Partager l'article ! ECONOMIE / Dans quelle économie étions-nous ?: On nous parle aujourd'hui d'un troisième âge du capitalisme après le capialisme i ...
Toute la théorie de Léon Walras autour de la rareté est amenée à travers une critique de l'oeuvre de Basquiat et dont Walras cite en extrait un propos dans introduction à l'étude de la question sociale.
« Rareté. J’admets avec Senior que la rareté influe sur la valeur. Mais pourquoi ? Parce qu’elle rend le service d’autant plus précieux.[1] »
La rareté, telle que l’entend ici Bastiat, n’est pas la rareté ; scientifique, c’est la rareté que le vulgaire oppose à l’abondance, comme il oppose le froid au chaud sans connaître les limites de l’un et de l’autre, sans même vouloir accuser implicitement l’existence de limites semblables. Pour le physicien, il n’y a ni chaud ni froid, il n’y a que des températures. Aux yeux de l’économiste, la rareté vulgaire n’est qu’une moindre abondance, comme l’abondance vulgaire n’est qu’une moindre rareté. Si Bastiat eût été réellement un penseur, il ne s’en fût jamais tenu à cet aperçu sommaire. Il eût distingué scientifiquement, d’une part, l’abondance des choses utiles qui se trouvent dans le monde en quantité illimitée, et, d’autre part, la rareté des choses qui ne se trouvent dans le monde qu’en quantité limitée. Alors, en possession du sens économique du mot rareté, il fût convenu que la rareté ne rend pas seulement les choses en général et les services en particulier plus précieux, mais qu’elle les rend précieux, c’est-à-dire qu’elle leur donne leur valeur.
La concession de Bastiat est donc l’aveu de son erreur.
« L’abbé Genovesi disait, il y a cent ans, dans son cours d’économie civile, fondé pour lui à Naples par Intieri : Les seules choses qui n’aient pas de valeur sont celles qui ne satisfont pas nos besoins, ou celles qui, tout en les satisfaisant, ne manquent à personne. (Lezioni di economia civile, II partie, chap. 1er)[2]. » Le principe économique de la rareté est tout entier dans ces mots. Ce principe a été repris par Senior ; il a été développé avec une grande rigueur philosophique en 1831 par M. Auguste Walras qui l’a victorieusement opposé à la théorie de Ricardo sur les frais de production et à celle de J.-B. Say sur l’utilité[3]. En vertu de ce principe, toutes choses utiles, naturelles ou artificielles, matérielles ou immatérielles : matière première, travail, produits, qui se trouvent autour de nous en quantité limitée sont valables et appropriables. Nos facultés personnelles sont dans ce cas ; c’est-à-dire que les efforts, les peines, les services, comme dit Bastiat, s’y trouvent. Mais la terre y est de même ; elle a de la valeur et elle est l’objet de la propriété, individuelle ou commune.
Le principe économique commun à M. Thiers et à Bastiat est donc faux qui dit que :—Tout homme jouit gratuitement de toutes les utilités fournies ou élaborées par la nature, L’homme ne jouit gratuitement des utilités fournies ou élaborées par la nature que si ces utilités sont dans le monde en quantité indéfinie. Bastiat s’est évertué à soutenir qu’en thèse absolue nous ne payons pas les dons de Dieu. Il prouve que si nous achetons de l’eau, nous ne payons point le liquide, mais le travail du porteur d’eau. Il affirme que nous ne payons point la lumière du jour, la chaleur du soleil. Tout cela est incontestable. Mais il en conclut que nous ne saurions acheter la terre et que nous ne pouvons payer que les services des hommes qui l’ont défrichée, ensemencée, etc., etc. En cela il se trompe grossièrement, faute d’attention. La terre est utile comme l’eau, comme l’air respirable, comme la lumière et la chaleur solaires ; elle est limitée dans sa quantité comme le travail des facultés personnelles. Elle est possédée ; elle se vend et s’achète. Si donc la théorie de la propriété de M. Thiers et de Bastiat, ne justifie point la propriété foncière, c’est que cette théorie est mauvaise, insuffisante ou fausse.
1. Harmonies économiques, De la Valeur.
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