Les devenirs de la philosophie à Paris 8

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HUSSERL / L'Idée de phénoménologie.

Publié par J. G. sur 20 Août 2006, 07:52am

Catégories : #Penseurs et philosophes

L'Idée de phénoménologie.
Les étapes méthodologiques de la phénoménologie.

Le projet poursuivit par Husserl au travers des cinq leçons qui constituent " L'Idée de la phénoménologie " n'est autre que de nous montrer comment la connaissance est possible, comment les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes peuvent être atteintes par la connaissance, et par suite, comment et en quel sens ces choses sont.
Il s'agit donc en réalité d'une systématisation de la " réduction " ou " réflexion phénoménologique ", que nous aborderons ici par le biais de l'analyse de ses étapes successives :


1. L' " Epoché ", ou suspension de tout jugement.
2. La " réduction transcendantale " ou réduction phénoménologique.
3. La " constitution " ou retour au monde suivant les acquis de la réduction phénoménologique.


I. L'époché.

Pour bien comprendre le rôle de l'époché dans la phénoménologie husserlienne, et par suite, pour comprendre l'intérêt de la réduction phénoménologique, il est besoin de rappeler ce projet de Husserl de constituer la philosophie comme science rigoureuse, permettant de fonder les sciences elles-mêmes. C'est dire donc que la philosophie doit trouver en elle-même sa propre justification, ses propres fondements, et, par suite, que chacune de ses assertions doit être complètement fondée : elle ne doit rien présupposer, rien admettre sans en connaître la justification.
Or, ne rien admettre comme allant de soi, ne rien présupposer, ce n'est finalement rien d'autre que s'interroger constamment au sujet de nos connaissances, refuser de les aborder naturellement, c'est-à-dire naïvement, sans s'interroger sur leur rapport aux choses. L'attitude naturelle, en effet, ne se soucie pas des problèmes de la possibilité de la connaissance.
En d'autres termes, vouloir l'absence de présupposition, c'est vouloir l'évidence complète, non pas au sens de " ce que l'on comprend immédiatement sans avoir besoin de s'interroger à son sujet ", mais au sens de " complètement justifié ", " entièrement fondé ". L'attitude philosophique, par opposition à l'attitude naturelle, doit donc viser sans cesse ce que l'on pourrait appeler une " évidence apodictique " obtenue par l'exposition d'une preuve nécessaire.
Dès lors, l' " époché ", dont nous avons dit qu'elle constitue le premier stade de la réflexion phénoménologique, s'inscrit dans la suite logique de l'exigence de non présupposition.
Avec elle en effet s'arrête notre attitude naturelle et commence l'interrogation sur nos connaissances. L'époché est cette suspension de nos jugements sur ce que nous concevions être hors de notre conscience, pour nous interroger sur nos jugements eux-mêmes. De cet examen pourra naître ensuite une connaissance évidente, mais pour cela il est nécessaire de mettre le monde entre parenthèses ainsi que les vérités que nous avions admises lorsque nous étions dans l'attitude d'esprit naturelle, y compris les vérités dites scientifiques.
L'on voit donc que l'époché ou " suspension des jugements sur le monde " est ce qui va nous permettre d dégager peu à peu une sorte de connaissance première et totalement évidente sur laquelle nous pourrons nous appuyer pour justifier les assertions que nous ferons lors de la critique de la connaissance. Elle est le point de départ obligé de la phénoménologie.
L'on voit également qu'Husserl, de son propre aveu, s'est largement inspiré du doute méthodique cartésien. Mais il en a cependant changé le sens, ce qui implique que nous distinguions le doute cartésien de l'époché husserlienne, et ce pour au moins quatre raisons :

1. Au contraire du doute cartésien qui n'est que provisoire et donc instrumental, puisqu'il n'est là que pour découvrir cette certitude indubitable qu'est le " ego cogito ", et qu'il s'arrête avec cette découverte, l'époché husserlienne est définitive.
En effet, ce que je découvre par l'époché, c'est la vérité de l'époché elle-même : c'est cette attitude de mise en suspend de mes jugements qui devient ma seule vérité. Elle est, en quelque sorte à elle-même sa propre fin.

2. Dans le doute méthodique, il y a une négation temporaire du monde. Dans l'époché, cette négation n'est pas présente. Simplement, je suspends mon jugement à son propos, je cesse de lui accorder une valeur : cette attitude est nécessaire pour qu'à une croyance en le monde reposant sur des préjugés, succède un savoir.

3. L'époché implique le moi lui-même comme instance qui opère la suspension : le cogito au contraire ne peut que s'exclure du doute puisqu'il est à l'origine de la reconstruction. Il est la certitude absolue et indubitable.

4. Le doute est motivé par des raisons extérieures : il répond à des contraintes externes (constat de l'erreur, de l'illusion, de l'incertitude). Au contraire, rien ne me pousse à opérer l'époché : c'est un acte de pure liberté car elle ne répond à aucune autre exigence que celle que je m'impose à moi-même.

Fondamentalement distincte du doute cartésien, l'époché constitue une rupture d'avec l'attitude d'esprit naturelle naïve qui croit sans véritablement s'interroger sur ce qu'elle croit.
Mais la simple suspension du jugement ne suffit pas à la constitution d'une connaissance véritable, c'est-à-dire d'une connaissance des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes. Il faut donc une seconde étape : la " réduction transcendantale ", ou réduction au phénomène.

 


II. La réduction transcendantale ou réduction gnoséologique.

Rappelons, pour mieux comprendre cette étape, qu'Husserl distingue deux aspects du transcendantale.
Le premier aspect renvoie à notre mode de pensée le plus naturel, qui distingue d'une part l'intériorité de la conscience, et, d'autre part, l'extériorité du monde. Dans un tel mode de pensée, la connaissance et l'objet sont réellement séparés l'un de l'autre, ce qui entraîne deux attitudes possibles : la première étant l'indifférence envers la chose transcendante (conseil de Hume), la seconde, la croyance en la chose transcendante (Platon, par exemple). Mais, dans les deux cas, la connaissance des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes est effectivement impossible.
Or, le but que s'est fixé Husserl est de montrer comment cette connaissance est possible. Il faut donc saisir d'un autre abord le transcendantal pour supprimer l'opposition naturelle entre intériorité et extériorité.
Pour cela, il est nécessaire de ne plus se considérer comme installé dans le monde, et de tourner son regard sur soi-même, afin de ne plus considérer le monde comme extérieur à l'intériorité de la conscience, mais en tant qu'il est m'apparaissant, c'est-à-dire comme phénomène pur et pur phénomène (étant entendu que l'époché est toujours maintenue).
Dès lors, la conscience et le monde ne sont plus en opposition dans l'attitude transcendantale, mais constituent à eux deux une attitude et un phénomène unique: la conscience du monde.
Ainsi le monde n'est plus transcendant au sens premier, c'est-à-dire au sens d'extérieur inaccessible, mais, en tant qu'il m'apparaît tel qu'il est, c'est-à-dire comme phénomène pur, il devient pour la conscience une unité de sens intentionnel ou noème. De même, la conscience n'est plus une intériorité stricte et limitée à elle-même, mais s'élargit en s'ouvrant au monde tel qu'il m'apparaît.
En fait, dans un tel processus, la réflexion sur soi-même nous fait apparaître la conscience elle-même comme un phénomène pur, et, en ce sens, immanent au monde. L'époché me conduisant à ne plus avoir qu'un pure vision de moi-même et du monde, puisque mon jugement est suspendu, ma conscience et le monde deviennent pour moi des phénomènes purs et forment par là même une unité intentionnelle : je me perçois comme percevant le monde.
Ceci admis, la phénoménologie peut se développer comme transcendantale.
En effet, dans la réduction phénoménologique ou réduction transcendantale, je ne regarde plus seulement les objets, mais l'acte par lequel j'atteins ces objets : monde et conscience ne sont plus opposés mais s'inscrivent dans le champ unique de ce que l'on pourrait appeler une " transcendance immanente " constituée et rendue possible par un retour réflexif sur soi-même.
Plus encore, et ainsi définie, la connaissance phénoménologique devient une connaissance de l'essence.
Dès lors, la connaissance de l'essence, comprise comme pure vue du phénomène pur, c'est-à-dire comme saisie d'une unité intentionnelle, comme saisie du sens véritable de l'objet, étant reconnue possible, la constitution, dernière étape de la réduction, peut s'opérer.

 

III. La constitution.

Il est possible de dire que la constitution signifie un retour au monde, mais un retour qui conserve les acquis de la réduction, et qui donc s'effectue avec un regard neuf.
En fait, la constitution est le pendant du versant réductif de la phénoménologie menant à l'attitude transcendantale. Il s'agit, après avoir arrêté d'inscrire le moi dans le monde, de l'y remettre, de retourner dans le monde, mais, cette fois-ci, sans aucun préjugé ou présupposé.
Avec la constitution ou retour au monde, c'est, en quelque sorte, une application de l'attitude transcendantale à l'attitude naturelle qui s'opère : il y a comme une connivence ou complémentarité des deux attitudes, sans pour autant qu'elles puissent être assimilées l'une à l'autre.
Simplement, nous passons dès lors de l'une à l'autre, le maintient dans une attitude transcendantale réflexive étant difficilement réalisable (un peu comme Descartes avoue que le doute méthodique n'est pas systématiquement applicable, et est tributaire des circonstances).

 


III. Conclusion et récapitulatif :

Les étapes méthodologiques de la phénoménologie sont donc les suivantes :

1. l'époché : acte de retrait et de mise en suspend permettant une observation désintéressée du monde.
2. La réduction phénoménologique : permet le passage de la simple donnée naturelle à son sens comme phénomène.
3. La constitution : redécouverte du monde comme horizon de sens, comme unité de sens, mais une unité que je constitue moi-même en tant que conscience ouverte sur le monde
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