Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /2008 22:14
L’important est d’être capable de quelque chose non que votre voisin puisse le voir à votre place.

Nous sommes passé d’une civilisation judéo-grecque et chrétienne où les valeurs était le Vrai, le Beau, le Bien. Ses justes et ses prêtres prônaient le désintérêt. Ah ! Tout philosophe au départ est malade et use d’une thérapeutique, souvent enseignée par un maître, mais celui qui ne rompt pas avec son école demeure au fond une « âme timorée », un maladif, un décadent. Il se ment à lui-même sur sa propre nature. Il triche avec le système plus qu’il ne le trahit dans un geste de liberté, et comme toute grande époque est fonction de la liberté qu’elle s’autorise, que s’autorisent ceux qui y vivent, alors la boucle est bouclée. Une culture suivant la manière dont elle se dresse recherchera avant tout ce qui lui importe et l’enrichit : l’attrait et l’énergie. L’attrait pour l’existence intense et la dépense d’énergie disparue, leur discours a eu raison des belles âmes. Ceci se produisit peu après la Grèce du ve siècle et peu après la Renaissance du xve siècle. Pourtant Platon connaissait cette ornière puisqu’il notait que nous nous rendons malheureux parce que nous ne savons pas ce qui a de l’importance. Ne faisait-il pas dire à Socrate dans le Phèdre que tout grand « bien » ne nous tombe dessus que par un délire. Le délire et la capacité d’énergie qui en découlent auraient-ils plus d’importance que les petits « biens » que nous gardons jalousement en notre propriété ? Ainsi se retrouve posé l’éternelle fracture entre la Vérité et ce qui a de l’importance. C’est que ce qui est trop juste ou trop précis n’a au fond aucune existence. Toute époque qui aperçoit sur le versant en pleine lumière, les multiples voies qui lui sont offertes, toute époque à conjectures, est une époque d’aurore, une époque capable d’indiquer ce qui pour elle a de l’importance. De là découle une culture plus qu’une civilisation capable de se libérer et d’augmenter sa capacité d’énergie. Sur l’autre versant, non celui en pleine lumière mais celui qui sent le déclin crépusculaire venir, la culture n’est alors plus capable de digérer les grandeurs passées, de les synthétiser et préfère se raccrocher aux valeurs ancrées dans nos cerveaux comme de vieilles habitudes. Souvent cela se passe à la troisième génération quand on a perdu le lien avec ce qui fait source et que l’on produit un discours cherchant l’ « origine » masquant ainsi l’énergie. Ceci se produisit par exemple, avec la pensée « matérielle » (Noûs) d’Anaxagore que Platon et Aristote spiritualisèrent. Ceci se produit certainement chaque fois que l’on sent les grandeurs passées nous filer entre les mains et qu’il ne reste plus comme possibilité que de les inscrire dans des textes, Il en fut ainsi du ivème siècle de Platon et Aristote. Dans le jeu et la rivalité de la Vérité et de ce qui n’a été perçu que par quelques uns, à savoir l’importance, ont émergé deux tendances de la philosophie. Au passage ces quelques uns en question sont Spinoza, Nietzsche, Deleuze — avec Foucault et Guattari. Ces deux tendances de la philosophie, dont nous avons déjà parlé, sont d’un côté la philosophie dogmatique qui devient très vite académique et d’autre part la philosophie tragique ou expérimentale. Dogmatique veut dire qu’elle obéit à un principe dont elle ne déviera pas mais qu’elle ne découvre qu’à la fin. Académique, veut dire que ces philosophes qui voyaient toute existence qui n’était pas guidée par le bien comme une corruption, alors même qu’elle était décadente, par rapport à ce qu’elle avait été, se sont regroupés en école pour résignés, décadents et maladifs. Par tragique, il faut entendre ce qui accomplit une démarche par delà les contradictions et va jusqu’au bout d’un combat avant de se reposer, tel un guerrier. C’est précisément au bout de l’activité que se trouve l’éternité, celle vécue. Cette éternité est une danse vivante et ne vient pas après « la mort », comme une vérité qui précipiterait les conclusions. Ne sommes-nous pas passés d’une société dont la valeur-clé était la vérité à une société où cette valeur devient importance.

« Tout ce que tu peux faire ou rêver de faire,
 entreprends-le. L'audace est porteuse de génie, de puissance et de magie »
Goethe

 


Par Anthony Le Cazals - Publié dans : Pensées - Communauté : La commune des philosophes
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