Mercredi 2 mai 2007

Mais ce qui est posé dans notre précédent post c'est avant tout un pari fou de reprendre l'éthique du point de vue du corps, du point de vue de l'événement comme Onfay peut en faire le constat purement corporel (ceci touchant directement à l'éternité, c'est-à-dire la seconde partie du livre V sur les voies de la libération mais aussi à la mécompréhension que l'on peut avoir du corps quant à ses potentialités, je renvoie donc à l'happax chez Michel Onfray). Quelque chose de purement énergétique s'est produit, quelque chose qui touchait chez Spinoza à la santé du corps, qu'il devait vivre comme malade. Toute la thématique du salut de l’âme peut être travestie aujourd’hui en santé de l’énergie qui nous anime (salud de alma en espagnol, animae salus, d’avance tu me diras de ne pas confondre avec la senté , valetudo, mais l’espagnol lui le fait). Quand il écrivait l'éthique, particulièrement après la pause que constitua l’écriture du Traité Théologico-Politique (pub. 1670) dans l’écriture de l’Ethique. Au fond c’est sans doute réembrayer sur la voie prise par François Zourabichvili dans la physique des corps, qui lui fut peut-être suggérer par Loraux, je ne connaît pas le fond de leur relation, mais Loraux a reformuler cette conjecture d’une Ethique écrite du point de vue de l’Etendue et non plus de la Pensée (ou devrait-on dire de l’Esprit consciencieux), car la pensée demeure au même titre que le travail, le langage, ou la vie mais non plus comme une « substance qualifiée » ou un attribut. Piège d’avoir réembrayer sur le dualisme cartésien. A ce sujet il faut lire les écrits de Spinoza sur la Métaphysique de Descartes On peut y lire que la substance à plus de réalité que les modes.
Si l’on reprend et accentue les thèses de Schopenhauer **, de Wagner ** et de Nietzsche ** ce n’est plus l’esprit (ou mens conscia) qui est la chose pensante (II, def. 3) mais l’inconscient ;les processus corporelle (qui n’a rien de freudien ou de refoulé, sauf si la morale, la grammaire, l’éducation hiérarchique s’en mêle). Il ne faut pas chercher des vérités dans sa propres exustence, mais personnellement je pense dans mes rêves, avec la même logique tragique qu’actuellement et comme le corrobore Spinoza c’est mon corps qui fera que je m’en souvienne ou que je l’oublie et seulement mon esprit qui fera que je le dis ou le tais ici. La cause était quant aux rêves tout aussi admise pour Bergson, pour qui se souvenir de ses rêve était la marque d’un disfonctionnement de la vie qui naturellement oublie. C’est la marque si l’on veut de la névrose : cela se ressent déjà chez le Freud adolescent, qui déjà interprétait ses rêves avec opiniâtreté. Désormais nous sommes à l’âge où le frayage synaptique et la plasticité du cerveau sont admis (au diable ceux qui pensent que c’est en pesant le cerveau d’Einstein que l’on comprendra son génie, qui comme le montreront les siècles à venir était tout relatif, en ce que son mode de pensée était quant à son exposition, sa pensée communicative, transcendantale). Se faire accepter comme génie de son vivant relève plus de la communication et de la reconnaissance que d’une certaine audace, célérité ou rigueur. Sans développer sur la dimension du génie propre à Freud, Einstein ou Picasso, on verra combien celle-ci relevait d’une société hétéronome, où le génie avait sa place de subsistance, sa place d’exception. Ce à quoi l’on peut espérer c’est quelque chose qui passe plus directement par le corps non plus via l’esprit et qui serait l’onde de choc d’une intelligence collective, notre civilisation numérique tend vers cela (notamment une civilsation de l'abondance et non de la rareté économique détenu par quelques uns). Sur l’inconscient, sur ces processus qui en chacun ne consentent à se taire, on peut dire qu'il tend à se libérer vis-à-vis de l'esprit, vis-à-vis d'une société fondée sur une hiérarchie verticale qui repose sur la rareté et l'exclusion comme déchet et toute une organisation religieuse et morale du sens et non de la vzleur ou de l'intérêt. Sans doute y aura-t-il toujours de l’esprit au sens spinoziste (= conscience) qui voudra décider mais petit à petit on comprendra qu'il est un ralentissement, un retardateur, quelque chose de déterminé par la nécessité comme le disait Spinoza mais qui se croyait libre parce qu'il ne connaissait pas les causes corporelles, les motifs qui le faisait agir.

** Pour Schopenhauer, rapidement j’ai trouvé cet extrait : On serait tenté de croire que la moitié de notre penser s'effectue inconsciemment (SchPP_455), pour Wagner, qui accentue cela, il faut lire son Beethoven où il dit explicitement que l’importance que Schopenhauer donnait à l’inconscient, enfin Nietzsche, qui s’inspira explicitement du Beethoven de Wagner, quand il écrivit Naissance de la tragédie : il y a plusieurs extrait dans le Gai Savoir : «  l’homme comme toute créature vivante, pense continuellement, mais ne le sait pas ; la pensée qui revient consciente n’en est que la plus infime partie, disons : la partie la plus superficielle, la plus mauvaise : car seule cette pensée consicente advient sous forme de mots, c’est-à-dire sous forme de signe de communication, ce qui révèle la provenance de la conscience elle-même » (Nietzsche, Gai Savoir, § 354).

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par Anthony publié dans : Pensées communauté : La commune des philosophes
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