Lectures

Mercredi 8 août 2007 3 08 /08 /Août /2007 10:00
La volonté, principe unique sur lequel repose toute l'oeuvre qu'est Le monde comme volonté et comme représentation d'Arthur Schopenhauer, grand lecteur de Palton, Spinoza et Kant. Pour se fair partons du titre même de l'ouvrage : en effet Arthur Schopenhauer estime que sa découverte essentielle est la sépâration entre volonté et représentation, c'est-à-dire entre "la force vitale et cosmique, universelle, inconsciente, non soumise au pricipe de raison, et la connaissance, la conscience, qui saisit les choses à travers le miroir souvent déformant des catégories de la pensée que sont l'espace, le temps et la causalité."
Ceci dit la lecture peut débuter puisqu'il s'agit en fait de thèmes très conteporain que 'lon retrouve chez Nietzsche (dichotomie entre la morale et le dionysiaque); Heidegger (dichotomie entre Etre et Temps), chez Delezue et Guattari entre reterritorialisation et lignes de fuite créatices qui conduisent à se déterritorialiser.

A noter que Nietzsche, fait une critique cinglante de la Volonté comme principe unique empreinte de trop de pessimisme, dans plusieurs de ses aphorismes, mais la volonté entendue par Schopenhauer est avant tout inconsciente contrairement à la conception mise en avant par Kant (conscience morale).
Publié dans : Lectures - Par Anthony - Laissez un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 29 juillet 2007 7 29 /07 /Juil /2007 10:50

Voici un début d'énumérations qui laissent de glace quant à la compromission de Heidegger avec le nazisme. Les citation sont tirées du livre d'Emmanuel Faye, nous reprenons les citation sans le discours nihiliste de Faye. Le problème étant que Faye agglutine autour de ceela une vision trop sérieuse, dogmatique et académique de la philosophie : Pour lui l'essentiel en philosophie serait la vérité (quand serait-il alors du mythe de l'Atlantide dont Platonimortait peut qu'il soit vrai ou faux, l'essentiel étant que nos jeunes soient vaillants), vérité (dont il existe 4 quatre dimensions au moins) qui chez Faye se résume aux vérités historiques ("au nom du droit à la vérité historique" _513, "tout le progrès intellectuel et humain auquel à contribuer la philosophie" _517, phrase des plus nihiliste puisque la philosophie entendue par Faye est décadente). Les rapprochements, les références et les connotations ont donc été évité au maximum, puisque elle sont entourées dans le livre de Faye d'un nihilisme négateur *  Encore une fois il n'y a pas d'introduction du nazisme dans la philosophie qu'avec l'enseignement d'Heidegger dans les lycées et universités il y aurait une nouvelle traduction dans les fait c'est plus qu'à le lire on perd en vigilance parce que l'on est plus en adéquation avec que vous arrive. Manque d'esprit critique, voilà ce dont souffre pour l'instant, qui semlbe fasciné par l'hermétisme de Heidegger, c'est pourtant ce qu'ils ont au fond d'eux qu'ils projettent sur lui et qui n'a rien à voir avec la pensée de Heidegger, mais comme il ne peuvent s'en détacher, trahir Heidegger, il se trouve à refuser sa compromission avec le nazisme. Mais trêve de discussion voici les extraits bruts de décoffrage (les citations de Faye sont souvent plus longues, lui qu'on accuse de les tronqués, ce qui n'est pas tout le temps vrai). disait dans la République qu'il

 

 

Heidegger et l'université.

_86-88 Trois universitaires allemenands ont protesté lors de l'action "contre l'esprit non allemand" (12 avril 1933 Widerden undeustschen Geist), dont le philosophe Sprangler. Heidegger ne l'a pas fait. Au contraire il s'est violemmentSpranger dans ses lettres à Elisabeth Blochmann. moqué de

_89-90 Des bûchers de livres ont eu lieu à Fribourg (sous le rectorat de Heidegger) (témoignages d'Ernesto Grassi et ceux de Fribourgeois recueillis par Hugo Ott) .

_91 Le samedi 24 juin 1933 Heidegger pronocera un discours devant les flammes d'un autodafé, il dira : " Flamme, annoce-nous, montre-nous le chemin d'où il n'y a plus de retour" .

_85 Kriek qui fut son soutien deviendra après 1934 son plus farouche adversaire .

_ Heidegger sera un proche d'Ernst Forsthoff, disciple ultra-nazi de Carl Schmitt. Qui est Carl Schmitt ? L'auteur de ces lignes [nous ne les avons pas reproduites ici]

_113 Heidegger écrira une lettre à Carl Schmitt du 22 août 1933, vous pouvez la lire _254-255.

_93-94 Heidegger fera un éloge de la Deusche Studentenschaft, "Le concept de liberté des étudiants allemands est maintenant reconduit à sa vérité. A artir de lui se déploie pour l'avenir le lien et le service de la corporaiton des étudiants allemand". GA 16 113. ou encore "De la résolution de la Deusche Studentenschaft de soutenir le destin allemand dans sa plus extrême détresse provient une volonté de l'esssence de l'université... ..." GA 16 112-113. Cette association d'étudiants allemands, qui placardera douze thèses anti-sémites sur les murs de l'unviersité de Fribourg, interdit par le recteur Möllendorf, prédécesseur de Heidegger. A son arrivée en fonction, Heidegger ne diffusera pas une interdiction de cette affiche mais enverra une lettre de collaboration renforcée à cette corporation (le contenu du placard).

_144 Congrès de Leipzig (11 novembre 1933) organisé sous l'égide des SA où se réunirent les recteurs (dont Heidegger) venus apporter leur soutien à Hitler

Sur l'eugénisme :

_113-114. Discours à l'institut d'anatomie pathologique de Fribourg "Pour ce qui est sain et pour ce qui est malade, un peuple et une époque se donnent à eux-mêmes la loi en fonction de la grandeur intérieure et de l'étendue de leur existence. Le peuple allemand est maintenant en train de retrouver son essence propre et de se rendre digne de son grand destin. Adolf Hitler notre grand Führer et chanelier, a créé à travers la révolution nationale-socialiste un Etatcnstante de son histoire [...]. Pour tout peuple, le premier garant de son authenticité et de sa grandeur est dans son sang, son sol et sa croissance corporelle". GA 16 151. nouveau par lequel le peuple doit à nouveau s'assurer d'une durée et d'une

_116. Heidegger écrit au ministère de Karlsruhe pour exiger la création dont il rappelle qu'il la réclame "depuis des mois" d'une "chaire de professeur ordinaire de doctrine raciale et de biologie héréditaire" GA16 269.

_116-117 amitié avec Eugen Fischer dès 1933 qui se poursuivra après 1945 selon le témoignage de sa femme Gertrude rapporté par Benno Müller-Hilll, Murderous Science, Elimination by Scientific Sélection of Jews, Gypsies and Others... , Oxford, 1988, p. 108. Eugen Fischer, médecin eugéniste et raciologue, dirige l'Institut de Berlin où sera formé Mengele, le médecin d'Auswitz. Fischer interviendra en faveur de Heidegger pour qu'il soit exempté de "service de défense" contrairement à l'esprit de sacrifice enseigné à ses étudiants.

" ce que l'assainissement futur du coprs du peuple siginfie" GA 16 233

Sur Hitler :

_102 Au lendemain de son adhésion publique à la NSDAP Heidegger écrit à son frère Fritz (4 mai 1933) : "Tu dois considérer la totalité du mouvement non pas d'en bas mais à partir du Führer et des ses grands objectifs. [...] désormais on ne doit plus penser à soi mais seulement à la totalité et au destin du peuple allemand". GA 16 95.

_130 "Je vous engage à respecter la volonté et l'oeuvre de notre Führer Adolf Hitler" (Propos tenus publiquement à Fischer, lors de son immatriculation, 25 novembre 1933. GA 16 208.

Sur la race :

_111-112 Discours de Heidelberg lors du colloque " programme d'éducation politique" GA 16 761-763. Il y fait des appels à la "race dure", à la "race allemande à venir" ou encore à "notre race". Voir aussi unser Gelschlecht GA 16 284/286 : notre race ... est le pont vers la conquête historico spirituelle de la Grande Guerre)

La conclusion de la sixième séance : "Mais étroitement apparenté à cela est un mot comme la "santé du peuple", dasRasse)." Cette conclusion est inédite du vivant de Heidegger. Il y a bien une dimension raciale dans la conception heideggérienne du peuple. lequel de surcroît n'est plus ressenti que le lien avec l'unité de sang et de la souche, avec la race (

_118 abandon dans le discours de Heidegger du terme völklich pour celui connoté de manière raciale à l'époque de völkisch.

_122 emploi du terme Vererbung (hérédité) non à propos d'un individu mais d'un peuple, l'un des mots les plus caractéristiques de la doctrine raciale du nazisme.

_126 "Le solitaire exalté tout comme la masse sans dressage ni direction sont anéantis par la force de frappe de cette race d'homme jeunes ... Cette nouvelle race de ceux qui veulent savoir est à tout moment en chemin." GA 16 204.

_131 A propos de la "manifestation de la science allemande" du 11 novembre 1933 Il est inutile de rappeler que les non-aryens (Nichtarier) ne doivent pas apparaître sur le formulaire des signature" GA 16 217.

Sur le Travail

comme au centre des préoccupation du parti NSDAP (Nazi)

_128 "Le travail place et soumet le peuple dans le champ de l'action de toutes les puissances essentielle de l'être. La structure de l'existence völkisch qui se forme dans le travail et comme le travail est l'Etat. L'Etat national-socialiste est l'Etat du travail." GA 16 205-206. "Il n'existe qu'un seul "état de vie" allemand. C'est l'état du travail, enraciné dans le fond porteur du peuple et librement ordonné par la volonté historique de l'Etat, dont l'empreinte est préformé dans le mouvement du parti-national-socialiste des travailleurs allemands. (Le terme empreinte est à connotation biologie héréditaire, Faye le relève à plusieurs endroit) GA 16 239.

Sur le peuple et son éducation

_142 "L'éducation du peuple par l'Etat pour le peuple - tel est le sens du mouvement national-socialiste. Une telle éducation au savoir le plus haut est la tâche de la nouvelle université." GA 16 307

_________________________________________

PROPOS AUTRES QUE CEUX DE HEIDEGGER

Sur la démission de Heidegger

_524. Un rapport des services secrets des SS (le SD) stipule : "il a quitté son poste en 1934 étant donné qu'il ne possédait pas les capacités tactiques pour ce poste"

Les archives sur Heidegger

(nous citons Faye ici à chaque fois)

_528 : "Ainsi dans toutes les pièces réunies dans le dossier Heidegger de Karlsruhe aujourd'hui conservées à Colmar, aucun signe d'une quelconque appréciation négative à l'égard de son attitude politique n'est retenu contre lui" (Faye)

_512 : "Il est aujourd'hui nécessaire de se demander s'il est acceptable que les manuscrits d'auteurs comme Heidegger et Braumler soient, soixante ans après la Libération, toujours aussi inaccessibles et contrôles par des proches dont les intentions sont ouvertement révisionnsites et apolégétiques" (Faye).

_________________________

AVIS PERSONNEL

On peut se demander aussi ce qu'a fait Heidegger durant ses congés d'enseignement qui ont duré de juillet 1932 à avril 1933, sa corespondance fait état d'engagement politiques aux dire de Faye de même que le rapport de la SD stiplue "S'est-il prononcé en Faveur de la NSDAP avant la prise de pouvoir par celle-ci ? Oui." On peut se demander aussi mais Jean-Pierre Faye si l'absence de repentir public pour celui qui de culture chréterinne disait seul un dieu peut nous sauver ne s'est pas somatisé dans sont passage par un hôpital psychiatrique en 1945-1946, Heidegger ayant du mal à admettre la toute philosophique "vérité" (toute morale en fait) de sa participation à l'affaissement de la pensée, car comme d'autre nous pensons que le mouvement nazi repose sur une pensée certes cynique mais centrée sur l'homme comme dénommabrable, comme élément d'un tout (suicidaire ou cancéreux). Contrairement à d'autres il n'est pas question de faire un procès d'intention et de chercher des analogies symboliques ou de s'en tenir aux connotations lexicales. L'énergie d'un corps parle davantage. Heidegger a fait comme tout philosophe il a repéré la puissance de son temps (dénomminée plus généralement Être chez lui, mais chez son homologue français c'était la Vie à partir des nouvelles données en psychologie et biologie) et s'y est connecté, pensant faire bouger les choses, notamment l'université allemande, il y a toujours dans ce repérage de l'Un (ce qui peut être comme ne pas être) un aveuglement quant aux potentialités contenues dans toute situation à transformer, potentialités qui sont retenu par le paradigme du moment, par l'affect commun dominant. Anis l'approche d'un Reiner Scurmann semble des plus pertinente en ce qu'il dissocie le travail philosophique de Heidegger de ses croyances d'homme dans son Heidegger et que dans ses Hégémonie détruite il fait une déconstruction de l'Un.

_______________________________

*ce nihilisme est un peu différent de la définition qu'en donne Heidegger et que l'on retrouve chez Fédier "Le nihilisme, dont le nazisme reste le premier achèvement historique, n'est pas criminel en soi. Il n'est pas non plus neutre, mais en tant que phénomène historique, porteur - à égalité - de possibilité positives tout comme de possibilités négatives." _504 (voir critique et soupçon, P. 287) Iil est plus simple de dire qu'il n'y a pas d'en soi, donc pas plus de criminel en soi, la confusion est douteuse.

Publié dans : Lectures - Par Anthony - Laissez un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 14:12

L’individu et sa genèse physico-biologique est une méditation sur l´individu et sur sa genèse qui nous invite à repenser le problème de l’individuation à partir des systèmes métastables, irréductibles à l´ordre de l’identité et de l’unité sous la coordination d’un principe de l’individuation capable de « préfigurer l'individualité constituée, avec les propriétés qu'elle aura quand elle sera constituée » SimIL_23. Simondon nous invite à penser à l’individu comme étant le revêtement precaire d’une individuation qui se produit en lui, elle même cherchant des questions-réponses à l’intérieur de ses propres métamorphoses.

Selon Simondon, l’être n´est ni stable ni instable mais métastable (puisque la condition d´instabilité est définie en relation à celle de la stabilité). Cette métastablité définit l´individu comme milieu d’individuation, comme étant immanent à son individuation. Simondon s’est retourné contre une certaine tradition qui, en liant l’individu tout fait au principe d’individuation, a conçu l’être comme consistant en son unité, donné à lui-même, fondé sur lui-même, inengendré, résistant à ce qui n’est pas lui même SimIL_23 (la voie substancialiste) et l’individu comme engendré par la rencontre d’une forme et d’une matière SimIL_23 (la voie hylémorphique).

Tandis que le schéma hylémorphique laissait échapper les conditions énergétiques de la prise de forme, conditions qui résident dans les potentiels énergétiques intrinsèques à la forme et à la matière (cf. "Introduction à la problématique de Gilbert Simondon" par Jacques Garelli in SimIL_12), le schéma substantialiste était incapable d´expliquer la genèse de la substance. Les deux perspectives supposaient d’avance l’existence « d’un principe d’individuation antérieur à l’individuation elle-même, susceptible de l’expliquer, de la produire, et de la conduire » SimIL_23. Simondon a critiqué le fait qu’à travers ces deux manières de poser le problème de l´individuation, on a pris comme point de départ la constatation de l’existence d’individus constitués, les emprisonnant dans un principe d’individuation préformé, extérieur et transcendant à la propre opération d’individuation.

Selon lui, l´individuation serait, au contraire, subordonnée à ce qu´il appelait « ontogénèse », qui désignerait, à son tour, aussi bien l’individu que le processus duquel il s´origine. C´est-à-dire, le devenir de l’être. La pensée devrait s’opposer à une tendance de penser l’être «en passant par l'étape de l'individuation pour aboutir à l'individu après cette opération» SimIL_24 ou de supposer l´existence d´une succession temporelle qui conçoit le principe d’individuation comme la chose qui exécute l’individuation même pour aboutir à l’apparition de l’individu constitué. Il s´agit de parcourir le chemin inverse mettant le principe d'individuation dans un domaine de singularités préindividuelles pour le conduire à son ontogenèse. La méthode générale de Simondon pour penser cette problématique a été formulée par lui de la façon suivante : « on essayerait de saisir l'ontogenèse dans tout le déroulement de sa réalité, et de connaître l'individu à travers l'individuation plutôt que l'individuation à partir de l'individu » SimIL_24.

Au final on peut dire que Simondon a fait des efforts pour abandonner le substancialisme et l’hylémorphisme en faveur d’une conception qui subordonnait l’individu et l’individuation à l’immanence et au devenir. Pour Simondon, « l’individuation doit être saisie comme devenir de l’être » SimIL_31.

_________________________________________________________

SimIL : Simondon, Gilbert. L'individuation à la lumière des notions de forme et d'information. Grenoble: Millon (collection Krisis), 1995.

Publié dans : Lectures - Par Paris8philo - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 24 mai 2007 4 24 /05 /Mai /2007 15:14

Rapide lecture en quelques points de Langage ordinaire et métaphysique Strawson, ouvrage collectif édité par Sandra Laugier et J. Benoist. Ce ne sont que des citation pour l'essentiel) 



1. La métaphyisque descriptive de Strawson

Le style métaphysique de Strawson défendu dans Les individus se tout autant l'héritier de la pilosophie critique de Kant que de la philosophie thérapeutique du second Wittgenstein. Ce double patronnage est d'autant plus surprenant qu'il invoque le noms de deux philosphe les plus communément attachés, aujourd'hui, au rejet de la métaphysique. Mais c'est justement parce que la métaphysique ne peut se passer outre les critiques de Kant - il n'y a pas de discours thoéirque intelligible en dehors de ceux qui portent sur l'expérience - et de Wittgenstein - Il n'y a pas de discours intelligible en dehors de ceux qui s'articulent à une forme de vie - qu'elle doit à tout prix les incorporer. En d'(autres termes, si [/] la métaphysique a un avenir après Kant et Wittgenstei, elle soit, pour Strawson, devenir " descriptive". GitPLMS_13-14

citation de strawson / " La tâche métaphysique [...] consiste à expliquer quels sont les concepts et les catégories les plus généraux que nous employons en organisant notre expérience [...]. En accomplissant cette tâche, il semble que nous ne maqurons pas d'expliquer, de plus, notre conception générale de la réalité, de ce qui existe; donc d'expliquer la nature de notre ontologie de base effective [Analyse et métaphysique, p. 48] " GitPLMS_14

a. méthode analytique

Quoiqu"il en soit, l'idée de métaphyisque descripitve ne s'en rattache pas moins à la tradition analytique, et plus exactement au tournant, appelé parfois "tournant du langage ordianire ", que cette tradition a pris en Angleterre, de la fin des années 1940 à la fin des années 1950, sous l'impulsion de philosophes comme Wittgenstein à Cambridge, ou de philosophe comme Austin, Ryle et Strawson, à Oxford. GitLMS_17

D'accord avec ses collègues d'Oxford, Ryle et Austin, Strawson estime que l'étude systématique de la " grammaire" de nos expressions n'est pas seulement utile pour nous débarrasser de nos fantômes théoriques, mais qu'elle nous apprend des choses sur le monde et sur nous-mêmes.Elle nous apprend comment nous organisons notre expérienc, comment nous classons les phénomènes, en un mot, elle nous apprend comment nous concevons le monde [homonomie+hétéronomie] GitLMS_20

b. transcendantal :

voir LauLMS_85-116

La métaphysique est ici une nécessité transcendantale(bien que pour autant réelle) plus qu'autre chose : l'ontologie [issue d'une homonomie], dont Strawson a réouvert le débat, fait partie de ces conditions sous lesquelles nos discours et nos pensées peuvent faire sens [hétéronomie] et qui fixent pour eux, selon la formule de strawson, les " limites du sens ". B/LLMS_11

II est clair que la réflexion sur le transcendantal a tout à gagner à revenir à la question, centrale chez Schlick et Carnap, puis Quine, de la redéfinition possible de l'a priori synthétique. Le retour du refoulé transcendantal, en philosophie et en épistémologie, signifie en effet qu'on n'en a pas fini avec ces questions, et q ue le rejet quinien de la distinction analytique/synthétique ne les a pas fait disparaître, tout au contraire LauLMS_105

c. Individus et monades (cf. ontologie)

voir Valérie Debuiche, DebLMS_117. 140. 
Particulier : " c'est le concept d'une entité telle que, à la fois des prédicats attribuant des états de conscience, et des prédicats attribuant des caractéristiques corporelles, une situation physique, etc. sont, et sont également, à un seul individu de ce type unique " (Les individus, p. 114) _127

2. Strawson et Quine

Tout à la fois son [Strawson] retour à la métaphyisque est beaucoup plus authntique que celui de Quine qu'on salue parfois comme le réinventeur, au sein de la tradistion analytique, de l'ontologie. ... Strawson s'oppose à toute ontologie réductionniste (comme celle de Quine, avec lequel sur ce pont il entretien un débat incessant) qui n'acc BenLMS_10-11 (cf. Quine, On What there is, 1948).

Quine rejette dans son fameux texte " Deux dogmes de l'empirisme " en même temps que l'idée d'énoncé analytique, celle d'énoncé synthétique : mais sa crititque porte de fait sur l'idée d'une logique qui n'aurait rien à voir avec le réel, et qui serait simple affairede langage LauPLMS_108

La question est bien pour Quine, comme il le suggère dans Philosophy of Logic, de savoir si " la logique est un résumé des traits les plus généraux de la réalité, ou juste un effet de la convention linguistique " - avant de conclure, encore un argument transcendantal, que les deux questions sont vides, unsound or all sound. La logique, pour Quine, est liée au langage (par nature), mais elle n'est pas pour autant arbirtraire ni conventionnelle. LauPLMS_108

3. Strawson et Wittgenstein

Les deux naturalismes : Wittgenstein et Strawson. LauLMS_113 L'un et l'autre demandent une attention aux concepts ordinaires, appelant à une description réaliste de leur fonctionnement cf. point 1.] ... L'un et l'autre soutiennent une philosophie de la subjectivité centrée sur la personne plutôt que sur un quelconque sujet désincarné des expériences et des pensées

en refusant le rejet de toute métaphysiqye, c'est-à-dire en l'occurence de toute connaissance positive d'une structure conceptuelle caractéirisée par la nécessité des propositions vraies qui la décrivent (en tout cas d'un nombre significatif d'entre elles), Strawson rompt par là définitivement avec ce qu'on peut appeler un positivisme wittgensteinien... RaiLMS_

Pour Strawson, les critiques de Witgenstein n'invalident pas, en réalité, l'idée que la philosophie peut éclairer notre image du monde [attention avec cette expression]. Elles invalident pltôt l'idée que la philosophie devrait chercher à justifier une quelconque conception du monde. GitPLMS_19 Evidemment, tout philosophe qui tient à cette dernière [l'analogie thérapeutique] va montrer une certaine froideur envers la mise à jour des structures [homonomie] conceptuelles sous-jacentes. Selon son enseignement à lui [Wittgenstein], il ne faut rien chercher de sous-jacent. Il faut simplement observer l'emploi des concept qui vous intriguent des les diverses affaires humaines - les " formes de vie " - qui leur donnent tout leur signification. [...] il ne faut pas essayer d'établir une théorie générale. Voilà l'enseignement la doctrine. [Analyse et métaphysique, p. 48] GitLMS_21> [ceci enclenche sur le problème sceptique de l'unité du monde _22+ car il faudrait dire que demeurent les deux dimensions de l'anomalie vaincue et de l'anomalie puissante qui ne fonctionnent pas sur le schème conceptuel d'une image du monde, étant exclues du "monde" de la représentation et de l'intention, 4.b, chez Strawson on se rabat donc sur "les deux images du monde" et la soi-disante "existence d'un monde extérieur" _34+. Encore une fois c'est du point de vue de l'esprit que l'on aborde les choses, plutôt que de s'immerger à travers le corps : Cette attitude est encopre plus flagrnate chez Ryle, notamment dans la note 2 de la page 20 : "Dans la Notion d'Esprit, Ryle croit pouvoir tirer de l'analyse un fonctionnement des concepts psychologiques ordinaires des conclusions sur ce qu'est l'esprit"]

[Les deux images] : L'image manifeste du monde se distingue de l'image scientifique en ce qu'elle n'a pas à être justifiée par notre expérience. L'image manifeste n'est pas une théorie empirique sur ce qu'est le monde [homonomie], elle est la manière la plus fondamentale d'organiser notre expérience [hétéronomie]. ... Pour Strawson, l'image scientifique se superpose à l'image manifeste du monde. La physique prolonge la métaphysique. GitLMS_38

La phrase la plus remarquable étant la denière du livre, déjà citée : We must be content with knowing ourselves. [/] We lack words to say... (The Bounds of Sense, p.273) [on touche là aux deux dimensions du (se) connaître et de l'évènement]. Voilà où apparaît la dimension transcendantale : dans l'impossibilité de penser hors d'un cadre conceptuel, le pensable définissant alors ce qu"est le monde pour nous, dans les termes encore du Tractatus de Wittgenstein. Ce principe d'immanence est le point de départ d'une réhabilitation de l'exploration métaphysique. LauPLMS_106-107

4. Strawson et Austin.

Comme celle de Strawson, la philosphie d'austin se dépolie dans un monde aristotélisant, celui de l'Ethique à Nicomaque, dans lequel il y a des choses mais aussi des personnes, des agents, du volontaire et de 'lnivolontaire, de la délibération et, ce qui vient qualifer les actes, des intentions [en note : En ce qui concerne Straswson, on doit avoir présente, à l'arrière plan l'ontologie anti-réductionniste d'Individuals, qui est un monde de personnes, ou dans lequel il est essentiel qu'il y ait des personnes aussi.] BenPLMS_222.

a. Le performatif explicite

La thèse austinienne, d'après Strawson, est liée au privilège, chez Austin, de ce qu'on appelle le "performatif explicite " (celui dans lequel il y a un marqueur linguistique ewplicite du type d'acte de discours qu'on effectue par l'énoncé lui-même, du style : " j'ordonne... ", " je demande ") mais aussi et surtout au type d'interprétation qu'Austin donne de ce privilège (intervention conventionnaliste précisément) - une interprétation que Strawson sontexte dans son principe. En effet chez Strawson il y a bien, comme chez Austin, en un certain sens, aussi un privilège du "performatif explicite ". Mais ce privilège - qui traite le performatif explicite disons comme révélateur du sens général du performatif - est alors lié aux ilpératifs qui sont ceux d'une phénoménologie de la communication, élaborer en commun avec Grice au début des années 50, et qui met, du point de vue de Strawson, un fois de plus en relief l'intention, comme seul principe de l'acte performatif. BenPLMS_224-225.

b. Intention, vérité et performatif

J'essayerai de comprendre le primat de l'intention. Puis dans un second temps, je confornterai cette lecture strawsonienne du programmme de la philosophie du " langage ordinaire " et celle d'Austin, qui, contre Strawson, privilégie le concept de convention. Cette querelle entre Austin et Srawson traverse les différents champs de leur analyse du langae, puisqu'elle affecte tant leur théorie des performatifs purs, qui ne sont ni vrais ni faux, que leur théorie de la vérité. BenPLMS_209-210. Austin instiste de façon répétée sur le fait que les actes illocutoires (les performatifs stricto sensu : là où on fait quelque chose par le simple fait de parler) sont conventionnel _222. Reste que si les discours sont des actes et, Austin comme Strawson, nous ont appris à le voir, ils le sont toujours aussi, les " intentions ", en un sens large, jount toujours un rôle dans le discours._223.

c. Sur l'acte de référer (On refering) 

voir la philosophie comme indication, qui indique une autonomie.
Derrière la référence, comme acte linguistique, il y a la croyance. ... L'acte de référence ne consiste nullement à décrire ou à asserter cette croyance, pas plus qu'il n'y réfère. Mais il l'indique : sa portée précise est de l'indiquer... la notion strawsonienne de référer a de toute évidence quelque chose à dire quant au thème austinien fondamental de l'enracinement contextuel de la vérité (de la nécessité d'articuler une prise démonstratve sur le monde afin d'en dire quoique ce soit de vrai) BenPLMS_217-221. Le fait que je m'exprime suivant des modalités référentielles laisse de toute façon entendre que je croi à ce dont je parle. _218 L'idée de Strawson, enpruntée à Grice, est qu'il faut compléter la dimension de signification par une dimension d'indication, pourrait-on dire en empruntant le du Husserl des Recherches Logiques (Anzeige versus Bedeutung) _226. Or, d'après Strawson, une telle " indication ", qui intervient hors signification, et dépend du contexte ne peut être conventionnnelle _227.

Pour Julien Dutant, implicature /= implication (chez Austin) voir page 216+

5. Réferences à Russell

voir partie Strawson, Critique de Russell, par Bruno Ambroise, AmbLMS_187+
référence-objet, ce que Russell appelle meaning BenLMS_210



B/LLMS : Jocelyn Benoist, Paris I, et Sandra Laugier, UPJV, Langage, esprit, monde.
BenLMS : Jocelyn Benoist, Paris I, Les actes du langage entre intention et convention
GitLMS : Boris Gitel, UPJV, La métaphysique descriptive et les deux images du monde
LauLMS : Sandra Laugier, UPJV, Arguments transcendantaux et limites du sens
RaiLMS : Layla Raïd, Université de Bordeaux III, Strason et Wittgenstein

Publié dans : Lectures - Par Anthony et Manuel - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 22 mai 2007 2 22 /05 /Mai /2007 00:16
Eric Hazan commence son livre par une référence à l’ouvrage “ LTI ” écrit par Victor Klemperer sur la langue du 3ème Reich (1). Les nazis ont inventé des mots pour servir leur propagande. Il y a eu une langue nazie. Ils ont gagné aussi par la langue en changeant la valeur des mots, en transformant la langue allemande en moyen de domination. Klemperer a mis en évidence les possibilités d'asservir une langue, et donc la pensée elle-même. La maîtrise de la langue a permis la manipulation des masses.

Eric Hazan démontre qu’il y a une langue du pouvoir, issue de la politique, de la publicité, de l’expertise économique et du journalisme. Une langue, qui se propage dans tous les domaines pour endormir le peuple, le rendre indifférent aux injustices et aux inégalités. Une langue, qui gomme toute velléité de rébellion et s'emploie à maintenir l'ordre. Une langue, qui sert le consensus au profit de la domination capitaliste actuelle. Il situe la naissance de cette langue aux alentours des années 60, elle se déploie massivement dans les années 80 - 90. Cette langue, notre langue, il la nomme “ LQR : langue de la 5ème République ” (Lingua Quintæ respublicae en latin en référence à la LTI de Klemperer) (1).

Eric Hazan étudie la modification du sens des mots, le changement de la valeur des concepts et leur fréquence. Il n’y a pas de volonté centralisée, pas de décision dans ces transformations. Il situe l’origine de cette langue principalement chez les économistes, les publicitaires, les politiciens et les journalistes. C’est une sorte de lissage, un vernis sémantique pour cacher les réalités derrière des abstractions, une syntaxe privée d'articulations logiques, une utilisation d’hyperboles et d’euphémismes. L’hyperbole amplifie et l’euphémisme atténue et adoucit. Ici, la recherche de l'efficacité se fait aux dépens de la vraisemblance. Le message implicite est porté par la langue, les mots sont vidés de leur sens premier. Le discours peut n'avoir aucun sens, pourvu qu'il atteigne le but fixé : masquer le réel, entretenir le consensus. Sa critique rejoint celle de François Brune, qui dénonce la pub comme l’idéologie de notre temps.

L’auteur s’interroge sur les raisons du succès de cette langue. Il note que le contexte est celui de la concentration des médias aux mains de grands financiers, de grands patrons marchands d’armes ou bétonneurs. Il relève également l’intérêt de toute une partie de la population : politiciens, journalistes, cadres, universitaires, fonctionnaires, etc. à voir se maintenir l'ordre sous-jacent à la LQR, l’ordre inégal et injuste du capitalisme contemporain. Il constate le caractère performatif de cette langue : l'énonciation de la phrase est l'exécution d'une action (2). Plus cette langue est parlée, plus les valeurs qu'elle défend ont tendance à se réaliser. On ne peut pas l'utiliser sans être imprégné du message.

Eric Hazan fait œuvre de déconstruction en étudiant le résultat de cette LQR, en regardant les mots employés, les tournures de phrase, les procédés rhétoriques. Il remarque l’usage massif des euphémismes et se demande quelle est la fonction de l'euphémisme. Sa réponse : la LQR vise le consensus. Elle ne concerne pas les rares cyniques, qui s'expriment publiquement. C’est le langage commun qui est en cause. La LQR a fait disparaître les pauvres, qui sont devenus des "familles modestes". Il n’y a plus d’oppresseurs ni d’exploiteurs parce qu’il n’y a plus d’opprimé/es ni d’exploité/es.
Les procédés de l'euphémisme ? Contournement, évitement, substitution, atténuation. Avec les euphémismes, on peut cacher une réalité, contourner un non-dit. Par exemple, le concept de “ partenaires sociaux ” remplace ceux de patrons, chefs d’entreprises, de bourgeois. Ils sont alliés dans une lutte contre les salarié/es, mais, avec ce terme, les deux parties sont mises sur le même plan. Les dominants sont ainsi débarrassés de toutes visées agressives.
Eric Hazan note que de nombreux anglicismes sont utilisés, par exemple, la gouvernance. Au passage, la domination d’une classe sur d’autres classes a disparu. La LQR emploie la notion catégorie sociale, ce qui est plus neutre et apparemment plus objective. La gouvernance est fonctionnelle, elle positive, elle cherche des solutions à nos problèmes et nous maintient dans l’idée qu’il s’agit d’une question de gestion technique, où les experts savent ce qui est bon pour le peuple.

La LQR masque la réalité. Il faut assez fréquemment camoufler les contresens ou cacher le vide derrière les mots employés. C’est le cas du mot “ réforme ”, qui recouvre en réalité une remise en cause d’avantages acquis, un recul social. Cela peut concerner aussi la mise à la trappe d’une réforme antérieure, qui gène un peu la gestion ultra libérale du capitalisme.
Le terme crise est très souvent présent dans les discours politiciens ou médiatiques. Pourtant, il est question de problèmes chroniques, qui durent depuis longtemps et dont les origines sont liées au fonctionnement même du capitalisme actuel. L’emploi du mot crise laisse supposer un mal bref et aigu, dont la résolution peut être rapide, notamment dans le domaine médical.
La croissance est un mot magique, très important politiquement. Elle est scientifique et appuyée sur analyses chiffrées, mais ces données sont incontrôlables. La croissance est censée résoudre tous nos maux. Pas de questions sur le type de croissance, ni pour qui et pourquoi il faudrait croître. Autre exemple, les "hauts" conseils, qui servent à rendre respectables les chiffres sacrés.
Le préfixe "post" donne l'illusion du mouvement, d'une évolution vers le progrès, alors que les problèmes demeurent. Ce suffixe efface le passé dérangeant. La colonisation évolue vers le post-colonial, l’ère industrielle et la lutte de la classe ouvrière tendent à disparaître au profit du règne du tertiaire, des services, du post-industriel.
Un des ressorts de la LQR est l’amplification rhétorique, l'hyperbole. Il faut utiliser des mots porteurs d'un sens très fort, pour dramatiser la situation. Pour les critiques d’art, l’emphase est régulière. Eric Hazan note également que la présence du vocabulaire militaire s’accentue : feuille de route, mobilisation, intervention sur zone, fenêtre de tir, prise en otage des usagers, "la situation est sous contrôle", etc.

L’auteur se pose la question de savoir si nous ne sommes pas face à un renversement de la dénégation freudienne. La dénégation freudienne, c’est refouler ce que l'on a en nous, ce qui nous pose problème. Pour la LQR, la dénégation c’est se prévaloir de ce qu'on n’a pas. Par exemple, il est question de la transparence, des élites, de la diversité, du dialogue social, de la concertation, etc. de toutes ces choses positives que l’on aimerait bien voir exister. Nos dominants affirment la solidarité haut et fort, mais sans aucun acte.
La LQR utilise l'essorage sémantique. Certains mots perdent leur sens initial pour être dévalués, devenir creux, sans consistances. Il en est ainsi du vocabulaire de la révolution française avec “ république ”, “ démocratie ”, “ droits de l’homme ”. Le mot “ social ” est devenu une coquille vide. Idem pour la “ modernité ”. C’est, selon le moment, un idéal inaccessible aux barbares non occidentaux, ou un repoussoir à combattre au nom des valeurs perdues. Par contre, la notion de modernisation fait fureur en tant que processus présenté comme inéluctable et allant toujours dans le sens du progrès.

La LQR c’est une ambiance, c’est l'esprit du temps, un bain mental. Par exemple, la “ société civile ” est opposée à l'État. Par définition, c’est tout ce qui n'est pas la société politique. La société civile est généralement récupérée et glorifiée comme un partenaire de la vie politique. Les liens sont biaisés par la dépendance financière et politique des ONG vis-à-vis des États. Les ONG finissent par faire le travail des États, l’image de contre-pouvoir qu’elles ont d’elles mêmes et qu’elles diffusent est un leurre.
Les valeurs universelles ? Autre exemple de renversement de la dénégation freudienne : liberté, égalité, fraternité, terre d'accueil, etc. De grands mots pour masquer une réalité historique et quotidienne bien plus sombre : apartheid social, exclusions en tous genres, xénophobie d’Etat, racisme ordinaire, discriminations, violences policières, expulsions, ...
Les nobles sentiments sont survalorisés pour les classes dominantes. Les élites dirigeantes sont "fermes et décidées", ceci pour notre bien. Le paternalisme fonctionne bien, il existe des ministres délégués aux défavorisé/es. La parole politique pratique une alternance d'indignation face aux actes criminels inqualifiables et d'écoute bienveillante des populations malheureuses, mais incapables de se prendre en main.
La LQR a intégré très rapidement une sémantique antiterroriste. Après le 11 Septembre 2001, le concept “ arabo-musulman ” est apparu. Il est maintenant banal, même s’il fait un amalgame entre une région géographique et une religion. Le mot islamiste est devenu un épouvantail. Les notions de “ quartier sensible ”, de “ jeune issu de l'immigration ” ou de “ maghrébin ” sont presque toujours connotées de façon négative comme sources de problèmes.
La LQR utilise aussi l'effroi et la violence. Cette langue vise l'uniformité et l’aplatissement, mais il existe un domaine, où elle se permet les pires dérapages. C’est le cas, lorsqu'il s'agit de défendre l'Occident face aux peuples barbares. Le discours de la haine et de l'élimination s'exprime alors librement. Mais, si on critique les USA, nous faisons de l’antiaméricanisme primaire.

La fonction essentielle de cette langue, c’est d’effacer la division sociale. L’auteur constate que la LQR sert à censurer tout ce qui s'oppose au capitalisme contemporain, nommé ici néolibéralisme. C’est pour cette raison, que l'évitement des mots du litige est central dans cette novlangue. Après la chute de l'URSS, il y a disparition des mots liés à la lutte de classes et au communisme en général. On parle de couche sociale ou milieu au lieu de classe sociale. Le mot “ élites ” est bien pratique, exit la domination.
En permanence, il faut recoller les morceaux. C’est une œuvre politique, il faut absolument empêcher la division en expliquant à ceux qui pensent différemment, qu'ils sont dans l'erreur, et convaincre les citoyens/nnes qu'illes sont lié/es par une certaine unité. Les mots ''ensemble'', ''solidarité'', ''proximité'' sont fréquemment employés par les élus, qui vont sur le ''terrain''. Il faut affirmer que cela existe pour qu’on puisse y croire. Le tabou de la LQR, c’est la guerre civile.

La LQR recourt à l'éthique pour valoriser ce qui est inacceptable. Les vices du système capitalistes sont attribués au manque de ''vertu'', de ''transparence'' de certains acteurs. Ceci permet de désigner des ''responsables''. Ce procédé est particulièrement flagrant dans le monde du capitalisme financier. Ce faisant, la LQR essaie d’entretenir du mythe de la citée unie mise en danger par quelques éléments, qui feraient n'importe quoi. Pourtant, le capitalisme financier est une activité fortement marquée par le parasitisme, elle a des conséquences sociales destructrices, cette évidence doit être dissimulée (3).

Eric Hazan emploie souvent des métaphores médicales pour parler de la LQR : contamination, anesthésie, antibiotique de la pensée, nettoyage de la conscience, parasitisme mental, endormir, hypnotiser, etc. Cette méthode sonne juste, puisqu’il s’agit de notre être, il nous faut faire un effort pour rester éveillé/es. Cet ensemble langagier, est une façon de présenter les choses, où les réponses précèdent les questions.
Si la LQR contient des trésors d’euphémismes, c’est pour contourner, nier, occulter la domination. Il faut maintenir un rideau de fumée, invisibiliser, gérer l’opinion publique pour soumettre et convaincre la masse. C’est une arme efficace dans le maintien du statu quo, pour la domestication des esprits. C’est un ensemble de technologies mentales, qui agit sur notre manière de nous comporter pour que rien de change : consommer, voter, penser en conformité, se distraire, accepter, choisir ce mode de vie, le désirer. Si ça va mal, c’est de notre responsabilité. On est passé des pauvres aux exclus/es, de la justice sociale à la charité spectacle.

L’origine est idéologique, la fonction est idéologique, la LQR est un stratagème de la pensée capitaliste actuelle. Dans le combat politique, il s’agit de reformuler les problèmes, de choisir les termes, d’opérer des glissements sémantiques, d’avoir de l’influence sur les termes mêmes du débat public. Il faut cadrer les discussions possibles et empêcher les autres. La LQR est la langue de la domination, une langue de domination.

Eric Hazan n’est pas libertaire, c’est un ancien chirurgien devenu éditeur et écrivain. Quand il était jeune, il avait rejoint le FLN algérien et ensuite il a voulu devenir médecin par solidarité avec les palestiniens/nes (4). Il nous propose aujourd’hui de développer notre méfiance, de décoder, de déconstruire, de décaper notre langage. Son livre est une leçon de liberté pour retrouver la saveur de la langue. Il s’agit bien d’une lutte pour les mots, d’un combat contre la domination mentale. La lutte pour la maîtrise du contenu symbolique de notre environnement culturel s’est amplifiée avec les médias de masse. La nouvelle droite a réussi à imposer le racisme différentialiste et à relooker le racisme, à le rendre acceptable par tout le monde ou presque. La LQR c’est la suite de cette entreprise. Le capitalisme évolue et l’ambiance mentale le suit, c’est un mélange de cynisme et de relativisme culturel, une lutte de classe pour le contenu du langage. C’est pour cela que j’ai apprécié ce livre, même si son auteur, sociologiquement parlant, est plutôt de l’autre bord (5). Il est stimulant et il invite à la distance critique. Ce livre continue l'œuvre de Jean Pierre Le Goff sur " Les illusions du management " et la "langue caoutchouc". Il va dans le même sens que Luc Boltanski et Eve Chiapello dans leur livre sur "Le nouvel esprit du capitalisme" (6). Je pense également que Eric Hazan apporte de l’eau au moulin de Dany Robert Dufour. Celui-ci dans son livre “ L’art de réduire les têtes ” parle de la postmodernité comme d’une époque, qui occulte la question de l’autorité. Il n’y aurait plus de maîtres, parce qu’il n’y a plus de transcendance valide et légitime. Mais, les maîtres et le capitalisme sont toujours là, même si c’est au prix du désarroi du sujet (7). Il n’y a pas de doutes, la LQR est bien la langue des maîtres postmodernes.

Philippe Coutant, Nantes le 1 Novembre 2006 (source :  http://1libertaire.free.fr/NoteLqrPhC.html)

Cette note de lecture est parue dans le numéro 25 publié fin Avril 2007 de la revue Les Temps Maudits de la CNT-F (Vignoles).


1 / “ LTI, la langue du Troisième Reich ” est disponible aux éditions Pocket. Un compte rendu est disponible sur cette page :

http://akrieg.club.fr/crKlemperer96.html

Un article de Wikipedia sur Victor Klemperer :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Klemperer

2 / Performatif ? Énoncé qui constitue simultanément l'acte auquel il se réfère (ex. Je vous autorise à partir = autorisation). Verbe performatif: verbe dont l'utilisation constitue un acte en soi, se confondant avec l'acte d'énonciation, tel que juger, promettre, baptiser, bénir. Les verbes performatifs s'opposent aux verbes constatifs.
http://www.lettres.net/files/performatif.html

Performatif sur Wikipedia : Une expression est performative si elle constitue elle-même la chose qu'elle énonce et est prononcée dans certaines conditions. La notion de performativité a été développée par le philosophe John Austin dans son ouvrage Quand dire c'est faire (1962). Elle caractérise certaines expressions qui font littéralement ce qu'elles énoncent : “ L’AG est ouverte ! ” par exemple.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Performatif

3 / Il est possible de se référer à ces articles, entre autres : "Les grandes mutations économiques et leurs conséquences sociales" écrit par un professeur à la Sorbonne et ancien ministre.
http://www.globenet.org/archives/web/2006/www.globenet.org/horizon-local/dial/2124.html

« Contribution à l'analyse du capitalisme contemporain » Par Jean-Luc Sallé lors d'une conférence syndicale :
http://assoc.orange.fr/continuer.la.cgt/jeanlucs.htm

4 / Un article de Wikipedia sur Eric Hazan
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_Hazan

Il a écrit un autre livre en 2004 : “ Chronique de la guerre civile ”, où Éric Hazan dévoile sans ménagement l’offensive mondialisée des dominants et des gouvernements contre les peuples et les “ classes dangereuses ”. Le compte rendu est disponible sur deux pages :
http://www.politis.fr/article895.html

http://www.inventaire-invention.com/lectures/chollet_hazan.htm

5 / Vous pouvez trouver sur Internet divers textes concernant la LQR et le livre de Eric Hazan. Un certain nombre de documents sont accessibles sur cette page :
http://1libertaire.free.fr/LQR20.html

6 / Deux notes de lecture sur ce livre sont parues dans la Revue les Temps Maudits publiée par la CNT-F dite CNT Vignoles. Elles sont en ligne sur Internet à cette adresse :
http://1libertaire.free.fr/chiapello.html

7 / Une note de lecture sur le livre de Dufour est parue en 2004 dans le numéro 20 de la Revue les Temps Maudits publiée par la CNT-F dite CNT Vignoles. Sur ce sujet, plusieurs textes sont disponibles sur cette page :
http://1libertaire.free.fr/DRDufour10.html
Publié dans : Lectures - Par Paris8philo (texte de Philippe Coutant) - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires

WHO ARE WE ?

  • : Les devenirs de la philosophie à Paris
  • Les devenirs de la philosophie à Paris
  • : Des pensées pour être apte à un plus grand nombre de choses. Non pas changer le monde mais mais être capable d'en voir les positivités : les autonomies (comme à Paris 8)
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

SITE SEARCH

WEB AND CLOUD


paris-philo 15   facebook.jpeg   twitter.jpeg   pearltrees.jpeg
.

SITE TRANSLATION

English Español 日本語 [أربيك] Italiano Deutsch 汉语 漢語 Nederlands 한국어 Port Русско
Ελληνικά Swedish Romanian Polish Norwegian Hindi Finnish Danish Czech Croatian Bulgarian Français - Langue originale
www.traducteurenligne.net

 

 

OTHER VERSIONS OF THIS SITE

 

       

 

(sorry we don't upload frequently, actualisation depends of our free abroad lectures)

IMAGES

  • Gurméndez Carlos 1985
  • Dutant Julien 2007

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés