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La 1ère thèse de philo écrite pour l'hypertexte

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Sur l'Inconscient et le sexuel

Samedi 1 novembre 2008 6 01 /11 /Nov /2008 20:52
Le genre vernaculaire comme système de répartition sociale. — « Les sociétés pré-capitalistes sont fondées sur le genre » , les sociétés capitalistes sur le sexe, nous dit Ivan Illich à la page 115 de son livre sur le genre vernaculaire. C’est pourquoi l’on peut dire qu’il y a d’une part « le règne du genre [concret dans les agencements, abstrait dans la pensée], dans lequel la maisonnée [domus chez les romains ou hostal chez les occitans] obtient sa subsistance grâce à une répartition des tâches accomplies par deux couples de mains non interchangeables », et d’autre part le « régime de l’économie industrielle dans laquelle des mains produisent des marchandises en échange d’un salaire. » _117 Le premier régime — pré-capitaliste — fonctionne sur l’ « honnêteté », tandis que le second régime procède de la conscience qui s’affine par l’intériorisation d’une loi positive pour l’humain. Tout ceci résulte de l’introduction par l’Eglise au sein même de la domus, à travers une « société de la faute et l’aveu » comme le notait très justement Foucault dont les ressorts étaient l’inquisition IllGV_103 et de la confession de la conscience IllGV_104. Cette société de la faute et de l’aveu, que nous avons abandonné pour une société du préjudice et du contrôle, Boris Cyrulnik en parle aussi à sa manière : il s’agissait que l’esprit de chacun soit en conformité avec l’esprit de l’époque quitte à employer la torture. Selon Cyrulnik on agissait non sur le réel dont on avait la maîtrise avant le XIXe siècle mais sur les représentations de celui-ci CyrVC_46. Mais au sein des sociétés vernaculaires, la conscience et toutes les procédures d'entretien et d'aveu se substituent à l' « honnêteté ». L' « honnêteté », pour le préciser, est ce qui chez les occitans et les cathares permettait de dissocier  l'amour (des troubadours) de la violence imposée aux femmes via le genre   « contre la violence faite traditionnellement aux femmes, que cette minorité n’ait pas été faible, voilà qui transparaît dans la capacité de certains habitants de Montaillou [des occitans], des gens simples, de distinguer entre les femmes qu’ils ont aimées et celles qu’ils ont chéries (adamari) ». Que veut dire Ivan Illich par ce titre : le genre est vernaculaire. « Le genre est vernaculaire. Il est aussi résistant et adaptable, aussi précaire et vulnérable que le parler vernaculaire. Comme ce dernier, il est oblitéré par l’instruction, et son existence est rapidement oubliée ou même niée. » IllGV_83. Illich qui est parti d'une étude sur le genre grammatical masculin et féminin, fait la distinction ici entre le parler vernaculaire (les patois par exemple, les dialectes locaux) celui que l'on parle en famille sans trop y réfléchir et le langage appris à l'école, la langue nationale. Est « vernaculaire tout ce qui était confectionné, tissé, élevé, à la maison et destiné non à la vente mais à l’usage domestique. » _179. Illich, même si c'est un abus au niveau étymologique, oppose vernaculaire (ou local) à économique (ou universel).« Vernaculaire, c’est un terme technique emprunté au droit romain, où on le trouve depuis les premières stipulations jusqu’à la codification par Théodose (le « Cado Théodosien »). Il désigne l’inverse d’une marchandise : « vernaculum, quidquid domi nascitur, domestici fructus ; res quae alicui nata est et quam non emit » (Du Cange, Glossarium Mediae et Infimae Latinitatis, vol. VIII, P. 283). » IllGV_179.
Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Sur l'Inconscient et le sexuel
Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /Juil /2008 19:18

Sur la perte du genre qui est une répartition des tâches domestiques au sein du foyer et hors de la sphère publique et une mise sous le joug des femmes depuis l’acte sexuel jusqu'au moment de l'accouchement (qui chez l'homme est toujours prématuré du fait de la taille de la tête). Ce qui se joue, sous la perte du genre, est du même ordre que le passage des sociétés matriarcales aux sociétés patriarcales. Les sociétés matriarcales avaient leurs déesses de la fécondité puisqu'alors on avait fait le approchement entre l'acte sexuel et la grossesse : les enfants naissant de manière inexpliquée. Quant aux sociétés patriarcales, leur sommet reste le droit romain qui avait inventé la notion de ventre, c'est-à-dire le fils potentiel qui n'appartient pas à la femme mais à la cité : citons pour cela Tacite, lequel reprend Aulu-gelle : « A la nature de la mère les juristes opposent la nature de l'enfant à naître. Celui-ci est dans la mouvance du père, lequel relève de l'Etat : « Tout doit être mis ne oeuvre pour que le fœtus formé (partus) voie le jour. Le ventre doit être nourri. Si ce n'est pour son Père [dans le cas où celui-ci est mort], que ce soit au moins pour l'Etat, qu'il accroît par sa naissance ». Pour le Père, pour l'Etat [ou la dite Patrie].  Ou comme le dit aussi Ivan Illich « le ventre maternel est déclaré territoire public » (illGV_81).

Il y a aujourd'hui avec la dissociation de la procréation et de la sexualité — via la contraception — et plus encore avec la distinction entre grossesse ovarienne et grossesse utérine — via les mères porteuses — une remise en cause du patriarcat. On retrouve cela, par exemple dans l’œuvre de Nietzsche, à travers le sentiment de décadence des bien-nés et la perte de la virilité dont la peur des femmes est chez Nietzsche, depuis son enfance, un symptôme : celle-ci est parfois misogynie. Mais si l'énigme de la femme telle qu'elle se conçoit ou que sa mère la conçoit est la grossesse, alors non seulement il y a perte de la virilité mais le système patriarcal saute et avec lui la patrie : « Aujourd'hui, contraints de dire adieu au patriarche, ils doivent réinventer le père et la virilité qui s'ensuit » (Elisabeth Badinter). Ceci se produit d'abord par le contrôle de la contraception et donc des naissance par les femmes elles-mêmes mais plus important : Le pouvoir des femmes sur la reproduction se trouverait dépossédé [Atlan, p. 151-152] par une nouvelle chimère qui consisterait à pallier les 24 premières semaines de la grossesse utérine par des machines : jusqu'à présent on ne sait remplacer le cordon ombilical et le placenta du ventre de la mère mais des recherches scientifiques tentent d'y trouver un substitue artificiel. Il n'y aurait plus alors, par-delà tout jugement moral, de grossesse comme condition inéluctable de la femme, ce ne serait plus qu'un choix de vie volontaire ou insoumis. Cette chimère, notons-le, coïncide avec le tout économique, avec l'idée de la vie active comme un flux tendu, ce qu'elle n'est pas en réalité, mais ce nouveau genre de grossesse artificiel irait dans le sens de la promotion des femmes au sein de l'entreprise. Ce qui ressurgirait là, ce serait un certain nombre de superstitions qui oublieraient que déjà des enfants vivent leur derniers mois de grossesse, c'est-à-dire après les 24 premières semaines, et ne semblent avoir qu'une affectivité différente. Remarquons que les fœtus en fin de grossesse n'ont pas de contact direct avec la mère sauf par les coup de pieds et leurs oreilles qui entendent les battements de cœur ou sa voix car ils baignent dans le liquide amniotique ; ces condition hormis la médiation du cordon ombilical et du placenta peuvent être récréer en couveuse, avec une manipulation tactile un peu différente. Nombre de femmes voient la réalisation de leur vie dans la maternité et les angoisses que cela suscite et les bébés sous couveuse ou sous utérus artificiel, seront réticentes à cette artificialisation de la grossesse. Pourtant et c’est là une inconnue supplémentaire, les grossesses pourront être menées au-delà du terme actuel alors que la taille critique de la tête, par rapport au bassin de la femme, impose pour notre espèce une gestation de 9 mois alors qu’elle est de deux ans par exemple chez l’éléphant. Un nouveau terme de grossesse, donc de nouveaux individus, qui n’auront pas connus les mêmes maladie infantiles, mais pas seulement :  « La suppression de la grossesse et de l’accouchement, bouleversant la réalité physique de la maternité, risque d’entraîner sinon la disparition de tout sentiment maternel, du moins des modifications profondes dans la façon qu’aura une femme de concevoir et de vivre une maternité éventuelle. En fait, la maternité, dans les conditions d’une ectogenèse [grossesse artificielle] deviendrait très proche de la paternité » (Atlan, p. 150-151).

Si la féminité se détache de la maternité — qui tourne tout entière autour de la grossesse et si la virilité se détache de la patrie alors il en sera finit de la prééminence des genres… Place aux sexes… « La différence des sexes dans la procréation et la filiation aura disparu en tant que donnée de la nature immédiate » (Atlan p. 132)

Notons que nombre de grossesse ne sont pas connues dès les première semaine ce qui amoindrie l’importance psychologique de la grossesse utérine dans le fait d’être mère. Notons aussi le cas des dénis de grossesse : ces mères qui jettent à la poubelle leur bébé mort-né comme si ce n’était pas leur bébé, simplement parce que n’ayant ressenti leur grossesse, ces « mères » n’ont pas fait le lien entre le fœtus mort-né et leur aïeux, leur lignées. Ceci démontre l’importance instinctive de la lignée et donc de la famille (que les Grecs comprenaient aussi comme le « genre ») dans la grossesse chez la femme et la maternité indépendamment de toute gestation. Notons surtout que les nouveau-nés humians dont la durée de gestation est écourté en comparaison des éléphants — à cause de la taille critique de la tête par rapport au bassin pourront dépasser ce que l’on qualifie volontiers de « prématuraté physiologique » (Henri Laborit) ou « anthropologique » (Jacques Poulain). C’est-à-dire que les nouveaux-né se considèrent comme des ensembles solipsistes, des « moi-tout » du fait que ce sont de grands voyant mais et qu’il n’y a que la coordination des sens et des membres au travers de l’action qui les font sortir de ce . On pourrait oser un parallèle avec l’incapacité motrice des grands voyants et détachés de la vie que sont les philosophes, qui les poussent à créer des systèmes philosophiques où au fond avoir en vue c’est faire (horan = dran pour Platon). « Mais on ne connaît pas vraiment, sinon par des conjectures pllus ou moins hasardeuses, quelles sont dans les détails les voies de communication et les mécanismes par lesquels la symbiose mère-fœtus agit sur l’affectivité et, plus généralement, sur la personnalité du futur enfant. « Les enfants nés dans des utérus semi-artificiels, dans des machines, auront une affectivité modifiée mais la possibilité de demeurer moins longtemps dans un état de prostration face au monde du fait d’une capacité motrice plus importante à la naissance. On peut même penser que ce que l’on nomme le paradis perdu ou originel du ventre de la mère est avant tout l’état solipsiste de grand voyant qu’éprouve le nouveau-né, c’est dans les 10-12 premiers mois que les stimuli sensoriels de solisipsiste s’inscrive dans la mémoire. « Le nouveau-né va se trouver bombardé par des stimuli variés en quittant le milieu très appauvri des la poche des eaux dans laquelle il a grandi jusque-là … Du fait de sa prématuration physiologique, le nouveau-né de l’homme sera limité dans ses actions sur le monde qui l’entoure. Il restera longtemps enfermé dans son « moi-tout ». » LabIA_51 C’est en jouant davantage sur la durée de la gestation et le moment choisi de la naissance avec son bombardement de percepts et d’affects que sur la qualité de l’environnement de gestation que les futurs enfants auront une affectivité et action sur le monde modifiée. Mais on peut penser que c’est la courte durée de la gestation chez l’homme qui l’a poussé à  compenser sa déficience motrice, déficience qui le pousse pour sa survie à se construire un système d’approche du monde d’abord solipsiste à l’image des premiers systèmes philosophiques fermés sur l’identité.

Ceci vaut pour le nouveau-né, mais la différence moins marquée entre l’homme et la femme entendus comme deux sexes et non plus deux genres bien déterminés au sein du foyer, forme un pas supplémentaire vers le surhomme, c’est-à-dire l’homme sans Dieu le Père. Le sexe sera libéré du genre — procréation de la lignée comme l’affirme déjà Ivan Illich (illGV_65-69/78-83) ou Henri Atlan (AtlUA_135) La question de l’homme — plutôt que de la femme ou de l’espèce — était celle de Dieu le Père, déjà chez les Grecs (Atlan, UA_135) et c’est cela qui meurt avec la procréation artificielle. Les questions des sociétés matriarcales étaient centrées autour de la fécondité, de la Mère-Nature mais certainement pas autour de l’homme. Le surhomme n’est pas une histoire d’humain amélioré par la morale ou de bête blonde, mais pose davantage la question du rapport homme femme sans le Dieu de la (pro)création pour les chapeauter. Machina ex Deus.

 

Poser la question de la procréation artificielle c’est faire qu’elle tombe dans la société civile et on qu’elle soit le jouet d’un état autoritaire — mondialisé ou partitionné —  comme pouvait l’être avec le contrôle des naissances la société spartiate ou les lebenborn nazis (orphelinats sélectionnant la « race » aryenne)

 

Ainsi la procréation devenait externe à la matrice féminine, il en serait fini du genre, on en serait à une démocratie des sexes (sans tao ni tantra). C’est peut-être pour cette sexualité consumable que Illich pense que le genre est ce qui protège la femme et qu’à son sens « seule une réelle philosophie du genre pourrait fournir une explication satisfaisante [à cela] — cette philosophie n’existe pas encore. » IllGV_82.  Une philosophie de la pro-création serait non la perpétuation d’une lignée basée sur le genre mais l’affirmation de valeur nouvelles et un effort mené sur soi qui s’oublie dans une fuite et une lutte récompensées.

 



Bibliographie

références cours de Loraux sur l'endurance du geons

Le genre vernaculaire d'Ivan Illich

Utérus artificiel d'Henri Atlan

Nietzsche "l'énigme de la femme est la grossesse"



Par Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Sur l'Inconscient et le sexuel
Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 12:10

Voici un intéressant article sur un livre d'Alexander Lowen disciple de Wilhelm Reich et fondateur de la bioénergétique.

Un extrait sur le  narcissisme

Le narcissisme dénote un trouble de la personnalité caractérisé par un investissement exagéré de l’image du Moi qui s’exerce aux dépens du Soi. Les personnalités narcissiques refusent les sentiments qui sont en contradiction avec l’apparence qu’ils cherchent à donner. Comme ils agissent au mépris de leurs sentiments, ils s’appuient sur la séduction et la manipulation pour acquérir le pouvoir et maîtriser les autres.

 

"Afin d'avoir un premier article ur le blog, je vous propose un résumé de "Gagner à en Mourir" que Valérie a fait pour sa formation et qu'elle m'a autorisé à publier ici."

Pascal

Introduction

Le Dr. Alexander Lowen est un psychiatre et psychothérapeute américain. Disciple de Wilhelm Reich, il développa la théorie bioénergétique, et fonda l'Institut pour l'analyse bioénergétique.

Il s'écarte alors des théories de Reich (en particulier sur l’orgone) pour développer sa propre conception bioénergétique où "le processus énergétique du corps détermine ce qui se passe dans l'esprit tout comme il détermine ce qui se passe dans le corps". Sa thérapie consiste à faire circuler les “énergies” bloquées dans le corps à travers des exercices physiques ou de respiration, ce qui permet aux patients de renouer avec leur personnalité et la vie de leur corps, ainsi que de résoudre d'éventuelles névroses psychologiques. C'est à travers la compréhension du fonctionnement énergétique du corps que Lowen propose une meilleure vie en harmonie avec soi-même.

Alexander Lowen a écrit une quinzaine d’ouvrages : certains généraux sur la bioénergie, d’autres sur des thèmes plus spécifiques tels que la dépression nerveuse ou le narcissisme qui est le thème de « gagner à en mourir ».

En occident, deux attitudes symétriques caractérisent, pour Alexander Lowen, l’échec devant la vie : la dépression nerveuse – « je n’y arriverai jamais – ou la suradaptation du gagneur, du fonceur, du battant – « je suis le meilleur –.

 

Le narcissisme

Le narcissisme dénote un trouble de la personnalité caractérisé par un investissement exagéré de l’image du Moi qui s’exerce aux dépens du Soi. Les personnalités narcissiques refusent les sentiments qui sont en contradiction avec l’apparence qu’ils cherchent à donner. Comme ils agissent au mépris de leurs sentiments, ils s’appuient sur la séduction et la manipulation pour acquérir le pouvoir et maîtriser les autres.

 

Le Soi selon Lowen

Les personnalités narcissiques s’identifient  à l’image idéalisée. La véritable image de Soi est perdue. Lowen met sur le même plan le Soi et le corps vivant, ce qui comprend aussi l’esprit. Le sentiment du Soi dépend de la perception de ce qui se passe dans le corps vivant. Les narcissiques ne nient pas qu’ils possèdent un corps. Mais ils considèrent que le corps est l’instrument de l’esprit et qu’il est soumis à leur volonté. Dénuées de tout sentiment, les actions de leurs corps sont commandées par leur image. Mais si le corps peut fonctionner efficacement en tant qu’instrument, travailler comme une machine ou encore donner l’impression de n’être qu’une statue, il manquera de « vie » dans ces circonstances. Et c’est précisément cette sensation de vie qui engendre l’expérience du Soi. Le problème fondamental dans le narcissisme, c’est la négation des sentiments et l’absence de limites.

 

Deux questions

La question n’en demeure pas moins : pourquoi une personne décide-t-elle de nier ses sentiments ? Il en découle nécessairement une autre question : pourquoi les troubles narcissiques sont-ils si fréquent dans la culture occidentale aujourd’hui ?

 

Les différentes sortes de narcissime

Lowen classe les types de narcissismes par ordre de gravité

1 – caractère narcissique-phallique

2 – caractère narcissique

3 – personnalité limite

4 – personnalité psychopathe

5 – personnalité paranoïde

Le degré de narcissisme dépend des paramètres suivants

Grandiosité, absence de sentiment, absence de perception du Soi, absence de contact avec la réalité.

La grandiosité, et donc le narcissisme, résulte de la contradiction  qui règne  entre l’image et le Soi.

 

Le rôle de l’image

Les narcissiques aiment leur propre image, mais pas leur Soi réel. Lowen fait une distinction entre le juste souci de son apparence, fondé sur le sens du Soi et le déplacement de l’identité du Soi vers l’image, qui caractérise l’état narcissique.

Si l’image a été établie comme la force dominante de la personnalité, la personne étouffera tous les sentiments qui contrarient cette image.  La perte de sentiment est due à un mécanisme spécial que Lowen appelle le déni de sentiment.

 

Le déni de sentiment

Tous les névrosés, y compris les narcissiques, recourent au mécanisme qui consiste à inactiver certaines parties de leur corps pour éluder toute sensation. Mais il existe une autre façon d’empêcher les impulsions et les actions de franchir le mécanisme de la conscience : il suffit de bloquer le mécanisme de perception. C’est de cette façon que la personne dénie ses sensations. Le besoin de projeter et de maintenir une image oblige le sujet à empêcher tout sentiment d’accéder à la conscience, créant ainsi un conflit avec son image. Chez un être normal, les actions sont associées aux sentiments qui les ont motivées. Chez les personnes narcissiques au contraire, l’action est dissociée des sentiments et des sensations et est justifiée par l’image.

Le déni des sensations se remarque beaucoup plus encore dans leur comportement vis-à-vis d’autrui. Ils peuvent être manipulateurs, sans pitié, exploiteurs, sadiques, ou destructeurs envers quelqu’un, parce qu’ils sont insensibles à la souffrance et aux sentiments des autres. Cette insensibilité découle d’une insensibilité à leurs propres sentiments.

Chez les individus narcissiques, les sentiments peuvent se manifester à l’occasion mais de façon déformée. L’expression des sentiments revêt souvent 2 formes : la rage irrationnelle et une sentimentalité bêlante.

L’image est en elle-même un déni des sentiments. En s’identifiant à une image grandiose, on risque d’ignorer l’aspect douloureux de sa réalité intérieure. Mais l’image remplit aussi une fonction externe en relation avec le monde. C’est un moyen d’obtenir d’être accepté par les autres, une façon de les séduire et d’établir sur eux un certain pouvoir.

 

Pouvoir et contrôle

Tous les individus narcissiques se caractérisent par une soif de pouvoir et d’autorité sur autrui. Bien que le déni affecte tous les sentiments, il en existe deux qui sont particulièrement sujet à déni, ce sont la tristesse et la peur. Quand on n’a pas peur, on n’est pas vulnérable et l’on suppose qu’on ne peut pas être blessé. Quand on nie sa tristesse, on peut alors projeter une image d’indépendance, de courage  et de force. Cette image dissimule la vulnérabilité  de la personne aux autres, et à soi-même.

Les humiliations de l’enfance et les luttes de pouvoir au sein de la famille

En tant qu’enfants, les narcissiques souffrent d’une blessure narcissique profonde, une blessure de leur estime de Soi qui laisse des cicatrices et influence leur personnalité. Ces blessures engendrent une humiliation, et tout particulièrement l’impression d’être impuissant devant ceux qui possèdent le pouvoir et l’autorité. Lorsqu’un enfant est constamment exposé aux humiliations sous une forme ou un autre, la peur de l’humiliation s’incruste dans le corps et l’âme de l’enfant.

Le pouvoir et le contrôle agissent tout deux pour empêcher l’individu de se sentir vulnérable, de se sentir impuissant et prévenir une quelconque humiliation.

L’enfant qui se soumet apprend que les relations humaines sont gouvernées par le pouvoir et il n’a plus qu’un but, acquérir ce pouvoir quand il sera adulte.

La relation d’envie et de rage

Comment se fait-il que ceux qui jouent au jeu du pouvoir semblent ne jamais en posséder suffisamment ? La réponse réside dans la reconnaissance du fait que, tandis que l’identification est valable au niveau du Moi, elle reste purement illusoire au niveau physique.

Les narcissiques sont incapables d’exprimer ou de ressentir de la colère, cependant ils peuvent entrer dans des rages folles.  Une crise de rage narcissique est étroitement liée à l’expérience de la frustration, à l’impression de se sentir impuissant

Toute remise en question du pouvoir ou de l’image des narcissiques risque de les faire se sentir impuissants et fait surgir la crainte d’être humiliés.

La peur de l’impuissance

Le narcissique pense que le pouvoir permet d’obtenir des contacts humains sans risquer d’être utilisé. Pour les personnalités narcissiques les moins graves, le pouvoir réside dans l’emploi de son charme, de son esprit, de sa beauté pour leurrer ses admirateurs. D’un autre côté, les personnalités psychopathes ont tendance à utiliser le pouvoir de leur richesse ou de leur position pour s’entourer de nombreux suiveurs. Ils sont incapables de rester seuls. Et la relation doit être d’une telle sorte qu’ils puissent maîtriser l’autre.

La majorité des patients narcissiques ont très peur d’abandonner leur pouvoir de contrôle. Ils ne font pas entièrement confiance au thérapeute et si l’on considère leurs expériences passées d’enfant. Ils ont peur d’être utilisés comme ils l’ont été dans leur famille. Ils s’aperçoivent que le thérapeute a du pouvoir et ils lui en veulent et lui résistent (transfert).

Ils doivent apprendre à se laisser atteindre et émouvoir et même à se laisser emporter par leurs réactions émotionnelles ; dans le cas contraire, ils ne connaîtront jamais les joies de l’amour et l’exubérance de la pure gaieté.  Mais c’est précisément la perspective d’être submergés par leurs émotions qui terrifie les narcissiques. Ils craignent la folie et mobilisent toutes leurs défenses contre elle.

Etre rejeté ou ouvertement blessé fait naître un sentiment de colère, mais être trahi par une personne de confiance les plonges dans une rage meurtrière.  C’est le processus de séduction qui entraîne chez les narcissiques un sentiment de trahison.

 

Séduction et manipulation

D’abord se produit l’expérience de l’impuissance, puis vient le processus de séduction grâce auquel l’enfant est amené à se considérer comme un être particulier. Vient s’ajouter un autre élément, accompagnant généralement une humiliation, c’est le rejet. Une fois qu’un enfant a été rejeté et humilié, il devient très facile de le séduire pour qu’il serve les desseins de ses parents.

La séduction est l’emploi de fausses déclarations ou promesses pour obtenir d’une personne qu’elle fasse ce qu’elle ne ferait pas normalement.

Pour « mener quelqu’un en bateau », il faut d’abord lui donner un peu confiance. La séduction est donc invariablement une trahison. Et cette trahison est d’autant plus pernicieuse dans la relation parent-enfant que celle-ci repose sur la confiance.

Les parents ont tendance à s’identifier à leurs enfants et à projeter sur eux leurs envies et leurs désirs non réalisés. De leur côté les enfants ont envie d’être libres, libres de grandir à leur guise. Ils demandent aux parents d ‘être là pour eux et non le contraire. Comme les parents attendent quelque chose des enfants et ceux-ci en font autant à l’endroit des parents, il est parfaitement normal qu’une situation conflictuelle se développe rapidement. Mais les parents possèdent une force physique suffisante pour briser l’enfant et ils abusent de ce « pouvoir ».

Que veut dire « être spécial » ?

La promesse d’importance individuelle est l’appât que le parent qui cherche à séduire l’enfant lui tend, afin de le voir se couler dans le moule qu’il (ou elle) a prévue pour lui.

Tous les individus narcissiques que j’ai rencontrés se sentent « spéciaux ». Je mets le mot « spécial » entre guillemets parce que le mot se réfère à une construction mentale et non à une sensation corporelle. C’est donc une question de croyance plutôt que de sensation.

A un niveau très profond les narcissiques se voient comme des petits dieux. Et trop souvent, malheureusement, leurs satellites les voient aussi sous ce jour.

1. Je peux faire tout ce que je veux (omnipotence)

2. On me voit partout (omniprésence)

3. Je sais tout (omniscience)

4. On doit m’adorer

Se sentir supérieur ou spécial, penser qu’on est au-delà de son corps, et nier ses sentiments/sensations composent le tableau caractérologique du narcissique.

Etre commun

Chacun de nous est unique. Nous possédons des capacités et des talents qui sont différents de ceux des autres personnes qui, elles aussi, ont des qualités que nous n’avons pas. Mais cela ne nous rend pas « spéciaux » pour autant.

Ce qui est commun à tout le monde, c’est le corps et ses fonctions. Fondamentalement parlant, tous les corps fonctionnent de façon identique. Pour être spécial on doit nier son corps, puisqu’une telle identification signifierait qu’on est comme tout le monde. Pour être spécial, il faut encore nier ses propres sentiments car ils sont eux aussi commun à tout le monde.

Les personnes communes sont bien enracinées dans les réalités de la vie. Elles rient et pleurent, éprouvent du plaisir et de la peine, elles connaissent la tristesse et la joie ; Elles vivent leur vie et ainsi, se réalisent. L’individu spécial imagine la vie.

 

L’horreur : ce visage de l’irréalité

Pour comprendre les troubles narcissiques, il faut savoir que les individus réagissent à l’horreur vécue en niant ce vécu.

On est horrifié lorsqu’on est témoin d’une agression contre quelqu’un, mais on est terrifié si l’agression est dirigée contre soi.

Dans l’horreur, par opposition à la terreur, le corps reste relativement épargné parce qu’il n’existe pas de menace de danger physique. L’effet de l’horreur s’exerce surtout sur l’esprit. L’horreur stupéfie l’esprit. Elle paralyse l’appareil mental comme la terreur paralyse l’appareil physique.  Il arrive qu’on s’éloigne d’une scène d’horreur, apparemment physiquement indemne, mais on sera incapable de penser à autre chose qu’à l’horreur dont on vient d’être témoin. En esprit, on se passe et repasse la scène en essayant de trouver une explication. On ne peut pas intégrer l’expérience parce que l’horreur est, de par sa nature même, incompréhensible.

Dans une situation d’horreur, nous avons tous tendance à ne pas croire nos sens parce qu’ils contredisent notre image de la réalité. Remettre en question notre sens des réalités nous donnerait l’impression d’être désorientés et fous. Au lieu de cela, nous protégeons notre santé mentale, nous dissocions l’expérience pour qu’elle devienne un mauvais rêve, une chose irréelle. Si l’expérience de l’horreur s’est déroulée dans la solitude, la dissociation se limite à cette situation. Mais si l’horreur est continue, si l’on vit dans cette situation, la dissociation se structure dans notre corps sous forme de scissions entre les fonctions de perceptions de l’esprit et les fonctions de sensations du corps. Nier ses émotions devient une habitude, profondément ancrée dans la personnalité. L’action ne sera motivée que par la raison et la logique. L’individu vit dans un monde séparé des sentiments/sensations. En fait, le monde des sensations apparaît très irréel et, par conséquent, il est proche de la folie. Bien que le sujet sache que les sentiments/sensations existent, il ne peut les manifester et les laisser lui « dicter » son comportement.

Est-ce que l’expérience de l’horreur pendant l’enfance est répandue ? Pour ce qui est des parents qui hurlent et si dispute, elle est assez courante. Les disputes violentes ne sont pas les seules formes d’horreur, il y a aussi la dureté, l’insensibilité et le manque de sentiments humains.

Quand les choses qui sont censées être compréhensibles ne le sont pas, on patauge dans la folie. Si les parents ne se manifestent ni amour ni affection, l’enfant perçoit la situation comme anormale et folle. Il ne comprend plus rien. Les parents sont les derniers arbitres en matière de réalité, l’enfant est obligé d’accepter leur position comme étant logique et raisonnable. Et les besoins d’amour très naturels de l’enfant sont dès lors considérés comme fous.

Pour que la personne prenne contact avec son Soi véritable, elle doit arriver à exprimer ses sentiments. C’est un long travail car il faut ressouder les défenses physiques, c’est-à-dire les tensions musculaires, et les défenses psychologiques, en l’occurrence, le déni de sentiments.

Selon Lowen, la folie sous-jacente d’un parent narcissique est plus difficile à appréhender pour un enfant que la dépression nerveuse. Bien entendu faire face à une dépression nerveuse n’est pas facile mais, dans une telle situation, l’enfant sait qui est fou. Dans le cas d’un parent narcissique, la façade de bonne santé mentale plonge l’enfant dans une extrême confusion.

la privation semble affecter le développement émotionnel d’un enfant de la même manière que l’horreur. Ces deux situations sont toutes deux en conflit avec le sens inné de l’ordre des choses qu’ont tous les individus. Elles contiennent un élément d’irréalité qui les rend incompréhensibles à l’individu.

Il y a donc un certain degré d’irréalité chez les personnalités narcissiques, qui peut parfois faire douter de leur santé mentale. Le déni narcissique de sentiments/sensations repose non seulement sur la conviction que ces sentiments sont inacceptables en ce qu’ils contredisent l’image projetée mais aussi sur la peur de la folie qui pourrait submerger le Moi.

 

La peur de la folie

L’expérience de l’horreur fait douter un individu de sa santé mentale. L’expérience subie n’a pas de sens, elle ne cadre pas avec l’image de la réalité que possède même un bébé au niveau biologique. Pour éviter que ne se produise la confusion mentale qui en résulte, le sujet doit dissocier et dénier tous les sentiments liés à cette expérience.

le narcissique risque d’être submergé par ses sentiments/sensations et de devenir fou si jamais son système de déni s’écroule. C’est précisément le cas avec la colère. Tous les narcissiques ont peur de devenir fous parce que la folie existe en puissance dans leur personnalité. Cette peur renforce le déni de sentiments de crée un cercle vicieux

Le torrent des émotions

Une vague émotionnelle monte dans l’inconscient, se fraye un passage à travers le point faible et inonde notre esprit conscient. Le sentiment est si fort que le Moi est incapable de le contrôler ou d’enrayer les suites. De telles explosions se produisent chez beaucoup de gens normaux et bien qu’elles soient relativement violentes, elles ne sont pas destructrices. La personne a suffisamment de conscience de Soi ou de maîtrise du Moi  pour stopper l’action avant que ne se produisent de graves dégâts. Mais elle qu’elle a quelque peu perdu le contrôle d’elle-même. Chez les gens dérangés, l’éruption peut se produire avec tant de force que le sujet va perdre contact avec la réalité et qu’il ne se rendre pas compte qu’il ne se maîtrise plus. Dans les deux cas, le Moi est submergé, mais le premier l’est momentanément, tandis que le second l’est pour beaucoup plus longtemps.  « Être submergé » s’applique à la condition d’une personne dépassée par ses sentiments ou son excitation.

On récupère généralement plus rapidement d’une crise psychotique s’il se produit une libération des affects. Quand la vapeur s’échappe, la pression diminue. Avec l’aide d’un thérapeute expérimenté qui connaît l’enjeu dynamique, l’explosion apparemment irrationnelle et violente des sentiments peut exercer un effet très positif sur le patient.

Le droit à la colère

Pour que le narcissique arrive à se connaître, il faut qu’il comprenne sa hantise de devenir fou et il lui faut identifier sa rage intérieure pour ce qu’elle est, et non croire que c’est de la « folie ». Lowen s’est aperçu qu’il était utile d’expliquer aux patients que ce qu’ils croient être de la folie – c’est-à-dire leur colère – est en fait une réaction parfaitement saine pour autant qu’ils l’acceptent. Et si quelque chose est fou – alors qu’ils pensent le contraire – c’est le déni de sentiments et le comportement qu’il détermine.

 

Trop et trop tôt

La folie se développe lorsque le Moi ou l’esprit conscient est submergé par des sentiments qu’il est incapable d’intégrer.

 

L’approche thérapeutique de Lowen

Dans l’approche thérapeutique de Lowen appelée analyse bio-énergétique, la connexion de la personne avec son Soi corporel s’effectue directement par un travail avec le corps.

Son approche initiale quand il a affaire à des patients narcissiques consiste invariablement à les aider à prendre conscience de leur tristesse, ce qui n’est pas toujours facile.

Refaire connaissance avec le Soi implique plus qu’une analyse. Le Soi n’est pas une construction mentale, mais un phénomène corporel. Être en prise avec Soi signifie qu’on saisit intuitivement et que l’on prend contact avec ses propres sentiments. Pour connaître ses sentiments, on a besoin d’en faire l’expérience dans toute leur intensité, ce qui ne peut se faire qu’en les exprimant.

 

La surestimation du pouvoir dans notre société

Pour Lowen, le terme de narcissisme s’applique autant à un état psychologique que culturel.

Si notre culture favorise l’éclosion du narcissisme, c’est bien par l’importance démesurée qu’elle accorde au fait de gagner, d’être le meilleur, le grand chef

Tout comme notre culture occidentale favorise l’éclosion du narcissisme, cette culture est totalement orientée et même obsédée par le pouvoir. La technologie a donné à l’homme moderne un sentiment de puissance qu’il n’a jamais connue. Le pouvoir possède une séduction incontestable. Presque tout le monde a envie de pouvoir. Biologiquement, le statut d’un individu est affirmé par sa puissance sexuelle, qui est l’expression de sa vitalité et de son énergie. Dans la nature, par opposition avec la culture, personne ne possède le pouvoir. A l’origine donc, le statut menait au pouvoir. Mais quand le pouvoir fit son apparition dans le monde, la situation fut renversée. le pouvoir a créé le statut.

Lowen propose l’hypothèse selon laquelle, dans le cas des hommes, pouvoir égale puissance sexuelle, alors que dans le cas des femmes, séduction physique égale pouvoir. En règle générale, le degré de narcissisme est inversement proportionnel à la puissance sexuelle. Pour le comprendre, il faut admettre l’importance du lien existant entre puissance sexuelle et sentiments/sensations.

La véritable puissance sexuelle se mesure à la profondeur des sentiments éprouvés pour l’autre. Ces sentiments sont extrêmement réduits chez les narcissiques.

Valérie Monteil

 

Par Anthony (texrte de Valérie Monteil) - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Sur l'Inconscient et le sexuel
Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 23:38
L'inconscient et le sexuel par-delà les processus qu'ils mettent en jeu, sont avant tout des supposition comme le fait remarquer Lacan. Voici quelques textes qui tendent à denouer les fils de cette thématique

Par Paris8philo - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Sur l'Inconscient et le sexuel
Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 00:47

A contre-courant des sottises déversées aujourd'hui sur les événements de Mai 1968, et plus encore sur une prétendue pensée unique qui en serait l'expression, François Dosse a choisi le modèle biographique pour retracer la vie de Gilles Deleuze (1925-1995) et de Félix Guattari (1930-1992), deux acteurs emblématiques d'une époque qui sut mettre à l'honneur l'idée que les hommes des Lumières devaient se donner pour mission, dans le monde moderne, de prendre leurs désirs pour des réalités sans pour autant s'abandonner à la déraison.

 

Car telle fut la caractéristique de cette pléiade de penseurs talentueux, en conflit permanent les uns avec les autres : Jacques Lacan, Michel Foucault, Jean-François Lyotard, Jacques Derrida, etc. Ils rejetèrent les dérives staliniennes du communisme mais surent se réapproprier l'héritage révolutionnaire pour mieux critiquer ce qui, dans les sociétés démocratiques, leur semblait inacceptable : infériorisation des femmes, des homosexuels et des immigrés, traitement inhumain des fous, des prisonniers, des marginaux, puritanisme sexuel, néocolonialisme, biologisation de l'existence.

CHAOS DIONYSIEN

A l'été 1936, Deleuze assiste à la grande peur que les bourgeois ressentent devant le surgissement des travailleurs qui envahissent leurs territoires. Marqué ensuite par la mort de son frère aîné, Georges, officier saint-cyrien déporté pour faits de Résistance, il éprouve une vive souffrance d'apparaître comme le benjamin d'un héros auquel ses parents vouent une admiration démesurée. Après la guerre, il s'engage dans une carrière universitaire et effectue une relecture féconde des classiques - Hume, Spinoza, Proust, Lewis Carroll, Sacher-Masoch -, tout en s'intéressant au cinématographe et à la chanson : Jean Renoir, Charles Trénet, Edith Piaf. A la conception de l'homme tragique oedipien selon Sophocle et Freud, il oppose la force du chaos dionysien, rêvé par Nietzsche : joie, douleur, désordre festif. Il en verra le déploiement lors de la rébellion de Mai.

En 1969, il rencontre Guattari, psychanalyste généreux et turbulent, analysant de Lacan et ancien trotskiste, qui travaille à la clinique de La Borde, à Cour-Cherverny, créée en 1953 par le psychiatre Jean Oury, rigoureux lacanien très attaché au maître. Il a été l'élève de François Tosquelles, psychiatre catalan et libertaire, connu pour avoir été l'un des inspirateurs, pendant l'Occupation, du mouvement dit de psychothérapie institutionnelle.

C'est en Lozère, à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban, et sous la houlette de deux psychiatres, l'un catholique, Paul Balvet, et l'autre communiste, Lucien Bonnafé, qu'avait été initiée cette expérience, poursuivie ensuite à La Borde. Au milieu de la guerre, l'espoir d'une prochaine libération avait conduit l'équipe soignante à réfléchir aux principes d'une vie communautaire qui permettrait de transformer les relations entre thérapeutes et aliénés dans le sens d'une ouverture humaniste au monde de la folie.

La rencontre entre Deleuze et Guattari va bouleverser l'organisation de la vie quotidienne à La Borde et créer un trouble profond dans l'amitié entre celui-ci et Oury. En témoigne la publication en 1972 de L'Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie (éd. de Minuit). A travers cet ouvrage magistral, les deux auteurs prétendent fonder, contre Freud et Lacan, accusés d'être les garants d'un ordre répressif, une nouvelle psychiatrie matérialiste : la schizo-analyse. Cette doctrine ne débouchera sur aucune libération des aliénés par les "flux désirants", même si, en annonçant, sans le savoir, le crépuscule d'une approche dynamique de la folie, aujourd'hui éliminée par la chimie des neurones, elle aura eu le mérite de critiquer avec justesse le conformisme psychanalytique.

François Dosse a su restituer avec talent l'histoire de ce moment anti-oedipien de la clinique de la psychose, et il a fort bien raconté, à l'aide de nombreux témoignages, les relations passionnelles qui unirent les protagonistes de cette saga.

Cependant, connaissant mal les modalités d'implantation de la pensée psychiatro-psychanalytique, il en a exclu les thèses anti-oedipiennes, au point de ne pas voir qu'elles en sont l'une des composantes, au même titre que celles des freudo-marxistes ou de certains antipsychiatres, quoi qu'en disent ses acteurs. D'où une analyse parfois inexacte des imbrications entre les divers courants. En outre, fasciné par ses héros - certes fascinants - il leur a trop souvent donné raison, laissant entendre que leurs adversaires - et notamment les philosophes lacaniens qualifiés de maoïstes - auraient été de méchants sectaires guidés par un gourou narcissique. Aussi omet-il de souligner que le sectarisme des anti-oedipiens valait bien celui des oedipiens, et que c'est la confrontation violente entre toutes les tendances présentes sur la scène des années 1970-1980 qui a fait la richesse de ce moment inoubliable de la pensée française en voie d'internationalisation.

On l'aura compris, il manque à cette excellente enquête sur les destins croisés de Deleuze, de Guattari, et de leurs "familles" respectives, une sérieuse étude historiographique et comparative.


GILLES DELEUZE ET FÉLIX GUATTARI. UNE BIOGRAPHIE CROISÉE de François Dosse. La Découverte, 642 p. 29,50 €.

Signalons également : Soixante-cinq rêves de Franz Kafka, de Félix Guattari, éd. Lignes (64 p., 10 €) et Le Portique, revue de philosophie et sciences humaines, no 20, 2e semestre 2007, dossier Guattari conçu et réalisé par Liane Mozère.

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