Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 13:31

Mais plus largement, cette différence pose la question de la transgression. La transgression de cette limite du langage est nécessaire à tout processus qui « avance », elle est le passage obligé pour toute création. Pour créer, on a besoin de sympathiser, alors que maîtriser et mépriser semblent avoir une certaine correspondance. Petite anecdote ancienne. A la fin d’un des cours de Patrice Loraux, il s’était produit quelque chose de spécial. Un jeu poétique et révélateur des mots. Vous demandiez avec enthousiasme, « qu’est-ce que maîtrise le philosophe ? », au bout de plusieurs répétitions du fond de la classe, mes voisins comme moi-même, nous entendions tout autre chose. La question devenait : « qu’est-ce que méprise le philosophe ? » La réponse s’en est suivie : la douleur, les femmes, etc.… L’ascèse comme l’appellent Nietzsche ou Foucault — ce mélange de concentration et de rigueur pour Bergson — est à la jointure de ces deux formes de connaissance qui nous font au fond passer de l’amour au mépris et inversement. Mais c’est la « rareté des énoncés », l’air raréfié de la création, qui nous pousse à la cavalcade, à toujours tendre vers l’imprévu. Il faut commettre l’art de l’imprudence ou plus exactement de la négligence pour inventer, l’art de l’audace pour transgresser ce qui est établi mais qui n’est pas assez établi pour l’irruption d’une dépense inouïe d’énergie . On peut bien parler d’un art imprudent de l’amour et d’un amour tourné vers le destin. Dans cette « métastabilité », risque et maîtrise semblent se distinguer comme création et production, comme procédure à risque et procédure à rendement. Mais Amour et mépris se complètent sans doute. Qu’est-ce qu’aimer ? Comment pleinement aimer ? Aimer, Est-ce un hasard si c’est un pape qui en donnait une belle définition ? Pour lui, aimer c’est « dépendre de et laisser faire ». Ceci résume le rapport entre l’autorité qui se gouverne elle-même et les péchés des fidèles qui dérivent loin de l’usage des dogmes. Vivre pleinement et assumer les aberrations et surtout les imprévus de l’existence, bref dominer sa vie. Ainsi il s’agit de bien comprendre que la « connaissance » suppose moins le respect mortifère que de mal mener l’être aimé, comme celui qui voyant l’amour décliné se fait plus attentionné et par là étouffant pour l’être aimé. L’exercice de l’amour mène à autre chose, la sagesse...

Publié dans : Thèse - Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
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