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Jeudi 8 mai 2008

Voici un intéressant article sur un livre d'Alexander Lowen disciple de Wilhelm Reich et fondateur de la bioénergétique.

Un extrait sur le  narcissisme

Le narcissisme dénote un trouble de la personnalité caractérisé par un investissement exagéré de l’image du Moi qui s’exerce aux dépens du Soi. Les personnalités narcissiques refusent les sentiments qui sont en contradiction avec l’apparence qu’ils cherchent à donner. Comme ils agissent au mépris de leurs sentiments, ils s’appuient sur la séduction et la manipulation pour acquérir le pouvoir et maîtriser les autres.

 


par Anthony
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Jeudi 24 avril 2008
Nous avions déjà vu le genre dans la pensée générique et le genre dit vernaculaire, parlons du genre hérité qui constitue un mode d'organisation, de la société comme de la pensée, chez les Grecs antiques. La lignée, la famille, le "genre hérité" se nommait genos chez les Grecs. On retrouve cela dans différents champs sémantiques comme gène, généalogie ou genérique. Pour les Grecs, rien n'existe en dehors du genre, de la famille ; Rien ne peut s'exprimer en dehors d'un genos d'où la menace d'ostracisme (de mise au ban de la citéà. Rien n'est réel pour les grecs s'il n'est marqué par l'appartenance à un Genos. Le Genre hérité est une forme d'éducation à la vérité, c'est le genre comme lignée que s'incrit la vérité. Ainsi se succèdent toujours trois générations, trois étapes, 1°) le principe obscure, 2°) son endurance de ce principe par la descendance, par la filiation et enfin 3°) l'enregistrement. Ce génos est donc lié à un régime de transmission et d'héritafe. C'est sur ce point que l'on peut dire que l'appartenance à un genre est symbolique. Et ce d'autant plus que cette appartenance était déposée dans un symbolon (anneau qui pouvait être cassé en deux pour marquer une dette symbolique d'une famille envers une autre et se transmettre de génération en génération). Pensons à l'anneau de Gygès ou à l'anneau de Polycrate. Que les deux moitiés d'un anneau rompu puissent se recoller et marqué ainsi l'authenticité d'un pacte, cela se retrouvera avec le genre dialectique où les genres s'excluent tout en se complétant comme Mouvement et Repos; Même et Autre ou encore Féminin et Masculin. Il en est ainsi de la vérité déposée dans les symboles ou les mythes. Platon en donnera une variante avec les genres de la dialectique.
par Anthony publié dans : La Cité grecque
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Mercredi 23 avril 2008

Discret, presque effacé, Pierre Hadot, ce penseur singulier, pourrait bien être, en un sens, un des hommes influents de notre époque. Il n’a pourtant rien modifié dans aucun des registres où nous parlons habituellement d’influence-politique, économie, finance, communication. Son action est plus subtile, mais sans doute pas moins décisive, sur le long terme. Car Pierre Hadot, depuis une quarantaine d’années, transforme en profondeur notre conception de la philosophie.

On lui doit, dans ce domaine, un changement de perspective radical. Les philosophes, selon lui, ne construisent pas des châteaux d’idées pour le plaisir de les contempler. Ils s’efforcent de les habiter pour sauver leur peau. Au lieu de concevoir la philosophie comme une activité purement théorique, il faudrait donc l’envisager comme une transformation de soi, un entraînement pratique, quotidien, régulier, conduisant vers la sagesse, ou seulement un peu moins de folie.

Ce professeur au Collège de France a d’abord fait comprendre que les philosophes de l’Antiquité grecque et romaine n’étaient pas avant toute chose des faiseurs de livres. En écrivant, ils travaillaient en fait à changer leur regard sur le monde, sur eux-mêmes et sur leurs sentiments, afin de modifier leur propre existence. Même leurs spéculations les plus abstraites (en physique, en métaphysique, en astronomie) étaient destinées à comprendre pour mieux agir, et non pas à connaître pour connaître. Jour après jour, ces chercheurs de sagesse s’appliquaient à des « exercices spirituels », entraînements destinés à faire entrer dans le quotidien les principes de leur doctrine.


Roger Pol-Droit
par Anthony publié dans : Pensées
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Mardi 22 avril 2008
Nous avions vu précédememnt que l'esprit persistait sous la forme résiduelle d'envies chez Nietzsche : il emploie par exemeple les expression "esprit de vengeance" ou d'"esprit de sérieux", nommer ces mêmes envies ou volontés. Nous savons aussi qu'il fait une critique sévère de l'Esprit dans un aphorisme du Gai Savoir, mais il demeure bien une sphère indépendante de la conscience pour Nietzsche qui demeure de l'ordre de la direction : c'est sphère est l'esprit qui est directement connecté à notre pouvoir de synthèse (qui pour Nietzsche marque les grandes philosophies). Qu'il soit possible de parler d'envie dans les premiers ou de direction pour cette sphère de la synthèse sans mentionner cette valeur illusoire et somme toute assez vague qu'est l'esprit, est de l'ordre d'un pari tout a fait tenable. La question qui demeure est celle de savoir si par direction, dans une philosophie sans but comme la philosophie tragique et non héroïque de Nietzsche hormis , on est bien sorti du registre de la gouvernance et de la connaissance. Le seul but que l'on pourrait attribuer à Nietzsche est l'idéal-type du surhomme, synthèse collective de l'artiste, du saint et du philosophe et leur dépassement. Nous donnons ici deux citations des Fragments Posthume de Nietzsche traitant de la "idrection" mais se relativisant l'une l'autre.

10[7] "La confiance stupide dans le cours des choses (vers le "mieux") ... la croyance qu'il suffit qu'il suffit que chacun fasse selon son devoir pour que tout aille bien - tout ceci n'a de sens que si l'on admet une direction des choses sub specie boni. ... 11[145] que l'on ne se méprenne pas sur le rôle de la "conscience" ; c'est notre relation avec le "monde extérieur" qui l'a développé. En revanche la direction, soit la surveillance et la prévoyance eu égard au jeu synthétique des fonctions corporelles, ne parvient pas à notre conscience ; pas plus que l'emmagasinement intellectuel : qu'il existe pour cela, une instance suprême on ne saurait en douter [...] "Plaisir", "déplaisir" sont autant de signes venus de cette sphère."

La direction sous l'espèce du Bien (du point de vue du Bien) n'est autre que la surveillance et la prévoyance dans un régime de gouvernance. Il y a donc toujours une aporie quant à savoir non ce qui entendu sous le terme d'esprit, mais de savoir si l'esprit existe au-delà de la sphère du Bein et du Mal.


A noter que les distinctions corps - âme (psychè-souffle) - esprit (noûs-pensée) se font en fait un peu différement. L'esprit qui est davantage l'hégémonique, c'est à dire ce qui domine le corps (hêgemonikon) n'existe pas dans la tripartition qui est courante chez les Grecs entre la splacma (les viscères, les entrailles, la partie basse du corps, celle des désirs), la Psychè (la respiration, le souffle) et la jointure des deux le phrein (ce qui correspondrait à la zone du diaphragme, le muscle juste en dessous des côtes). Si vous lisez une citation du style "le coeur fait partie des entrailles" (Napoléon le dit, per ex.), elle n'échappe pas à cette répartition, même si le coeur est au-dessus du diaphragme.
par Anthony Le Cazals publié dans : Pensées
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Dimanche 20 avril 2008
... Reste le rapport à la loi, la loi envisagée par Kafka nous est secrète : elle requiert toujours un avocat, un "intercesseur" qui à travers elle parle pour nous ("Fürsprecher"), comme les principes obscurs requiert un prophète. La question de la vérité n'est pas posée, mais celle ne l'est que dans le cadre de la moralité qui comme la loi vise à si'ncorporer dans les corps et à les soumettre. Pensons à la grande interrogation de Foucault sur les infâmes qui la refuse. Si l'on suit Kafka la loi est faite par les aristocrate, pour les aristocrates. Elle est faite par eux pour leur maintien. La loi n'est juste que si son application dissocie le délit du crime, le délinquant du criminel. Là se situe une démarcation que peut relver le tranchant philosophique. Reste la question de l'amende et de la punition : on amende un délit et on punit un crime, c'est là la vision de notre société. Mais bien souvent et c'est le cas de notre petite époque, on justifie l'incarcération des délinquants, qui souffrent de misère culturelle (plus que de pauvreté finiancière et d'indigence alimentaire), par quelques . Un exemple la future prison de Nantes ne contient que des maisons d'arrêt (peine non jugée, incarcération de monis de 2 ans), un centre de détention (peine de 2 à 10 ans de prison), tout cela en somme jusitifié par 28 places dans les quartiers dit de longue peine. 700 délinquants emprisonnés et plus encore sur dix ans, justifiés par seulement 28 criminels sérieux. L'incarcération des corps visant à en mutiler un temps l'énergie (le souffle et l'esprit qui lui donne sa direction) et qui touche là une dimension sociale ne vaut que . Foucault a toute sa vie rejeté la dimension sociale maintenue sous la forme de l'infamité et de la discipline des corps (voir ses invectives sur "il faut défendre la société"). Autre symptôme, il a nié l'existence du peuple, lui qui cherchait à entailler les corps comme le bistouri de son père plutôt que d'en subir les frais. Grande mélancolie du sujet chez Foucault : "Ce que tait le père s'exprime dans le fils. Et souvent le fils n'est que la folie démasquée de son père" (Nietzsche, Zarathoustra). La question du peuple revient là, car "La seule petite note claire dans cette vision troublée du présent, c'est de croire qu'un jour viendra où la tradition et son exploration, reprenant en quelque sorte leur souffle, mettront le point final où tout sera clair, où la Loi n'appartiendra qu'au peuple et où l'aristocratie disparaîtra (Kafka, A propos des lois). Faut il penser comme Hugo qu'une école vaille mieux d'une prison. C'est contre toute cette discipline que s'est érigé le scalpel de Foucualt. Avec foucault on touche à la question de la némésis médicale, de l'esprit de vengeance. Ce qui compte ce n'est pas qu'on ait commis un crime mais de savoir ce qu'on en fait, disiez-vous. On touche là à la question de la rédemption.
par Anthony Le Cazals publié dans : Pensées
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Samedi 19 avril 2008
« Il n’y a point de volonté : il y a des projets de volonté qui constamment augmente ou perdent de leur puissance » NzFP°XIII,11[73]. Du point de vue scientifique il n’y a point de « Volonté – c’est une hypothèse qui ne m’explique plus rien ». Sans doute recherche-t-on cette volonté quand on manque d’envie, d’ « esprit », de flamme, bref précisménet de ce que l’on prend pour de la « volonté » et qui est un effort sur soi.

En tout cas, on a tort de penser que la première philosophie dont la chimère fut la volonté était celle de Nietzsche, car on trouve le primat de la volonté chez Descartes dans l’indistinction qu’il fait entre entendement et volonté au moment d’énoncer la création des vérités éternelles. La critique de la volonté et de la liberté se jouera là chez Spinoza et Nietzsche reprendra cela sou la forme proverbiale : « volonté et intellect (ou, comme on dit, le cœur et la tête. Si l’intellect relève de la tête et la volonté du cœur alors peut-être, comme Socrate, Descartes était menacé d’un manque de volonté à son retour de la guerre et des atrocités, ce qui le faisait jouer aux apprentis idiots. Ce n’est que lorsque l’on comprend que la volonté est envie et esprit, que l’on comprend que la Raison n’est pas l’Esprit. Rappelons que pour Spinoza (Ethique III, 9) la volonté est l’effort pour persévérer dans son être, quand on le rapporte à l’esprit seul ; le désir serait ce même effort mais rapporter aussi au corps : c’est l’appétit avec la conscience de l’appétit. Ceci explique pourquoi les natures trop intellectuelles manque de l’illusion contenu sous le terme de volonté. Nietzsche faisait une philosophie de la volonté tournée vers la puissance.

Nietzsche sait par ailleurs que toute philosophie qui ne prône pas la chimère de la volonté est décadence, c’est-à-dire qu’elle produit son effet sur celui qui n’a pas encore compris qu’elle n’est qu’une chimère, une confusion entre l’élan du cœur et la tête raisonnée. Là Nietzsche use d’un mensonge pour éduquer son lecteur qui dans un premier temps fera la confusion cartésienne de la volonté et de l’intellect, quand c’est précisément l’intellect, qui parce qu’il nie le corps, manque de volonté. Donc il n’y a pas contrairement à ce qu’avance Heidegger de métaphysique de la volonté, juste une éducation par elle. Mais la métaphysique de la volonté existait non seulement chez Descartes mais aussi chez Kant et Schopenhauer, Nietzsche en fait la critique implacable, montrant en quoi la Volonté était Une au final (Gai Savoir § 99) et surtout fait remarquer que les Allemands se sont plus attardés sur leur « volonté » que sur leur capacité.


Précision pour indiquer que l'esprit ne se love pas dans le coeur, pour laisser les choses en suspsens : "J'aime les esprit libres lorsqu'ils sont également de libres coeurs. Pour moi, la tête est comme les entrailles du coeur. Ce que le coeur avale, la tête doit le digérer et en faire des pensées". 4[104] Cette ddernière citation montre bien qu'à parler de coeur on introduit des , car cela est bien mal connaîtres les systèmes nerveux sympathique et parasympathique. Chacun, coeur et cerveau, agissant sur l'autre.
par Le Cazals publié dans : Pensées
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Vendredi 18 avril 2008
Voici un extrait remanié du Cours de Mr Loraux du 18/04/08
La science est chez les Grecs comme chez Descartes l'opération de mettre ce qui est à l'abri du mouvement. Elle assure au réel (pensée) une transtemporalité. Mais pour cela il faut être à la source du mouvement et du non-mouvement [si l'on pose le second comme éternel]. Cette source est la physis. La physis, on la traduit par « nature » mais cela est mal traduit. Claudel, en traducteur averti, parle de poussement. Ce sont les latins qui ont traduit cela par nature et en ont fait la natura naturata et natura naturans .
par Anthony publié dans : Lexiques et notions
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Vendredi 18 avril 2008
/ La subjectivité est un problème moderne ou cartésien, les Grecs n'avaient aucuns mots pour dire notre intime (l'idée de conscience n'est apparue qu'avec Plotin, sous la forme de l'accompagnement de la procession des idées, de leurs « chute dans les corps », parakoloumeta), La subjectivité est taraudé par tous les problèmes c'est même sa définition, Comment alors se débarrasser du problème du Dedans et du Dehors ? C'est une grande affaire de la philosophie contemporaine. La subjectivité reste la non-appartenance de soi à soi, qui conduit à des expériences d'errance et de solitude. / (Ceci était pour le cours de Loraux à Paris 8 du 18/04/08). Vous ne pouvez pas vous atteindre et en même temps quelque chose s'échappe de vous, dont Aristote faisait l'une des trois instances du « sujet » avec le souffle et le corps à savoir l'ombre. Cet dimension sera beaucoup par un auteur africain comme Edga (cours de Douailler à Paris 8 du 17/04/08).
par Anthony publié dans : Lexiques et notions
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Vendredi 18 avril 2008
Nous voudrions faire ici un petit clin d'oeil à Sandra Laugier - comme elle est à la limite de le faire sur la photo -  pour son texte intitulé l'importance de l'importance (paru sur Multitudes)



Pour elle l'important n'est pas le geste par lequel on indique où doivent s'investir des efforts surhumains, (pour ne pas en rester aux activités humaines). Pour elle, "ce qui est important, c’est d’avoir une expérience (pas d’acquérir à partir de l’expérience)". Elle reprend cette conception au pragmaitisme d'Emerson et de William James. Ce qui fait que l'importance a là des tonalité empiriques
par Anthony publié dans : Autres
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Jeudi 17 avril 2008
La question de la liberté se résout assez rapidement : on réclame la liberté quand on a pas de capacité. A un ami qui lui faisait remarquer « toi et Deleuze, vous ne parlez jamais de liberté. c’est quoi pour toi la liberté ? », Guattari répondait « la liberté c’est qu’on ne nous fasse pas chier ». Et Nietzsche de faire dire à Périandre, le septième des Sages « Qu’est-ce que la liberté ? – Votre bonne conscience ». C’est bel et bien que la liberté est prisonnière d’une forme réactive qu’est la conscience, qu’elle en est le fruit et que l’on peut se demander pourquoi les pensées japonaises n’est produisent pas. Pensez au pauvre traducteur japonais de Descartes qui se trouve démuni de n’avoir de mot dans sa langue.

La question de la liberté collective est donc celle de la capacité que se donne une époque pour résoudre les problèmes qui l’assaillent, de la marge qu’elle se donne à elle-même pour se renouveler. C’est parce qu’une époque décline, que d’une part elle se fige sur ses lois morales et politiques et que d’autre part elle produit ses penseurs détachés et contemplatifs, mais cette phrase comme le grand mot de Liberté reste trop générale.
par Anthony publié dans : Pensées
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Mardi 15 avril 2008
Demain nous pubions une lettre aux professeurs du département de Paris 8.

Révolta kilomètre zéro ou la traversée du désert des derniers révolutionnaires. Dédicace à Alain Badiou

Revolta-Kilometre Zero LE FILM
envoyé par revoltakilometrezero
par Paris8philo publié dans : Cinéma Culture
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Lundi 14 avril 2008
Mathieu Kessler, Nietzsche ou le dépassement esthétique de la métaphysique, Paris, PUF (coll. « Thémis »), 1999, 312 p.
L’ouvrage fait suite à L’esthétique de Nietzsche publié dans la même collection l’année précédente. Dans ce nouvel ouvrage, c’est la question du dépassement de la métaphysique par l’esthétique qui préoccupe l’auteur. La mort de Dieu conduit au nihilisme (absence de toute valeur) puis aux doctrines de l’éternel retour et de la volonté de puissance (création de nouvelles valeurs). Tout commence donc avec le problème du nihilisme et l’entreprise nietzschéenne consiste à le surmonter en substituant le mot « esthétique » partout où l’on a employé le mot « métaphysique », autrement dit à « transvaluer » les valeurs métaphysiques en valeurs esthétiques. La pose nihiliste, c’est-à-dire le pessimisme de la sensibilité romantique qui prétend mener au suicide, exaspère Nietzsche qui qualifie cette attitude de psychologie de bas étage, car si elle conduisait inévitablement au suicide, alors il n’existerait plus aucun nihiliste ! Être vraiment nihiliste, c’est donc en un sens plus profond lutter contre lui tout en le maintenant pour le rendre philosophiquement indépassable. Antérieur à toute morale, l’art est une solution concrète et effective au problème du nihilisme : il existe « entre l’art et la philosophie [...] une inégalité fondamentale d’aptitude à surmonter le nihilisme [...], d’où l’importance extrême accordée par Nietzsche au paradigme artistique dans sa philosophie » (p. 16). La stratégie de Nietzsche consiste à emprunter aux artistes leur talent « déconcertant » dans la lutte contre le principe autocontradictoire Comptes rendus · 229 du nihilisme, allant même jusqu’à qualifier la philosophie d’intrinsèquement décadente, car elle présente la solution sous sa forme abstraite dans la pensée de l’amor fati, alors que l’art en est la forme concrète dans la vie. Nietzsche en devient clairement conscient lorsqu’il caractérise l’art comme le grand stimulant de la vie. Il existe, comme l’auteur l’a montré dans son ouvrage précédent, deux solutions au problème du nihilisme, qui correspondent aux deux grands axes de l’esthétique de Nietzsche : ou bien on retrouve une vision globale, par l’intermédiaire de la métaphysique, et on pratique une « métaphysique d’artiste » à l’exemple de la première esthétique de Nietzsche ; ou bien on modifie profondément la signification de la discipline esthétique, sans passer par l’étape problématique de la métaphysique, et on a recours à une « physiologie de l’art » (p. 25). Dans sa fonction la plus générale, l’art obéit à une logique apollinienne et la philosophie à une logique dionysiaque, mais lorsque l’esthétique s’élargit et acquiert une fonction morale, donc axiologique et non plus seulement logique, l’esthétique de Nietzsche fait place à un ensemble de perspectives incontestablement artistiques, puisqu’il n’y a pas de formes artistiques en dehors de celles créées par l’artiste, au point que « le monde lui-même est tout entier art ». De toute façon, l’option métaphysique ne surmonte pas entièrement le nihilisme, puisqu’elle continue d’adopter la pose pessimiste, et la stratégie physiologique se contente d’esquiver le problème. L’auteur montre que Nietzsche est avant tout un philosophe de l’art et que la doctrine de la volonté de puissance peut être en grande partie comprise comme une sorte d’esthétique, débordant par ailleurs largement ce que Nietzsche désigne péjorativement par « l’art des oeuvres d’art ». La compréhension de la fonction de la notion d’art donne une perspective privilégiée sur son oeuvre pour rendre compte de sa philosophie, de sa morale, de sa politique et même de sa religion. Il ne s’agit pas de réduire toutes les disciplines à l’esthétique, mais de montrer qu’elles doivent être considérées du point de vue de l’artiste pour être pleinement comprises, et qu’elles reposent sur des critères ou des principes physiologiques, c’est-à-dire esthétiques au sens le plus large. L’esthétique peut être considérée comme une éthique, puisque la vie est à la fois envisagée comme phénomène artistique (création d’oeuvres) et définie comme phénomène moral (création de soi). Il y a donc un fondement esthétique à l’éthique, et ce fondement est fourni par l’art. Et cependant l’art ne « supporte » pas la morale ; alors comment comprendre l’idée d’une esthétique conçue comme une éthique chez Nietzsche ? En effet, on ne peut dicter à la volonté de puissance, en tant qu’acte de création, un sens ou une valeur qui déterminerait à l’avance le but de l’art, car il ne suffit pas pour la morale d’appliquer au monde un a priori pour résoudre le problème du nihilisme. À une telle éthique de la généralité, Nietzsche oppose une éthique de la singularité : le sens ou la valeur de la vie ne peuvent être donnés selon lui à l’occasion d’une loi morale, d’abord parce que le sens n’est pas déjà présent, et ensuite parce que c’est la volonté de puissance qui détermine la valeur et non l’inverse. La volonté de puissance n’est pas une volonté « bonne » par opposition à une volonté « mauvaise » : elle surmonte le sens et la valeur et les maintient par-delà le nihilisme. L’inversion esthétique de la valeur de toutes les valeurs par laquelle Nietzsche veut surmonter le nihilisme et dépasser la métaphysique est expliquée par lui comme « un retour sur soi-même de l’humanité ». Le projet consiste à critiquer les fondements métaphysiques des anciennes valeurs et à en créer de nouvelles en fonction de critères ou de principes essentiellement esthétiques, quoique ce ne soit pas les valeurs elles-mêmes qui doivent d’abord changer mais la façon dont on procède à leur évaluation. Nietzsche accorde dans ce projet une attention particulière à la singularité (ou subjectivité) et au souci de soi comme mesures de l’éthique et de l’esthétique, ainsi qu’au goût comme critère du jugement esthétique et fondement de l’éthique. Il imagine « un art supérieur à l’art des oeuvres d’art » où le « goût moral », du point de vue de la subjectivité animée par un « souci de soi », tranche en faveur de telle morale, politique ou religion plutôt que telle autre, de tel critère de santé ou de civilité plutôt que tel autre. Tous les problèmes liés aux différentes pratiques et disciplines humaines se résorbent toujours, selon Nietzsche, dans une question de goût. La radicalité de Nietzsche en matière de morale tient au refus de l’universel au nom du singulier, et son originalité réside dans le caractère artistique de l’action morale : les jugements esthétiques fondent les jugements éthiques et la morale est réduite à l’esthétique. Nietzsche adopte un critère jusqu’alors considéré comme fondamentalement amoral : le goût. Puisque la vérité n’existe pas, seule l’esthétique — l’art de l’apparence — peut affirmer une valeur ou un sens dans la mesure où elle est singulière. Reposant sur la subjectivité, la valeur esthétique est fragile et mobilise toute l’énergie de l’individu, pour qui l’art a un pouvoir falsificateur. L’art conscient et spécifique se distingue d’un art inconscient et générique qui correspond à « l’art des oeuvres d’art » auquel Nietzsche n’accorde guère d’importance, car l’art véritable est la célébration de la vie — la fête — et non l’oeuvre. Le parallélisme de la praxis morale et de la poiesis artistique est ici souligné par l’auteur : l’artiste détermine ses propres valeurs comme si elles étaient absolues et universelles, même si elles sont relatives et singulières et qu’il n’est nullement dupe de leur origine. Chaque individu cherche à accroître la puissance de sa singularité, chacun est ainsi tour à tour maître et disciple dans la pratique d’une recherche de soi où il « devient lui-même ». L’inversion de la valeur de toutes les valeurs consiste à fonder la morale sur une singularité qui inspire un sentiment accru de joie et de puissance et incarne le type humain le plus réussi et le plus fort. Comme l’explique encore l’auteur, « il existe une éthique de l’esthétique, tout comme il existe une esthétique de l’éthique, sans aucune discontinuité réelle à partir du moment où l’art est pratiqué dans un rapport immédiat à la vie » (p. 102). La morale de Nietzsche valorise le risque en laissant la création de valeurs entre les mains de l’artiste plutôt que du philosophe. Le principe d’une éthique de la singularité suppose que le souci de soi (ou même l’égoïsme) soit le fondement de la moralité effective, puisque toute action est réductible à un processus dans lequel la volonté de puissance s’exerce au mépris de toute règle ; seul le « goût moral » est contraignant : il requiert le jugement et permet l’évaluation. Le principe suprême de cette éthique, dans le cadre de la doctrine de la volonté de puissance, est de « prendre joie à l’humanité ». La vraie moralité « est singulièrement déterminée par Nietzsche en tant qu’aristocrate créateur de valeurs entièrement positives » (p. 141). Bref, « le sens moral est un goût » et « la plupart des évaluations esthétiques sont plus fondamentales que les évaluations morales ». L’évolution du goût est déterminante sur le plan politique : des individus isolés, puissants et influents, expriment et imposent leurs goûts et leurs dégoûts parce qu’ils ont l’aptitude et le courage de se réclamer de leur propre nature. Dès lors, la physiologie engage l’esthétique, qui soutient à son tour la morale et la politique. Il convient toutefois de ne pas concevoir la doctrine de l’éternel retour du même et la pensée de l’amor fati qui l’accompagne comme des solutions purement morales au problème du nihilisme : un fondement physiologique de l’esthétique signifie aussi que « le style doit prouver que l’on croit à ses idées, et que l’on ne se contente pas seulement de les prouver, mais qu’on les ressent ». L’éternel retour est une expérience esthétique, un événement qui a été vécu, comme l’explique Nietzsche dans Ecce homo. Le style est un gage de la profondeur de la pensée exprimée ; c’est pourquoi le style de Nietzsche est si saisissant : la forme vaut pour le fond. L’auteur observe que « les idées étroitement liées d’éternel retour et d’amor fati ne procurent un sens au monde qu’à partir de la notion de singularité [...], idéalement représentée par l’oeuvre d’art [...] ; si on peut acquiescer à un seul instant de l’univers, alors la série complète du temps est justifiée ». Il en déduit que « seule l’oeuvre d’art fait apercevoir et comprendre le sens de l’éternel retour et de l’amor fati »(p. 156-157). Partout dans l’oeuvre de Nietzsche, on retrouve des fragments qui mettent en évidence la relation étroite entre la morale et la notion de goût que l’on peut définir comme une recherche de l’excellence et de la distinction, marquée d’un réel souci de soi. L’examen de ce lien offre la possibilité de substituer un nouveau fondement à la physiologie qui simplifierait autrement la morale de Nietzsche à un biologisme réducteur ou à une attaque futile contre le christianisme. La physiologie de l’art comme esthétique de la création repose sur une doctrine d’abord soucieuse de comprendre l’« état esthétique » défini par Nietzsche en termes de douleur et de plaisir, sur la base de conditions physiologiques telles que la sexualité, l’ivresse et la cruauté. La seule mesure de cet état est le goût, ultime fondement de la morale. Nietzsche crée une morale, une politique et une religion esthétiques et non l’inverse (une esthétique morale, politique ou religieuse), car « il n’y a pas de phénomènes moraux, mais seulement une interprétation morale de ces phénomènes ». L’interprétation elle-même est d’origine extra-morale : avant même de recevoir des déterminations physiologiques, les phénomènes et les concepts sont d’abord compris comme métaphoriques ou esthétiques. Les valeurs physiologiques sont donc redevables de critères esthétiques qui transfigurent l’expérience considérée dans un premier temps comme morale ou religieuse. La moralité et la religiosité doivent être surmontées par la méchanceté d’un surhomme désormais cruel et séducteur. Étant donné qu’il ne semble pas y avoir de la part de Nietzsche de tentative de définition ou de caractérisation des critères de distinction et d’excellence qui supportent la notion de goût, c’est à ces qualités de cruauté et de séduction qu’il faut sans doute s’en remettre. Le « goût moral » est naturel, alors que le devoir moral a été créé par des individus, comme les autres impératifs de la religion, de la politique ou de la société dans son ensemble. L’homme étant le seul artisan de ses valeurs, la conscience morale s’éteint à cause d’une exigence supérieure venue d’un goût aristocratique pour l’excellence et la distinction. Ainsi, Nietzsche ne s’oppose pas à la création de nouveaux dieux (« Et combien de dieux nouveaux sont encore possibles ! », écrira-t-il en 1888), mais ils ne doivent pas devenir des idoles ; autrement dit, l’homme doit rester conscient qu’il les a lui-même inventés à son image, en s’appuyant sur un goût prononcé et relevé pour la vie exaltée, jaillissante, frénétique. Est condamné ce qui nuit à la vie : la croyance en autre chose que la vie ou en un au-delà de la vie, et la morale ou la religion qui supporte cette croyance ; d’où l’intérêt esthétique que l’homme de goût porte à lui-même et à ce qu’il produit plutôt qu’à la croyance. La valeur des valeurs est en cause puisqu’il s’agit de choisir les valeurs qui favorisent la vie. La notion de « souci de soi » ou de « sculpture de soi » est le dernier mot de l’immoralisme de Nietzsche. Fondé sur un narcissisme raffiné, nuancé et intelligent, l’immoralisme est l’expression la plus forte et la plus probante de la volonté de puissance et de son égoïsme naturel. L’éthique n’a pas de fondement rationnel et objectif, mais personnel et subjectif. L’auteur observe en effet que « l’égoïsme narcissique, préconisé par Nietzsche comme l’adaptation esthétique de l’hypothèse de la volonté de puissance, est [...] le principe effectivement retenu par chaque morale. » (p. 196-197) Évidemment, tout individu ne peut arriver à faire reconnaître sa morale. Il s’opère donc tout naturellement une division entre deux morales : « une morale des maîtres affirme son narcissisme, sans répugnance aucune [...], et une morale des esclaves nie cette honteuse origine. » (p. 197) La première est une morale de l’authenticité, la deuxième une morale de l’inauthenticité ; la probité ou l’absence de probité trace ainsi une ligne de partage entre deux types moraux qui se sont côtoyés au cours de l’histoire de l’humanité. L’ouvrage de Mathieu Kessler, qui traite en outre de la politique et de la religion esthétiques de Nietzsche, est extrêmement fouillé et démontre une connaissance approfondie de l’oeuvre, y compris des fragments posthumes. Il est certainement, avec Patrick Wotling (Nietzsche et le problème de la civilisation, Paris, PUF, coll. « Questions », 1995), l’un des commentateurs les plus sûrs de la pensée de Nietzsche. PHILOSOPHIQUES 28/1 — Printemps 2001, p. Philosophiques / Printemps 2001
par Pasquier Lambert publié dans : Lectures
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Dimanche 13 avril 2008
Platon voit, dans le phèdre, la limite qui existe entre le muthos et le logos. Il conçoit la nécessité d'interroger cette double origine qui fait que la philosophie est dans le recherche du dénouement romanesque. Il s'attache à mettre en récit les vérités divines à la compréhension humaine, et à l'utilité de reconnaître le rôle de la philosophie non comme science du vrai, mais comme savoir de l'oubli. La philosophie exulte dans l'oubli, imposé par l'écriture, le logos se déploie dans l'architecture de la grammaire, car elle permet de rapporter ce qui est énoncer comme vrai à ce qui est tenu pour vrai. Notez le redéploiement de la langue écrite à partir de la philosophie fut un cas plus récent, (confère la logique de Port-Royal d'Arnault et les Méditations métaphysiques de Descartes); le muthos se pose en retrait, dans cet oubli, elle est la parole du  vagabond, qui n'a aucun étalon auquel se rapporter pour mesurer ce qu'elle est (d'où peut-être la méfiance de Platon au sujet de la poésie). La philosophie se délivre  fictivement car elle revient à concevoir la parole à celui qui n'a pas de lieu ; d'un point de vue politique, une langue n'a d'existence que lorsque elle tient une communauté sur un espace contrôlé, celui qui n'a que sa parole est identique au mythe du juif errant (paradoxalement le judaïsme avec l'islam sont les religions du Livre mais cela est une autre histoire) ; la parole n'a que l'origine de celui qui la prononce, qu'elle soit récitée ou proférer, sa parole n'a aucune utilité car sa quantité est négligeable, il "a" et "est" sa parole rien de plus.

Du centre à la périphérie, et de la périphérie au centre, tel est la leçon que je retiens de la philosophie avant qu'elle ne connaisse les affres de l'étatisation, soumise à n'être qu'un discours délivré dans des lieux où "nul n'entre s'il n'est mathématisé". Il est vrai que les conditions d'énonciation se tiennent dans la possibilité d'organiser un discours autour de la question de la vérité, vérité qui a pour fin toutes bonnes histoires, vérité qui a pour but de délivrer ou d'aliéner les individus de cette histoire. Vérité qui n'a pour tâche que d'être utile en se mesurant à la logique de la quantité subsumer en qualité.
Je m'égare dans mes références, mais ce qui est intéressant dans la philosophie, si je reprends un mot bien connu, c'est sa part maudite, ses liens avec la littérature qui commence  avec Platon lui-même, lorsque il montre l'impossibilité d'énoncer la vérité sans recours au récit, comme si l'esprit humain n'était aucunement préparer à comprendre l'abstraction de l'être. C'est aussi le cas de philosophie plus moderne, comme celle de Hegel, qui porte le génie de cette intuition entre le logos et le muthos, en intégrant au devenir de l'être le déroulement du récit historique. Si vous portez regard à toutes philosophies, vous verrez la part de la littérature. A mon avis, mais cela n'est qu'une simple intuition, ce qui pose la condition de la vérité comme lier à la condition de l'utilité, c'est bien que la philosophie se dédouble dans son régime avec la fonction narrative:"il est nécessaire de raconter de bonnes histoires". L'art romanesque (qui est une partie de la littérature) se terre dans les philosophies. Il s'agit de mettre en place une fiction, une fiction utile.
par Samy publié dans : Pensées
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Samedi 12 avril 2008
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Il y a toujours eu deux dimensions dans la philosophie du seul Deleuze, l'une subversive, l'autre formelle. Cette dernière est marquée par la contemplation qui en réalité traverse tous ces livres. Attardons l'un de ses premiers livres voyons en quoi cette double conception de la pensée est déjà en germe dans Nietzsche et la philosophie, noté DzNP et s’affirmera complètement dans le supureux Différence et répétition. Et menons un coup de butoir sur l'importance accordée à la contemplation qui n'est qu'un amoindrissement professoral de la vie. C'est que toute la philosophie de Deleuze est marquée par ce que l'on nomme une pensée de l'Ouvert ou du Dépli (que l'on retrouve chez les stoïciens, Spinoza et Bergson, mais difficilement chez Nietzsche et Héraclite qui eux vont au-delà de la lignée stoïcienne). Deleuze fait état de son parti pris pour une pensée de l'Ouvert c'est-à-dire de l'élévation à l'infini d'une substance dès le début de son Nietzsche et la philosophie

 

C'est pour cela qu'à la fin de sa vie Deleuze disait espérer avoir écrit des livres vitalistes, des livres chargés d'une vie active. Pourtant la vie de celui qui sans Guattari manquait de force, cette vie de grand Voyant (l'enfant qui selon Deleuze manquerait de capacité motrice), d'homme ayant subi une thoracotomie (amputation d'un poumon) reste marquée par une vie contemplative qui se laissait affecter, "embringuer" par ses rencontres successives d'où toute sa pensée ouvrière des signes qui n'est pas une pensée législatrice , mais demeure une métaphysique de la différence ou de la nouveauté.

 

 

Pourtant « Héraclite savait que le devenir ne peut pas « être jugé », qu’il ne peut pas l’être et n’a pas à l’être » _33, bref qu’il n’a pas d’être. Comme le dit Nietzsche, Héraclite a nié la dualité métaphysique des deux monde, l’un sensible et prétendument apparent, l’autre supra-sensible fait d’immortalité et de vérité : « il a nié l’être lui-même ». Mais Deleuze reste convaincu que’ « Héraclite a deux pensées, qui sont comme des chiffres : l’une [subversive] selon laquelle l’être n’est pas, tout est en devenir ; l’autre [formelle] selon laquelle l’être est l’être du devenir en tant que tel. Une pensée ouvrière qui affirme le devenir, une pensée contemplative qui affirme l’être du devenir » _27.

 Ouh là ! ne voyez-vous pas poindre avec ce « devenir en tant que tel » un des travers cher à nos philosophes académiques ou pandémiques. Tel est l’essentialisme ou l’idéalisme que Deleuze qui refusait le combat n’est parvenu à vaincre. Ce travers, cher à nos pandémistes, consiste à surinvestir, à surdéterminer (on dit aussi hypostasier ou substantifier) un terme. Certes cela extrait une idée, l’abstrait, la généralise mais cela aussi aggrave les problèmes et ne produits que des « esprits lourds et trop serein ». Ils sont touchés par la pandémie de l’Être qui pendant deux milles ans jusqu’à Heidegger et Deleuze toucha l’Occident, avait-on réellement mis de côté la question de l’Être ou ne nous prenions-nous les pieds dans le tapis métaphysiques depuis deux mille ans, poser la question revenant bruyamment à s’écarter de l’Être. Comme les philosophes métaphysiciens ont du mal à se débarrasser de leur petites habitudes morales gravées dans le bulbe rachidien, ils continue à parler de l’être même si ce concept est creux (inconsistant qu’ils disent. Dam bon diou !). Mais où y a-t-il de l’Etre, surtout ne faites pas votre philosophe analytique en me disant, que l’être est dans nos phrases, auquel cas je pourrai vous dire que votre racisme dénigre la pensée des japonais. Eux n’ont pas la « chance » d’avoir des phrase construite selon la grand-mère des lettres (la Grecque j’entends bien), la grammaire de l’être.

 

Que Deleuze ne remonte pas des stoïciens à Héraclite cela se comprend en ce qu’il rejette le principe du polémos (du combat et de la lutte) qui court chez Netzsche depuis les premiers textes sur la joute chez les Grecs jusqu’à la grande politique finale, qui non une guerre entre les peuples mais contre la décadence et le nihilisme. Deleuze s’entête : « on ne saurait trop insister sur le point suivant : combien les notions de lutte, de guerre, de rivalité… sont étrangère à Nietzsche et à sa conception de la volonté de puissance. Non pas qu’il nie l’existence de la lutte ; mais celle-ci ne lui paraît nullement créatrices de valeurs. … la lutte n’est pas le principe moteur ou le moteur de la hiérarchie, mais le moyen par lequel l’esclave renverse la hiérarchie. » _97

 

Deleuze à travers ses multiplicités actualisables, n’a pas porté jusqu’au bout la phrase de Bergson il reste prisonnier d’une métaphysique résurgente, pensée du Depli ou de l’Ouvert. Pas plus qu’une pensée de la différence franchira le pas du Surhomme, pas plus ce ne sera une pensée de l’excès (l’excédence de Paul Audi voulant se démarquer de la différence de Deleuze/Derrida/Lyotard/Dessanti). Un grand pas pour Deleuze un petit pas pour la surhumanité qui n’est que la constellation d’hommes libres, immoraux et puissants (tout cela en plusieurs personnalités). C’est que le jeu héraclitéen - Héraclite aimant à « contempler » le jeu de enfants (fragment ) - n’est pas la orgueil démesuré et au final coupable.
par Le Cazals publié dans : Pensées
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Mercredi 9 avril 2008
Troubler les idées reçues est un sport où Paul Veyne excelle. Qu'il s'intéresse aux jeux du cirque à Rome, aux formes de croyance des Grecs, aux poèmes de René Char ou à l'avènement du christianisme, cet historien inclassable, lecteur de Nietzsche, n'est pas seulement un savant à l'érudition éblouissante. C'est aussi un homme au verbe dru, au franc-parler volontiers provocateur, et fréquemment intempestif. On ne s'étonnera donc pas que le portrait qu'il trace de son ami Michel Foucault soit peu conventionnel.




Ils se sont rencontrés pour la première fois en 1954. Normalien rue d'Ulm, Veyne avait alors 24 ans. Foucault, lui, avait juste la trentaine, mais il était "caïman", c'est-à-dire répétiteur, et appartenait donc déjà, en dépit de la faible différence d'âge, au monde des maîtres. Longtemps, leurs séjours respectifs à l'étranger les ont tenus éloignés l'un de l'autre. Foucault était en Suède, en Pologne, en Tunisie, Veyne à Rome. C'est seulement dans les années 1970 qu'ils se retrouvent... au Collège de France.

Paul Veyne avoue n'avoir pas saisi d'emblée les enjeux du travail de Foucault. "J'avais lu ses livres, mais je n'en avais pas compris la portée. C'est en allant écouter un de ses cours que j'ai soudain entrevu la perspective qu'il ouvrait. D'un coup, j'ai saisi que Foucault inaugurait cette analyse plus profonde de l'histoire que je cherchais depuis longtemps. Alors, je suis rentré chez moi et je me suis mis à lire Nietzsche. Un soir, Foucault m'appelle, à Aix, pour je ne sais plus quelle raison et je lui dis : "Tu sais, j'ai fait une grande découverte : je me suis mis à lire Nietzsche. - Ce qui t'intéresse, me dit-il, c'est le Nietzsche de Deleuze - Non, parce que le livre de Deleuze a un tort : il ne pose pas le problème de la vérité !" Cette phrase a provoqué chez lui une sorte de coup de foudre ! J'étais devenu à ses yeux le seul historien qui avait entrevu combien la question suprême de l'histoire était la vérité. C'est là qu'on est devenus copains..."

Assez "copains" pour que Paul Veyne, notoirement hétérosexuel, ait été proclamé par Foucault "homosexuel d'honneur" et convié aux discussions qu'il organisait dans son appartement de la rue de Vaugirard. On aurait tort toutefois de passer trop vite de l'homosexualité à la subversion politique. Ayant observé Foucault de près, et souvent parlé avec lui de ses décisions militantes, Veyne refuse catégoriquement la légende d'un Foucault "révolutionnaire" au sens convenu du terme.

A l'entendre, l'image d'un philosophe rebelle, subversif, soixante-huitard, gauchiste, résolu à faire du passé table rase et à en finir avec le vieux monde est tout bonnement fausse. Ce mythe est pourtant vivace aux Etats-Unis, et il est n'est pas absent de l'imagination européenne. Il a été forgé notamment à partir du passage de Michel Foucault à l'université de Vincennes, et de son engagement dans le Groupe d'information sur les prisons, mais il ne correspond pas, selon Paul Veyne, à la réalité.

"Foucault ne rêvait pas à la révolution. Jamais je ne l'ai entendu parler de "la société bourgeoise" ou de "l'exploitation capitaliste", jamais ! Pour lui, ces termes-là n'existaient pas. C'était un mode d'idées qui lui était totalement étranger. En fait, "la révolution", "la société idéale", toutes ces généralités fumeuses ne l'intéressaient absolument pas. Ce n'étaient pour lui que balivernes et fariboles. Il m'a dit un jour : "A Vincennes, j'ai vécu dans une bande de demi-fous." Pourtant, dans cette université expérimentale, les gens le croyaient semblable à eux. Du coup, ils ne comprenaient pas pourquoi Foucault refusait que l'on donne le diplôme à tous les étudiants ou bien pourquoi il n'allait pas faire des descentes dans les supermarchés. Les gens de Vincennes pensaient qu'il s'agissait de caprices de sa part. Ils ne comprenaient rien à ses comportements, qui étaient inexplicables à leurs yeux."

Objection : Foucault s'est engagé dans une multitude d'actions, il a pris une part active à une longue série de luttes. Il ne se contentait pas d'écrire ou de signer des pétitions, on le voyait dans des manifestations, des rassemblements protestataires, à la porte des prisons ou des tribunaux. N'était-ce pas une activité révolutionnaire ? Réponse : "Non, parce qu'il n'agissait jamais pour des motifs abstraits et généraux, organisés selon un plan d'ensemble. Il s'engageait toujours au coup par coup, en fonction de ses indignations, pour des causes qui l'avaient touché personnellement. Ce qui le décidait, c'était toujours une réaction affective à un point de détail. Finalement, il avait un côté redresseur de torts."

Il reste toutefois malaisé de penser qu'il n'aurait existé, dans cette multiplicité d'actions, qu'une succession de bonnes oeuvres disparates, dictées par l'émotion du jour. Aucune unité, vraiment ? Aucun dénominateur commun ? "Ce qui le passionnait, c'était la défense des maudits. Qu'il s'agisse des fous maltraités ou des prisonniers des quartiers de haute sécurité, il était sensible à ce qui touchait, de près ou de loin, la vie des "hommes infâmes". Un jour, alors que je faisais une émission sur les gladiateurs, il a tenu à venir. Il voulait expliquer comment ces combattants occupaient à Rome une place à la fois glorifiée et maudite."

Le regard de Paul Veyne sur la vie et l'oeuvre de Michel Foucault réserve d'autres surprises. Le fil directeur de l'oeuvre foucaldienne serait le scepticisme et non la volonté de subversion. Guerrier, samouraï pourfendeur de nos illusions, Foucault serait fort éloigné de la figure familière de l'authentique intellectuel de gauche. Quelque temps avant sa mort, après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, il aurait même projeté un livre contre les socialistes français. Et pourquoi donc ? "Par haine pour Mitterrand. Il m'avait expliqué comment ce livre aurait montré que les socialistes n'ont aucune politique constituée. Leurs seuls mots d'ordre sont les revendications de leur clientèle électorale. Sur la société française comme sur les relations internationales, il n'ont aucune idée et n'en ont jamais eu."

Ce Foucault sarcastique et sceptique, rêvant si peu du grand soir, détestant tellement le parti socialiste, ne va-t-il pas choquer ? "Ce serait dommage qu'un intempestif ne heurte personne !"

 

par Franck publié dans : Pensées
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Mardi 8 avril 2008
L'avachissement de l'esprit c'est plus la déconcentration non-aristocratique de la pensée. C'est à la fois la décadence pour les aristos qui ne veulent pas gouverner (Voltaire, D'Alembert, Lavoisier) par exemple mais qui s'affublent de ce vieux terme et le nihilisme de Julien Dutant, qui en reste à la mesure de validité des affirmations et des énoncés, sans en produire. Sur les âmes d'aristos, comme le relève Deleuze de la bouche de Nietzsche (p.92 de son DzNP), tendre à l'aristocratie (le besoin de l'atteindre) est renier l'aristocratie : "Etre actif, c'est tendre à la puissance" non au pouvoir (_48). c'est une sorte de paradoxe qui provient de ce que Nietzsche (qui avait eu une grande amitié avec un aristocrate, l'alter-ego des 5 conférences sur les établissements de culture) emploie un terme issu du régime de la gouvernance tout en niant au final l'optique de la gouvernance dans la citation en tout cas, on peut demeurer actif sans atteindre l'aristocratie c'est même le piège attendu, et c'est ce qui fait la grandeur de Périclès. La réalité est autre puisque pour reprendre les distinction de Machiavel entre pouvoir héréditaire et pouvoir nouveau (Le prince, chap I à III), ou celle que nous a fait loraux vendredi entre justice de genos (filiation, sang pour sang) et justice d'égalité (distinction entre la place et la personne qui permutent périodiquement contrairement au tyran), le pouvoir nouveau est celui qui impose son propre cadre de référence. J'avais envie un peu de t'évoquer en condensé les cours de Loraux et Douailler d'avant hier (le réel concis, tranchant et polémique chez les grecs et la lecture des notes sur Machiavel de Merleau-Ponty). Dans le premier cas c'est toujours les mêmes qui commandent et les mêmes qui obéissent ; dans le second cas les uns commandent puis obéissent quand d'autres commandent. Mais cela reste assez binaire, c'est le Loraux grec et non le loraux contemporain.

Ah oui Loraux est dualiste comme tous les contemplatif, entre l'un et le deux je pratique l'helxis ou l'épochè chère à Nietzsche. Finalement Deleuze, Foucault, Baudrillard, Badiou, Loraux sont des gardiens du dualisme qui reste la tréfond de la métaphysique. Le monisme comme le pensait déjà Aristote c'est nier le principe, la substance si l'on attarde sur ce dont il est question sous ce terme, chez le plus grand moniste qu'est Spinoza, est la productivité infinie des choses singulières, leur effectivité (au vu que la réalité est perfection), la nature naturante mais nul part on trouvera une entité. Comme tous, et pour reprendre Loraux, je dirai qu'il y a un écart entre le corps et l'esprit (entendu comme la direction, la pointe du vecteur, cette direction se détachant chez Nietzsche de la conscience comme dimension réactive), mais je ne réduit pas cela à un dualisme car reste les énergies, les forces (qui ne sont pas les volontés mais ce dont elles disposent, le fond d'affectivité). Les volontés s'emparent, elles, d'une direction mais ne sont pas une dépense d'énergie qui fait avec l'époque ambiante, les liens qu'elle est capable d'amener. Donc, ce n'est nullement à partir de deux éléments que l'on explique le reste, notamment les dimensions du travail ou de la vie à moins de les faire passer pour métaphysique (comme Lecerf dans le premier cas, comme Deleuze dans le second cas, puisque le tut tant au Virtuel, à la grâce qu'est la clameur de l'être originel et non à ce souffle qui est au-delà de l'effort contre les vides de toutes natures (ascétisme de la volonté de néant, place vide du Dieu mort conservé chez Heidegger et Badiou). Si l'on croît qu'il n'y a que du visible, du "physique" comme on dit, alors où serait la nécessité de croire à ce visible. Il n'y a pas que le visible et son pendant qui nous tourne le dos, à savoir l'invisible, le caché, le secret., non il y a surtout de l'inaperçu, de l'impensé, du "ce qui doit être perçu" (percipiendum), qui n'est pas le résultat d'une volonté sournoise ou métaphysique mais plus d'un manque de finesse et plus encore de volonté éduquée. Tout est affaire de crible, de conception face à ce qui nous arrive et qui au final pose prolème, ces problèmes qui nous arrivent dans les pattes et qui dénotent un incapacité à un instant donné.
par Anthony publié dans : Ripostes et pourparlers
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