Partager l'article ! 231. Deleuze et la pensée du surpli : les deux éternités.: C’est bien après une nouvelle image de la pensée que cour ...
C’est bien après une nouvelle image de la pensée que courait explicitement Deleuze depuis Différence et répétitions DzDR. Il la mettra en œuvre réellement lors de sa collaboration avec Félix Guattari. Deleuze estime même que Guattari avait de l’avance sur lui. A eux deux ils commirent une théorie des multiplicités et une saisie des singularités qui, bien que métaphysique, restent un programme assez révolutionnaire, à tel point que Deleuze dira lui-même qu’il ne parvient à l’épuiser ! Mais comme l’a très bien relevé Alain Badiou, ce considérable programme … il ne l’a pas mené à son terme, voire qu’il l’a infléchi dans une direction opposée à celle que nous pensons qu’il doit tenir BdUMM.On peut dire que Deleuze a couronné son système par l’Un-Tout qu’il nomme aussi Relation ou Ouvert, ainsi il a « infléchi » ses recherches, revenant d’une pensée du Surpli avec Guattari à une pensée du Dépli ou de l’Ouvert. C’est peut-être là qu’on peut comprendre pourquoi Deleuze disait dans son petit Nietzsche DzN, avant la traduction des œuvres complètes, qu’au final on ne comprenait pas la pensée de Nietzsche.
Nietzsche, dans une de ses œuvres, disait qu’il voulait amener une nouvelle définition de l’éternité à la face du monde. Sans doute, est-ce Deleuze qui a le mieux explicité cette nouvelle conception de l’éternité, qui n’est autre que l’intensité ou singularité ou nouveauté. Ceci pourrait apparaître anodin, mais derrière les deux conceptions de l’éternité, il y a deux appréhensions de la réalité, que Deleuze a souvent confondues sous le terme de durée. Tout d’abord, dans son cours sur Spinoza — en référence à Ethique V, 23 —, Deleuze opposait immortalité et éternité, en développant toute une analyse autour de l’expression expérimenter que nous sommes éternel(le)s c’est-à-dire vivre et actualiser des intensités inouïes, qui ne sont pas toujours déjà là. Puis au début d’Image-mouvement, DzIM_12, Deleuze fait glisser l’éternité du côté de l’immortalité (son premier sens) pour mieux l’opposer à la nouveauté. Il justifie aussi dans ce passage ce qui dans sa pensée peut être interpréte comme une perte d’inspiration ou une retombée d’intensité, c’est-à-dire ce qui serait moins porteur de nouveauté. Deleuze après sa collaboration avec Guattari en revient à ses marottes et à ses marronniers, c’est-à-dire une pensée épuisée du Dépli, une philosophie de l’Ouvert qui coexiste chez lui avec une pensée à peine esquissée du Surpli et du Dehors. Sans cet entremêlement nous ne nous serions pas rencontrés C’est de ce double sens, dont n’a pas su se dépêtrer Deleuze que naît l’insatisfaction de ce dernier vis-à-vis de ses dernières œuvres, quand il se demandait s’il avait bien écrit des livres vitalistes 234.
Ainsi si l’on dissocie ces deux durées ou éternités, on a d’un côté une éternité nihiliste ou conservatrice, l’immortalité, et de l’autre une éternité vitaliste et créatrice, celle de Nietzsche, qui est aussi nouveauté, singularité, intensité. Ceci explique pourquoi Deleuze attachait tant d’importance aux noms propres ou aux cas qu’il nommait par ailleurs personnages conceptuels, intercesseurs, etc. … — cf. Le cas Wagner chez Nietzsche. Ces deux conceptions de l’éternité rejoignent le recoupement déjà évoqué entre les deux manières d’appréhender aussi bien la vie, le travail que tout ce qui nous confronte à de l’imprévisible — audace et fortune. C’est aussi la distinction entre bande de valence — état stable ou classique de la matière — et bande de conductivité — état quantique d’une particule isolée. On retrouve cela dans l’usage qu’en font l’opto-électronique et la spinélectronique par exemple. Pour la première conception qui ramène tout à du déterminé comme le font la science cognitive ou la philosophie analytique, les signes sont toujours déjà là comme chez Husserl et il serait vain de déployer quelque effort pour les faire émerger ou ressurgir. Telle est la vision réactive d’un monde jugé par avance futile plus que natal. Il n’y a rien d’inouï, d’inaperçu, d’impensé, puisque tout est déjà là. Ces signes relèvent de la seule intelligence dépréciative et objectivante. Ils posent soit le « vrai », soit le connu comme ce qui est objectif et déterminé ; mais s’il y avait une vérité elle serait danse, effort qui s’oublie et s’emporte plutôt que ce qui excède une situation donnée et dont on tire un savoir. Pour la seconde conception, celle des systèmes ouverts et non plus fermés, les signes sont affectifs, à l’image de l’herbe qui attire la vache, et doivent être saisis dans une certaine intensité. Les affects libérés aussi appelés « devenirs » dépendent de ces intensités qui peuvent nous traverser. L’intelligence à elle seule ne suffit plus, l’intuition s’y ajoute. C’est toute la thématique de l’Aurore chez Nietzsche ou des guetteurs d’horizon chez Foucault et Blanchot. C’est pour cela que Deleuze disait qu’avec sa passivité et ses choses perçues, « la phénoménologie avait béni trop de choses » :
Même Merleau-Ponty en vient à penser cela. — Les « choses simplement choses » sont les blosze Sachen : Ce qui est faux dans l’ontologie des blosze Sachen, c’est qu’elle absolutise une attitude de pure théorie (ou d’idéalisation), c’est qu’elle omet ou prend comme allant de soi un rapport avec l’être qui fonde celui-là et en mesure la valeur. MpS_265
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