Dimanche 6 juillet 2008

Sur la perte du genre qui est une répartition des tâches domestiques au sein du foyer et hors de la sphère publique et une mise sous le joug des femmes depuis l’acte sexuel jusqu'au moment de l'accouchement (qui chez l'homme est toujours prématuré du fait de la taille de la tête). Ce qui se joue, sous la perte du genre, est du même ordre que le passage des sociétés matriarcales aux sociétés patriarcales. Les sociétés matriarcales avaient leurs déesses de la fécondité puisqu'alors on avait fait le approchement entre l'acte sexuel et la grossesse : les enfants naissant de manière inexpliquée. Quant aux sociétés patriarcales, leur sommet reste le droit romain qui avait inventé la notion de ventre, c'est-à-dire le fils potentiel qui n'appartient pas à la femme mais à la cité : citons pour cela Tacite, lequel reprend Aulu-gelle : « A la nature de la mère les juristes opposent la nature de l'enfant à naître. Celui-ci est dans la mouvance du père, lequel relève de l'Etat : « Tout doit être mis ne oeuvre pour que le fœtus formé (partus) voie le jour. Le ventre doit être nourri. Si ce n'est pour son Père [dans le cas où celui-ci est mort], que ce soit au moins pour l'Etat, qu'il accroît par sa naissance ». Pour le Père, pour l'Etat [ou la dite Patrie].  Ou comme le dit aussi Ivan Illich « le ventre maternel est déclaré territoire public » (illGV_81).

Il y a aujourd'hui avec la dissociation de la procréation et de la sexualité — via la contraception — et plus encore avec la distinction entre grossesse ovarienne et grossesse utérine — via les mères porteuses — une remise en cause du patriarcat. On retrouve cela, par exemple dans l’œuvre de Nietzsche, à travers le sentiment de décadence des bien-nés et la perte de la virilité dont la peur des femmes est chez Nietzsche, depuis son enfance, un symptôme : celle-ci est parfois misogynie. Mais si l'énigme de la femme telle qu'elle se conçoit ou que sa mère la conçoit est la grossesse, alors non seulement il y a perte de la virilité mais le système patriarcal saute et avec lui la patrie : « Aujourd'hui, contraints de dire adieu au patriarche, ils doivent réinventer le père et la virilité qui s'ensuit » (Elisabeth Badinter). Ceci se produit d'abord par le contrôle de la contraception et donc des naissance par les femmes elles-mêmes mais plus important : Le pouvoir des femmes sur la reproduction se trouverait dépossédé [Atlan, p. 151-152] par une nouvelle chimère qui consisterait à pallier les 24 premières semaines de la grossesse utérine par des machines : jusqu'à présent on ne sait remplacer le cordon ombilical et le placenta du ventre de la mère mais des recherches scientifiques tentent d'y trouver un substitue artificiel. Il n'y aurait plus alors, par-delà tout jugement moral, de grossesse comme condition inéluctable de la femme, ce ne serait plus qu'un choix de vie volontaire ou insoumis. Cette chimère, notons-le, coïncide avec le tout économique, avec l'idée de la vie active comme un flux tendu, ce qu'elle n'est pas en réalité, mais ce nouveau genre de grossesse artificiel irait dans le sens de la promotion des femmes au sein de l'entreprise. Ce qui ressurgirait là, ce serait un certain nombre de superstitions qui oublieraient que déjà des enfants vivent leur derniers mois de grossesse, c'est-à-dire après les 24 premières semaines, et ne semblent avoir qu'une affectivité différente. Remarquons que les fœtus en fin de grossesse n'ont pas de contact direct avec la mère sauf par les coup de pieds et leurs oreilles qui entendent les battements de cœur ou sa voix car ils baignent dans le liquide amniotique ; ces condition hormis la médiation du cordon ombilical et du placenta peuvent être récréer en couveuse, avec une manipulation tactile un peu différente. Nombre de femmes voient la réalisation de leur vie dans la maternité et les angoisses que cela suscite et les bébés sous couveuse ou sous utérus artificiel, seront réticentes à cette artificialisation de la grossesse. Pourtant et c’est là une inconnue supplémentaire, les grossesses pourront être menées au-delà du terme actuel alors que la taille critique de la tête, par rapport au bassin de la femme, impose pour notre espèce une gestation de 9 mois alors qu’elle est de deux ans par exemple chez l’éléphant. Un nouveau terme de grossesse, donc de nouveaux individus, qui n’auront pas connus les mêmes maladie infantiles, mais pas seulement :  « La suppression de la grossesse et de l’accouchement, bouleversant la réalité physique de la maternité, risque d’entraîner sinon la disparition de tout sentiment maternel, du moins des modifications profondes dans la façon qu’aura une femme de concevoir et de vivre une maternité éventuelle. En fait, la maternité, dans les conditions d’une ectogenèse [grossesse artificielle] deviendrait très proche de la paternité » (Atlan, p. 150-151).

Si la féminité se détache de la maternité — qui tourne tout entière autour de la grossesse et si la virilité se détache de la patrie alors il en sera finit de la prééminence des genres… Place aux sexes… « La différence des sexes dans la procréation et la filiation aura disparu en tant que donnée de la nature immédiate » (Atlan p. 132)

Notons que nombre de grossesse ne sont pas connues dès les première semaine ce qui amoindrie l’importance psychologique de la grossesse utérine dans le fait d’être mère. Notons aussi le cas des dénis de grossesse : ces mères qui jettent à la poubelle leur bébé mort-né comme si ce n’était pas leur bébé, simplement parce que n’ayant ressenti leur grossesse, ces « mères » n’ont pas fait le lien entre le fœtus mort-né et leur aïeux, leur lignées. Ceci démontre l’importance instinctive de la lignée et donc de la famille (que les Grecs comprenaient aussi comme le « genre ») dans la grossesse chez la femme et la maternité indépendamment de toute gestation. Notons surtout que les nouveau-nés humians dont la durée de gestation est écourté en comparaison des éléphants — à cause de la taille critique de la tête par rapport au bassin pourront dépasser ce que l’on qualifie volontiers de « prématuraté physiologique » (Henri Laborit) ou « anthropologique » (Jacques Poulain). C’est-à-dire que les nouveaux-né se considèrent comme des ensembles solipsistes, des « moi-tout » du fait que ce sont de grands voyant mais et qu’il n’y a que la coordination des sens et des membres au travers de l’action qui les font sortir de ce . On pourrait oser un parallèle avec l’incapacité motrice des grands voyants et détachés de la vie que sont les philosophes, qui les poussent à créer des systèmes philosophiques où au fond avoir en vue c’est faire (horan = dran pour Platon). « Mais on ne connaît pas vraiment, sinon par des conjectures pllus ou moins hasardeuses, quelles sont dans les détails les voies de communication et les mécanismes par lesquels la symbiose mère-fœtus agit sur l’affectivité et, plus généralement, sur la personnalité du futur enfant. « Les enfants nés dans des utérus semi-artificiels, dans des machines, auront une affectivité modifiée mais la possibilité de demeurer moins longtemps dans un état de prostration face au monde du fait d’une capacité motrice plus importante à la naissance. On peut même penser que ce que l’on nomme le paradis perdu ou originel du ventre de la mère est avant tout l’état solipsiste de grand voyant qu’éprouve le nouveau-né, c’est dans les 10-12 premiers mois que les stimuli sensoriels de solisipsiste s’inscrive dans la mémoire. « Le nouveau-né va se trouver bombardé par des stimuli variés en quittant le milieu très appauvri des la poche des eaux dans laquelle il a grandi jusque-là … Du fait de sa prématuration physiologique, le nouveau-né de l’homme sera limité dans ses actions sur le monde qui l’entoure. Il restera longtemps enfermé dans son « moi-tout ». » LabIA_51 C’est en jouant davantage sur la durée de la gestation et le moment choisi de la naissance avec son bombardement de percepts et d’affects que sur la qualité de l’environnement de gestation que les futurs enfants auront une affectivité et action sur le monde modifiée. Mais on peut penser que c’est la courte durée de la gestation chez l’homme qui l’a poussé à  compenser sa déficience motrice, déficience qui le pousse pour sa survie à se construire un système d’approche du monde d’abord solipsiste à l’image des premiers systèmes philosophiques fermés sur l’identité.

Ceci vaut pour le nouveau-né, mais la différence moins marquée entre l’homme et la femme entendus comme deux sexes et non plus deux genres bien déterminés au sein du foyer, forme un pas supplémentaire vers le surhomme, c’est-à-dire l’homme sans Dieu le Père. Le sexe sera libéré du genre — procréation de la lignée comme l’affirme déjà Ivan Illich (illGV_65-69/78-83) ou Henri Atlan (AtlUA_135) La question de l’homme — plutôt que de la femme ou de l’espèce — était celle de Dieu le Père, déjà chez les Grecs (Atlan, UA_135) et c’est cela qui meurt avec la procréation artificielle. Les questions des sociétés matriarcales étaient centrées autour de la fécondité, de la Mère-Nature mais certainement pas autour de l’homme. Le surhomme n’est pas une histoire d’humain amélioré par la morale ou de bête blonde, mais pose davantage la question du rapport homme femme sans le Dieu de la (pro)création pour les chapeauter. Machina ex Deus.

 

Poser la question de la procréation artificielle c’est faire qu’elle tombe dans la société civile et on qu’elle soit le jouet d’un état autoritaire — mondialisé ou partitionné —  comme pouvait l’être avec le contrôle des naissances la société spartiate ou les lebenborn nazis (orphelinats sélectionnant la « race » aryenne)

 

Ainsi la procréation devenait externe à la matrice féminine, il en serait fini du genre, on en serait à une démocratie des sexes (sans tao ni tantra). C’est peut-être pour cette sexualité consumable que Illich pense que le genre est ce qui protège la femme et qu’à son sens « seule une réelle philosophie du genre pourrait fournir une explication satisfaisante [à cela] — cette philosophie n’existe pas encore. » IllGV_82.  Une philosophie de la pro-création serait non la perpétuation d’une lignée basée sur le genre mais l’affirmation de valeur nouvelles et un effort mené sur soi qui s’oublie dans une fuite et une lutte récompensées.




Bibliographie

références cours de Loraux sur l'endurance du geons

Le genre vernaculaire d'Ivan Illich

Utérus artificiel d'Henri Atlan

Nietzsche "l'énigme de la femme est la grossesse"



par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Jeudi 26 juillet 2007
« L’important est d’être capable de quelque chose… » Nietzsche
 
Nous sommes passés d’une civilisation judéo-grecque et chrétienne où les valeurs étaient le Vrai, le Beau, le Bien et qui pour ses justes et ses prêtres prônait le désintérêt à une civilisation dont les valeurs sont l’important, l’attrait et l’énergie. Avec Schopenhauer ce qui s'appelait jusqu'alors l'essence ou la substance est devenu la force. Tout un changement s'est opéré dans la pensée. Mais cela existait déjà en germe chez Platon, quand il disait que nous nous rendons malheureux parce que nous ne savons ce qui a de l’importance ou encore quand il faisait dire à Socrate dans le Phèdre que tout grand bien ne nous tombe dessus que par un délire. Le délire et la capacité d’énergie, qui en découle, auraient-ils moins d’importance que les petits biens que nous gardons jalousement en notre possession ? Ainsi se retrouve poser l’éternel fracture entre la Vérité et ce qui a de l’importance. Toute époque qui aperçoit sur le versant en pleine lumière, les multiples voies qui lui sont offertes, toute époque à conjectures, est une époque d’Aurore, une époque capable d’indiquer ce qui pour elle à de l’importance. De là découle une civilisation capable de se libérer et d’augmenter sa capacité d’énergie. Sur l’autre versant, non celui en pleine lumière mais celui qui sent le déclin crépusculaire venir, simplement parce qu’elle n’est pas capable de digérer les grandeurs passées, se déploient ceux qui vont tirer le bilan des gloires passées parce qu’étant de la troisième génération, ils sentent ces grandeurs passées leur filer entre les mains et préfèrent les inscrire dans des textes, le IVème siècle de Platon et Aristote, vient après le VIème siècle d’Héraclite et le Vème siècle de Socrate, pour faire dans les grandes découpes . La philosophie, l’académique, la dogmatique, est née du jugement disait Deleuze, du bilan au fond d’un siècle de démocratie qui a vu naître tant les premiers philosophes « académiques » que les sophistes (ceux qui par la parole savaient tourner les procédures de contentieux en leur faveur, et il y avait beaucoup de contentieux entre amis dans l’Athènes de cette époqu
 
Dans le jeu et la rivalité de la Vérité et de ce qui n’a été perçu que par quelques uns, à savoir l’importance, ont émergé deux tendance de la philosophie. Au passage ces quelques uns en question sont Spinoza, Nietzsche, Deleuze (avec Foucault et Guattari). Ces deux tendances de la philosophie, nous en avons déjà parlé sont d’un côté la philosophie dogmatique ou académique et d’autre part la philosophie tragique, tragique dans le sens nouveau que lui a donné Nietzsche, c’est-à-dire qui va jusqu’au bout d’un processus, d’une démarche avant de se reposer, tel un guerrier, parce que précisément au bout de cela se trouve l’éternité, celle vécue, l’éternité dans sa nouvelle définition, non celle après la mort. Quant à la philosophie dogmatique ou académique, dogmatique veut dire qu’elle obéit à un principe dont elle ne déviera pas et qu’elle se place dans le cadre de la seule connaissance (l’Epistémè grecque, cette bulle de savoir que les Grecs ont nommé l’être, c’est-à-dire tout ce qui est désignable comme déterminé ou conditionné quand ça apparaît (cf. principe de certitude ou de raison suffisante). Académique, veut dire que ces philosophe qui voyait la vie comme une corruption, comme décadente, par rapport à ce qu’elle avait été, se sont regroupé en école pour résigner, décadents et maladifs. Ah ! tout philosophe au départ est malade et use d’une thérapeutique, souvent enseigné par un maître, mais celui qui ne rompt pas avec son école demeure au fond une « âme timorée », un maladif, un décadent : il triche plus avec lui-même, avec sa vraie nature qu’il ne trahit dans un geste de liberté son école, et comme toute grande époque est fonction de la liberté qu’elle s’autorise, que s’autorise ceux qui y vivent, alors la boucle est bouclée. L’école a eu une autre conséquence celle de produire un discours et à terme de le p
  
Les Grecs ont posé le Bien (Platon), le Vrai, l’homme (Sophocle dans son célèbre passage d’Antigone : l’homme est ce qui est terrible), la vertu comme clé du bonheur (Protagoras). Mais surtout l’immortalité de l’âme et ce qui va avec cette éternité après la mort, celle des idées. Ce sont bien nos idées et nos intuitions qui nous animent mais il n’y a ni L’esprit ni LA matière, tout juste peut voir chez Nietzsche des esprit libres et des esprit de synthèse, car avec l’esprit ce n’est au fond que du corps dont il a été question et même chez Spinoza le prétendu parallélisme entre le corps et l’esprit se trouve rompu dans la durée, au cours du livre V de l’Ethique, puisque c’est la durée, le tempo de l’esprit (du corps intense en fait) qui l’emporte sur la durée, le rythme du corps maladif d’avoir trop persévérer dans son être, dans ses habitudes, l’esprit n’est au fond qu’un corps capable de s’élever à des intensités inouïes (c’est la dimension éternelle chez Spinoza), mais là Nietzsche, à certaines période de sa vie parlerait de crime contre l’esprit, mais c’est un peut comme si la pensée judéo-chrétienne manipulait à travers ce mot, « esprit », l’esprit même de Nietzsche et faisant naître encore dans nos corps l’illusion, la croyance en l’immortalité de l’âme, comme si dans nos yeux encore nos ancêtres regardaient les « dépouilles » des morts en se disant que l’esprit était ailleurs, que l’âme s’était envolée, comme si le rien et le néant qui l’on a surajouter à la vie avait plus de valeur qu’elle. Certes l’énergie (l’animée, l’âme si tu veux) se conserve voire se décuple, mais coupé d’un corps ce n’est plus la même. Pensez à cette anecdote, au grain de sable dans le rein de Cromwell, qui le rendit si disposé à l’invasion de l’Irlande, tant il fallait lui changer l’esprit. C’est dans tout le philosophie de l’éducation du corps dont il a été question, mais de l’éducation du corps à travers l’esprit dit « supérieur », apte à l’abstraction, et non de l’éducation à travers les instincts et les intérêts.

L’Esprit de surplomb fut le privilège de la .philosophie sur les autres domaines, mais les sciences par exemple en se pluralisant se sont émancipées. L'esprit de surplombi permit de produire un discours qui professe, un discours dominant plutôt que de s’intéresser au discours intime de chacun, un discours de minorité, un discours singulier, n’était qu’une étape dans le discours judéo-chrétien : celui qui a posé un Etre tout puissant à savoir Dieu. Le discours judéo-chrétien s’est quelque effrité dans sa rencontre avec les horreur de l’extermination juive de la seconde guerre mondiale, car c’est bien l’homme qui a voulu cela, ces sont des hommes sont par lâcheté non avouée qui ont commis cela, qui par refus non déclaré ont permis cela. On peut toujours chercher à demeurer dans les dimensions personnelle et historique (celle que combattirent Nietzsche puis Deleuze au travers de la dépersonnalistation) et ainsi précisément à toute pensée d’advenir dans sa nouveauté, dans ce que l’on a longtemps appelé subversion, tant on était habitué à la conservation. On peut toujours essayer de relire ce qui s'est passé à Auschwitz, le réinterpréter à partir d'Arendt ou de Heidegger ou à l'opposé de Faye (toussottements) mais nullement nous ne saurions ce qui se dessine à l'avenir. Savoir indiquer ce qui a de l'importance pour une situation donnée et qui plus est pour toute une époque voilà l'une des tâches de la philosophie. Celle-ci ne se reduit pas à un travail d'interprétation et d'explication de textes difficiles qui constitue son corpus, auquel cas on reste engoncés dans l'Epistémè du passé et l'on réclame d'autant une posture de surplomb pour comprendre le fond, le revers de ce monde-ci, mais il est possible de . Appeler ce crible d'approche
« ontologie » c'est un peu réducteur  puisque précisémùent ce n'est pas un discours sur l'Etre ou ce qui est conditionné )à être qu'il faut faire mais une  trajectoire jetée sur l'avenir à partir de toutes les minotrités, les déviances et les aberrations d'aujourd'hui, comme une résidu décadent de la pensée de Platon et d'Aristote s'imposa aux « esprits » au travers du platonisme chrétien. Si l'on part du corps c'est tout autrement que l'on agit, on est plus sensible à l'mmuable comme le furent les Grecs mais à tout les miniscules changement.

L’Esprit de synthèse et de surplomb n’est certainement pas mort, mais il existe plusieurs manières de surplomber, à chacune sa capacité d’action mais aussi quand elle s’impose son époque (l’esprit grec, l’esprit de la Renaissance, l’esprit allemand, dirait-on pour faire synthétique), seulement on en revient à jeter un crible sur ce qui nous entoure (environnement tout anthropomorphique), sur ce que nous voyons (monde centré autour de nous). Que comprends-tu là ? De quoi es-tu capables ?
 
 
 
 __________________________________________________
 
 
 
1°) La citation de Nietzsche est tirée de NzVP°I,426, XV,492 (Volonté de puissance)
 
 
 
2°) Dans le film Les invasions barbares, de Denys Arcand (Québec, 2003) diffusé ce mois-ci, l’un des personnages disait : « J’ai lu dans les derniers carnets de Wittgenstein : la seule certitude que nous ayons au final c’est la capacité d’agir de notre corps. » (citation de mémoire)
 
 
 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Invasions_barbares
 
par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 2 mai 2007

Et si rien n'était plus comme avant, Et si parler de nature devenait inepte tant la technologie a pris le pas sur elle. Et si nous étions face à un grand bouleversement, plus conséquent que l'invention de l'écriture ou de l'imprimerie, Et si... Et si, vous lisiez ces quelques articles, après nous en reparlerons. Paris8philo

LE GRAND BOULEVERSEMENT  - "Le Grand bouleversement", c'est un peu cela qui se joue à notre époque, mais qui n'est aperçu que par quelques uns comme étant ce qu'une époque a de positif et de nouveau (on peut penser ici à la théorie des ensembles en mathématiques, aux nouvelles technologies comme l'informatique issue de la physique quantique, la découverte de la plasticité du cerveau en neuro-biologie...). En soi ces positivités n'ont aucunes valeurs (pas plus que le progrès n'existe), mais l'usage et la nouvelle appréhension du monde qu'elles nous donnent.nous pose d'emblée dans une nouvelle culture qui se répand peu à peu dans la société même si celle-ci n'en perçoit la richesse.

Les signes d'une philosophie à venir - Résumé de soutenance de master, ce texte porte sur la différence entre pensée intuitive et pensée discurssive et les conséquence que chacune a sur l'appréhension de notre époque.

Où en sommes nous avec notre époque ? -  

Où en sommes nous avec notre époque ?  2 - suite

Notre époque faite de conjectures - Notre époque est un époque incertaine si l'on est crépusculaire ou très stimulante si l'on perçoit l'aurore, mais de manière plus consensuelle c'est une époque à conjectures. Pourquoi cela, simplement parce que la science, comme vous pouurez le lire, a supprimé un à un tous les absolus classiques pour y substituer des autonomies relatives (le problème de la lumière)

Où en est la philosophie ?  1  - UN DIALGOUE Ou comment résumer plus de deux mille ans de pensée occidentale. Retraçons en quelques posts une vision synoptique pour savoir om en est la philosophie.

"les philosophes à venir ne seront pas cartésiens" Patrice Loraux - Les choses se précisent.

 

 

par Paris 8 philo publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 14 février 2007

Les choses se précisent. Nous venons (avec Mr Loraux entre autres) de battre en brêche la dialectique. Ce que pose Lacan à travers sa pensée, c’est toutes les philosophie de la « sympathie », de la « coïncidence avec l’être », c’est-à-dire toutes les pensées de l’Ouvert repose sur un imaginaire et il revient au dialecticien, au structuraliste (comme l’était Lacan) de mettre en critique cet imaginaire par un symbolique (chez lui le mathème, comprenez les abstractions symboliques). Toute la psychanalyse (surtout avec Freud) est une acceptation de la névrose. Si l’habitude, la castration, la répétition morbide du quotidien (qui reviendrait à parler de pulsion de mort, mais il faut faire très attention avec cette notion) peuvent être dépassées c’est par la jouissance de la parole qui est une première forme de sublimation sans être la puissante sublimation de l’artiste. Le psychanalysé (l’analysant ≠ l’analyste) au fnd s’écoute parlé et cela le satisfait (moulin à parole), ce serait au psychanalyste de savoir interrompre ce flot de parole (coupure) et d’introduire une distance par rapport ) la situation qu’évoque le patient (interprétation) : chez Lacan c’est là qu’intervient la dialectique, car c’est à ce moment-là que l’analyste essaye d’introduire dans la tête du patient des concepts dialectiques, larges et creux. Le patient aura du mal à s’en défaire et c’est peut-être pour cela qu’on dit qu’on en finit jamais avec sa psychanalyse, qu’elle demande un laps de temps important (contrairement à la schizo-analyse chez les patient qui savent dépasser leur névrose).

C’est la même chose avec Platon, quand il pose des Lois pour la cité, c’est pour mieux s’en écarter par ce qu’il appelle les lois, avec toute la supériorité du philosophe académique. Les lois sont là n fait pour satisfaire le plus grand nombre = les névrosés = ceux qui acceptent leur conditionnement = ceux qu’il faut maintenir dans le troupeau. On pose des lois quand précisément le politique est absent, quand la résolution des problèmes par le politique au cas par cas* . Platon pose des lois et place au-dessus des vérités abstraite que seuls les initiés . Tous les dialogues, la plupart des dialogues, de Platon consistent à préparer l’épuration de l’ « esprit » nécessaire à cette « connaissance », à cette sagesse. La même chose chez Badiou qui sous-couvert de démonstration pseudo-mathématique (qu’il nomme aussi mathème ou fictions de savoir), Badiou démontre qu’il faut s’abstraire de la situation par des vérités abstraites. Bref il manipule avec intelligence les genres (les vérités génériques) comme un jongleur exercé. Ce que fait Badiou c’est poser l’Etre (le conditionnement des êtres qui survivent et qui erre comme il le dit avec un certain mépris) pour montrer que quelque chose excède cette situation où il y a crise, car il faut qu’il y ait crise pour que la dialectique puisse opéré, et oui si le déroulement ordinaire des chose conduit à une pourrissement c’est qu’il y a manque-à-être ou vide ou chaos (remarquez comme on nous refourgue l’être tout en disant qu’il faut s’en écarter). C’est qui permet a posteriori de sortir de tout cela, c’est l’Evènement, le fait qu’il y ait pour Badiou des vérités dont lui seul peut jugé pour son époque. Attention cet événement n’est pas celui de Deleuze, chez Badiou, c’est toujours un événement après-coup sur lequel on ne peut influer ni rien préparer : selon lui on est « sujet » de l’événement, assujetti si vous voulez à cet événement et à l’interprétation qu’il est nécessaire d’en faire comme dans la psychanalyse. Les vérités, ou plutôt le Bien ont une fonction précise permettre de ne pas faire d’interprétation à l’infini, mais pour mieux asseoir certaines vues, qui depuis Platon sont celles de la gouvernance, d’un pouvoir signifiant ou officiel mais qui n’a rien à voir avec les processus « réels ». Toutes les ontologies, toutes les métaphysiques sont au fond des fixations qui valent pour une époque, qui font leur temps, qui sont en elles-mêmes des impasses, des parcours inscrits dans des œuvres qui devraient valoir pour tout le monde. Ces théories ont toujours rapport avec de l’abstrait avec l’époque où Parménide parle de l’Etre (« Le même est à la fois pensée et être » et non devenir comme chez Héraclite) et où Platon y adjoignait de l’Autre pour expliquer pourquoi il y avait de l’immuable et du changement. Mais ceci n’est plus satisfaisant.

Avec Mr Loraux, avec une autre voie pour la philosophie et notre civilisation, c’est bien différent, ce qu’il pose ce sont des pôles d’intérêt, des « pôles d’intensité ».

Article qui était en cours de saisie... la suite n'a pas été retranscrite :).

 

* comme le faisait de Gaulle et Mitterrand avec une certaine anticipation de l’avenir, dissolution de l’Etat colonial dans le régionalisme

par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 7 février 2007

La fin de la première partie du dialgue entre Zéphir et Vitali a été complétée. La suite viendra demain en fin de soirée. Toujours au sujet de la concurrence entre Platon et Nietzsche, elle commence ainsi.

Zéphir : Mais Heidegger n'avait peut-être pas tort quand il disait qu'au fond Nietsche n'avait produit rien de subversif.

par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 6 février 2007

Ou comment résumer plus de deux mille ans de pensée occidentale. Dédicace à un ami qui se reconnaîtra. Retraçons en quelques posts une vision synoptique pour savoir où en est la philosophie. Paris8philo

 

La discussion entre nos deux interlocuteurs Vitali et Zéphire avait démarré sur Freud et la distinction de quelques concept psychanalytique. Vitali était peu perspicace sur le sujet, il surplombait un peu tout ça sans aller précisément, sans dissocier en critiquant a priori la psychanalyse comme porteuse d’un certain statisme, d’une acceptation de la névrose, comme si on fond on s’écoutait parler, comme si on se complaisait dans sa névrose plutôt que de la sublimer ou de transfigurer sa souffrance. Freud ne disait-il pas qu’il voulait soigner les névroses de ses patients. Mais surtout dans la suite du texte c’est sur les deux voies que sont la sublimation et la castration que nous nous attarderons, sans forcément les nommer ainsi. Si vous avez le courage de lire, vous verrez que l’alternative philosophique porte sur ou Nietzsche ou Platon

[...]

Zéphire : Au final, tu surplombes la psychanalyse mais tu ne vas pas au cœur des choses, du fonctionnement des concepts psychanalytiques. Tu confonds Désir et pulsions. [pour préciser les choses lire cet article]
Vitali : Mais, par exemple, quand Freud parle de pulsion de mort c’est de la foutaise, ça n’existe pas. Tout ça lui vient de ce qu’il souffrait de la mâchoire à l’époque où il l’a inventé, et puis de l’expertise qu’il à produite sur les névrosés de guerre. Comme si les gens avait une pulsion vers la mort, ou à tuer si a l »époques les soldats combattait
Zéphire :
mais non, la pulsion de mort c’est autre chose, c’est le fait que l’inconscient tend naturellement vers ce qui lui réclame le moins d’énergie, donc dès qu’il a frayer un voie ou un chemin mental, il tend à le réemprunter. La pulsion de mort c’est la répétition, la morbidité qui en découle.
Vitali :
Certes.
Zéphire :
Mais sur le statisme de la psychanalyse, tu as sans doute raison.

La discussion, s’interrompt ou part sur autre chose. Elle redémarre sur la concurrence entre Platon et Nietzsche.

Zéphire :
avec Parménide et son poème sur l’Être, j’ai beaucoup appris. Je me rends compte que, par rapport à Platon, Nietzsche a beaucoup exagéré. L’ontologie c’est m’a beaucoup apporter pour avoir des distances par rapport à Nietzsche.
Vitali :
mais c’est d’un peu d’autre chose dont il est question. Au fond ceux qui cherchent à faire une ontologie ce sont des gens qui se satisfont de peu, elle est un peu là la critique que Nietzsche fait à Platon. Je ne serai certainement pas là en face de toi, si j’en était resté à l’Être, à ce qui est. Je ne crois pas qu’il y ait un pur devenir, un éternel devenir, Nietzsche lui-même le rejetait dès ses premiers livres comme Humain trop Humain. Mais appuyer sur le devenir c’est ce qui fait basculer dans l’événement, qui fait que des choses inattendues t’adviennent.
Regarde, si tu penses à tous ces profs, par exemple les épistémologues qui veulent faire une nouvelle ontologie, il y a comme quelque chose de craintif par rapport à la vie. C’est marrant de voir combien ils s’attardent sur les théories à variables cachées ou les théories réalistes qui font qu’au final les choses restes incompréhensibles. C’est qu’ils réinjectent toujours les vieilles catégories issues de la métaphysique grecque, quand celle-ci se trouvait face à une physique qui au fond était inadéquate avec la réalité. C’est comme si on se buter à ne pas vouloir comprendre les choses, à ne pas sympathiser avec elles, à ne pas coïncider avec elle, à s’insérer dans le flux de la vie. Les épistémologues au lieu de faire de la science, de l’expérimentation, il préfère être bien au chaud.
Nietzsche est l’un des premiers à faire une critique de l’homme théorique. C’est là que les critiques que Nietzsche destine à Platon, plus qu'au platonisme vulgaire. Nietzsche est l’un des premiers à avoir vu que les grecs d’avant Platon, je pense à Héraclite, que l’on surnommait l’Obscur précisément parce qu’on se voulait se porter au mouvement ou à Démocrite que Platon ne mentionne jamais dans aucun de ses dialogues. Et puis il y a Anaxagore ou Anaximandre… C’était tout une provenance de pensée qui provenait de l’audace.
Zéphire :
Oui mais Anaximandre, Anaxamène ou Parménide étaient portés vers l’ontologie.
Vitali :
Tous ces penseurs d’avant Platon étaient des penseurs bornés, en tout cas tel qu’ils nous sont parvenus on peut les résumer à trois grands traits chacun, car souven ils ne nous reste que des fragments. . Platon lui tait un penseur complexe, il a fait un mixte de Parménide, Pythagore, Héraclite et Socrate. De là vient l'expression "c'est à la tombée de lnuit que l'oiseau de Minerve (la Sagesse) étend son vol". C'est après la grande effervescence qu'on la met dans le formol, qu'on essaye d'en retirer quelque chose, de la conserver tout en triant cet éclatement d'énergie et pensée que fut le Ve siècle av. J.C. chez les Grecs. Platon vient au crépuscule de la journée démocratique grecque. Cette journée fut tragique et démocratique à la fois. Platon en fixant les choses des le texte tout en y inscrivant des opinions pleine de ressentiment, annonce le minuit grec, la fin de ce dynamisme et de cette audace. A force de juger la vie corrompue et de la laiser dévier, elle s'en est allé ou du moins sa part la plus féconde, reste l'étonnante faculté qu'on les les hommes pour survivre après coup, pour se terrer dans leur conscience. Si tu penses à Aristote, quand il s'attache à la tragédie, thème cher à Nietzsche qui, dans un premier temps, l'aborde de manière musicale et non poétique (l'irréductible dionysiaque), mais qui dans un second temps, d'un aphorisme du Gai savoir, fustige Aristote de n'avoir que les grecs allaient surtout aux tragédies pour apprendre à "bien parler". Mais quelque chose de la catharsis demeure et qui n'est pas forcément en lien avec les élections démocratiques, avec la confrontation à de l'inhumain ou du plus grand que soi qui ferait qu'ensuite on aille bien voter. Mais Aristote dans sa manière d'en rester aux six critères qui composeraient la tragédie est figure de l'homme théorique. Parmi ces six critères qui font une bonne tragédie, qui les caractères (plus ou moins, les personnages), l'expression, le chant, le spectacle, la pensée et l'histoire (le mythe), Aristote relève surtout l'histoire car la fonction de la tragédie n'est pas de représenter l'homme mais, pour Aristote, l'action, l'action morale. Ce que fait Aristote, c'est décompose la tragédie, il la dissèque plus qu'il nous permet de revenir à l'effervescence des concours de tragédie. Nietzsche ne s'attarde pas sur le IVe siècle grec décadent mais remonte aux débuts de la tragédie quand celle-ci était au fond une cérémonie en l'honneur de Dionysos, le chant en résonance entre un personnage incarnant Dionysos et un chœur. Mais ce qu'on peut dire c'est que les penseurs grecs n'avaient pas forcément vu de tragédies, puisqu'ils n'étaient pas athéniens ou thébains (Thèbes est la ville d'origine de la tragédie), je pense-là à Héraclite ou Pythagore qui étaient d'Asie Mineure et non d'Acadie. En tout cas, il y a eu une décharge d'énergie avec les grecs, les athéniens et les spartiates, bref les acadiens. Il y avait là un creuset de cultures, un dynamisme en tension. Comme beaucoup d'historiens le pensent, par exemple Jacqueline de Romigny, Nicole Loraux ou Bernard Hotzmann, la tragédie a eu influence sur l'effervescence démocratique à Athènes (Ve siècle av. J.-C.) mais davantage dans ce que les gens pouvaient échanger entre eux que dans une influence sur le vote démocratique. Platon et Aristote eux arrivent à maturité, après la mort de Socrate et Aristote ne reçoit l'enseignemnt de Platon que quand ce dernier aux environs de 60 ans. Avec les écrits tardifs d'Aristote (IVe s.), on est loin de l'époque qui fut le creuset de la tragédie (VIe s.), d'où celle-ci émergera au début du Ve siècle av. J.-C. Avec quarante ans de différence d'âge, ce qu'opère Platon et Aristote, l'un avec sa prétention à la Vérité, le second avec sa quête insatiable de savoir qui comprend de la vérité, c'est un constat, une sorte droit d'inventaire sur le passé, la grande période grecque étant finie, sur le point de disparaître dans l'oubli. Tous deux ont dû se dire qu'il fallait en sauver quelque chose de cette énergie et de cette oralité qui a produit tant de soubresauts, faisant sursauter un peuple sur lui-même. Au fond Platon était le premier à inscrire cette richesse au sein d'une école qui féra date, voyant que l'héritage pouvait se disperser il inventa la sélection des gardiens (de la cité et de la philosophie, ce sont les mêmes) et la vie communautaire qui va avec. Platon le premier communiste, même Badiou le dit, sauf que derrière cela il y a toute une idée de gouvernance et de tyrannie car au fond c'est le philosophe qui détient les vérité. Argument d'autorité, logos dominateur qui profère des vérité (logos prophoricos). Avec Aristote cette une compréhension du grand maître à laquelle on a affaire, une mise en doute de la théorie des idées, car au fond il en faudrait une infinité, une pour chaque chose. Aristote est le premier à décomposer toute discours ou toute discipline suivant des catégorie comme on dissèquerait une souris dans un cours de biologie plutôt que de comprendre son comportement. Il faut dire qu'on cherche l'en-soi, l'absolu, c'est ceci qui caractérise toute forme de classicisme. Cette même notion d'absolu, la physique moderne l'a mise tour à tour en péril : Newton avec l'espace absolu, Einstein avec le temps absolu, même la vitesse ou la température ne peuvent avoir de dimension absolue... Au fond au travers des idées (ou des catégories tout ce qu'aujourd'hui on peut appeler volontiers concept), c'est un mode de vie rassurant, une quête de sérénité pour âmes débiles (comprenez faibles) que : les vérités, qui ne sont que des certitudes ou des convictions obtenues dans l'effort face à une aridité mathématique , en tout cas pour les platoniciens. Elles existent donc en mathématiques mais elles n'expliquent rien, car les vérités sont génériques ou abstraites si vous voulez. On peut chercher à les étendre comme le fait Badiou en passant de la théorie des ensembles à un algèbre transcendantal (dit de Heyting), c'est-à-dire qu'elles produisent l'ennui, c'est-à-dire soit qu'elles n'apportent rien à l'interlocuteur soit qu'elles le font s'interrompre dans ses délires, mais on en arrive toujours à un "tout ça pour ça", à une sorte de mépris inconsidéré pour tout prise de risque, pour toute innovation. Et oui, le platonicien confronter à l'impossibilité de réaliser ses propres promesses comme la Justice ou le Bien, choisit une action restreinte, un pis-aller : cadre précaire et transitoire où l'action des vérités sur la réalité peut s'exercer. Si vous ne tenez pas compte de la pluralité des mondes ou des époques comme nous le faisons, tous les deux, ici cher Zéphire, alors les vérités apparaissent non comme éternelles mais comme transitoires, intempestives, comme appartenant toujours à une période de crépuscule ou d'aurore. Si l'engouement retombe ou se réfugie hors de la cité, on parle d'une période d'acculturation comme la nomme Deleuze où la formidable énergie d'un peuple voyant des nouveaux horizons est obscurcies par les interprétations théoriques. C'est une période, que ce crépuscule, où la pensée se détache de la vie et du travail. Il n'y a plus que la réflexion de l'âme avec elle même (voir la fin du Phèdre de Platon) qui opère le IVe siècle grec avec Platon, avec sa dialectique, et Aristote, avec sa métaphysique (prolongement du Sophiste de Platon). A cela il n'y a rien de mal puisque c'est en quelque sorte cyclique ou plutôt affaire de générations, qui se succèdent. Toute grande famille ou civilisation s'étend sur trois générations, la première innove et invente, la seconde fait prospérer ou fructifier le travail de la première et la troisième qui ne sait comment on crée, regarde s'effondrer le tout en essayant de sauver les meubles. Au fond les textes de Platon et Aristote, ceux qu'on désigne comme étant la "tradition philosophique" c'est cela, une tentative de ne retenir que le meilleur et de le placer dans le formol. La décadence c'est un peu cela, on ne parvient à redonner le souffle à la famille à la cité parce qu'on s'en est en quelque sorte détaché. De là le long détour métaphysique de l'humanité.

... la suite à venir un jour ... (sur la prétendue mataphysique de la volonté chez Nietzsche)

edit : 27 mai 2007
par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 12 décembre 2006

Je suis content. J’ai réussi à synthétiser ce que j’avais sur le cœur (voir la première partie du texte), mais qui est dans l’air parisien. Personnellement, je ne me serait pas investit dans cet effort de pensée dont parle (ici) Heidegger, effort surhumain sans jeu de mot, si quelqu’un avait repris ce que Guattari et Deleuze ont apporter de nouveau (les nouveaux territoires qu’ils ont découvert comme ils disent). Mais voilà c’est un peu le désert comme le notait François Zourabichvili avant de s’éclipser. Cet effort surhumain la métaphysique d’Heidegger ne peut l’atteindre, prise dans l’atermoiement et la « déréliction », c’est pourquoi il parle de fin de la métaphysique. C’est important de le noter. Mais Foucault lui-même a vu en 1966-1968 qu’une pensée disséminée et éparse existait au Dehors de la philosophie, si bien qu’on pouvait se demander pourquoi la philosophie s’arrogeait la prétention à détenir la pensée. Par pensée j’entends non les opinions virevoltantes (propre à la hiérarchie des plaisirs et des récompenses), non ce qui vise à la Vérité (propres aux abstractions comme la dialectique), mais ce qui est rigoureux et puissant (pour Nietzsche) ont le résultat de concentration et de rigueur pour Bergson et pourtant n’est en rien dialectique. On peut ici dire que la dialectique c’est met en exergue des oppositions pour mieux s’y soustraire. C’est un jeu vicieux et ironique car au fond le peuple ne retient que les contradictions : on appelle cela le discernement c’est-à-dire qu’on ne retient que la contradiction majeure. Mais passons, car cela n’a désormais aucune importance, la pensée est plus nuancée que cela.

Pour en revenir à la situation actuelle, il est un fait, c’est qu(il n’y a plus que des lectores dans l’université, ce sont ces philosophes des sciences, des philosophe du langage, des analystes qui mènent une vie rabougri et sont incapable de ressaisir le mouvement de pensée qui traverse notre époque, la tâche à accomplir étant de l’amer à son plein épanouissement puisqu’il y va de la santé et de l’audace de notre civilisation. C’est pour cela que je ne me cache pas d’essayer de stimuler un petit milieu Paris 8, mais sans doute faut-il partir de zéro ailleurs. En tout cas Mr Prado est contre l’Université et Mr Loraux pour que la philosophie sorte de l’institution, ça ne le gênerait pas je crois de dire qu’il est désormais contre l’institution, puisque la Sorbonne l’a évacué. Je te parle ici Sancho de deux des profs de Paris 8. Derrière l’institution, il y a l’Etat, c’est-à-dire le statique, la conservation et surtout la reconnaissance de ce qui serait prétendument la vraie philosophie. Quelle gageure. Mais si un certain nombre de personnes arrivent à saisir les travers de la dialectique ou d’une pensée trop cognitive ou analytique, alors de grandes choses peuvent survenir, si part là même vous induisez un certain goût de l’audace, de la prise de risque, de l’effort, c’est-à-dire d’une vie tragique hors institution, vous aboutissez à une changement de civilisation, la surhumanité de Nietzsche sans non plus en faire un idéal puisque c’est quelque chose de plus humble quand ne le pense. Quand je parle d’effort, ceci se retrouve dans le thème du guerrier qui ne se repose que le combat terminé, chez Nietzsche, ou les machines de guerre nomades, chez Guattari et Deleuze.

A travers cette surhumanité, qui est avant tout collective (voir constellation affective), c’est une transformation du cerveau qui s’opère tant au niveau des nouvelles connexions que frayent les neurones que les hormones reçue et émises par l’hypophyse et l’hypothalamus. Une mutation (pas forcément interne) des cellules du cerveau est possible et tout à fait admise par les neurobiologistes au sens où ils parlent de plasticité du cerveau en montrant comment certaines parties du cerveaux s’épaississent quant par exemple quelqu’un se met à apprendre à jouer avec succès du piano puis qu’un fois la pratique arrêtée, le cerveau se modifie vers son état antérieur. Entre temps ce n’est pas un cerveau qui aurait une capacité d’intelligence supérieure mais des intuitions différentes de la normale, de ce qui est imposé par l’habitude ou les mœurs rabougris d’une société d’endormis (les zombies téléphages, les nihilistes apeurés, les attristés des passions qui bandent court). On pourra toujours peser le cerveau d’Einstein avoir une attitude statique par rapport au mouvement de pensée qui l’a traversé quand il a su synthétisé tous les problèmes de son temps, les point d’arrêt pleins d’anomalies de son temps à partir des travaux, par exemple, de Boltzmann, homme à la vision si particulière. Petite parenthèse pour Sancho, tu vois il faut savoir reprendre le mouvement de pensée, non peser une œuvre ou un cerveau une fois mort, sur ce blog on doit avoir trop de compassion compromise pour Deleuze, mais c’est surtout dans un tragique nietzschéen qu’on écrit, celui qui le plus férocement s’est attaqué à l’Eglise et à l’Etat. La première a succombé, même s’il reste des religions, et qu’i en restera toujours, le second , pour avoir été moins vilipendé, dépérit à petit feu, les lois transformées en décrets transformé en circulaire transformé en applications qui n’ont rien à voir avec la loi ne changeant rien à la situation brinquebalante. Le pouvoir par la peur qu’il entretient en désignant un autre (étranger, exclu, démunis, sans-papier) hors de son système empêche précisément la puissance qui ne serait plus hiérarchique d’advenir. Les institutions serait là pour nous protéger de la violence qu’elle même suscitent par l’exclusion, alors que nous sommes dans une société d’abondance, où la richesse n’est pas celle de l’argent et des ressources épuisable mais celle de l’inventivité et plus radicalement de la création, c’est-à-dire l’audace de prendre des risques et d’aller jusqu’au bout de ce dynamisme, simplement comprendre que le mouvement est premier sur le repos, comme les enfants dans une cour de (ré)création.

par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Dimanche 10 décembre 2006

Voilà tout ce que je peux te dire c’est d’écouter Krishnamurti (vidéo) ou de lire Nietzsche (plus rigoureusement). Nietzsche s’attaque à la même part de Platon que toi, sauf que lui la reporte sur Socrate alors que toi précisément tu essayes de détacher Socrate de Platon). Faire de la philosophie à partir des attitudes d’un mort et bien difficile surtout que Platon se l’est approprié comme son personnage conceptuel.

Je peux te mettre en équation ce que je dis je le dois en partie à mon amie Odile :

Voie européenne : Zarathoustra + Surhomme = Nietzsche comme prophète dionysiaque agencement collectif de penseurs hors de toute métaphysique-dialectique = Ni Deux ni Un = Ni Dieu ni homme.

 

Voie indienne : Krishnamurti + Sri Aurobindo (encore que Sri Aurobindo est tourné vers l’esprit) = déconditionnement et transfiguration intellectuelle. (l’échec indien est peut-être là parce que Sri Aurobindo en appelle à un stimulation intellectuelle)

Il n’est pas sûr pour ce que je connais de Mâ et de Sri Aurobindo que ce tourner vers l’esprit (pour Sri Aurobindo) ou la conscience (pour Krishnamurti) soit la bonne solution. En Europe et je te renvoie au livre d’Attali on a la chance d’avoir un penchant pour la création de nouveauté, simplement parce que la création suppose une prise de risque et un effort sur soi qui devent oubli de soi (le soi entendu comme énergie ou comme son ultime résistance, rien de plus). Avec le mot création il faut faire attention, je ne parle pas de la créativité des publicitaire, des couturier, des cuisiniers qui est un leurre bourgeois. Créer c’est se mettre dans un devenir fini et illimité suite à une événement qui a marqué votre existence ou votre sensibilité, créer c’est l’affection de soi par des intensités (ou auto-affection), de ce qui est en nous est porteur de joie ou anime la vie : j’entends ici la part de surhomme en chacun, la part du « peuple à venir » émulsifiée en chacun de nous auquel en appelle certains artistes : c’est avant tout une force, une énergie c’est pour cela qu’il ne faut pas raisonner en termes de formes (réflexion qui revient toujours au même) ou de personnes (jugement). On ni dans l’ordre du concret des faits humains (égoïsme et altruisme pour Nietzsche, peine et ennui pour Schopenhauer) mais dans le domaine des intensités impersonnelles qui de fait nous traversent (comme les neutrino ignorent). Souligonons bien car c’est de l’ordre du plus discret dans la pensée, les intensités avec les quelles tu abordes les événements et les faits, déterminent les idées qui vont s’activer en toi (par idée comprends les nombreuses intuitions). Tout cela te vient te venir en tête et produit chez toi des effets très corporels, proche de l’ivresse, du bonheur, d’une plénitude qui retombe heureusement. Pour l’exemple Einstein ressentait corporellement quelques jours avant qu’elles ne viennent les grandes intuitions qui ont marqué son existence. Ces intensités, (ce que Sancho nomme ivresse), ce sont ce que Deleuze appelle les singularités pré-personnelles mais elle ont avant tout avec l’ivresse dionysiaque qui surgit ou que je retrouve dans certains films (spécialement ceux que choisit Dustin Hoffmann comme Will hunting, le Cercle des poètes Disparus. Ce sont là des résonances avec mon parcours personnel. mais il y a quelque chose de l’ordre du tremplin dans ces film, des milles possibilités qu’offre l’existence notamment de saisir un vie intense. Ca foire à la fin, à cause du trop de romantisme du héros, de son décalage avec la vie qu’il ressent et celle qu’il peut vivre, dans le Cercle des poètes Disparus, mais le crossing-over, l’échange d’intensité qui font une rencontre opère dans Will Hunting. Personnellement je l’ai vécu avec quelqu’un à qui j’ai demandé, chose rare, de me donner encore dix ans d’attention, dix ans d’effort collectif, même si rien de commun n’est partagé. Sans lui je ne serai pas là, mais il a aussi formé quelqu’un comme François Zourabichvili qui malheureusement a emprunté une impasse (sur les trois voies qui s’offraient à lui mais je ne développe pas car tu ne l’as pas rencontré, il s’est coupé des deux qui lui restait, pour prendre de l’ampleur), le tragique de la vie c’est qu’il en est mort comme il aurait très bien pu s’en sortir, notamment en se penchant sur Nietzsche. Chose importante à dire, c’est Nietzsche qui a sorti Deleuze de huit années trou noir, pendant lesquelles entre autres Michel Tournier s’est occupé de lui. Michel Tournier disait au sujet de Deleuze avec qui il a vécu une « histoire d’amour » qu’un génie n’est pas viable, et c’est lui qui lui a présenté sa femme, Fanny. Voilà le non-dit, Sancho, de Deleuze, bien entendu il faudrait y ajouter la mort de son frère résistant pendant la guerre, la tuberculose qu’il a attrapé à ce moment-là. Mais au moins les choses sont dites. Deleuze a eu la politesse de ne pas rendre pathétique tout cela, d’avancer, de construire même s’il s’agit d’une Pensée de l’Un qui se déplie selon un plan d’immanence (c’est-à-dire une métaphysique). Il n’a pas rendu pathétique tout cela pour ne pas servir ses ennemis, en premier la bêtise mais aussi, les jaloux ou les sournois qui ne comprenait rien à l’affaire. Ce qui compte c’est l’expérimentation, ou l’oubli de soi qui est la marque de l’audace et du dynamisme, dimension que mettait en scène la tragédie grecque et que l’on retrouve, par exemple, dans le vertige que provoque sur le héros la pièce de théâtre finale dans Le cercle des poètes disparus principal. Mais à un moment donné les choses soit te propulse trop en l’air soit retombent comme toute intensité, ou les deux successivement. Chez Deleuze et Guattari on retrouve cela au niveau du corps-sans-organes qui prend de l’ampleur puis retombe non seulement comme corps intense mais aussi comme usage dans leur pensée. Le corps intensif, le corps énergétique, bref le corps-sans-organes est un corps tragique réussi car puissant et non vaincu. Mais ils étaient comme en apesanteur : le terme exact serait autonomie en ce qu’ils ont basculé dans l’événement hors de toute reconnaissance sociale, sans se faire voir, comme déconditionner socialement, à la fois singularisés l’un par l’autre et dépersonnalisés l’un par l’autre. A la question « Vous ne parlez jamais de la liberté dans vos livres, toi et Deleuze, qu’est-ce que ça veut dire pour toi la liberté ? »  Guattari répondait « qu’on ne nous fassent pas chier », c’est cela la liberté. Plus explicitement on pourrait dire à présent que Deleuze était conditionné par sa lecture de Spinoza et la lecture que Bergson faisait de Spinoza. Au fond, il était prisonnier du virtuel qu’il faut actualiser sans cesse comme les scientifiques kantiens tournent leur ascétisme vers la chose en soi qu’ils évident. Ce virtuel, comme Substance, comme Mémoire, puissance de l’Un. Deleuze avait beau partir de l’éternel retour comme instance sélective (le fini illimité, le devenir illimité ou imperceptible qui n’est pas éternel devenir ou errance que fustigeait Nietzsche), il brisait l’éternel retour en deux séries. Deleuze savait qu’il détournait Nietzsche puisqu’à la fin de son Foucault qui est son véritable testament, il anticipait sur une formation de l’avenir qu’on peut appeler pensée du Dehors ou pensée du Surpli (voir la fin d'article), mais qui passe par un surhomme qui peut se produire n’importe où, c’est n’est pas seulement un homme sans dieu c’est un collectif épars de penseurs qui s’auto-affectent comme Deleuze et Guattari se sont singularisés l’un l’autre à mesure qu’ils se sont dépersonnalisés l’un par l’autre. Se singulariser ce n’est pas se subjectiver au sens où l’entendant certains dialecticiens.

[la sute de ce post]

par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 17 novembre 2006

Cet article n'est pas finalisé mais est là pour donner quelques pistes provisoires.

" Dans tous mes livres j’ai cherché la nature de l’événement, c’est un concept philosophique, le seul capable de destituer le verbe être et l’attribut ". dit Deleuze dans Pourparlers. L'endroit où il en parle le mieux est sans doute la porcelaine et le volcan (le serie 22 de Logique du sens), que nous ne recitons pas ici. Dégager l'évènement, c'est faire une conversion à la manière d'Augustin ou un Happax selon Michel Onfray (voir l'article).

" Il y a deux manières de considérer l’événement, l’une consiste à passer le long de l’événement, à en recueillir l’effectuation dans l’histoire, le conditionnement et le pourrissement dans l’histoire [c’est appréhender l’événement depuis le système hiérarchique qui pose l’Histoire], mais l’autre [consiste] à remonter l’événement, à s’installer en lui comme dans un devenir, à rajeunir et à vieillir en lui tout à la fois, à passer par toutes ses composantes ou singularités. " P_231

Enfin comme dernière indication, nous ne l'avons pas encore saisi (numériquement), vous avez un extrait de Foucault dans le Theatrum philosophicus, où Foucault parle de la grande réussite de Deluze quant à l'événement.

 


 

POUR POUSUIVRE :
Deleuze et l'événement
Onfray et l'événement

 

par Anthony publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : Les philosophes épars
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Lundi 13 novembre 2006


Ce texte porte sur la différence entre pensée intuitive et pensée discurssive.

 

 


 

 


Je vais essayer par un texte ample mais bref de vous introduire tout notre travail qui porte sur l’autonomie c’est-à-dire la manière que l’on a de sans cesse retrouver sa propre liberté. Pour cela il faut s’appuyer sur les signes porteurs de nouveauté, s’appuyer donc sur des positivités comme il en existe dans les sciences, d'où le titre de notre travail : les signes d'une philosophie à venir.
Il s’agit tout d’abord d’éviter certains, écueils, certaines impasses, certaines abstractions propres aux pensées discursives, aux pensées qui réfléchissent plus qu’elles ne pensent collectivement. Ces pensées discursives reviennent toujours au même, à l’identique et ne perçoivent pas la nouveauté, elles font abstractions des signes, des indices. Les pensées discursives posent le Sujet, le monde, l’Un, Multiple, le Tout, le Même et l’Autre, tous ces concepts si larges que Bergson disait qu’ils allaient aussi bien à Pierre qu’à Paul, si larges qu’ils ne parvenaient à saisir la réalité faite de nuance et conduisaient les philosophes à s’en abstraire, à se soustraire de la réalité pour un monde qui leur soit intelligible. Comme le dit Aristote : La pensée discursive est « la capacité de dire ce qu’appelle une situation et ce qui convient ». Et avec les signes c’est de bien autre chose dont il est question. Je vous redonne une citation de Guattari que répétait Deleuze : les signes « sont comme des oiseaux qui frappent du bec à la fenêtre. Il ne s’agit pas de les interpréter. Il s’agit plutôt de repérer leur trajectoire, pour voir s’ils peuvent servir d’indicateurs de nouveaux univers de référence susceptibles d’acquérir une consistance suffisante pour retourner une situation » Guattari DzCC_84.
Nous nous attachons ici à une pensée qui soit intuitive. Il s’agit de dégager une pensée qui porte sur la nuance et non sur les genres homologues comme la dialectique ou le structuralisme. Il s’agit d’investir une pensée qui soit complexe et tragique, une pensée que l’on nomme du Dehors ou du Surpli, c’est-à-dire qui une pensée qui n’en reste pas à la finitude des hommes (c’est-à-dire le pli comme chez Leibniz ou Kant) ni à l’élévation à l’infini d’une substance (comme chez Spinoza et Deleuze), mais qui se joue entre tout ça.
Il s’agit là juste d’une pensée non d’une pensée juste. Ce que nous avons relevé avec Nietzsche, avec la hiérarchie, mais que l’on retrouve en partie chez Bourdieu quand il parle des démunis, des émigrés, bref de ce sous prolétariat qu’il distingue des dominés c’est-à-dire du prolétariat.
Ici il n’est pas question de sujet ou de conscience. Ce sont des fictions, des illusions qui naissent soit du doute et du sollipsisme comme avec Descartes, soit de la peur face à un danger comme le disait Nietzsche dans un aphorisme du Gai savoir. Ce dont il est question c’est d’une pensée collective mais peu commune, d’une pensée qui se fait à plusieurs parce qu’elle demande un effort considérable, bien différent de la réflexion que chacun peut pratiquer dans son coin. Penser n’est pas réfléchir, c’est un peut ce que suggère Heidegger dans cette allocution que je vous cite :


« Nul ne sait quel sera le destin de la pensée. En 1964, dans une conférence je n'ai pas prononcée moi-même mais dont le texte a été lu en traduction française, j'ai parlé de la fin de la philosophie et de la tâche de la pensée". J'y ai fait une distinction entre philosophie c'est-à-dire la métaphysique, et la pensée telle que je l'entends. Cette pensée est, fondamentalement, quant à la chose même, beaucoup plus simple que la philosophie, mais, en conséquence, beaucoup plus difficile à accomplir, et elle  exige un nouveau soin apporté au langage, et non une invention de termes nouveaux, comme je l'avais pensé jadis; bien plutôt un retour à la teneur originale de la langue qui nous est propre mais qui est en proie à un dépérissement continuel. Un penseur à venir… sera peut-être placé devant la tâche d'assumer effectivement cette pensée que j'essaie seulement de préparer. »


Et l’on peut rajouter, que cette pensée Nietzsche l’avait en partie réalisée et que Deleuze et Guattari en ont donné une expérimentation. Deleuze lorsqu’il pensait seul posait le plan d’immanence comme surface métaphysique, comme surface événementielle qui répartissait d’un côté les états de chose et de l’autre le langage, en gros, les mots et les choses. Mais là encore comme l’a montré Badiou, il y a quelque chose d’absolu, comme l’Un-Tout, comme un Virtuel en soi, comme une substance spinoziste que Deleuze ramène à une surface : il l’appelle tour à tour la terre, l’Univers, car rappelons bien que pour Deleuze que l’on soit chrétien ou païen on était porter à croire, à croire sans doute en un absolu. Ce qui est absolu est soit séparé de nous donc ne nous est pas appréhendable soit ne comporte aucune limite comme un Dieu Tout-puissant.
Or pour activer une pensée qui affirme la Vie et le Travail. Il faut éliminer les absolus, évacuer les vides. De l’autre côté ce qui existe est soit fini, soit limité, c'est pourquoi il faut amener le concept du fini-illimité qui n’est autre que les processus, les devenirs, les tendances qui existent dans toute situation et que l’on retrouve aussi bien dans la pensée de Nietzsche quand il parle d’éternel retour, ou dans le comportement des rats quand ils finissent par former des groupes (dès lors qu’ils sont enfermés) ou encore en physique quantique, par les potentialités des électrons qui finissent par produire des mouvements incompréhensibles par la physique classique. Tout ceci nous force à Penser. Ce sont ce qu’on peut appeler des signes.
Mais avant d’en arriver là ce qui compt c’est de se placer face à notre propre impossibilité de continuer, et à partir de là de développer nos propres capacités. Un problème qui paraissait insoluble comme l’avènement de l’égalité, que l’on a l’habitude en France de nommer révolution. conduit à des impasses. On croit trop en l’avenir des révolutions. Il faut admettre simplement qu’il n’y a égalité en droit mais pas en fait. Par contre on peut poser le problème autrement. Après ce que je viens de dire sur les capacités, on peut dire que les gens deviennent égaux dès lors qu’ils ne sont pas séparer de ce qu’ils peuvent, dès lors qu’ils sont en capacité. Mais la capacité de l’un étant différente de la capacité de l’autre, la liberté et la diversité sont maintenu. Il faut donc aller jusqu’au bout des choses et avoir confiance en ses nouvelles capacités.


 


Pour conclure, dans tout ce que nous avons dit il n’a pas été question de sentiments, de passions ou d’affections mais d’affects, de devenir-illimité, de tendances, brefs des polarités qui coexistent dans toute situation. Il n’était pas non plus question de vérité mais plutôt de ce qui a de l’importance pour chaque époque, pour chaque situation. Indiquer ce qui a de l’importance ce n’est pas philosopher, ça n’a pas cette prétention, c’est juste penser. Platon disait nous nous rendons malheureux, parce que nous ne savons ce qui a de l’importance. Les vérités et les sentiments tiennent plus de la prétention que de l’importance. Mme pour Foucault l’essentiel était là sortir de la philosophie et accéder à ces multiples pensées du Dehors ou du Surpli dont nous avons donné quelques pistes. La question que posait alors Foucault était la suivante : est-il possible d’envisager la philosophie comme une pensée ? question déroutante tant nous sommes habitués au point de vue inverse de promotion d’une pensée en philosophie. Comment se fait-il que la philosophie se soit accaparé la pensée, peut-être parce que la philosophie est effort sur soi, c’est-à-dire que la philosophie est avant tout thérapeutique.

 

 

DzCC = Deleuze, Critique et clinique.

par Le Cazals publié dans : Le Grand Bouleversement communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (11)    créer un trackback recommander