Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd'hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d'apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes. " (Manifeste Roosevelt, 2012.)
" Un diagnostic juste " suppose une pensée capable de réunir et d'organiser les informations et connaissances dont nous disposons, mais qui sont compartimentées et dispersées.
Une telle pensée doit être consciente de l'erreur de sous-estimer l'erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d'ignorer qu'elle est erreur. Elle doit être consciente de l'illusion de sous-estimer l'illusion. Erreur et illusion ont conduit les responsables politiques et militaires du destin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l'Union soviétique.
Tout notre passé, même récent, fourmille d'erreurs et d'illusions, l'illusion d'un progrès indéfini de la société industrielle, l'illusion de l'impossibilité de nouvelles crises économiques, l'illusion soviétique et maoïste, et aujourd'hui règne encore l'illusion d'une sortie de la crise par l'économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l'illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l'erreur que la rigueur est remède à la crise, l'erreur que la croissance est remède à la rigueur.
L'erreur n'est pas seulement aveuglement sur les faits. Elle est dans une vision unilatérale et réductrice qui ne voit qu'un élément, un seul aspect d'une réalité en elle-même à la fois une et multiple, c'est-à-dire complexe.
Hélas. Notre enseignement qui nous fournit de si multiples connaissances n'enseigne en rien sur les problèmes fondamentaux de la connaissance qui sont les risques d'erreur et d'illusion, et il n'enseigne nullement les conditions d'une connaissance pertinente, qui est de pouvoir affronter la complexité des réalités.
Notre machine à fournir des connaissances, incapable de nous fournir la capacité de relier les connaissances, produit dans les esprits myopies, cécités. Paradoxalement l'amoncellement sans lien des connaissances produit une nouvelle et très docte ignorance chez les experts et spécialistes, prétendant éclairer les responsables politiques et sociaux.
Pire, cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais en Europe et dans le monde.
Nous avons vu, notamment dans les pays du " printemps arabe ", mais aussi en Espagne et aux Etats Unis, une jeunesse animée par les plus justes aspirations à la dignité, à la liberté, à la fraternité, disposant d'une énergie sociologique perdue par les aînés domestiqués ou résignés, nous avons vu que cette énergie disposant d'une intelligente stratégie pacifique était capable d'abattre deux dictatures. Mais nous avons vu aussi cette jeunesse se diviser, l'incapacité des partis à vocation sociale de formuler une ligne, une voie, un dessein, et nous avons vu partout de nouvelles régressions à l'intérieur même des conquêtes démocratiques
Ce mal est généralisé. La gauche est incapable d'extraire de ses sources libertaires, socialistes, communistes une pensée qui réponde aux conditions actuelles de l'évolution et de la mondialisation. Elle est incapable d'intégrer la source écologique nécessaire à la sauvegarde de la planète. Les progrès d'un vichysme rampant, que nulle occupation étrangère n'impose, impose dans le dépérissement du peuple républicain de gauche la primauté de ce que fut la seconde France réactionnaire.
Notre président de gauche d'une France de droite ne peut ni retomber dans les illusions de la vieille gauche, ni perdre toute substance en se recentrant vers la droite. Il est condamné à un " en avant ". Mais cela nécessite une profonde réforme de la vision des choses, c'est-à-dire de la structure de pensée. Cela suppose, à partir d'un diagnostic pertinent, d'indiquer une ligne, une voie, un dessein qui rassemble, harmonise et symphonise entre elles les grandes réformes qui ouvriraient la voie nouvelle.
Je dégagerais ce que pourrait être cette ligne, cette voie que j'ai proposée aussi bien dans La Voie que dans Le Chemin de l'espérance, écrit en collaboration avec Stéphane Hessel (Fayard, 2011).
Je voudrais principalement ici indiquer que l'occasion d'une réforme de la connaissance et de la pensée par l'éducation publique est aujourd'hui présente. Le recrutement de plus de 6000 enseignants doit permettre la formation de professeurs d'un type nouveau, aptes à traiter les problèmes fondamentaux et globaux ignorés de notre enseignement : les problèmes de la connaissance, l'identité et la condition humaines, l'ère planétaire, la compréhension humaine, l'affrontement des incertitudes, l'éthique.
Sur ce dernier point, l'idée d'introduire l'enseignement d'une morale laïque est à la fois nécessaire et insuffisante. La laïcité du début du XXe siècle était fondée sur la conviction que le progrès était une loi de l'histoire humaine et qu'il s'accompagnait nécessairement du progrès de la raison et du progrès de la démocratie.
Nous savons aujourd'hui que le progrès humain n'est ni certain ni irréversible. Nous connaissons les pathologies de la raison et nous ne pouvons taxer comme irrationnel tout ce qui est dans les passions, les mythes, les idéologies.
Nous devons revenir à la source de la laïcité, celle de l'esprit de la Renaissance, qui est la problématisation, et nous devons problématiser aussi ce qui était la solution, c'est-à-dire la raison et le progrès.
La morale alors ? Pour un esprit laïque, les sources de la morale sont anthropo-sociologiques. Sociologiques : dans le sens où communauté et solidarité sont à la fois les sources de l'éthique et les conditions du bien-vivre en société. Anthropologiques dans le sens où tout sujet humain porte en lui une double logique : une logique égocentrique, qui le met littéralement au centre de son monde, et qui conduit au " moi d'abord " ; une logique du " nous ", c'est-à-dire du besoin d'amour et de communauté qui apparaît chez le nouveau-né et va se développer dans la famille, les groupes d'appartenance, les partis, la patrie.
Nous sommes dans une civilisation où se sont dégradées les anciennes solidarités, où la logique égocentrique s'est surdéveloppée et où la logique du " nous " collectif s'est " sous-développée ". C'est pourquoi, outre l'éducation, une grande politique de solidarité devrait être développée, comportant le service civique de solidarité de la jeunesse, garçons et filles, et l'instauration de maisons de solidarité vouées à secourir les détresses et les solitudes.
Ainsi, nous pouvons voir qu'un des impératifs politiques est de tout faire pour développer conjointement ce qui apparaît comme antagoniste aux esprits binaires : l'autonomie individuelle et l'insertion communautaire.
Ainsi, nous pouvons voir déjà que la réforme de la connaissance et de la pensée est un préliminaire, nécessaire et non suffisant, à toute régénération et rénovation politiques, à toute nouvelle voie pour affronter les problèmes vitaux et mortels de notre époque.
Nous pouvons voir que nous pouvons commencer aujourd'hui une réforme de l'éducation par introduction de la connaissance des problèmes fondamentaux et vitaux que chacun doit affronter comme individu, citoyen, humain.
Edgar Morin
Sociologue et philosophe
L’enseignement supérieur américain connut une révolution spectaculaire dans les années soixante. Les contestataires étudiants organisèrent par exemple des « sit-ins » sur les campus afin d’exprimer leur malaise existentiel dans cet univers impersonnel et aliénant, leur mécontentement face à des enseignants distants et peu impliqués dans leurs cours et leur dégoût lorsqu’ils se rendirent compte que l’Université et le gouvernement américain (particulièrement le Pentagone) collaboraient dans des domaines totalement extérieurs à la sphère universitaire. Ils participèrent également à des « teach-ins » lors desquels ils pouvaient aborder des sujets qui ne trouvaient pas leur place dans les programmes traditionnels pour des raisons essentiellement politiques. Cette jeunesse contestataire prôna la mise en place d’universités libres (free universities), se distinguant des universités traditionnelles par l’instauration d’une structure qui se démarquait des canons éducatifs habituels (absence de locaux, de professeurs, de programmes, d’examens, de discipline, etc.). L’Université de Berkeley en Californie, dirigée par Clark Kerr, allait être en 1964 un exemple caractéristique de cette remise en cause du système d’enseignement supérieur américain.
2Après l’émergence en janvier 1960 sur la scène contestataire américaine de la Students for a Democratic Society (SDS), figure de proue de la nouvelle gauche américaine, après le sit-in de Greensboro (Caroline du Nord) en février 1960 et la création du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) en avril 1960, les campus apparemment calmes pouvaient entrer en éruption à tout moment, d’autant que les événements nationaux et internationaux ne laissaient pas la jeunesse américaine indifférente. En revanche, personne ne s’attendait au soulèvement que connut Berkeley, l’un des neuf campus constituant l’Université de Californie1. En 1964, 27 500 étudiants y étaient inscrits, dont 18 000 undergraduates2. Ils avaient tous choisi Berkeley pour son prestige et la renommée de son corps professoral. De nombreux étudiants, frais émoulus de l’enseignement secondaire, avaient le sentiment d’être perdus dans cet univers qu’ils qualifiaient d’oppressant. Ces maux tus jusqu’alors éclatèrent au grand jour en 1964, année qui marqua l’apogée de la contestation étudiante de Berkeley. En effet, de septembre 1964 à janvier 1965, la vie de l’université fut paralysée par le Free Speech Movement (FSM), mouvement étudiant prônant la liberté d’expression conformément au Premier Amendement de la Constitution. Il souhaitait un assouplissement du règlement universitaire pour favoriser l’expression politique sur le campus et une participation plus active des étudiants aux décisions universitaires.
3La cible de prédilection des membres du FSM fut Clark Kerr, Président de l’Université de Californie. Le FSM dirigea ses attaques contre lui car il qualifiait l’université de « knowledge industry » ou de « multiversity », terme intraduisible en français, dont on pourrait tenter de rendre l’idée par « multiversité », mot hybride formé à partir de « université » et « diversité », « multitude ». Pour Kerr, ces deux expressions étaient totalement interchangeables3. Kerr avait lu The Education of Henry Adams (1918), et plus précisément le chapitre intitulé The Grammar of Science, dans lequel l’auteur estime que notre univers est animé par des forces diverses telles que la Multiplicité, la Diversité, la Complexité, l’Anarchie et le Chaos4. Kerr avait été fortement influencé par l’ouvrage d’Adams, à tel point qu’il s’était approprié le terme de « multiverse » et qu’il l’avait adapté quelque peu à son discours. D’après Adams, pour un enfant né au début du siècle, la société qui l’accueille n’est pas « une » mais « multiple ». Il n’y a pas un univers, mais des univers multiformes (les « multivers »), dans lesquels l’être humain est asservi par son semblable. Adams précise que l’autorité dans la société n’est possible que par l’usage de la force et que seule la force peut y mettre fin. Transposons cela à Berkeley : l’autorité de l’université reposait essentiellement sur son règlement et le seul moyen dont les étudiants disposaient pour le remettre en cause était de manifester, ce qui se produisit en 1964. Enfin, Adams suggère que la seule solution pour l’être humain est de se fondre dans le « multivers » ou d’y succomber. Les étudiants de Berkeley ont préféré lutter contre l’administration plutôt que de céder aux exigences de la « multiversity ».
4Quelle est la définition que Kerr en donne ? En quoi l’université traditionnelle diffère-t-elle de la « multiversité » ? Cette « multiversité » est-elle aussi terrible que les étudiants le prétendaient, eux qui concevaient l’Université‚ comme un lieu d’échange, d’enrichissement intellectuel, comme un endroit propice à la réflexion, ouvert sur l’avenir, où chacun avait son mot à dire, son rôle à jouer afin d’améliorer la société ? Cette « multiversité » ne donne-t-elle pas une autre image de l’enseignement supérieur américain réputé dans le monde entier pour être l’un des meilleurs et des plus prestigieux ?
5Kerr, surnommé Clark « Cur » (« Clark le mufle »)5 ou encore « Big Daddy » par certains étudiants, était un homme de renommée nationale. D’autres étudiants préféraient l’appeler « Nobodaddy », terme blakien fabriqué de toutes pièces, signifiant « personne et plus de père ». Milton Viorst, historien et sociologue partageant l’hostilité des étudiants à l’égard de Kerr, utilise également l’image du père pour caractériser Kerr lors de l’allocution faite par ce dernier le 8 décembre 1964 dans le Greek Theater du campus afin de mettre un terme à plusieurs mois de conflit entre étudiants et administration :
- 6 Milton Viorst, Fire in the Streets, New York, Simon and Schuster, 1979, 298.
Paternalistic, almost authoritarian, standing at the podium, Kerr seemed to personify the deafness of the bureaucracy against which the students were rebelling6.
6Kerr, parfait démocrate libéral au sens américain du terme7, commença sa carrière à Berkeley comme Président du campus en 1952, puis gravit les échelons pour devenir, en 1958, Président de l’Université de Californie après le décès de Robert Gordon Sproul. W. J. Rorabaugh le définit en ces termes : « Kerr was quiet, cordial, cerebral, cold, and a master of detail »8. Au printemps 1964, il reçut l’« American Association of University Professors’ Alexander Meiklejohn Award » pour ses qualités de Président et pour avoir favorisé la liberté universitaire9. L’enseignement supérieur américain le reconnaissait officiellement. Le paradoxe était de taille : c’est précisément une plus grande liberté universitaire que les étudiants revendiquaient. En avril 1963, Kerr fut invité à Harvard, à Cambridge (Massachusetts), pour donner une conférence dans le cadre des Godkin Lectures qui rassemblaient, chaque année, les universitaires et les intellectuels américains les plus en vue. La communication de Kerr s’intitulait The Uses of the University. Il y aborda le néologisme de « multiversity » et analysa les mutations que l’enseignement supérieur américain avait connues et connaissait. Il envisagea en même temps l’imminence d’un soulèvement étudiant. Ses propos étaient donc prophétiques. On comprend davantage ce que Kerr entendait par « multiversity » en s’intéressant à sa formation personnelle : il était Professor of Industrial Relations10. Il n’est donc pas surprenant que le terme qu’il inventa en 1962 appartienne au domaine industriel, puisque, pour lui, le synonyme de « multiversity »était « knowledge industry » :
- 11 Mark Kitchell, Berkeley in the Sixties, 1990 (documentaire).
The University is being called upon to educate previously unimagined numbers of students; to respond to the expanding claims of national service; to merge its activities with industry as never before. Characteristic of this transformation is the growth of the knowledge industry, which is coming to permeate government and business, and to draw into it more and more people raised to higher and higher levels of skill. The production, distribution and consumption of knowledge is said to account for 29 percent of gross national product, and knowledge production is growing at about twice the rate of the rest of the economy. What the railroads did for the second half of this century, and the automobile for the first half of this century, may be done for the second half of this century by the knowledge industry; and that is to serve as the focal point for national growth11.
7Sa nouvelle définition de l’Université américaine était bien éloignée de celle qu’il avait énoncée lorsqu’il avait pris ses fonctions en 1958 : « The perfect university [provides] sex for students, sports for alumni, and parking for faculty »12. Pour sa part, Malvina Reynolds, chanteuse populaire de gauche, qualifiait Berkeley de « robot factory »13. Là encore, l’aspect matériel et mécanique se dégageait assez nettement.
8Après cette conférence, Kerr publia, en 1972, un ouvrage intitulé The Uses of the University dans lequel il approfondit sa pensée sur le sujet. Dans l’avant-propos, il analyse le rôle qui incombe à l’Université, c’est-à-dire la transmission d’un savoir considéré comme un produit de grande consommation, aux possibilités infinies14. Il compare également avec précision le rôle socio-économique de la production du savoir par rapport aux transformations que l’Université avait connues depuis quelques années. Kerr pense que la « multiversity » trouvait son origine dans la Deuxième Guerre mondiale et dans l’industrialisation de la société. D’une certaine manière, elle était une conséquence du baby-boom15. À partir des années quarante, Berkeley était devenue indispensable au Pentagone en tant que laboratoire opérationnel de Washington. D’après Kerr, le monde universitaire et le monde industriel devaient collaborer de plus en plus étroitement16. Pour leur part, les étudiants estimaient que la collaboration entre Université et Pentagone ne pouvait que discréditer leur communauté qui participait ainsi, à distance, au massacre des populations vietnamiennes puisque Berkeley servait de laboratoire de recherches à une société à la pointe du progrès technologique. Par conséquent, les revendications étudiantes dirigées à la fois contre l’Administration Johnson, responsable de l’escalade des combats au Viêt-nam, et contre l’administration de Berkeley qui autorisait ces recherches et se faisait ainsi complice, n’étaient guère surprenantes. En effet, le budget alloué à Berkeley pour mener à bien ces expériences scientifiques était colossal : en 1964, il s’élevait à 246 millions de dollars et permettait le fonctionnement de trois centrales atomiques. À cela s’ajoutaient 175 millions de dollars pour financer des expériences et rémunérer le personnel17. En plus de ces liens tissés entre elle et le gouvernement fédéral, Kerr précise que la « multiversity »permettait la coexistence de différentes composantes. Il évoque la pluridisciplinarité de l’université devenue une institution à l’équilibre instable, oscillant entre enseignement traditionnel de type classique et enseignement à visées industrielles18. Ce labyrinthe universitaire est rapidement devenu une société en réduction dans laquelle différents courants cohabitaient plus par nécessité que par volonté délibérée, ce qui pouvait créer quelques tensions sur le campus entre les différentes parties. La « multiversity » semble hybride, d’où un certain manque de logique et de cohérence dans ses actes et dans ses décisions. Kerr la compare à un corps humain dé-membré et dé-sarticulé, une sorte de mutant détenteur du savoir19. Face à cette structure insaisissable et complexe, se posait le lourd problème du contrôle de la machine. Kerr considère que deux groupes étaient en véritable concurrence : d’un côté les étudiants et les enseignants, et de l’autre l’administration. Au sommet de cette pyramide du pouvoir siégeait le Président, banalisé (Kerr prétend qu’il n’est plus un « géant »), jouant le rôle d’un simple « médiateur » tentant péniblement de maintenir l’équilibre de cet édifice précaire20. Le pouvoir de Président lui était conféré par le conseil d’Administration dans lequel siégeaient les personnes influentes dans l’État de Californie. Une fois de plus, on peut établir un parallèle entre l’industriel dirigeant une entreprise et le Président à la tête de la « multiversity », même si l’équilibre évoqué par Kerr semblait encore plus instable dans le cas de l’université. D’après Kerr, les objectifs principaux du Président-médiateur étaient la paix et le progrès universitaires, même s’il peut s’agir de termes antithétiques, aussi bien dans un cadre universitaire per se que multiversitaire.
9Toutefois, le passage d’université à « multiversité » n’était pas sans conséquences. Même si Kerr reconnaissait que son poste n’était guère enviable, force est de constater que les étudiants, obligés de respecter ses décisions, étaient dans une situation encore moins idyllique. En effet, le corps professoral se trouvait transformé car de plus en plus de postes d’enseignants-chercheurs étaient créés. Cet engouement pour la recherche avait comme conséquence la marginalisation de ces enseignants-chercheurs : ils ne se définissaient plus comme des enseignants assimilés à leur établissement mais comme des chercheurs qui dépendaient d’un département spécifique et qui travaillaient sur un projet tout aussi spécifique. Le professeur d’université ne vivait plus au rythme propre à un enseignant, mais au rythme d’un homme d’affaires, impatient de rentabiliser ses recherches21. Il est possible d’attribuer ce changement radical à l’attitude du gouvernement fédéral et à celle de l’industrie. Tout d’abord, pendant et après la Deuxième Guerre Mondiale, le gouvernement américain subventionna les universités. Une telle décision était motivée par un besoin conjoncturel (économique, social et politique) propre à une période de guerre. La seconde modification était due au fait que l’Université devait de plus en plus s’impliquer dans la vie de la société en collaborant activement avec l’industrie. Les progrès d’une société n’étaient envisageables que grâce à un système éducatif performant, préparant correctement une élite aux besoins du monde du travail. L’enseignement supérieur américain était en fait censé façonner l’étudiant, tout en respectant un cahier des charges répondant aux exigences de l’industrie traditionnelle comme l’adaptabilité des produits sortants (les étudiants) aux conditions et aux attentes du marché. Il n’est donc pas surprenant de constater que pour Kerr, la « multiversité » et l’usine du savoir ne faisaient qu’une. Cette dernière était devenue la nouvelle force industrielle d’éducation sous-tendant toute l’armature de la société américaine moderne22. Après l’ère de la révolution industrielle, était venue celle de la révolution intellectuello-industrielle. Ce qui était vraiment nouveau c’était d’établir des relations de cause à effet entre savoir, science et technologie, et leurs utilisations dans le système de production des sociétés développées. La collaboration de la « multiversité » avec l’industrie avait profondément modifié la société. L’Université, telle un aimant, avait attiré des entreprises diverses par commodité, mais surtout par intérêt. Par exemple, il était facile et fréquent pour une entreprise proche d’une université de proposer à des étudiants de travailler occasionnellement (parfois bénévolement) afin qu’ils découvrent le monde du travail. Kerr cite le cas de Boston. La Nouvelle Angleterre jouissait (et jouit encore) d’une situation universitaire privilégiée puisqu’elle comptait des établissements de renommée mondiale comme Harvard ou le M.I.T. Tout autour de Boston, de nombreuses entreprises s’étaient implantées. La Route 128 qui contourne Boston est à cet égard significative. Kerr note que la région de Boston n’était pas un cas isolé et il inclut la région de Berkeley dans sa liste23. En d’autres termes, l’usine du savoir n’était rien de plus que la « multiveristé » à laquelle le gouvernement américain avait ajouté des contrats militaires classés « secret défense », comme à Berkeley. Mario Savio, leader charismatique du FSM, dénonça ces tractations, notamment dans son discours « An End to History » du 2 décembre 1964 en utilisant la terminologie de l’industrie :
- 24 Seymour Lipset and Sheldon S. Wolin, The Berkeley Student Revolt: Facts and Interpretations, New Y (...)
There is a time when the operation of the machine becomes so odious, makes you sick at heart, that you can’t take part; you can’t even tacitly take part, and you have got to put your bodies upon the gears and upon the wheels, upon the levers, upon all the apparatus and you’ve got to make it stop. And you’ve got to indicate to the people who run it, to the people who own it, that unless you’re free, the machines will be prevented from working at all24.
10Kerr reconnaît néanmoins que l’Université était de plus en plus « gourmande », comme prise dans une spirale de pouvoir. Pour obtenir la meilleure multiversité possible, il était nécessaire d’arriver à une osmose entre les habitudes du monde universitaire et celles du monde industriel. Kerr proposait plus qu’une osmose : la fusion entre les deux pour que la transformation soit totale25. D’après lui, de plus en plus de « multiversités » apparaissaient, telles des constellations du savoir, et se regroupaient pour briller au firmament universitaire et créer ainsi l’« Ideopolis », la « Cité de l’Intellect ». Elles collaboraient étroitement et partageaient les moyens dont elles disposaient afin de se distinguer encore plus nettement des autres. Malgré cela, le corps professoral se trouvait dans une situation peu confortable ; il ressentait une perte de cohésion du fait qu’il se marginalisait et s’éloignait de sa fonction première : l’enseignement traditionnel de haut niveau. Les professeurs n’étaient pas les seuls à percevoir le malaise inhérent à la « multiversité ». Les étudiants, essentiellement ceux de premier cycle, n’étaient pas épargnés. Ils rencontraient des conditions d’enseignement qu’ils n’avaient pas imaginées : cours magistraux dans des amphithéâtres bondés, donnés par des assistants peu qualifiés, les professeurs de renom préférant la solitude de leur laboratoire ou de leur bureau pour mener à bien des recherches qui les passionnaient et les valorisaient davantage :
- 26 Ibidem, 103.
There is an incipient revolt against the faculty; the revolt that used to be against the faculty in loco parentis is now against the faculty in absentia26.
11Il est tout de même surprenant que Kerr, bien que conscient du contexte à Berkeley, dédaigne la contestation en demeurant passif et en invoquant une certaine fatalité. En effet, bien que publié en 1972, son ouvrage est le fruit d’une réflexion qui avait débuté bien avant 1964. Peut-être pensait-il que les étudiants s’en prendraient uniquement aux professeurs qui les délaissaient et non à l’administration, qu’ils préserveraient leur président même s’il permettait, voire favorisait cette situation. Kerr prédisait également l’affranchissement des étudiants qu’il considérait comme une classe, comme un « lumpen proletariat »27. Une fois de plus, on peut se demander si Kerr n’était pas attentiste à l’excès car ses prophéties se sont révélées extrêmement exactes à la lumière des événements de 1964 qui permirent aux étudiants californiens d’extérioriser leur malaise. L’université de Berkeley devint leur cible et ainsi, l’exemple caractéristique de l’Université américaine qu’ils souhaitaient réformer. Malgré cela, l’image de la « multiversité » n’était pas aussi noire qu’ils voulaient bien le faire croire.
12Même si elles étaient fondées, les critiques que faisaient les étudiants à la « multiversité » ne pouvaient, à elles seules, expliquer l’embrasement du campus de Berkeley en 1964. Bien que fortement décriée par les étudiants de Berkeley, la « multiversité » présentait en effet des points positifs. Du fait de sa diversité et de sa pluridisciplinarité, elle offrait aux jeunes de nombreuses possibilités d’orientation et de réorientation. Elle permettait à tous de côtoyer des étudiants et des professeurs de spécialités différentes, et ainsi d’étendre leurs connaissances ; elle pouvait également les inciter à assister à d’autres cours comme auditeurs libres. Du fait de son étroite collaboration avec le gouvernement, l’industrie et le monde des affaires, la « multiversité » préparait les jeunes à la vie active et aux exigences du monde du travail : elle alliait habilement la théorie à la pratique. Par exemple, lors de stages en entreprise, les étudiants en droit pouvaient réaliser quel était le champ d’application et la mise en œuvre du droit du travail qu’ils avaient étudié pendant l’année. De plus, cette collaboration était positive d’un point de vue financier car elle dotait Berkeley de contrats dont les étudiants étaient finalement bénéficiaires car l’université pouvait investir et améliorer les conditions de logement (dortoirs, fraternities et sororities plus confortables et plus fonctionnels), de restauration sur le campus ou renouveler son matériel scolaire (au niveau informatique, au niveau des bibliothèques, des laboratoires scientifiques, des infrastructures sportives, etc.).
13La « multiversité » apparaissait donc comme une nouvelle forme d’enseignement supérieur28. L’aspect philosophique et spirituel était relégué au second plan : une dimension industrielle, matérialiste, bien plus concrète et pragmatique se dessinait. L’Université ne se situait plus à l’écart de la vie réelle, de la vie sociale, elle devenait un maillon central, incontournable dans le processus économique des années soixante : elle s’était mise au service de la société américaine et de ses instances gouvernementales les plus élevées. Les données s’en trouvaient totalement renversées, radicalement bousculées : l’Université devenait ipso facto usine du savoir, l’étudiant, matière première à façonner, l’enseignant, cadre dirigeant veillant au bon fonctionnement des machines et, enfin, la société, consommatrice des produits finis qui sortaient de la ligne de production, prêts à être utilisés. En d’autres termes, l’Université était devenue une industrie parmi tant d’autres, après s’être fondue dans le moule capitaliste américain. L’Université n’avait pas évolué afin de défendre l’enseignement qu’elle dispensait, elle était très intéressée par sa collaboration avec l’État car elle espérait en tirer un maximum de profit. Les besoins de l’homme ne semblaient guère être sa préoccupation, Clark Kerr attachant plus d’importance aux rendements et aux bénéfices du complexe militaro-industriel29. En d’autres termes, l’existence et la réussite de la « multiversité » étaient plus que jamais liées aux intérêts capitalistes et impérialistes américains des années soixante. Ironie du sort, bien que Kerr se soit attendu à une contre-révolte de moindre importance, il fut confronté à un vent de contestation inégalé dans l’histoire universitaire ou multiversitaire américaine. Avec l’avènement de la « multiversité » dans les années soixante, l’enseignement supérieur américain avait véritablement connu un séisme et un repositionnement dont l’impact est encore facilement perceptible dans les universités, en ce début de troisième millénaire.
14En 2002, les liens entre l’université de Berkeley et le monde des affaires sont encore plus serrés que dans les années soixante. L’université joue un rôle économique et stratégique pour le moins capital. Son Président actuel, Robert M. Berdahl, ne s’en cache pas : « By almost every measure, UC Berkeley is a major contributor to the vitality of the Bay Area economy »30. Les chiffres ne le contredisent d’ailleurs pas. En effet, Berkeley génère près de 1,1 milliards de dollars en revenues dans la région de San Francisco ; l’université achète des biens et des services pour une somme annuelle s’élevant à 533 millions de dollars, auprès de 2 400 entreprises californiennes (40% étant des Petites et Moyennes Entreprises). Depuis la rentrée 2002, elle emploie 23 480 personnes (dont 9 980 étudiants) auxquelles elle versera près de 603 millions de dollars en salaires au cours de cette année universitaire. Sa collaboration avec le gouvernement fédéral est toujours aussi étroite : Washington verse 292,4 millions de dollars par an pour financer les recherches menées sur le campus, soit 68% du montant global alloué à la recherche (430 millions de dollars). Il est à noter que le montant de cette enveloppe augmente régulièrement de 9% par an depuis 199531.
15Le rapprochement que Kerr avait souhaité entre Université et industrie, dès 1962, est, en 2002, soit quarante ans plus tard, on ne peut plus perceptible. La « multiversité », le monde des affaires ne font plus qu’un. L’enseignement supérieur américain est véritablement devenu l’allié indispensable de Washington.
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VIORST Milton, Fire in the Streets, New York, Simon and Schuster, 1979.
1 Les huit campus sont Davis, Irvine, Los Angeles, Riverside, Santa Barbara, Santa Cruz, San Diego et San Francisco.
2 À titre de comparaison, 32 128 étudiants étaient inscrits à Berkeley pour l’année universitaire 2001-2002.
3 Christopher Lasch, The Culture of Narcissism: American Life in an Age of Diminishing Expectations, New York, W. W. Norton & Company, 1978, 145 149.
4 Henry Adams, Boston, Houghton Mifflin Company, 1973 (première édition 1918).
5 « Cur » étant une déformation phonétique volontaire de Kerr.
6 Milton Viorst, Fire in the Streets, New York, Simon and Schuster, 1979, 298.
7 David Lance Goines, The Free Speech Movement: Coming of Age in the 1960s, Ten Speed Press, Berkeley, California, 1993, 9-11. W. J. Rorabaugh, Berkeley at War: the 1960s, New York, Oxford University Press, 1989, 49.
8 W. J. Rorabaugh, op.cit., 11.
9 James Cass, “What Happened at Berkeley”, in SR, 16 janvier 1965, 69.
10 W. J. Rorabaugh, op.cit., 11.
11 Mark Kitchell, Berkeley in the Sixties, 1990 (documentaire).
12 W. J. Rorabaugh, op.cit., 12.
13 Ibidem, 29.
14 Clark Kerr, The Uses of the University, Harvard University Press, 1972, v-vi.
15 Clark Kerr, op.cit., 86-87.
16 Ibidem, 17-18.
17 A. H. Raskin, “The Berkeley Affair: Mr. Kerr vs. Mr. Savio”, inThe New York Times Magazine, 14 février 1965, 90. Notons au passage que Berkeley avait prêté son laboratoire de radiations dans le cadre du Manhattan Project (1942), pour des travaux menés sous la direction de J. Robert Oppenheimer, professeur à Berkeley de 1929 à 1942 (voir David Caute, The Great Fear: The AntiCommunist Purge Under Truman and Eisenhower, London, Secker and Warburg, 1978, 173).
18 Clark Kerr, op.cit., 18-19.
19 Ibidem, 20.
20 Clark Kerr, op.cit., 36
21 “Professors, obsessed with their own professional reputations and the gun held to their heads by ‘publish or perish’ policies, had neither time for nor interest in their less important charges”, in David Lance Goines, op.cit., 61.
22 Clark Kerr, op.cit., 87.
23 Ibidem, 89.
24 Seymour Lipset and Sheldon S. Wolin, The Berkeley Student Revolt: Facts and Interpretations, New York, Doubleday, 1965, 163.
25 Clark Kerr, op.cit, 90-91.
26 Ibidem, 103.
27 Clark Kerr, op.cit, 103-104.
28 David Lance Goines, op.cit.,51 ; W.J. Rorabaugh, op.cit., 9 ; Charles P. Henry, Movements in Education: Reform and Experimentation, communication prononcée lors du colloque international organisé sur le campus de l’université de Berkeley, colloque consacré au Free Speech Movement de 1964 et à la contestation étudiante et intitulé « Taking Part: FSM and the Legacy of Social Protest », 12-14 avril 2001.
29 Clark Kerr, op.cit., 43.
30 University of California, Board of Regents Information, 2002.
31 Idem.
Top of pageFrédéric Robert, « L’Enseignement supérieur aux États-Unis : l’exemple de Clark Kerr et de l’université ou « multiversité » de Berkeley en 1964 », Revue LISA/LISA e-journal [Online], Vol. II - n°1 | 2004, Online since 23 November 2009, connection on 18 July 2012. URL : http://lisa.revues.org/3081 ; DOI : 10.4000/lisa.3081
Top of page© Revue LISA/LISA e-journal
SUPERSORBONNE CONTRE MULTIVERSITE
Supersorbonne c'est quoi, allez à 5'45" de cette vidéo, c'est un anneau.
Le schéma a été jusque là assez basique avec une ligne de RER (le B) et une ligne de métro (la 4) reliant la cité universitaire au quartier latin et puis à Clignancourt comme ce schéma en lien. Pourtant la réalité du Grand Paris nous allons le voir c'est un ensemble de sites. Voici le schéma d'ensemble du métro rapide du Grand Paris (Cliquez sur l'image).
Pourtant on est pas loin de réussir mais la ligne circulaire rouge évite Paris 8 et le regroupement en scences humaines que constitue le plateau condorcet.
Le regroupement en PRES
Autres PRES : Université de Bordeaux - PRES Bourgogne Franche-Comté (ESTH-Innovation Université) - Université européenne de Bretagne - Centre - Val de Loire Université - Clermont Université - Université de Grenoble - Université Lille Nord de France - PRES Limousin Poitou-Charentes - PRES de l'Université de Lorraine - Université de Lyon - Université Montpellier Sud de France - Université Nantes Angers Le Mans - Université de Toulouse - Paris Sciences et Lettres - Quartier latin - Normandie Université - UFECAP (Université fédérale européenne Champagne-Ardenne Picardie)
PRES HESAM
Il est constitué autour du plateau condorcet EPCS Paris-Condorcet : Établissement public de coopération scientifique
PRES Paris-cité
PRES Paris-Est
Cet article ne prétend pas à l'exaustivité mais seulement à explorer quelques pistes notamment pour comprendre l'échelle où sont pris les nouveaux pôles de recherche en région parisienne.
I. Un double danger pour l'université française.
Un double danger règne pour le savoir universitaire celui de se faire accaparer par des intérêts privés regroupés au sein de cartels et à ne pouvoir se renouveler de produire un savoir déconnecté
de la réalité, comme le remarque Rosanvallon. L'université pourtant a longtemps formé à la recherche de manière très libre même si celle est très contrainte (déjà Deleuze s'en plaignait dans son
abécédaire). Ce danger peut en fait devenir la nécessité d'une adaptation de l'université par la prise en compte de ce danger comme objet d'étude (c'est là suivre le catastrophisme d'Anders
repris par Virilio). Déjà l'Université s'était constituée peu après l'an mil pour retourner toutes les bêtises millénaristes. En 1088, des maîtres grammairiens, de logique et de rhétoriques
s'intéressent à la compilation à l'étude et à la transmission des connaissances relatives aux connaissances juridiques de l'époque et créent l'université de Bologne. On les retrouve à la
renaissance, sous la figure d'aristoléliciens ; ils entreront en concurrence avec les platoniciens de Padoue et seront moqués sous la figure du médecin barbouillé dans les premières pièces
de Molières reprises à la comédia dell'arte. La Sorobnne est créée en 1150.
1°) L'accaparement privatif ou privatisation du savoir (Daniel Bensaïd de Paris 8).
"Dans la nouvelle économie, la première unité créée par les laboratoires de recherches et développement coûte souvent plus cher en capital fixe investi que la
reproduction en série du produit. L'appropriation des savoirs et la protection de leur monopole deviennent donc l'enjeu majeur des législation sur le nouveau statut de la propriété
intellectuelle. ... La privatisation de la recherche et des connaissances qui en résultent, leur mise sous séquestre à l'abri des concurrents, la culture du secret et la quête du monopole
freinent la diffusion des savoirs socialisés qui pourraient bénéficier au plus grand nombre ... /citation de Pestre/ "on a désormais un mouvement de recollectivisation des brevets dans le cadre
des cartels qui mettent en commun leurs brevets pour éviter de devoir négocier en permanence et de ralentir les processus innovants." /via les cartels/ En fait de recollectivitsaiotn il s'agit,
il s'agit bien évidemment d'un monopole collectif sur les rentes de matière grise, à l'instar des cartels qui se partagent la rente pétrolière. / Les universités seront de plus en plus
réduites, par le biais de financement privés, à un rôle de sous-traitance au service de ces nouveaux cartels du savoir. Il existe déjà au Canada et aux Etats-Unis des cas où le contrat
de partenariat inclut des clauses de confidentialité : la firme qui subventionne la recherche universitaire s'assure ainsi une exclusivité sur les connaissances produites, au détriment de leur
libre circulation au sein de la communauté scientifique. Les clauses de confidentialité ne sont pas nouvelles. Mais elles étaient généralement limitées dans le temps, en attendant le dépôt et
l'obtention éventuelle d'un brevet, alors qu'elles tendent à devenir permanentes. On comprend que les libéraux sincères ou naïfs finissent eux-mêmes par s'en émouvoir. Tout cela n'a en effet plus
grand chose à voir avec la " concurrence libre et non-faussée " !" Daniel Bensaïd, Les dépossédés, éd. La Fabrique, 2007, pp. 61 et 63.
2°) l'université du désastre de Paul Virilio
Virilio qui voit dans l'université une lueur de sens au milieu des ruines du désastre de la civilisation. L'université comme crash-test qui analyse les désastres du
progrès : http://www.arte.tv/fr/2382838.html (dernier tiers)
En ce sens, La stratégie du choc de Naomi Klein et L'administration de la peur sont des livres très arendtien. cf. aussi l'université du désastre de Paul Virilio
(mais je ne l'ai pas consulté). Sur l'hallucination des images aussi et de la correction de l'opinion (désignation du nouveau bouc-émissaire par exemple qui en France a voté à plus de 93 % contre
Sarkozy).
Plus récemment Pierre Macherey a tenté de poser en livre sa pensée sur l'université même s'il ne l'a pas, comme il dit, "toute livrée" et que celle-ci est "à côté"
(Le second danger de l'université dont nous parlions).
II. Les réponses géographique mais palliatives venues d'en haut pour les univeristés parisiennes
Sur l'avenir des Universités et l'institutionnalisation de la philosophie et donc à travers elles, l'avenir de la pensée hors métiers. La pensée du Dehors ou la
pensée prise dans les métiers ce sont notamment avocats, médecins, architectes, psychanalystes mais pas seulement ses professions libérales. Les grandes figures théoriques en émegent tôt ou tard
Lacan, Virilio, Canguilhem et elle sont même à la base du renouvellement des disciplines universitaires. En France, par un sorte de jacobinisme perpétué, la pensée universitaire (Deleuze, Badiou)
et des grandes écoles (Derrida, Bourdieu, Foucault, Althusser) n'est pas séparable de celle des métiers, notamment pour les avocats (Assas-Dauphine), les médécins (CHU) et les psychanlystes
(Paris 7 et 8). C'est différents pour les architectes et les ingénieurs formés dans de grandes écoles plus en retrait de l'université et de la grande théorie. Mais si le discours de la
psychanalyse à travers le Freudo-Marxisme puis Lacan a eu une grande influence sur toute la philosophie (Sartre, "moment structuraliste", Derrida, Deleuze-Guattari, etc...), ce sont davantage des
pensées sur la ville et sur la mobilité qui se fabriquent actuellement (on pensera à Paul Virilio et Rem Koolhaas , dans une moindre mesure Oliver Mongin, Thierry Paquot, François Ascher, Philippe
Panerai, Jacques Lucan, etc. ...) loin de tout pathos et de tout état d'âme. La
ville prise comme offrande à la lumière, comme pierre ensoleillée et lieu inhérent à l'échange philosophique qui, par le mode moderne d'habitat, autorise en elle des retraites. C'est bien la
question de la ville et notamment de l'inscription en son sein de l'université qui se pose aujourd'hui.
1°) La constitution de pôles d'excellence.
La transformation physiques de l'université parisienne passe par la constitution de pôles d'excellence nommés Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur (PRES). On en dénombre 6 pour l'instant en région parisienne et nous allons vous parlez du 7e qui concerne Paris 8. Ils sont
l'application géographique ouverte par le label d'excellence (labex) récemment obtenu par certaines universités (dont Paris 8). Les lignes directrices et pragmatiques de l'Etat sont celles-ci. Plutôt que de faire une grosse Sorbonne, comme le suggéraient certains architectes du Grand Paris. L'optique foncière qui a prévalu est de séparer les sciences dures des sciences humaines et sociales. Les unes à Orsay
les autres à Aubervilliers. C'est le résultat de l'implantation du pôle militaro-nuléaire à Saclay. Au niveau du savoir
et de la philosophie, cet aménagement spatiale au (Orsay est le 1er campus de France Paris 11 Orsay à Saclay avec non-loin IHES à Bure sur Yvette, haut-lieu de la physique théorique et des
mathématiques dont malheureusement il n'est rien sorti par méconnaissance de la philosophie maëutique sans doute). Saclay continue de s'aggranir avec un nouveau bâtiment EDF et . Il y a par ailleurs la constiution du Campus condorcet à Aubervilliers. Il regroupera
entre autres : L'INED d'Emmanuel Todd, l'école des Chartes, l'EHESS bd Raspail de Derrida, l'Ecole partique des Hautes Etudes, les Sciences
Humaines de Paris 1, Paris 8-MSH Nord, Paris 13, (voir la carte et sa localisation).
Plateau Condorcet (Paris I-EHESS) Plateau de Saclay(Paris 11-Orsay Polytechnique et Centrale)
2°) La contrainte politique
Il y a derière cela, une visée politique et stratégique : faire émerger hors de Paris intra-muros un campus universitaire et d'ainsi étouffer tous les mouvements à
venir puisque Paris 1 et 8 ainsi que l'EHESS ont été en pointe au moment du mouvement anti-CPE de 2006 (redite de Vincennes en somme). Par contre cela crée un savoir bicéphale comme nous allons
le développer plus loin. Cette bichépalie rendrait impossible l'hypothétique rencontre d'un René Descartes avec un physicien comme Isaaac Beeckman, une question à se poser. La création d'une
supersorbonne par les architectes hollandais de MVRDV (voir la vidéo ci-dessous à 5'40"), allait plutôt qnad le sens d'une remise au centre de la recherche et non sa télédéportation...
En parallèle à la constitution d'un Pole d'Excellence Sciences Humaines et Sociales, il y a le rapprochement entre Paris 10 Nanterre et Paris 8 Saint-Denis au sein d'un pôle régional d'excellence ou pôle de recherche et 'enseignemenpent supérieur (PRES Paris-Lumières) indépendamment des figures tutélaires que sont Ricoeur-Baudrillard pour Nanterre et Foucault-Deleuze-Badiou pour Saint-Denis. Cela fait beaucoup de remous, même si notre A.D.N. y est génétiquement favorable, comme vous pourrez le voir dans les articles qui suivent :
12 mai : Récit du vendredi 11 mai 2012 par Le Parisien
14 mai : L’université Paris 10 entérine le nouveau PRES Paris-Lumières
14 mai : Tract de l'AG du 14 mai 2012
15 mai : Appel à la Grève pour le 18 mai 9h contre la fusion de Paris 8 et Paris 10
17 mai : Tribune de Danielle Tartakowsky dans
Le Monde
18 mai : Compte rendu de l'Assemblée Générale du 18 mai
La constitution du PRES Paris-Lumières vise donc peut-être à enrailler le déplacement de Paris 8 de Saint-denis à Aubervilliers au sein du PRES Paris-Aubervilliers
même si ce dernier répond à la saturation actuelle de l'enclos universitaire de Saint-Denis (université de plus en plus éclatée). C'est la première optique qui nous fait penser à un rapprochement
appuyé et précipité de Paris 8 et Paris 10.
3°) La contrainte géographique
La bicéphalie du savoir français est géographique (hormis dans les universités scientifiques de Paris 6 Jussieu et Paris 7 Jussieu). Elle est le résultat de la création du plateau de Saclay par le
Général De Gaulle pour la recherche nucléaire et qui a des incidences en matière de recherche et développement au niveau énergétique puisqu'à part GDF-Suez et le monopole pétrolifère de Total tut
est tourné vers le nucléaire. L'éloignement géographique du plateau de Saclay par rapport au centre de Paris a induit la création d'un réseau de transport régional à l'époque. Il faut savoir que
si on ajoute que les travailleurs logent historiquement à l'Est de Paris et qu'ils leur faut à partir des années 60 se rendre à Saclay ou à La Défense (Sud-Ouest et Nord-Ouest). Cela à générer
dès le début une saturation du réseau de transport (ligne A surtout). Des lignes comme la ligne 14 ou la ligne E du RER (entre les gares du Nord et Saint-Lazare) ainsi que la future ligne F
(entre les gares Montparnasse et Saint-Lazare) ont été prévues à cette effet. Mais 70% des voyages se fond en Ile de France se font de banlieueà banlieue. Ceci vaudra encore plus pour les
déplacements des étudiants et des chercheurs. Ainsi il y a la création de nouvelles lignes de métro automatique deux fois plus rapide (60 km/h) qui vise à désengorger non plus le centre mais mais
à désenclaver la périphérie. Voici une carte dynamique. Concernant le campus condorcet il y a prolongement des lignes 12 et
4 et desserte par deux stations de tramway allant jusqu'au tramway sur le boulevard des Maréchaux (et hypothétiquement pourrait-on songer jusqu'à Paris 8 Saint Denis qui se trouve exactement au
Nord). Pour le plateau de Saclay il y a la création d'une ligne de métro souterraine comme le motre la carte plus haut, étant donné que ne le RER C ni le RER D ne pénètre directement sur le site
- création de la navette Lozère pour l'école politechnique). Le temps d'accès aux université est primordial pour les études surtout que el temps de transport, aussi stressant qu'il soit, prend de
l'énergie de concentration d'où la réussite des campus à l'américaine où l'on peut aller dans les bâtiments de recherches depuis son studio détudiants. Concernant Paris 8 la prologation de
l'automatisation de la ligne 14 jusqu'à Saint-Denis est évoquée.
Vous trouverez ici le nouveau plan de notre travail de thèse, une rapide présentation qui, je l'espère, constituera un petit saut quantique dans la pensée, la soutenance est réportée à une date ultérieure. Vous ne voyez ici qu'une partie des 1770 articles de ce site.
Voici une liste de 135 auteurs que nous complétons petit à petit.
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