Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 13:33

Guetter l’aurore, guetter l’horizon. Pour cela, il s’agit non pas de penser « vrai » mais de penser « juste », pour pouvoir dans un second temps trancher net, attitude sartrienne avouons-le. Notons par ailleurs que Foucault détachera bien les deux pendant toute une période de sa vie, avant sa confrontation avec les prisons qui firent naître une énième crise en lui. Ce que veut dire Foucault par penser « juste », c’est qu’il faut maintenir la pensée dans une distance à l’impensé qui lui permette d’aller vers lui, de se replier, de le laisser venir FcDE1_267. Pour comprendre ce qui est au-dedans de l’impensé il faut en accepter le dehors. Il faut s’immerger dans la réalité confuse du présent. Il faut en quelque sorte transgresser le présupposé Kantien de la finitude plutôt qu’attendre derrière lui un hypothétique messie ou salut. C’est par exemple toute la thématique des veilleurs chez Foucault FcDE1_261-267 que sont Nietzsche, Blanchot ou Bataille. Ils sont plus dans la transgression, dans la contestation, dans une provocation naïve que dans une réelle attente. Car pour détourner les propos de Blanchot, l’attente n’a pas d’objet, l’attente est profondément active et vigilante, bref il n’y a pas d’attente mais l’activation d’une perception plus poussée des choses. Comprenons bien : il y a une forme de naïveté qui fait que parler de transgression reste maladroit car on a oublié la limite, que naïvement on ne l’a pas vue trop distrait par le dehors, tout ce qui se passe. Si provoquer, ou contester, « c’est aller jusqu’au cœur vide où l’être atteint sa limite et où la limite atteint l’être » _238, guetter l’horizon, c’est insister sur la fêlure inhérente à la Schize, à la Différence et c’est franchir la Finitude du village dialectique ou anthropomorphique pour aller sur la colline, au Dehors, et mieux voir l’horizon — autre nom pour la Schize et la Différence — que masquait la palissade de la finitude ou le donjon de la métaphysique. Fable un peu simpliste pour dire qu’en guettant l’horizon, on oublie la limite que forme la crise et la finitude : notre désir, notre inconscience, nous l’a fait franchir. C’est par naïveté que l’on a transgressé sans le savoir la finitude et la crise. S’il n’y a pas de transgression c’est qu’il n’y a plus de limite, que la crise a été résolue, car la limite et la transgression sont intimement liées1.

La corde tendue par delà la fêlure entre le Dedans et le Dehors devient, chez Foucault et Laporte, dont il s’inspire, « une lumière allumée au milieu de l’ombre qui guide plus sûrement que la lumière de midi ». Une sorte de direction ténue. Il y a acuité plus grande et moins d’attente volontaire par rapport au jour qui vient. Guetter, veiller ce n’est pas attendre un signe convenu — le Messie par exemple. Par guetter, il faut entendre « guetter l’horizon » en maintenant de la distance avec l’impensé. Guetter, ce n’est pas être dans une posture d’attente mais dans une attention négligente. Il faut sortir des images préconçues, : « il faut lire le texte de Laporte en laissant de côté, au moins pour un temps, ces guetteurs et ces veilles où la spiritualité occidentale a si souvent trouvé ses ressources métaphoriques ». A se figer dans la réflexion et s’éterniser dans l’attente, on trouvera toujours un sens qui passe par là, celui du Signifiant — le fameux Messie par exemple — mais par là on manquera le « loup véritable » ou le « cygne noir » qui ne ressemble jamais au loup blanc-cygne blanc de nos régions. Il n’y a plus de Je pensant, mais un anonymat naïf du guetteur.

 



1 « La limite et la transgression se doivent l’une à l’autre la densité de l’autre la densité de leur être : inexistence d’une limite qui ne pourrait pas être franchie ; vanité en retour d’une transgression qui ne franchirait qu’une limite d’illusion et d’ombre … la transgression porte la limite jusqu’à la limite de son être … La transgression n’est donc pas à la limite comme le noir est au blanc… Elle lui est liée selon un rapport en vrille dont aucune effraction simple ne peut venir à bout. » FcDE1_237.

 

Publié dans : Thèse - Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
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