la montée presque géographique et historique des événements, visibles seulement par ce retrait de l'auteur."

de Quelqu'un

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Rédigé par Anthony Le Cazals

Publié le 7 Juillet 2014

Faute de pouvoir résumer de manière synthétique le livre de Thomas Piketty, en voici quelques extraits :

La principale force déstabilisatrice <du capitalisme> est lié au fait que le taux de rendement privé du capital (r) peut-être fortement et durablement plus élevé que le taux de croissance du revenu et de la production (g).

L'inégalité r > g implique que les patrimoines issus du passé se recapitalisent plus vite que le rythme de progression de la production et des salaires. Cette inégalité exprime une <tension> fondamentale; L'entrepreneur tend inévitablement à se transformer en rentier, et à dominer de plus en plus fortement ceux qui ne possèdent quel eur travail. Une fois constitué, le capital se reproduit tout seul, plus vite que ne s'accroît la production Le passé dévore l'avenir.

Au XXe siècle ce sont les guerres qui ont fait table rase du passé et qui ont fortement réduit le rendement du capital, donnant ainsi l'illusion d'un dépassement structurel du capitalisme et de cette <tension> fondamentale.

L'expérience historique indique en outre que des inégalités de fortune aussi démesurées n'ont pas grand chose à voir avec l'esprit d'entreprise, et ne sont d'aucune utilité pour la croissance" _942-944. On pensera au plan malthusien de réduction de la population mondiale à 2 milliards pour que l'oligarchie conserve ses droits, qui n'est pas seulement un fantasme, mais l'aspiration de qui est déconnecté de la jubilation de la création.

Piketty donne par ailleurs une vision assez intéressante de la Révolution française, celle donc Kafka se permettait de dire :

Pour Piketty, "L'incapacité de la monarchie française à moderniser ses impôts et à mettre fin aux privilèges fiscaux de la noblesse est bien connue, de même que l'issue révolutionnaire finale, avec la convocation en 1789 des états généraux, qui débouche sur la mise en place d'un nouveau régime fiscal dès 1790-1791 (avec notamment la taxe foncière mettant à contribution l'ensemble des propriétaires terriens et des droits de succession frappant l'ensemble des patrimoines) et sur la " banqueroutes des deux tiers" en 1797 [... ] qui permet de solder les compte de l'Ancien Régime.

Piketty en profite pour tordre le cou à certains présupposé,s notamment sur l'inflation _724-729, celle-ci ne réduit pas le rendement moyen du capital, freinant l'accumulation du capital par les rentiers mais elle le redistribue ; redistribution qui " se fait plutôt au détriment des patrimoines les plus faibles et au bénéfices des plus élevés ". _728

> tension est mis pour "contradiction logique"

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Rédigé par Anthony Le Cazals

Publié le 7 Juillet 2014

Bon il semble que les événements ne vous donnent pas raison. Comment se fait-il que la plupart des séparatistes soient des "Tchétchènes" : »Nowadays, the Ukraine is full of rumors that Chechens have arrived to support the Donetsk and Lugansk republics. To my knowlege this has not happened (yet?) [...] But I would not put it past Kadyrov to send in Chechen special forces as "volunteers" into the Donbass if things get really ugly there. Of course, the key thing would be to get Putin's go ahead for such a move.» mais aussi : www.rfi.fr/europe/20140531-est-ukraine-plonge-anarchie/ ... Etrange que le chef des séparatiste de Slaviansk soit un moscovite.µ
Dommage aussi que Sapir empire sur la fin de sa carrière. Ca peut arriver à tout le monde.
C'est vrai quoi, il faut aussi libérer les Ukrainiens russophones de Kiev, si on suit la logique de Poutine, précisément ceux qui lui font un grand doigt d'honneur, de même que les russophone d'Odessa sur qui on a tiré volontairement depuis les toits en mai (ville paisible sous tous rapports qui se moque de sa capitale).
Vous pourrez faire un billet sur les membres des ex-blackwater en Ukraine, mais ne pas faire l'inverse c'est dire combien Poutine serait bête. Comme de dire combien il rabaisse ses partenaires. Comparez tout au moins la situation en Ukraine et en Pologne sur les 20 dernières : cela semble parlant. Poutine a maintenu la tête de l'Ukraine par terre et à présent lui a foutu une arme sur la tempe. La plus sage décision fut la création d'une télévision russophone par la télévision tchèque, fait majeur si on connaît un tant soit peu les intérieurs et les salles de sejours ukrainiens.

Quand vous commencerez à faire quelque chose de sérieux sur l’Ukraine comme de mettre les pieds au milieu de sa diversité, vous nous ferez signe.

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Rédigé par Anthony Le Cazals

Publié le 12 Mars 2014

Le dérangeur et le clandestin.


Il y a deux postures qui peuvent être adoptées face à l'institution. Nous parlons ici de l’institution philosophique académique et pas seulement. Celle du dérangeur et celle du clandestin.


La première consiste à se brûler un peu les doigts pour vérifier seulement que c'est chaud. Dès lors que vous prenez votre envol, il faut peut-être savoir claquer la porte, geste paradoxal si l'on pense à Pierre Boulez qui était homme d'institution, en retour, mais n'a pas hésiter à se brouiller avec ses maîtres. Au final, le gens saisi par l'interminable de l'institution, ce que n'est pas exactement une entreprise qui périclite dès lors qu'elle est innovante sans entrepreneur qui indique le sillon à tracer, qui pioche dans les innovations.
La seconde posture tient du "prodeo larvatus", adopté par toutes les personnes qui se sont fait un nom, comme Descartes ou Heidegger, qui a attendu d'être en poste pour dire qu'il pensait n'en déplaise à Husserl. Cette posture permet de se prémunir des retour un peu corrosif, car les gens n'aime pas que vous indiquiez des positivités au-delà de leur propre négativité ou routine. Il y a fort heureusement des gens à l'affût de la nouveauté, qui ont une nécessité compulsive à s'abreuver de nouveauté.
[lire la suite]

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Publié le 1 Mars 2014


Ukraine : comprendre les origines de la crise en 5 minutes par lemondefr

 

Voici la vision de la télévision russe on peut voir à la 51e minute la manière dont il confonde deux adjectif russes "russe de bationalité" et "russophone"

UKRAINE / Odessa is steady, I repeat, Odesa is steady.
Pépartition ethnique par région en Rouge les russes et en jaune les ukrainiens

Pépartition ethnique par région en Rouge les russes et en jaune les ukrainiens

La composition par nationalité de l'Ukraine (la colonne n-skye est pour les russes). Classement en partie débile puisque beaucoup d'!Ukrainiens sont de double origine et que beaucoup d'ukrainines parle le Russe comme langue maternelle (C'est la langue principale de Karkov, d'Odessa, de Donetsk, quand vous vous balader dans la rue)? Il y a même très peu de cours de russe c'est un peu comme si vous appreniez le patois (il n'y a pas de cours pour cela). Parfois même on en arrive à de drôles de situation où des ukrainiens russophone dans les pays baltes se sentent plus russes (beaucoup ont émigré là-bas sous Staline).

 

 

Ouverture géopolitiques

La bataille du dniepr : Kiev défie Moscou

Rapprochement Jeune Moldavie et Europe (en subversion de la dictature communiste). Déjà la Moldavie aspire pour sa jeune génération à fusionner avec la Roumanie et ainsi à intégrer l'union européenne (source France24).

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Rédigé par Anthony Le Cazals

Publié le 14 Février 2014

Je devrai errer seul...


Jacques Derrida

 Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Maurice de Gandillac, Pierre Klossowski, Jacques Derrida, Bernard Pautrat, au colloque Nietzsche, aujourd'hui ? Cerisy, 1972©archives Pontigny-Cerisy  (www.ccic-cerisy.asso.fr)

Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Maurice de Gandillac, Pierre Klossowski, Jacques Derrida, Bernard Pautrat, au colloque Nietzsche, aujourd'hui ? Cerisy, 1972©archives Pontigny-Cerisy (www.ccic-cerisy.asso.fr)

Trop à dire et je n'ai pas le coeur pour cela aujourd'hui. Il y a trop
à dire de ce qui nous est arrivé ici, de ce qui m'est arrivé à moi aussi, avec
la mort de Gilles Deleuze, avec une mort que nous avons crainte sans doute
(le sachant si malade), mais tout de même, avec cette mort ici (cette
Mort-ci) cette image inimaginable, dans son évenement, qui irait
approfondir toujours plus loin, si c'était possible, la douleur infinie d'un
autre événement.

Deleuze le penseur est, par dessus tout, le penseur de l'événement et
toujours de cet événement ici (cet évenement-ci). Il est resté le penseur de
l'événement du commencement jusqu'à la fin. J'ai relu ce
qu'il a dit de l'événement, déjà en 1969, dans un de ses livres les plus
célébrés, "la Logique de Sens". Il cite Joe Bousquet ("à mon inclination
pour la mort," a dit Bousquet, "qui était un échec de la volonté") ; puis il
continue : "de cette inclination à ce regret, il n'y a, dans un certain
respect, aucun changement sauf un changement de la
volonté, une sorte de saut sur place du corps entier
qui échange son organique devenir pour un spirituel devenir.
Maintenant, cela ne présume pas exactement de ce qui arrive, mais
quelque chose 'enquoi' - qui arrive -, quelque chose encore pour venir qui
serait compatible avec ce qui arrive, conformément aux lois d'une conformité
obscure, pleine d'humour : L'Événement. C'est dans ce sens que 'l'Amor
fatiis' fait un avec la lutte des hommes libres " (On devrait le citer sans
cesse).

Il y a trop pour dire, oui, selon le temps qui m'a été donné, avec plusieurs
de ma "génération", de partager avec Deleuze ; pour la bonne fortune,
j'avais pensé lui adresser des remerciements en pensant à lui.
Depuis le commencement tous ses livres (mais par dessus tout Nietzsche,
"Différence et Répétition", "La Logique de Sens") ont été pour moi non
seulement, bien sûr, des provocations à penser, mais chaque fois, la troublante,
la très troublante - si troublante - expérience d'une proximité ou d'une affinité presque
totales dans "les thèses" - s'il est possible de le dire - par des distances
trop évidentes dans ce que j'appellerais, faute de mieux, "le geste", "la
stratégie", "la façon" : d'écriture, de conversation, peut-être de lecture.
En ce qui concerne "les thèses" (mais le mot ne convient pas) et
particulièrement la thèse concernant une différence qui n'est pas
réductible à l'opposition dialectique, une
différence "plus profonde" qu'une contradiction (Différence et Répétition), une
différence dans l'affirmation joyeusement répétée ("oui, oui"), le fait
de tenir compte du simulacre, Deleuze reste sans doute malgré tant de
dissemblances, celui dont je me considérerai toujours le plus proche parmi
toute cette "génération". Je n'ai jamais ressenti "l'objection" la plus
légère surgir dans moi, même pas une virtuelle, contre n'importe lequel de
ses discours, même si je me suis fait une occasion de
bougonner contre telle ou telle proposition dans "L'Anti-oedipe" (je lui ai
parlé de cela un jour où nous revenions ensemble en voiture de l'Université Nanterre,
après une défense de thèse sur Spinoza), ou peut-être contre l'idée que la
philosophie consiste dans "la création" de concepts. Un jour, je voudrais
expliquer comment un tel accord sur "le contenu" philosophique n'exclut
jamais toutes ces différences qu'aujourd'hui encore je ne sais comment
nommer ou placer.(Deleuze avait accepté l'idée de publier, un jour, une
longue conversation improvisée entre nous sur ce sujet et ensuite nous avons dû
attendre, attendre trop longtemps.) Je sais seulement que ces différences
quittaient la pièce pour aucune autre raison que l'amitié entre
nous. À ma connaissance, aucune ombre, aucun signe n'a jamais indiqué le
contraire. Une telle chose est si rare dans le milieu qui était le nôtre que
je veux en faire note ici, à ce moment. Cette amitié ne s'est pas arrêtée
seulement (pour le dire autrement) du fait que nous ayons les mêmes ennemis.
Nous nous sommes vus peu, c'est vrai, particulièrement dans les années
dernières. Mais je peux toujours entendre le rire de sa voix, un peu rauque,
me dire tant de choses dont j'aime me souvenir au pied de la lettre : "Mes
voeux les meilleurs, tous mes voeux les meilleurs," m'a-t-il chuchoté avec
une ironie amicale l'été de 1955 dans la cour du Sorbonne, alors que j'étais
confronté à l'échec de mon examen d'agregation. Ou bien, avec la même
sollicitude des aînés : "il me fait de la peine de vous voir
dépenser tant de temps pour cette institution (le Collège International de
Philosophie). Je préférerais que vous ayez écrit..." Et ensuite, je me rappelle
les dix jours mémorables du colloque Nietzsche à Cerisy, en 1972 et puis plusieurs,
beaucoup d'autres moments passés qui font, et sans aucun doute aussi avec
Jean-Francois Lyotard (qui s'y trouvait également), que je me ressente tout à fait seul,
survivance et mélancolie aujourd'hu, dans ce qui est appelé par ce mot
épouvantable, et quelque peu faux, "une génération". Chaque mort est unique,
bien sûr et donc inhabituelle, mais que peut-on dire de l'inhabituel quand, De Barthes à
Althusser, de Foucault à Deleuze, elle se multiplie de cette façon dans la
même "génération", comme en série - et Deleuze était aussi le philosophe de
la singularité périodique - de toutes ces fins rares ?


Oui, tous aurons aimé la philosophie. Qui peut le nier ?
Mais, c'est vrai, (il l'a dit), Deleuze était, parmi sa "génération", celui
qui en a "fait /fabriqué" (faisait) le plus gaiement, le plus innocemment.
Il n'aurait pas aimé, je pense, le mot "le penseur" que j'ai utilisé plus haut.
Il aurait préféré "le philosophe." À cet égard, il a revendiqué d'être "le plus
innocent (le plus exempt de culpabilité) à pratiquer /fabriquer la philosophie" (Negociation).
C'était sans doute la condition de laisser une marque profonde sur la philosophie de
ce siècle, la marque qui restera son propre, incomparable. La marque
d'un grand philosophe et d'un grand professeur. L'historien de la
philosophie qui a continué une sorte d'élection configurative de sa généalogie propre (les
Stoiciens, Lucrèce, Spinoza, Hume, Kant, Nietzsche, Bergson, etc) était
aussi un inventeur de la philosophie qui ne se ferme jamais à quelque "royaume"
philosophique (il a écrit sur la peinture, le cinéma et la littérature,
Bacon, Lewis Carroll, Proust, Kafka, Melville, etc). Et
puis je veux dire précisément ici que j'ai aimé et admiré
sa voie - toujours irréprochable - de négociation avec l'image, les
journaux, la télévision, la scène publique et les transformations qu'elle a
subies au long des dix années passées. Économie et retraite vigilante. J'ai
éprouvé de la solidarité avec ce qu'il a fait et dit à cet égard, par
exemple dans un interview pour Liberation au moment de Mille Plateaux (dans la veine
de son pamphlet de 1977). Il a dit : "il faudrait savoir ce qui arrive actuellement
dans le royaume des livres. Pendant plusieurs années maintenant, nous avons
vécu une période de réaction dans chaque domaine. Il n'y a aucune raison de penser
que les livres doivent être épargnés de cette réaction.
Le peuple est dans le processus de ce qui élabore pour nous un espace
littéraire, aussi bien que des espaces juridiques, économiques et politiques,
qui sont complètement réactionnaires, préfabriqués et accablants/écrasants.
Il y a ici, je crois, une entreprise systématique que Liberation aurait du analyser.
"C'est" "bien pire qu'une censure," a-t-il ajouté, mais cette spériode de sécheresse
ne durera pas nécessairement." Peut-être, peut-être.

Comme Nietzsche et Artaud, comme Blanchot et d'autres admirations
partagées, Deleuze n'a jamais perdu de vue cette alliance entre la nécessité
et l'aléatoire, entre le chaos et l'inopportun. Quand j'écrivais sur Marx au
plus mauvais moment, il y a trois ans, j'ai été encouragé quand j'ai appris
qu'il planifiait d'en faire autant pour sa part. Et j'ai relu ce soir ce qu'il avait
dit en 1990 sur ce sujet : "... Felix Guattari et moi sommes toujours restés
des Marxistes, dans deux manières différentes peut-être, mais ensemble.
Nous ne pouvons croire d'une philosophie politique ce qui ne centrerait pas
autour de l'analyse de capitalisme et de ses événements. Ce qui nous intéresse
le plus est l'analyse du capitalisme comme un système immanent qui repousse
constamment ses propres limites et qui toujours les trouve de nouveau
à une plus grande échelle, parce que la limite est le capital lui-même. "


Je continuerai à recommencer pour lire Gilles Deleuze pour
apprendre et je devrai errer seul dans cette longue conversation que
nous étions supposés tenir ensemble. Ma première question, je pense,
aurait concerné Artaud, son interprétation "du corps sans organe," et le mot
"l'immanence" sur laquelle il insistait toujours, pour le faire ou lui laisser dire
quelque chose qui, sans doute nous reste encore secret. Et j'aurais essayé de
lui dire pourquoi sa pensée ne m'a jamais quitté, pendant
presque quarante ans. Comment pourrait-on faire ainsi dorénavant ?


Fast Trad
Louise D.

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I'll have to wander all alone...
By Jacques Derrida

Too much to say, and I don't have the heart for it today. There is too
much to say about what has happened to us here, about what has also happened
to me, with the death of Gilles Deleuze, with a death we no doubt feared
(knowing him to be so ill), but still, with this death here (cette mort-ci),
this unimaginable image, in the event, would deepen still further, if that
were possible, the infinite sorrow of another event. Deleuze the thinker is,
above all, the thinker of the event and always of this event here (cet
evenement-ci). He remained the thinker of the event from beginning to end. I
reread what he said of the event, already in 1969, in one of his most
celebrated books, The Logic of Sense. He cites Joe Bousquet ("To my
inclination for death," said Bousquet, "which was a failure of the will"),
then continues: "From this inclination to this longing there is, in a
certain respect, no change except a change of the will, a sort of leaping in
place (saut sur place) of the whole body which exchanges its organic will
for a spiritual will. It wills now not exactly what occurs, but something
inthat which occurs, something yet to come which would be consistent with
what occurs, in accordance with the laws of an obscure, humorous conformity:
the Event. It is in this sense that the Amor fatiis one with the struggle of
free men" (One would have to quote interminably).

There is too much to say, yes, about the time I was given, along with so
many others of my "generation," to share with Deleuze; about the good
fortune I had of thinking thanks to him, by thinking of him. Since the
beginning, all of his books (but first of all Nietzsche, Difference and
Repetition, The Logic of Sense) have been for me not only, of course,
provocations to think, but, each time, the unsettling, very unsettling
experience - so unsettling - of a proximity or a near total affinity in the
"theses" - if one may say this - through too evident distances in what I
would call, for want of anything better, "gesture," "strategy," "manner": of
writing, of speaking, perhaps of reading. As regards the "theses" (but the
word doesn't fit) and particularly the thesis concerning a difference that
is not reducible to dialectical opposition, a difference "more profound"
than a contradiction (Difference and Repetition), a difference in the
joyfully repeated affirmation ("yes, yes"), the taking into account of the
simulacrum, Deleuze remains no doubt, despite so many dissimilarities, the
one to whom I have always considered myself closest among all of this
"generation." I never felt the slightest "objection" arise in me, not even a
virtual one, against any of his discourse, even if I did on occasion happen
to grumble against this or that proposition in Anti-Oedipus(I told him about
it one day when we were coming back together by car from Nanterre
University, after a thesis defense on Spinoza) or perhaps against the idea
that philosophy consists in "creating" concepts. One day, I would like to
explain how such an agreement on philosophical "content" never excludes all
these differences that still today I don't know how to name or situate.
(Deleuze had accepted the idea of publishing, one day, a long improvised
conversation between us on this subject and then we had to wait, to wait too
long.) I only know that these differences left room for nothing but
friendship between us. To my knowledge, no shadow, no sign has ever
indicated the contrary. Such a thing is so rare in the milieu that was ours
that I wish to make note of it here at this moment. This friendship did not
stem solely from the (otherwise telling) fact that we have the same enemies.
We saw each other little, it is true, especially in the last years. But I
can still hear the laugh of his voice, a little hoarse, tell me so many
things that I love to remember down to the letter: "My best wishes, all my
best wishes," he whispered to me with a friendly irony the summer of 1955 in
the courtyard of the Sorbonne when I was in the middle of failing my
agregation exam. Or else, with the same solicitude of the elder: "It pains
me to see you spending so much time on that institution (le College
International de Philosophie). I would rather you wrote..." And then, I
recall the memorable ten days of the Nietzsche colloquium at Cerisy, in
1972, and then so many, many other moments that make me, no doubt along with
Jean-Francois Lyotard (who was also there), feel quite alone, surviving and
melancholy today in what is called with that terrible and somewhat false
word, a "generation." Each death is unique, of course, and therefore
unusual, but what can one say about the unusual when, from Barthes to
Althusser, from Foucault to Deleuze, it multiplies in this way in the same
"generation," as in a series - and Deleuze was also the philosopher of
serial singuarity - all these uncommon endings?

Yes, we will all have loved philosophy. Who can deny it? But, it's true,
(he said it), Deleuze was, of all those in his "generation," the one who
"did/made" (faisait) it the most gaily, the most innocently. He would not
have liked, I think, the word "thinker" that I used above. He would have
preferred "philosopher." In this respect, he claimed to be "the most
innocent (the most devoid of guilt) of making/doing philosophy"
(Negotiations). This was no doubt the condition for his having left a
profound mark on the philosophy of this century, the mark that will remain
his own, incomparable. The mark of a great philosopher and a great
professor. The historian of philosophy who proceeded with a sort of
configurational election of his own genealogy (the Stoics, Lucretius,
Spinoza, Hume, Kant, Nietzsche, Bergson, etc.) was also an inventor of
philosophy who never shut himself up in some philosophical "realm" (he wrote
on painting, the cinema, and literature, Bacon, Lewis Carroll, Proust,
Kafka, Melville, etc.). And then, and then I want to say precisely here that
I loved and admired his way -- always faultless -- of negotiating with the
image, the newspapers, television, the public scene and the transformations
that it has undergone over the course of the past ten years. Economy and
vigilant retreat. I felt solidarity with what he was doing and saying in
this respect, for example in an interview in Liberationat the time of the
publication of A Thousand Plateaus(in the vein of his 1977 pamphlet). He
said: "One should know what is currently happening in the realm of books.
For several years now, we've been living in a period of reaction in every
domain. There is no reason to think that books are to be spared from this
reaction. People are in the process of fabricating for us a literary space,
as well as judicial, economic, and political spaces, which are completely
reactionary, prefabricated, and overwhelming/crushing. There is here, I
believe, a systematic enterprise that Liberationshould have analyzed." This
is "much worse than a censorship," he added, but this dry spell will not
necessarily last." Perhaps, perhaps.

Like Nietzsche and Artaud, like Blanchot and other shared admirations,
Deleuze never lost sight of this alliance between necessity and the
aleatory, between chaos and the untimely. When I was writing on Marx at the
worst moment, three years ago, I took heart when I learned that he was
planning to do so as well. And I reread tonight what he said in 1990 on this
subject: "...Felix Guattari and I have always remained Marxists, in two
different manners perhaps, but both of us. It's that we don't believe in a
political philosophy that would not be centered around the analysis of
capitalism and its developments. What interests us the most is the analysis
of capitalism as an immanent system that constantly pushes back its proper
limits, and that always finds them again on a larger scale, because the
limit is Capital itself."

I will continue to begin again to read Gilles Deleuze in order to learn,
and I'll have to wander all alone in this long conversation that we were
supposed to have together. My first question, I think, would have concerned
Artaud, his interpretation of the "body without organ," and the word
"immanence" on which he always insisted, in order to make him or let him say
something that no doubt still remains secret to us. And I would have tried
to tell him why his thought has never left me, for nearly forty years. How
could it do so from now on?


Translated by David Kammerman

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Rédigé par Paris 8 philo