John Rawls
philosophe Politique, 1772-1823
Biographie de John Rawls
La philosophie de John Rawls renoue avec la tradition idéaliste de la philosophie politique. Écartant tous les
faits (comme Rousseau') dans un premier temps au moins, John Rawls pose le problème de la justice en termes d'instauration : comment pourrait-on instituer, se demande-t-il, une forme juste
d'organisation sociale, abstraction faite de toute considération particulière (traditions et moeurs propres à telles et telles sociétés) ? Partant de là, il imagine une situation parfaitement
hypothétique (comparabie à l' état de nature » des anciens théoriciens du contrat' social), dans laquelle un ensemble de personnes doivent choisir les principes de répartition des biens
fondamentaux qu'ils souhaitent adopter pour une société à venir. Le point important est le suivant ces personnes ignorent quelle sera leur position dans cette future société (<, voile
d'ignorance »). Ils ne peuvent donc vouloir favoriser qui que ce soit : par hypothèse donc, ils opteront pour l'organisation la meilleure pour tous, c'est-à-dire pour la solution qui serait la
plus avantageuse globalement, et qui ne sacrifierait a priori aucune catégorie sociale (ni les plus favorisés par la naissance, ni les plus démunis, ni qui que ce soit...). La décision générale
-pour finir - est très paradoxale : bien qu'aucun individu raisonnable placé dans une telle situation ne puisse désirer une société injuste (qui puisse sacrifier les intérêts ou les droits de
quelques-uns au profit de la communauté ou de l'une de ses parties), tous pourtant doivent s'accorder sur la
reconnaissance du bien-fondé des inégalités sociales et économiques.
Les principes retenus seront, selon John Rawls, les suivants
1. Chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, qui soit compatible avec le même système pour les autres.
2. Les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que,
à la fois : a. on puisse raisonnablement s'attendre à ce qu'elles soient à l'avantage de chacun : b. qu'elles soient attachées à des positions et des fonctions ouvertes à tous.- (Théorie de la
justice.) Le premier principe, qui exprime l'engagement de John Rawls en faveur du libéralisme, signifie que la liberté est le premier des biens et que la justice - conçue comme équité*- est
d'abord et essentiellement la répartition égale entre tous les hommes de cela même qui constitue leur valeur et leur dignité. Ce principe ne peut souffrir aucune exception, et il est absolument
prioritaire : la liberté de quiconque ne saurait être sacrifiée, en aucun cas, et pour quelque raison que ce soit. Le deuxième principe en revanche, est beaucoup plus original et ambigu. Que
signifie-t-il exactement ? Que les inégalités sociales et économiques peuvent être tolérées, en ce sens qu'elles constituent globalement une situation plus fructueuse pour tous (les inégalités,
en effet, servent de stimulant à facticité. elles augmentent les réserves totales de biens et de produits disponibles). Mais cette tolérance rencontre des limites très strictes : les positions
les plus favorisées doivent être accessibles à tous (principe démocratique de l'égalité des chances) et les inégalités ne sont tolérables que si elles profitent à tout le monde. ou aux plus
défavorisés. Admettons par exemple qu'une disposition soit apparemment très inégalitaire : l'institution d'une école privée de très haut niveau, ou même d'une filière très élitiste dans l'école
publique. Faut-il la rejeter d'emblée ? Certainement pas, répondrait John Raals, car l'une ou l'autre. à certaines conditions (bourses, encouragement et soutien des plus motivés, en particulier
lorsqu' ils sont défavorisés). peuvent profiter à tous. Ainsi le maintien d'une première classe, dans un train. peut profiter à tous, si l'on décide d'en faciliter l'accès aux plus handicapés aux
heures de pointe... La théorie de John Rawls a été contestée par les milieux intellectuels de droite et de gauche. et sur plusieurs plans. À droite, on lui reproche de célébrer l'Étatprovidence
(État-assistance) parce qu'il insiste sur la nécessité de prendre d'abord en compte (intérêt des plus démunis : à gauche, de légitimer la logique des institutions économiques dominantes (le «
marché-). D'autres enfin s'indignent de sa prétention à tirer d'une conception individualiste, occidentale, et pour tout dire, « kantienne » de l'homme, une conception de la justice intemporelle
et universelle. John Rawls a répondu à ces critiques dans ses travaux ultérieurs, et le débat est loin d'être clos. Cf. Michaël Walzer.
source : article de Laurence Hansen-Love pour Philosophie de A à Z
OEuvres
Théorie de la justice (1971)
Anarchie, État et Utopie (1988)
Justice et démocratie (1993).
Analyses
La
critique de John Rawls par Robert Nozick dans «Anarchie, État et utopie» par Jean Jacques SARFATI - 11 pages
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