Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /2008 11:29
La philosophie — en tant que science, que jugement porté sur l’existence — repose sur le principe de raison suffisante pour lequel rien n’est sans raison. C’est l’autre nom de la prétendue « loi de causalité » pour Schopenhauer. Dans la limitation ainsi fixée,  Schopenhauer insiste sur : « L’importance du principe de raison suffisante [qui] est si grande que l’on peut l’appeler l’assise de toute science. Science veut dire, en effet, système de connaissance… » (SchQR_24). Mais déjà Platon : « il est nécessaire que tout ce qui naît, naisse par l’action d’une cause ; comment naîtrait-il autrement ? » (Philèbe 26e) ou dans le Timée (28a) « tout ce qui naît, naît nécessairement par l’action d’une cause, car il est impossible que quoi que ce soit puisse naître sans cause ».

La science classique repose sur le principe de moindre action avant même de partir du principe d’inertie. Ce dernier n’est que le pendant de la loi de causalité pour laquelle toute action entraîne une réaction. Ainsi est donné le cadre de toutes les expériences faites in vitro ou à l’abri de la « loi morale ». Mais alors le in vivo est  une autre affaire, trop à vif pour être cadré. La raison ou la moindre action — et même la Nature — n’ont fait que guider la décadence de la pensée depuis le double coup fait à l’hellénisme par les Eléates puis les Athéniens. Si les premiers l’ont sans doute fortifier pour la simple raison que ce qui ne tue pas rend plus fort, les seconds sous couvert de moralité, ont par leur jugement sur la cité, accaparé les jeunes esprit vers la moindre action : contempler plutôt que faire. Pour les Eléates, l’extase de l’être immobile — Parménide et son poème — leur permis de poser qu’il y a un être infini du mouvement, stoppant net le mouvement — Zénon — . Pour les Athéniens, Socrate déboulant sur l’agora, toute action avait une raison morale et cette raison, cette intelligence comme moyen de progrès moral, le déraisonnable dans les passions, le manquement à l'utilité dans le mal-être. / Platon dit non ! C'est l'amour du bien qui apporte le progrès  moral ; mais l'intelligence est nécessaire à la saisie du bien. C’en était fini de l’hellénisme, car vint le désir de science plus que de sagesse. Le désir de connaissance plus que d’une vie immorale.

De la recherche des causes, de l’Epistémè — la « science » en grec — naît la décadence de la pensée grecque qui se coupe de sa source, qui est non une quelconque cause mais la joute. C’est pourquoi le discours était tranchant et concis et non étendu comme les grands discours des enseignants. Car ce n’est pas la même chose de poser le principe de raison ou de moindre action et le principe du combat ou de la plus grande action. Que tout naisse nécessairement de l’action d’une cause n’est pas que tout naisse de l’issue d’un combat, c’est-à-dire de ce qui excède l’affinité viscérale des adversaires : que ce soit la fuite active ou le tiers qui ne s’épuise pas ses forces dans le combat. On a avec Platon et Aristote préféré la connaissance distante à l’épreuve de la vie. On pourra toujours dire que l’on a placé la vie dans le formol, qu’on l’a mise en formes, en idées en critères moraux, parce qu’on sentait l’hellénisme décliné, mais c’est surtout qu’en capturant dans ce formol de science et de morale les « grandes intelligences » on a inhibé l’action des jeunes corrompus. L’homme de connaissance qui a besoin d’une institution pour survivre n’est pas le sage qui admet plus frontalement l’épreuve de la vie plutôt que la promotion dans l’institution.
Par Anthony - Publié dans : Physique quantique - Communauté : Science
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