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La 1ère thèse de philo écrite pour l'hypertexte

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Sur les institutions

Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 21:18

Paradoxe de la critique de la critique, défense provisoire du criticisme face à la décadence universitaire.

la distinction entre vérité et savoir, base à la réintroduction de la puissance dans la connaissance.

Certains relèvent "scrupuleusement" la supposé auto-contradiction de la critique kantienne, appelons-les analytiques. Cette critique du "criticisme" de Kant qui ferait s'effondrer tout l'édifice kantien remonte aux ouvrages d'Enésidème mais aussi Aetas Kantiana, tome 244, II, 578 : Il se pose comme une alternative dont l'argumentation est tronquée sans que ce truchement n'apparaisse, comprenez que nous opérons ici un changement de perspective face à des imprudences effondrantes . Donnons ou bien ce que dit la critique de la raison pure est vrai et alors pour qu'une connaissance soit vraie, il faut qu'il y ait une intuition et un concept. Or, l'énumération des conditions de possibilité de la connaissance ne satisfait pas à ce critère de vérité, puisque ces conditions ne sont pas représentables par intuitions et concepts. Par suite si ce que dit la Critique de la Raison Pure est vrai, alors la critique de la raison pure est fausse.
ou bien il existe un mode de vérité autre que la liaison d'un concept et d'une intuition. En ce cas, Kant a tort de dire que la seule vérité est celle des jugements mathématiques et physiques. Par suite, là encore, la critique de la raison pure est fausse.
Vous avez un exemple de binarité de raisonnement sans nuance pour comprendre que la critique de la raison pure est une construction humaine avant tout. Allez demander à une construction qu'elle soit vraie ou fausse l'important est qu'elle tienne notamment aux contre-arguments.
Cela s'appelle prendre les gens pour des nigots, car la philosophie opère de tout temps par effet de capture ou d'attrappe-nigot qu'on nomme disciples.
Il semble bien que ce qui relève de la subtilité et de la nuance échaoppe encore aux détenteur de vérités binaires qui ne sont là en rien mathématiques.

Cette "propension à l'auto-réfutation" part bien du refus d'assumer la prétention à la vérité des propositions coupant toute voie à la tentation de la fondation. La particularité du Kantisme est de couper le chemin d'accès à l'absolu mais d'ouvrir la voie à l'autonome (c'est-à-dire ce qui ne respectent pas les lois des supposées matière et esprit). Ceux que certains nomment l'importance du "tournant langagier", issu de la confrontation entre les soit disant paradigme de la conscience et les paradigmes du langage qualifieraient ma présente critique de relativisme alors précisément que je ne reconnais à la conscience qu'une dimension seconde voire nulle, que je ne rentre pas dans le paradigme de la subjectivité et sa grammaire. Cela par la syntaxe employée relèverait de "contradiction performative". Que n'inventent-ils pas. Le tournant langagier a se défaut d'une part de réduire la philosophie à la moralité d'une capture de la vérité et d'autre part de faire croire que la vérité supputée absolue tiendrait dans une proposition. Dire cela relèverait, selon les philosophes de classe, du relativisme.

Viennent ensuite deux "Or".

Or il existe un argument imparable qui est que Kant est un philosophe qui pose la distinction entre vérité et savoir. Cette distinction est relevée par tout philosophe dès lors qu'il énonce des énoncés synthétiques. Cette distinction entre vérité est savoir est par exemple relevée par Schopenhauer en germe dans la quadruple racine du principe de raison suffisante et explicitement dans Le Monde comme volonté et comme représentation ainsi que dans Logique des Mondes de Badiou; Pour ma part je renchérirais volontiers en disant que la vérité n'a pas d'importance, la vérité qui attriste en ce qu'elle est énoncée dans une chute n'est pas l'importance qui est énoncé entre vivants (et morts aussi via les textes et les acquisitions instinctives non transformées en institutions).

Or le dogme auquel j'appartiens (par l'époque non par le coeur) est de dire que la philosophie n'est pas là où elle est prétendument formulée, ni dans une fonction de vérité ni dans des proposition. Il s'agit avant tout d'un travail à même le langage de pliage d'une force qui d'une part produit le tranchant (intrinsèque, propre, en tant que tel, que je qualifierais d'autonome), d'autre part la trace de l'agir sur le pâtir (la nécessité, le là qui n'est pas la loi) mais encore une part de déchet idéel (l'outrance, l'hyperbole, la transcendance qui conduit à l'énonciation des lois). Mais on a là les opérations transcendantales du négatif ou de son cousin l'envers : le minimum, la conjonction, l'enveloppe BadLM_117-118/163). Dès lors que l'on supprime l'enveloppe propre à la pensée organique pour tomber dans l'inorganique, on perd cette dimension négative propre à la pensée par idée. Il se trouve même qu'apparaît une complexité entre les dimension de l'actif, du passif et du réactif (qui était la part aveugle de cette construction). Et oui je vient de faire s'effondrer le dogme sur lequel je prétends m'asseoir. Paradoxe de celui qui n'est dans l'idéalisme de l'immanence (Ouvert et Envers, Loraux comme Badiou). Il y a du propre, du soi, il y a de l'agir et du pâtir, mais ce serait masqué le réactif., de ne pas voir que ceux qui agissent le plus sont aussi ceux qui n'étant pas en haut de l'échelle des idées, pâtissent aussi le plus ou dit autrement "la négation est là de ce que le "là" est déjà négation" (_163).
Ceci est la nature première du "Dehors", du "Surpli", non rapetissé par les institutions des maladifs, nature première qui nous est intérieure. Bref c'est là doctrine de la négation de ce qui existe à trop vouloir le déterminer, la vie est faite de nécessités plus ou moins singulières non de déterminismes.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Sur les institutions
Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 00:35

Un ami qui enseigne dans une université du Colorado m'a pointé vers un article du Economist, «The disposable academic - Why doing a PhD is often a waste of time», sur la valeur du doctorat aujourd'hui. «Pourquoi faire un doctorat est-il une perte de temps?». Étrange. Lisons

Post Doc NightmareL'article traite de la surabondance des détenteurs de doctorat dans un monde qui trouve qu'il y en a trop (trop? Comme si la Terre pouvait être trop bleue!) D'aucuns vont même jusqu'à dire qu'entrer dans la course au doctorat est comme entrer dans un schème pyramidal de Ponzi, lit-on.

L'argument principal apporté par l'auteur consiste à se demander si les doctorants qui graduent gagnent plus que ceux du baccalauréat. Une étude britannique démontre que détenir un baccalauréat permet d'avoir des revenus 14% supérieurs à ceux qui auraient pu aller à l'université, mais qui ont décidé de prendre un autre chemin. Pour un doctorat, cette moyenne est de 26%. Où se trouve le problème?

La comparaison perd de son éclat quand on la compare à la «prime» d'avoir une maîtrise, formation qui prend moins de temps qu'un doctorat: 23%.

L'étude montre donc qu'en moyenne avoir un doctorat ne donne que 3% «d'avantages salariaux» par rapport à une maîtrise. Et encore, pas pour tous les domaines: en math, informatique, science sociale et linguistique, cette différence s'estompe. Et en «engineering and technology» (je ne connais pas l'équivalent français) ou en architecture et éducation, l'avantage disparait complètement et devient négatif.

Il faut probablement relativiser ces chiffres britanniques. Mais on est surpris qu'il n'y ait pas plus de différence.

Malus au doc

L'article conclut en racontant que les nouveaux docteurs trouvent difficilement leur place dans le marché malgré leurs talents. Ou plutôt que les talents collatéraux acquis au Doc sont d'une faible utilité dans un monde où le savoir technique doit être assimilé rapidement et présenté clairement et simplement à une vaste audience (comme si le soin apporté à la rédaction et à la validation ne trouvait plus preneur).

L'article mentionne que certaines universités commencent à offrir à leurs doctorants des cours de «soft skill» (hum, un traducteur dans la salle?) comme la communication et le travail en équipe pour les préparer au marché du travail.

Il n'est pas fait mention dans l'article des raisons autres qu'économiques qui motivent une personne à faire un doctorat, mais l'argument financier fait tout de même mal.

Superflue, super flûte!

L'universitaire semble s'empêtrer d'une connaissance superflue s'il se spécialise trop académiquement. Pénalisé par sa persévérance, en quelque sorte. Ou est-ce alors l'Université qui produit trop d'experts de niveau «académique» (particulièrement dans certains champs d'études) sans possibilité de les replacer dans son propre corps? C'est une des questions posées dans l'article -- qui fait aussi le parallèle paradoxal avec un marché du travail qui se plaint d'un manque de ressources spécialisées. (Et revoilà le débat relancé quant à savoir si le rôle de l'Université est de servir les intérêts du marché ou non).

Je suis plus qu'intrigué par le fait que les doctorants ne trouvent pas leur place. Mais qui ne connait pas un étudiant dans cette situation?

Le savoir ordinaire

J'avais abordé il y a quelques années la montée du savoir profane, ce savoir non-académique, qui entre en compétition avec un savoir plus formel (voir un démonstration que j'avais proposée). Peut-être que le «just good enough» s'applique au savoir en entreprise. L'accès à l'information par internet rend-il la connaissance d'une information moins attirante que la compétence de l'acquérir? Cette compétence, effectivement, s'acquiert dès la Maîtrise.

Dans les domaines en ébullition (internet notamment), devient expert celui qui a lu 3 livres de plus que les autres. Dans le domaine des réseaux sociaux, des soi-disants experts n'ont probablement lu que quelques livres de plus que son client et suivent un ou deux bons mots clefs sur Twitter. À ne pas mélanger avec charlatan. Dans un monde informationnel en expansion, ces petites avances peuvent devenir des gouffres infranchissables en quelques années. L'expertise se métamorphose. Il faudra y revenir.

Et vous, qu'en pensez-vous?

Par Martin Lessard - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Sur les institutions
Dimanche 19 décembre 2010 7 19 /12 /Déc /2010 17:02

Avec « la Recherche biomédicale en danger » (Cherche-Midi), le professeur Philippe Even, 78 ans, dit tout haut ce que tout le monde s'efforce de ne pas voir. Pour lui, le système français broie les meilleurs. «Depuis 25 ans, la France n'a rien inventé», nous dit ce franc-tireur. Il faut selon lui faire taire les grandes écoles qui finissent par administrer la recherche sans la pratiquer elles-mêmes. Ansi «Trois projets sur quatre sont voués à l'échec» et cela a plutôt tendance à faire fuir la cerveaux. Anthony

Philippe Even, 78 ans - « être vieux, c'est être jeune depuis plus longtemps que les autres », dit il avec Geluk -, ancien doyen de la Faculté de Médecine Necker,  publie 500 pages brillantissimes : vingt ans de recherche biomédicale sont passées au tamis d'un esprit libre qui se fait volontiers le porte-parole,  quand ce n'est pas la torpille, d'hommes politiques ou de fonctionnaires qui se croient contraints au silence par la diplomatie ou le devoir de réserve. Ainsi ce lanceur d'alerte aura-t-il passé quatre ans à faire ce qui ne se fait pas : expertiser la recherche française dans le détail, chercheur après chercheur.

Hostile à l'idéologie égalitariste, il en appelle à un système  où des cerveaux brillants enfin dotés de moyens dignes de leur mission dirigeraient les centres de recherches. On en est bien loin, nous explique-t-il, avec un talent de conteur peu commun. Gauche comme droite ont bien entendu cherché à l'enrôler mais lui refuse, amusé, toute appartenance « à un  comité Théodule ». Tout au plus se glisse-t-il temporairement dans un habit de consultant amical et distancié auprès des conseillers de l'Elysée ou du PS : « Je veux rester libre de parler. Toutes les armées ont besoin de corps francs dont on utilise les résultats et dont on n'est pas responsable s'ils choquent ou s'ils échouent.  » Et pour étayer son livre, il  a mis 500  documents sur le site de l'Institut Necker, qu'il a créé et dirige depuis vingt ans.

 

Nouvel Observateur. - La recherche biologique et médicale française est en danger,  expliquez-vous.

 Philippe Even.- Oui, contrairement à ce que vient de proclamer le directeur du CNRS et beaucoup d'autres apparatchiks : l'effondrement général depuis 2000, touchant les quatre recherches, biologique, médicale, biotechnologique et pharmaceutique. Notre industrie du médicament est encore un grand fabricant, mais depuis 25 ans, elle n'a rigoureusement rien inventé. On n'invente pas quand on ne cherche pas. Elle fabrique sous licence les bouteilles et les bouchons mais les grands crus qui guérissent viennent tous des Etats-Unis, d'Angleterre ou de Suisse.  Pendant 4 ans, j'ai recensé et analysé plus de 200 000 publications 2000-2010 de nos 12 000 chercheurs et universitaires de biologie et de médecine dans 2000 journaux  de langue anglaise et constaté que 3000 ne font rien et 6000 peu de choses. La France obtient des résultats médiocres.

Dans  les classements internationaux, nous ne sommes pas, contrairement à ce que répètent politiques et administrateurs, la 5eme « puissance », mais très loin derrière les premiers : nous sommes au 5eme balcon et la chute s'accélère depuis 5 ans, puisque nous sommes aujourd'hui loin derrière l'Amérique, l'Angleterre, l'Allemagne et le Japon, et depuis un an, dépassés par le Canada, la Suisse et la Scandinavie. Et ça, c'est en biologie. En médecine de soins, c'est bien pire, 1 à 2% dans les grands journaux de cancérologie, de cardiologie, etc. Tragique. Depuis 1980, la France  n'a obtenu  qu'un seul Nobel de Médecine et depuis 1945, 14 Nobel de Sciences, contre 51 à l'Angleterre, 32 à l'Allemagne, 241 aux Etats Unis. J'ai donc voulu savoir qui, en France, fait quoi,  où, comment, avec quels résultats internationaux, et repérer  les éléments porteurs. J'y ai ressenti le  même bonheur qu'à visiter une galerie d'art contemporain à la recherche de belles œuvres.

N.O.- Sont-ils nombreux, les vraiment bons ?

Philippe Even.- A mes yeux,  un millier, soit 10%,  sont d'excellence et 1% sont hors norme, ce qui représente environ une centaine. C'est sur eux et sur leurs équipes qu'il faut concentrer nos moyens, tout faire pour qu'ils ne partent pas à Harvard ou à Rockefeller. Quinze de ceux qui sont partis publient au plus haut niveau, autant que les 750 chercheurs de l'Institut Pasteur, notre meilleur centre. La recherche c'est comme le turf, il faut miser sur les meilleurs. La compétition stimule, la non-compétition, c'est-à-dire la fonctionnarisation, endort.

 

N.O.- Au fond vous êtes un libéral, d'ailleurs satisfait de l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Il a été, selon vous, le premier à prendre la mesure du désastre

Philippe Even.- Je le dis d'autant plus que j'ai toujours voté à gauche,  « malgré elle et malgré moi » pour reprendre le 

mot de Camus. La recherche ne devrait pas être un problème de droite ou de gauche. Mais après 30 ans d'inaction, Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse ont vraiment, après Claude Allègre, essayé de changer les choses.  Mais comme ils n'ont pas  d'expérience de terrain, beaucoup de mesures s'enlisent, bloquées par les corporatismes et le syndicalisme, même si le Grand Emprunt et l'ANR (Agence Nationale  de Recherche) sont de vraies avancées.

L'autonomie des universités en revanche reste souvent une coquille vide. Parce que les universitaires eux-mêmes sont fréquemment, comme on dit aux « Guignols », des « couilles molles », que l'inertie rassure. Beaucoup ne tiennent guère à l'autonomie, donc à la responsabilité, parce qu'ils sont élus précisément pour que rien ne change et pour leur goût des compromis et de l'irresponsabilité.  N. Sarkozy se plante aussi dans le choix des inconnus de 3eme rang qu'il nomme à la tête du CNRS, de l'Inserm, des grandes directions ministérielles et des innombrables agences de recherche (plus de cent !) : ils n'ont  aucune vision d'ensemble de la recherche et des directions nouvelles qu'elle prend. Des aveugles. A l'étranger, à ces postes, vous avez des Nobel, ou des pré-nobélisables.

En France,  on choisit, au mieux, des ingénieurs X-Ponts, X-Mines, ou du CNES ou du CEA, tous dociles, sortis des mêmes « grandes » écoles, grandes entre guillemets, mais qui n'ont jamais  fait de recherche. Ce qu'ils savent, c'est la science telle qu'elle était au moment de leurs études. Mais la  recherche, c'est différent, c'est un état d'esprit, c'est être libre, c'est tout remettre en cause, contester ce qui a été enseigné, renverser les idées reçues, faire preuve d'audace et d'imagination, pour ouvrir des voies nouvelles et non circuler sur des autoroutes comme tout le monde. Ils ont appris à répondre à toutes les questions les plus compliquées, mais sont incapables de poser des questions nouvelles, qui sont toujours des remises en cause. La science « établie » trône comme une statue immobile ; la recherche, elle,  danse,  court,  vole, va en tous sens. Elle ne peut s'épanouir dans les casernes de Polytechnique.

N.O.- Vous consacrez d'ailleurs toute une  partie à définir la recherche. Pourquoi ?

  Philippe Even.- Quand vous discutez avec des politiques ou des administratifs, ils  n'ont aucune idée de ce que qu'est la recherche. Ils mélangent l'aval, c'est-à-dire la recherche appliquée et le développement translationnel, démarches collectives et programmées indispensables et souvent liées aux industries, et l'amont, la recherche fondamentale, théorique, conceptuelle, libre et toujours individuelle, qui est la seule source des progrès révolutionnaires. Les grandes percées sont toujours des surprises. Elles ne se programment pas, alors que l'Etat veut et croit pouvoir tout programmer et donc éviter les surprises. Il craint le changement qui bouge les lignes...et les hommes en place. Or aujourd'hui, seuls 20% des crédits sont destinés à la recherche fondamentale libre, quand il en faudrait le double.

N.O.- Vous avez  dirigé, dès 1988,  la prestigieuse faculté de Necker. Comment avez-vous appliqué vos convictions ?

Philippe Even.-  J'ai convoqué certains  des universitaires et je leur ai demandé : « Mais qu'est-ce que vous avez fait au juste depuis dix ans ? » J'en ai mis beaucoup à l'écart. J'ai  vidé 10 étages, créé l'Institut Necker et trouvé beaucoup de financements privés qui m'ont permis de recruter  des chercheurs d'excellence, de France et de l'étranger.

N.O.- Vous dites que le problème n'est pas tant l'argent que la façon dont on l'utilise.

Philippe Even.- L'Etat met à peu près 18 milliards d'euros - 0,9% du PIB - dans la recherche. Ça nous place, en absolu, au 4e rang mondial, mais, en relatif, bien loin des pays les plus dynamiques, au 10eme ou 12eme rang. Surtout, à cause de l'incompétence des responsables, de structures administratives aberrantes et d'une gouvernance paralysante, on les distribue mal et on laisse de fait la responsabilité des grandes options au clan incontrôlé des Grands Corps - X-Mines, X-Ponts, Nucléaire, Espace - qui se lancent dans des projets pharaoniques, cocardiers, irréalistes et trois fois sur quatre voués à l'échec.

La station orbitale habitée par exemple, une dinde volante, « a flying turkey » comme dit S. Weinberg, Nobel de physique américain, « séjour touristique pour les astronautes » selon C. Allègre, qui a coûté 165 milliards de dollars en dix ans, sans le moindre résultat, sans même de programme de recherche, et n'a servi jusqu'ici qu'à envoyer un clown au nez rouge dans l'espace. Ou le laser mégajoule de Bordeaux, qui sert à nos « frustrés » de Mururoa, dixit Claude Allègre, à perfectionner nos bombes H, qui ne servent et ne serviront jamais à rien.

Pire encore, tous les vrais grands scientifiques et tous nos Nobel de physique, Pierre -Gilles de Gennes, Georges Charpak, Robert Dautray, Yves Pommeau, Sebastien Balibar, etc., ont dit et répété que le projet ITER de Cadarache (International  Thermonuclear  Experimental  Reactor) de fusion thermonucléaire, imité des supernovas, était une aberration radioactivement dangereuse et qui n'avait aucune change d'aboutir. Cela coûte 30 milliards sur 20 ans (150 millions par an pour la France) et il en faudra le double de 2030 à 2080... si l'on parvient à vaincre des dizaines d'obstacles techniques, qui paraissent aujourd'hui insurmontables aux meilleurs, ce qui n'empêche pas nos ministres de s'enthousiasmer en pensant « qu'en brûlant l'eau de mer »,  « la France sera l'Arabie Saoudite du XXIème siècle ». Niaiseries stupides et puériles.

Mais les choses ne vont pas mieux en biologie. Là, pas de grands programmes de typenucléaire, mais des agences créées en cascade, une par grande question compassionnelle et électoraliste : Génopoles, Génoscope, Agence Nationale de Recherche sur le SIDA (ANRS), Plan Cancer, Plan Alzheimer, Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur (AERES). On observe une fragmentation de la recherche aux dépens de l'indispensable pluridisciplinarité bien mieux assurée par le CNRS, l'Inserm et les Universités, et toutes sont en échec patent : effondrement du Génoscope, échec retentissant de l'ANRS, de l'AERES, etc.

Particulièrement exemplaire est l'histoire du SIDA de 1981 à 1985 : la France vire en tête, découvre les virus, leurs récepteurs et mène le monde, grâce à des chercheurs audacieux, libres, jeunes, au sein de structures privées, à l'abri des ingérences de l'Etat. L'Amérique est larguée. Après 1986 et le scandale aisément prévisible du sang contaminé, l'Etat crée l'ANRS et instantanément stérilise complètement la recherche : plus rien d'important ne viendra de France et en particulier, comme d'habitude, aucun médicament et cela fait 20 ans que ça dure. Notre histoire montre que depuis un siècle, toutes les grandes percées françaises, une quarantaine, sont nées hors de la tutelle directe de la bureaucratie immobile de l'Etat, à l'ENS, à l'ESPCI de la Ville de Paris, ou dans le secteur privé ou semi-privé, à l'Institut Pasteur ou à l'Institut Français du Pétrole ou chez Thalès, mais  guère dans l'Université, et rien au CNRS et à l'Inserm.

Quant à l'AERES, chargée en principe d'évaluer tout ça, elle s'arrange comme d'habitude « à la française » pour ne rien évaluer : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il est égal ». C'est nul et nuisible.

N.O.- Autre  faiblesse hexagonale,  cette incapacité à créer les instruments permettant de répondre aux questions que l'on se pose...

Philippe Even.- C'est vrai en médecine, avec les scanners, RMN, PET-Scan, pacemakers, défibrillateurs, etc., et plus vrai encore dans les laboratoires, où il faut des lasers, des  séquenceurs, des micropuces, de la microscopie biphotonique, etc. Galilée n'était pas un grand théoricien, mais il s'est obstiné à grossir ce qu'il regardait dans le ciel. Il a appris qu'on avait fabriqué des lunettes en Hollande, il en a importé quand il était à Venise. Il les a modifiées, polies lui-même, perfectionnées et il a vu tourner Vénus autour du Soleil et découvert les 4 lunes tournant autour de Jupiter et prouvé ainsi la rotation de la Terre autour du Soleil « e pur si muove ». Ça, c'est la démarche dans tous les pays qui nous entourent. En étroite collaboration avec l'industrie, les chercheurs réfléchissent  aux outils à fabriquer pour répondre à leurs questions. Nous, jamais. Nous devons les importer à grands frais avec des années de retard. Les chercheurs étrangers mangent le pain blanc, nous laissent le pain gris et d'un coup nous mettent dix ans dans la vue.

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N.O.- Comment faire pour inverser la tendance ?

Philippe Even. - D'abord, donner une autonomie complète aux universités, et nommer à leur tête des présidents-managers venus d'ailleurs, forts et charismatiques.  Naturellement aussi, dissoudre avec fracas le Conseil National des Universités (le CNU),  conclave échevinal et corporatiste, scientifiquement nul, qui prétend contrôler les carrières des universitaires par-dessus la tête des universités, soi-disant autonomes, un système qui n'existe dans aucun pays du monde. Imagine-t-on d'ailleurs aux Etats-Unis, Havard ou Berkeley contrôlées par des universitaires de troisième  rang de Wichita, Omaha, Tampa, Tucson ou Sioux City, comme chez nous d'Amiens, Poitiers ou St Etienne ?

Il faut ensuite briser les « propriétés de famille », nos énormes unités de recherche qui, quoi qu'elles fassent, durent pendant trente ans. A l'étranger, les équipes sont le plus souvent petites, peuplées des meilleurs post-docs étrangers du monde, flexibles,  renouvelées ou non au bout de trois à cinq ans et changent librement de sujet si elles le jugent nécessaires, en s'adaptant au mouvement rapide de la science. Et puis donner tous les moyens aux meilleurs, avec toute liberté dans le choix de leur sujet. Enfin, donner aux plus brillants des débutants  la place qu'ils méritent. Einstein avait 26 ans quand il a publié sa théorie de la relativité, et Watson 22 quand il imagine la double hélice, Lederberg 20, quand il imagine la sexualité des bactéries. L'histoire des Nobel racontée dans le livre montre que c'est avant 35 ans qu'on est le plus féconds, la France l'oublie  et piétine ses jeunes chercheurs.

N.O.- M ais est ce que ça ne fait pas dix ans au moins qu'on parle du déclin de la recherche française ?

Philippe Even.- Ah bon ! Qui ? Je n'entends et ne lis chaque mois dans la presse que de ridicules cocoricos qui rappellent l'enthousiasme de nos grands chefs militaires juste avant Sedan 1870, re-Sedan en 1940 et Dien Bien Phu en 1954. Non, le déclin, on l'admet en économie, industrie et football, mais on le nie en littérature, en arts et en sciences. La France croit encore qu'elle éclaire le monde depuis Charlemagne. Du pipeau. Naufrage total.  Quand Nicolas Sarkozy remet en 2009 la Grand croix de la Légion d'honneur, si méritée, à Jacques Servier, le neuillyssois, inventeur sinistre du Médiator, ses propos sont à pleurer - « Vous avez été formé à l'école du grand Pasteur, à l'école de la grande médecine française et des nombreux Nobel (presque aucun) dont nous pouvons nous enorgueillir. » Des guignolades, tout ça.

N.O.- Ca vous mine au point d'avoir travaillé 4 ans à faire une sorte de « Livre Noir de la recherche » ?

Philippe Even.- Non, c'est un livre blanc de l'espoir, et ça a été passionnant. L'évaluation scientifique, c'est la science de la science, « la connaissance de la connaissance », comme dit Edgar Morin. Je l'écris à 78 ans  pour nos chercheurs et pour mon pays, à cause de son histoire, sa culture unique, sa langue, ses jeunes, son potentiel étouffé par des gérontes aveugles, nantis et habiles, d'une totale nullité. Je suis à cet égard gaulliste.

Je l'ai écrit particulièrement pour les jeunes, qui sont tellement malheureux, qui vivent de façon si austère, sans un sou pour eux, sans un sou pour leur équipe, sans un sou pour leurs collaborateurs, leurs boursiers et les ingénieurs, si écrasés par un enseignement stérilisant et formaliste, qu'ils fuient aujourd'hui à tire d'aile les filières scientifiques. J'admire qu'ils fassent autant dans des pareilles conditions. Ce livre tente de plaider pour la recherche parce qu'elle est, avec l'art, la plus belle des libres aventures humaines individuelles et collectives, parce qu'elle est justement un art.

Mais je n'entretiens guère d'illusions sur l'impact que peut avoir ce livre. Tout au plus fera-t-il taire un certain nombre de gens qui ne connaissant rien à la recherche et prétendent justement la conduire, et en particulier peut-être fera-t-il taire ces gens du lobby des grandes écoles en bicorne qui ne servent à rien et tuent deux fois : la première en soustrayant les plus motivés à l'Université et la seconde en en faisant une élite sociale scientifiquement stérile. Ça peut aussi permettre de mieux comprendre et agir à quelques politiques de qualité, il y en a - Valérie. Pécresse en fait partie - pour leur donner un éclairage plus juste, plus de lucidité et plus de légitimité dans leurs choix. Quelques-uns ont d'ailleurs souhaité que j'écrive ce livre mais sans y être eux-mêmes impliqués et je les comprends.  Il n'y a que des coups à prendre.

N.O.- Il y a des passages très poétiques aussi, vous établissez de jolies passerelles entre la recherche et la création artistique...

Philippe Even.- Cette phrase  de Picasso est magnifique : « A 10 ans je dessinais comme Raphaël, il m'a fallu toute la vie pour apprendre à dessiner comme un enfant ». Tout est là. Vous connaissez le peintre et les livres qui ont été écrits sur lui, surtout celui de Pierre Daix, qui raconte, presque heure par heure, la genèse de tous les tableaux de Picasso, étude par étude, sur des jours, des semaines, des années même, et décrit ce qu'il modifie, selon l'heure de la nuit, l'éclairage, ses émotions, etc. C'est fascinant, on est au cœur de la création. Picasso ne cherche pas la beauté, mais sa vérité.

En lisant les grands chercheurs qui racontent leur histoire, Kepler, Einstein, Süsskind, Watson, Gell-Mann et François Jacob, ce sont exactement les mêmes mots. Ça se passe la nuit, dans la solitude, la tension, les intuitions qu'on croit voir poindre et qui s'évanouissent ou s'avèrent fausses. C'est « la science de nuit » de Jacob. Et puis tout à coup, soudainement, de façon imprévisible, comme un éclair, c'est l'œuf de Colomb. Tout se met en place. Voilà la clé qui ouvre toutes les portes. Nul ne l'a mieux décrit que François Jacob racontant sa découverte nobélisée en 1965, l'une des deux ou trois qui comptent en biologie depuis un siècle. Ça se passe au cinéma Miramar, place de Rennes, un dimanche de juillet. Il n'était pas bien, il va au cinoche avec sa femme. Et tout à coup, au milieu du film, il se lève d'un bond, il pousse un cri et sort et se dit : « Mon expérience, c'est la même que celle de Monod ! » Pourtant elles n'ont rien à voir, ce n'est pas du tout le même sujet, mais c'est le même mécanisme. Et d'un seul coup il apporte cette notion, formidable à l'époque et encore aujourd'hui : le génome de Watson en soi n'est qu'un clavier inerte, l'important c'est la musique qu'on y joue, l'important c'est sa régulation. A certains moments il y a des segments de génomes qui s'expriment et d'autres qui dorment. Jacob apporte cette notion formidable par rapport à ce qu'on avait avec la double hélice qui n'est qu'une structure, un clavier tordu. Il apporte cette notion qu'elle est vivante, elle bouge tout le temps, elle est régulée, et c'est en grande partie elle-même qui se régule. Elle est le clavier et le pianiste.

De tout cela, Jacob eut l'intuition d'un coup, comme une étincelle entre les plaques d'un condensateur, par un soudain rapprochement que les autres n'avaient pas fait. Pourquoi lui, ce jour-là, à cette heure-là ? Mystère. Il faut faire lire François Jacob à tous les jeunes, dès 15 ou 16 ans, au lieu de les asphyxier de différentielles et d'intégrales, qui ne sont que des procédés, des recettes de cuisine, des solutions, alors que ce sont les questions qui comptent.

N.O.- Vous parlez aussi de la « sérendipité ». De quoi s'agit-il ?

Philippe Even.- Walpole avait écrit en 1730 « les Trois princes de Serendip » (Ceylan), princes d'un pays où on ne trouvait que ce qu'on ne cherchait pas et jamais ce que l'on cherchait. C'est cela la serendipité, les découvertes de hasard totalement imprévues et même parfois contraires à ce qu'on avait prévu. La moitié des grands médicaments ont été découverts comme cela et aussi les rayons X, la radioactivité, la fameuse équation d'Einstein, E = mc², la fission nucléaire et la bombe A et tant d'autres percées en biologie. Mais là aussi, tout dépend de celui qui regarde. S'apercevoir qu'une chose est surprenante et inattendue, ce n'est pas donné à tout le monde.

N.O.- Que penser des innombrables publications scientifiques ? On s'y perd.

Philippe Even- Sur 3000 journaux de biologie et médecine de langue anglaise - les autres ne comptent pas - il y en a 150 qui valent la peine, 3 par discipline, et seulement 20, voire 10 de très haut niveau, que tous les chercheurs lisent et citent. Les autres, ce sont des notules, des notes de laboratoire pour Internet, mais pas des articles scientifiques. Personne ne les cite jamais et bien peu les lisent. Pourquoi les scientifiques publient-ils tellement ? Jusqu'à 1 article tous les 15 jours ? Pour conjurer leur angoisse ? Se réfugier dans la quantité plus que dans la qualité ? Mais ce n'est pas entièrement de leur faute : parce que les crédits, les diplômes, et les carrières en dépendent partout, dans notre système français plus encore qu'ailleurs.

N.O.- C'est une course à la publication pour se faire remarquer ? 

Philippe Even.- Pour les chirurgiens, les publications comptent peu. Mais aux médecins on demande la liste de leurs articles. Ils sont donc obligés de publier et quand on n'a rien à publier on publie quand même. Le slogan américain « publish or perish » s'applique aussi chez nous, mais aux Etats-Unis et en Angleterre, c'est la qualité, l'impact des publications qui comptent, pas leur nombre.

N.O.- Vous avez été chercheur vous même. Vous cherchiez quoi ?

Philippe Even.- Comment marche le poumon. Par exemple l'hypertension artérielle pulmonaire du Mediator. J'ai commencé en 1963 et arrêté en 1975. À l'époque,  j'étais devenu membre du Conseil scientifique du Midhurst Research Institute, et modeste conférencier invité dans de nombreuses universités américaines et autres. Petite réussite. Mais j'avais commis une erreur grave en choisissant mon thème de recherche basé sur la physique et la physiologie d'organes. La respiration c'est de la physique, la circulation aussi d'ailleurs. C'est une affaire de soufflet, de valves, de tuyaux souvent très compliqués, menée avec des outils très sophistiqués, traceurs radioactifs, cathétérismes, spectrographes de masse, etc. Malheureusement, en 1975, l'histoire en était écrite, la recherche changeait d'échelle et devenait cellulaire et moléculaire. Alors, plutôt que de poursuivre sur le bras mort de la rivière, je suis devenu purement médecin et en 1988, j'ai été élu et réélu sans cesse administrateur de ma faculté, jusqu'à ma retraite en 2000.

N.O.- Vous disiez, tout à l'heure, que lorsque  vous avez pris la direction de Necker,  vous avez eu l'argent nécessaire pour recruter de grands chercheurs talentueux. D'où est-il venu ?

Philippe Even.- Il fallait beaucoup d'argent pour refaire les labos et recruter des « hauts de gamme » à l'étranger et en 1990, j'ai par hasard été consulté par le gouvernement saoudien. Histoire de hasard pur. Un train qui passe, où j'ai sauté : « Est-ce que vous acceptez de participer au développement de nos meilleurs hôpitaux ? » et je réponds à un appel d'offres international. Un mètre de documents arabe-anglais pour faire mes propositions pour conduire et gérer un grand hôpital saoudien marbre et or, avec une usine de dessalement d'eau de mer, une usine de production électrique, plus tout ce qui est un hôpital.

N.O.- Et vous avez fait ça tout seul dans votre bureau ?

Philippe Even.- J'ai dit oui, parce que si je n'avais pas d'argent, j'étais mort. Et donc avec un ami avocat international et un directeur d'hôpital, des représentants des grandes entreprises, ma collaboration avec une grande société saoudienne, Witikar, ex-Whitaker américain, je réponds à l'appel d'offres et présente mon projet à Ryad devant un aréopage de membres de la famille royale, le prince Sultan ben Abdulazziz al-Saoud, qui était le numéro trois du Royaume.

N.O.- Et là en totale indépendance. Donc l'autonomie de doyen était déjà forte à ce moment-là ?

Philippe Even.- Attendez, les Saoudiens avaient mis une condition : « Ce qui nous intéresse, c'est qu'il y ait des étrangers de qualité qui nous conseillent et qui portent un nom connu dans le monde entier, et Necker tout le monde connaît. Mais nous ne voulons pas traiter avec l'Etat français, parce qu'on essaie depuis cinq ans, et il y a toujours des obstacles, toujours un ministère qui intervient, on piétine. Donc nous n'ouvrons notre appel d'offres qu'à des universités privées ». Alors j'ai fabriqué l'Association Institut Necker en quinze jours, avec le nom de Necker - parce qu'ils le voulaient -, et un truc privé pour traiter avec eux. C'était en 1990.

N.O.- Financé comment ?

Philippe Even.- Quinze jours après mon passage à Ryad, sans avoir prévenu l'Ambassade de France (elle aurait tout fait rater en voulant aider, comme elle a l'a fait ensuite à Abu-Dhabi, où elle a soutenu contre l'Institut Necker une entreprise privée de thalassothérapie appuyée par la région Languedoc-Roussillon, de telle sorte que le contrat a été à une université étrangère), tombent les résultats de la Commission saoudienne : premier, Necker. Deuxième, Harvard. Troisième, Royal College of Dublin. Je ne sais plus qui étaient les autres.

On avait gagné, non par notre qualité, mais parce que les Saoudiens souhaitaient diversifier leur collaboration avec d'autres que les Américains ! A la limite, j'avais gagné d'avance dans le contexte politique. Sauf que, quinze jours après, l'Ambassade américaine est intervenue et le roi Fahd a pris sa décision et choisit Harvard. Dans tous les pays du monde c'est pareil, les commissions donnent un avis et les politiques décident. C'était le 1er août 1990, je pars en vacances. Le lendemain, 2 août, je suis réveillé à 7 heures du matin dans mon hôtel : « Est-ce que vous pouvez prendre au téléphone Son Altesse Royale le prince Sultan ben Abdulazziz al-Saoud ? » J'étais à peine réveillé. Le Prince me demande, dans cet anglais des Arabes qui est le plus facile à comprendre : « Voilà, comme vous le savez, Saddam Hussein a envahi le Koweït hier, et six heures après l'université de Harvard s'est retirée du contrat. Est-ce que vous êtes toujours d'accord pour venir ? » Je dis oui. C'était un samedi matin, le lundi j'étais à Ryad et signais le contrat - 1 milliard de francs sur 3 ans. Le budget de ma fac, c'était 3 millions !

Naturellement, le milliard a filé dans la construction, les salaires et il n'est resté que les honoraires de l'Institut Necker, 10 millions de francs, renouvelés neuf ans, dont l'Institut a fait le don intégral, je dis bien intégral, à la faculté, dont le budget a ainsi été multiplié par quatre. J'ai pu refaire des laboratoires super-luxe comme il n'y avait guère d'équivalent à ce moment-là ailleurs. Ça a été l'occasion pour l'Etat de déclencher aussitôt un contrôle fiscal sur l'Institut et ensuite une enquête de la Cour des Comptes, qui nous a finalement donné quitus, non sans nous avoir fait perdre beaucoup de temps. Tel est toujours l'Etat.

Et puis j'ai recruté au plus haut niveau américain, anglais, suisses, allemands, canadiens et français d'excellence, tous des lions dans leur discipline, tellement bons qu'après quelques années, trois sont partis à Harvard, Rockeffeller et au King's College, mais Necker, qui était déjà une bonne fac, est devenue de loin la première fac française, la seule ouverte sur la biologie fondamentale, le premier centre de recherche médicale français, en grande partie à cause de ces recrutements-là et grâce aux conseils que m'ont apportés J-F. Bach, C. Griscelli et J-C. Weill. Et j'ai maintenu cette politique-là pendant une dizaine d'années. Après je suis parti et mon successeur n'a pas pu continuer à ce niveau, car il n'a pu trouver l'argent que j'avais trouvé moi, par chance et non par talent particulier.

N.O.- La « fuite des cerveaux » à l'étranger , tout le monde sait ce que c'est. Pouvez vous nous donner un nom, un exemple une histoire: un cerveau parti qu'on ne récupérera jamais. Qu'est-ce que le pays d'accueil gagné, qu'est-ce que la France a perdu ?

Philippe Even.- Gérard Karsenty. Il est interne, puis chef de clinique à Necker. Il me paraît fabuleux, débordant de culture, comme on n'en rencontre plus aujourd'hui, mais un peu distant, hautain, n'ignorant pas ses supériorités, mais en même temps magnifique. On sent qu'il va inventer des trucs, qu'il va faire des percées. J'essaie de le nommer prof, je n'y arrive pas, je me heurte à l'opposition de mes collègues.

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N.O.- Pourquoi ?

Philippe Even.- A mon avis, parce qu'ils en ont peur. Et donc, je suis obligé de faire marche arrière, car même si je pense que les doyens peuvent beaucoup plus qu'ils ne le croient, et j'ai fait sans mal beaucoup plus qu'eux, il y a quand même parfois des limites. On ne peut aller contre une majorité d'hommes de grande qualité mobilisés contre une option toujours à risque. Et il est immédiatement recruté à Houston, capitale du pétrole sur le Golfe du Mexique, mais ville sans culture, sinistre, pire que Dallas, où je me suis beaucoup ennuyé. J-R n'est pas loin. Mais c'est une puissance économique, financière et de recherche remarquable. Et là, Karsenty va faire la percée majeure attendue, découvrir que l'os est une glande endocrine, qu'il secrète des hormones, qui contrôlent largement beaucoup de choses. Il en sera peut-être nobélisé.

 

N.O.- Il est resté là-bas ?

Philippe Even.- Il est passé à l'université Cornell à New York. Un des tops du top. On voudrait bien le faire revenir en France maintenant. Le gouvernement actuel a au moins compris ça. Il essaie de faire revenir nos exilés, il n'y arrive guère. Ça freine à tous les niveaux, avec l'air de rien, les dossiers ne passent pas, ça reste dans les commissions et il n'y a ni l'argent, ni la liberté américaine. Des Karsenty j'en ai au moins raté une demi-douzaine, du même niveau, pour les mêmes raisons, tels A. Bendelac et D. Duboule.

N.O.- C'est une question de salaire ?

Philippe Even - Leur salaire, c'est quatre fois le nôtre. Un prof d'université passe de 6 000 à 24 000. Quand je dis quatre fois, c'est une moyenne avec la Suisse, l'Angleterre, l'Allemagne. Aux Etats-Unis, pour les jeunes c'est trois à quatre fois et pour les vieux c'est cinq à dix fois. Comment voulez-vous les faire revenir ? Alors, hormis O. Pourquié, on fait rentrer de bons petits poissons. Pour la galerie.

N.O.- Est-ce qu'aujourd'hui les meilleurs peuvent rester dans les conditions de la mondialisation et de la concurrence ?

Philippe Even.- Ils devraient partir. Mais beaucoup restent. Pourquoi ? Parce que c'est la France, pays d'histoire, de culture, de liberté, de diversité, où les hommes, tous, depuis longtemps savent penser, et aussi parce qu'ils y ont des attaches affectives, les copains, les enfants, l'éducation, l'atmosphère... Los Angeles, Stanford, c'est déjà pas terrible du point de vue culturel, bien loin de Boston, New-York, Washington et même Chicago, mais Dallas, Kansas City, Atlanta, Houston, San Antonio, il faut se le faire. Donc, ceux qui restent, le font parce qu'ils sont fondamentalement européens. Parlant des menaces d'exil massif, Nicolas Sarkozy a dit « l'exil, c'est un canard, il y en a très peu qui partent ». Oui, mais si à l'UMP, il n'y en a qu'un qui s'en allait  et si c'est lui, qu'est-ce qu'il resterait du parti ?

Propos recueillis par Anne Crignon et Sophie des Déserts et mis en ligne le 2 déceùbre 2010

 

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Sur les institutions
Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 17:01

Cet appel date en fait de 2008, comme le rappelle dans son commentaire Monsieur Potte-Bonneville :). Il fut pris sur un site peu actualisé où la date ne figurait pas, d'où ma méprise. Maos cela vaut comme une piqûre de rappel mais il n'y a donc pas lieu de signer la pétition :) Anthony

 

POUR QUE VIVE LE COLLÈGE INTERNATIONAL DE PHILOSOPHIE !


Appel de l'Assemblée collégiale du CIPh

 

Le Collège International de Philosophie (CIPh) est actuellement menacé dans son identité et son existence par une décision unilatérale du Ministère de l’Education Nationale. Dès septembre 2009, seront supprimées les « mises à disposition » permettant à des professeurs de l’Enseignement Secondaire (quinze actuellement) de se consacrer, à mi-temps, à la direction d’un programme de recherche au CIPh, tout en continuant d’assurer leur mission d’enseignement dans leur établissement d’origine.
 

Signer la pétition



Fondé en 1983, dans la continuité des travaux du GREPH (Groupe de Recherche sur l’Enseignement Philosophique), à l’initiative notamment de Jacques Derrida, le CIPh constitue un lieu d’enseignement original et unique en Europe, qui, depuis sa création, présente les caractéristiques suivantes:

 

L’articulation entre l’enseignement secondaire et la recherche est au coeur de sa mission, et constitutive de son identité. Il importe à la recherche d’être liée à l’enseignement qui la divulgue : le CIPh, en permettant à des professeurs de lycée de développer dans le long terme un programme de recherche, contribue à l’enrichissement des pratiques, formes et contenus pédagogiques à l’oeuvre dans l’enseignement de la philosophie.

 

L’interdisciplinarité est inscrite dans la définition même du CIPh : programmes de recherche, séminaires et colloques y sont organisés par « intersections », dans une configuration qui appelle les philosophes à dialoguer avec les méthodes et démarches propres au droit, à l’art, aux mathématiques, aux sciences de la nature, aux sciences humaines ou à la littérature.

 

Le CIPh accorde une place importante aux penseurs qui firent l’originalité et la renommée internationale de la philosophie française du dernier demi-siècle.

 

Le CIPh jouit d’une reconnaissance internationale éminente, dont témoignent aussi bien le nombre croissant de chercheurs étrangers désireux d’y être associés que les nombreuses conventions conclues avec des institutions de recherche et d’enseignement supérieur dans le monde.

 

Le CIPh réalise depuis vingt cinq ans une idée profondément émancipatrice de la philosophie : la recherche philosophique doit s’ouvrir à tous les publics, sans condition de diplôme ni de cursus. Cette ambition première a fait ses preuves et a contribué à porter la réflexion et le questionnement philosophiques au sein des institutions publiques et de la Cité.

 

Le CIPh occupe ainsi une place fondamentale dans le champ philosophique français et international, qui doit être préservée. La suppression, sans mesure de remplacement, des mises à dispositions dont bénéficiaient jusqu’à présent les enseignants du secondaire du CIPh met radicalement en cause les missions et le rôle de celui-ci. Elle porte également atteinte à un principe fondateur d'égalité dans l'accès au savoir, au questionnement critique et à la recherche en philosophie.

 



C’est pour cette raison que nous demandons publiquement le maintien de ces mises à disposition ou leur remplacement par une mesure équivalente, indispensable à la vie du CIPh et au rayonnement de la philosophie dans la vie intellectuelle en France et à l’étranger.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Sur les institutions
Lundi 22 novembre 2010 1 22 /11 /Nov /2010 00:53

Dans notre série tout contre l'institution, un  entretien du Nouvel Observateur avec Pierre Miquel sur les polytechniciens. Anthony

La puissance X : l'Ecole polytechnique a deux cents ans

On leur doit le canal de Suez et le métro, la victoire de la Marne et les égouts de Paris, les chemins de fer, le pétrole d'Elf ou, plus récemment, la privatisation de la BNP... Derrière ce catalogue à la Prévert, il y a toujours le bicorne d'un polytechnicien. Et cela fait deux cents ans que cela dure. Encore aujourd'hui, on trouve un X à la tête de près de la moitié des 50 plus grandes entreprises françaises. Qui sont-ils, ces grands bâtisseurs de l'histoire de la France? A l'occasion du bicentenaire de Polytechnique, l'historien Pierre Miquel, qui vient d'écrire l'épopée de l'Ecole, nous raconte la vie de ces hommes habités par la rage de construire

Le Nouvel Observateur. - On trouve de tout finalement à Polytechnique: des chercheurs, des militaires, des entrepreneurs et même des philosophes et des curés ! Peut-on alors parler d'un état d'esprit polytechnicien?

Pierre Miquel. - Aucune école n'a une aussi forte tradition, une mentalité aussi ancrée. De Gay-Lussac, ce chimiste sorti de l'Ecole trois ans après sa fondation et qui terminera sa vie président de Saint-Gobain (1), à Bernard Esambert, l'inspirateur de la politique industrielle de Georges Pompidou, en passant par Barnabé Brisson, le père de nos voies navigables, c'est la même lignée d'hommes. Ils n'ont qu'une seule idée en tête: le développement. C'est pour cela qu'on les retrouve à la tête de tous les grands projets qui ont fait l'aventure industrielle de la France depuis deux siècles. Les domaines changent au gré des découvertes et des nécessités, mais l'esprit reste.


N. O. - Comment expliquer une telle «obsession»?
P. Miquel. - Polytechnique est née de la Révolution et du siècle des Lumières. Il fallait des cadres pour sauver la République. Mais la République ne pouvait être sauvée que par des savants! A qui la Convention, en 1794, confie-t-elle la création de l'Ecole? A Berthollet, à Monge, à Fourcroy, les plus grands scientifiques de l'époque. Des hommes qui considèrent la science comme le remède souverain aux maux de la société.


N. O.- Bien peu de polytechniciens passeront pourtant pour des révolutionnaires. La politique semble même les avoir laissés relativement indifférents, contrairement à leurs condisciples de l'ENA.
P. Miquel. - Les polytechniciens n'ont jamais été des politiciens. Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas joué un important rôle politique: depuis toujours ils tiennent les grandes directions techniques des ministères - à l'Industrie, à l'Armement, à l'Equipement, aux Transports - où se font les véritables choix économiques du pays.
Il est vrai que la plupart d'entre eux sont des hommes d'ordre. Mais pourquoi? Pour permettre le progrès. Y compris le progrès social. Le fondateur des sciences sociales est un polytechnicien: Frédéric Le Play. Prenez un personnage comme Simon Bernard. Incroyable destinée que celle de cet officier de Napoléon, héros d'Austerlitz et descendant d'une famille juive de Dole. A la Restauration, en 1815, rejetant le conservatisme de Louis XVIII, il part en Amérique, où le président Jackson lui fait un pont d'or pour qu'il construise des canaux en Floride. D'autres à la même époque s'installent en Russie et se mettent au service du tsar Alexandre Ier comme ce Benoît Clapeyron (promotion 1816) qui crée l'Ecole des Travaux publics de Saint-Pétersbourg. Mais quand ils apprennent l'avènement de Louis Philippe, en 1830, ils s'empressent de rentrer. Parce que le monarque bourgeois est un moderniste qui va jeter la France dans l'aventure du chemin de fer. C'est d'ailleurs une des rares fois où les X prennent le parti d'une révolution: une soixantaine d'entre eux montés sur les barricades feront le coup de feu lors des Trois Glorieuses. Vaneau, à la tête d'une colonne d'ouvriers, y perdra même la vie, d'une balle dans le front. Mais ils seront beaucoup moins nombreux lors des émeutes de février 48 qui vont renverser la monarchie de Juillet et fonder la IIe République.

N. O. - Les polytechniciens se rallieront quand même assez vite à la République.
P. Miquel. - Polytechnique n'a jamais été uniforme sur le plan politique. On le voit dès le début avec le fameux affrontement Cauchy-Arago. Cauchy, le mathématicien royaliste et catholique qui succédera à Monge à la tête de l'Ecole, ne pardonnera rien à Arago, le physicien bouillant et républicain du Midi qui refuse de prêter serment à Napoléon. Disons pour simplifier qu'au XIXe siècle, pour un polytechnicien, peu importait le régime pourvu qu'il soit entreprenant.

N. O. - Auguste Comte, lui-même ancien élève, avec sa religion de la science, n'est-il pas alors le plus représentatif de l'esprit polytechnicien?
P. Miquel. - Pas vraiment. Auguste Comte, fondateur du positivisme, cette philosophie qui fait de la science la pierre angulaire d'un nouvel ordre politique et social, est d'abord un penseur, un théoricien. Il fait partie de ces intellectuels qui, d'Henri Poincaré, le plus illustre des polytechniciens (voir encadré), à Jacques Attali, représentent un courant à l'Ecole mais qui n'a jamais été majoritaire. Les X sont plus industrialistes. Ils participent plus à l'aventure des choses qu'à l'aventure des idées.


N. O. - Quel a été alors l'âge d'or des polytechniciens?
P. Miquel. - Sans aucun doute le Second Empire. A cette époque, ils tiennent toutes les manettes: celles de l'Etat, celles de l'armée et celles des grandes entreprises nées de la révolution industrielle. On ne compte plus leurs exploits: la guerre de Crimée, par exemple, sera la vitrine de leur génie maritime quand le «Napoléon» de Dupuy de Lome, l'inventeur des premiers navires à hélices, laissera sur place la flotte anglaise bloquée dans les Dardanelles par le vent et les courants. Ces faits d'arme entraînent dans leur sillage le développement d'une puissante industrie. On retrouve des polytechniciens partout: aux commandes des cuirassés, à la tête des chantiers qui les construisent ou des usines sidérurgiques qui fournissent les tôles dont ils sont faits. On les retrouve aussi dans les colonies où, comme Joffre à Madagascar ou Archinard au Soudan, ils annexent des territoires mais aussi organisent, creusent des ports, construisent des digues.
Le plus représentatif de cette époque, c'est peut-être Paulin Talabot, ce fou de chemin de fer qui ne se contentera pas d'être un ingénieur; allié à la maison Rothschild, il devient un grand capitaliste, gérant et propriétaire de lignes.

N. O. - On ne peut pourtant pas parler de tradition capitaliste à l'école.
P. Miquel. - L'argent intéresse moins les polytechniciens que le pouvoir. Mais cela ne les empêche pas d'être de véritables entrepreneurs, comme André Citroën; comme Conrad Schlumberger, l'inventeur des nouvelles techniques de prospection pétrolière; comme Ernest Mercier pour l'électricité.

N. O. - Il était prévu à l'origine qu'ils soient surtout des militaires.
P. Miquel. - Ils l'ont été. Polytechnique a eu de grands généraux, comme Joffre ou Foch, et a perdu plus d'anciens sur les champs de bataille que Saint-Cyr. Aujourd'hui, il est vrai que l'Ecole n'a plus la vocation. Mais les polytechniciens continuent à tenir le complexe militaro-industriel.


N. O. - De nos jours pourtant ils sont de plus en plus critiqués. On ne sait plus très bien à quoi ils servent.
P. Miquel. - Les polytechniciens sont heureux dans les périodes de grands progrès techniques permettant le développement économique et social. En ce moment, évidemment, ils sont un peu perdus. Pendant la crise des années 30, ils n'étaient pas restés inactifs: c'est de la cellule «X-crise» que sont sorties - avec Louis Armand, Jacques Rueff, Alfred Sauvy... - toutes les idées qui, au lendemain de la guerre, permettront de rénover les structures économiques et sociales de la France. Aujourd'hui, les polytechniciens sont toujours aux commandes. Mais c'est vrai qu'ils apportent peu de sang neuf. Les dirigeants de l'Ecole l'ont bien compris, et c'est pour cette raison qu'ils mettent de nouveau l'accent sur la recherche. Polytechnique ne maintiendra sa suprématie que si elle renoue avec sa véritable mission.

Propos recueillis par CHRISTINE MITAL et STÉPHANIE ANTOINE

Pierre Miquel, «les Polytechniciens», Plon, 520 pages, 140 F.


(1) Saint-Gobain est une des manufactures créées par Colbert.

 

Source: «le Nouvel Observateur» du 10 mars 1994.

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