Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 22:47

Est-ce parce qu’elle dépasse nos appréhensions quotidiennes ? Ce n’est pas que l’on soit pressé ou qu’il y ait urgence mais qu’elle s’est placée plus vite que la philosophie rationaliste face à une perte d’intelligibilité de ce qu’elle observe. La science, dans ce qu’elle a été un travail collectif avant tout de pensée, ne peut se réduire à un travail théorique sur la mesure ou la fonction, mais sur la mise en place d’une nouvelle posture d’un Kant critique transcendantal, d’un Husserl phénoménologue, d’un Heidegger étymologiste. Pour le Nietzsche des écrits de 1872-1873, le savant devait changer de posture. Certes, tous les scientifiques allemands ont été formés à la méthode critique par l’analyse transcendantale des forces newtoniennes que Kant a faite. Mais la physique quantique a été confrontée à une perte d’intelligibilité du monde classique de la matière, il fallait abandonner les schèmes visuels (représentations, symétrie visuelle), le « comme si », les phénomènes qui supposent l’existence d’une chose en soi. Il s’agit bien là de changer de  subjectivité en mettant en place une nouvelle appréhension des signes. Kant y venait lui-même peu à peu mais peut-être trop lentement : d’après la découverte si juste de Kant lui-même, la loi de causalité nous est connue, a priori elle est une fonction de notre intellect, ce qui revient à dire qu’elle a une origine subjective SchMV_546. Si l’on change de subjectivité , on peut aussi abandonner une certaine forme de causalité toute spatiale, discontinue et homogène. Il s’agit d’introduire de l’incertain , de la prise de risque de conjecturer en négligeant le vide, cette focalisation sur l’invisible, cette outre-vision. Inhumons avec les honneurs les concepts vides et creux qui ralentissent la pensée. Faisons de ce cimétière un champ de course, une fois passé le champ de bataille. Mais comment se fait-il la science a tant d’avance sur la philosophie, non pas dans ses mesures, mais dans ses constatations, comme si le sujet et la substance en avait disparu. Ce n’est pas une boutade de se demander pourquoi ? C’est que la science à œuvrer en bonne ouvrière en arpentant la Terre de sa méridienne à l’équateur, reste à la philosophie à lui donner sa dimension, et les mesures pourront être reprises à zéro. La science s’encombre moins que la philosophie de sa tradition historique. Qui reprendrait à son compte la physique des corps graves et légers d’Aristote ? Il ne s’agit pas d’un anéantissement de la science, mais de sa maîtrise. Dans toutes ses fins et toutes ses méthodes elle dépend à vrai dire entièrement de vues philosophiques, mais elle l’oublie facilementNzLP_28.

La science n’a certainement plus rien à voir avec la pensée transcendantale celle-ci pose comme réciprocité : la matière et la substance. La science prétend étudier les potentialités de la matière, mais ce que l’on a appelé jusque là « matière  » — ce qui n’a pas de virtualité et qui est agi — n’existe pas et demeure une vue de l’esprit . Si le « transcendantal  » recouvre la garantie pour une expérience donnée de trouver son objet, cet argument ne nous fait-il pas manquer qu’il faut une certaine dose de désinvolture pour changer les conditions de l’expérience et précisément oublier les données ? Platon ne le suggérait-il pas déjà que  que dles biens qui nous échoient les plus grands sont ceux qui nous parviennent par un délire ?  Cette désinvolture est tout autant une précieuse maladresse, une naïveté qui nous laisse attirer vers de l’imprévu. A trop être respectueux du transcendantal, on tourne en rond, le mouvement linéaire de pensée qu’est la critique ne nous amène pas loin ce qui chez Kant se traduit par des fixations NzBM_211, que les dogmatiques déclareront définitives et indépassables. La chose en soi  devient un concept limitatif, Kant ne dira pas que ce concept est creux, car la chose en soi sert d’absolu vers lequel on « progresse » encore aujourd’hui chez bon nombre de savants. Autant dire que comme tout absolu elle n’existe pas même si on peut la concevoir comme un vide, une chimère  et y croire. C’est un peu tout cela que Nietzsche a essayé d’enrayer, le principe de circularité entre les conditions fondamentales et le donné qui ne permet pas de franchir un seuil, sauf par un saut, un rupture avec ce qui est apparemment donné mais qui contient de l’imperceptible et de l’imprévisible. Il a introduit des soubresauts dans l’unité de la pensée et de la vie et la rend un peu plus complexe DzN_18  loin de l’image préconçue qu’on se fait de la pensée qui la confondrait avec un savoir, loin d’une vie que l’on voudrait si ordinaire. Introduire autre chose que l’habitude et la répétition qu’un exercice ascétique et discipliné : de l’inéluctable et de l’incertain, de la gana  et du gusto  comme envie et entrain.

Publié dans : Thèse - Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
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