Voici une série d'article sur l'innovation
La bidouillabilité ou l'art des détournements d'usage
La sérendipité ou l'art des trouvailles par hasard
La tension entre rigueur et invention dans les mathématiques (E. Bardin)
Le premier "ordinateur" de l'histoire était grec et trois vidéos sur l'invention de ce calculateur
Les nouveaux moteursou systèùe de propulsion (A. Le Cazals, vidéos)
Le livre numérique ou l'adieu à Gutemberg (Jean Clément, Hypermédia, Paris 8)
La nouveauté chez Deleuze (A. Bouaniche)
Les intercesseurs dans la création (G. Deleuze)
Eloge de l'indiscipline (A. Le Cazals)
La désobéissance de l'architecte (R. Piano)
Ce texte explique pourquoi je suis resté un peu deleuzien. N'en déplaise à mon ami Olivier Surel, grand philosophe inconnu.
Si ça va mal dans la pensée aujourd’hui, c’est parce que, sous le nom de modernisme, il y a un retour aux abstractions, on retrouve le problème des origines, tout ça... Du coup, toutes les analyses en termes de mouvements, de vecteurs, sont bloquées. C’est une période très faible, une période de réaction. Pourtant, la philosophie croyait en avoir fini avec le problème des origines. Il ne s’agissait plus de partir, ni d’arriver. La question était plutôt qu’est-ce qui se passe « entre » ? Et c’est exactement la même chose pour les mouvements physiques.
Les mouvements, au niveau des sports et des coutumes, changent. On a vécu longtemps sur une conception énergétique du mouvement : il y a un point d’appui, ou bien on est source d’un mouvement. Courir, lancer le poids, etc. : c’est effort, résistance, avec un point d’origine, un levier. Or aujourd’hui on voit que le mouvement se définit de moins en moins à partir de l’insertion d’un point de levier. Tous les nouveaux sports - surf, planche à voile, deltaplane... - sont du type : insertion sur une onde préexistante. Ce n’est plus une origine comme point de départ, c’est une manière de mise en orbite. Comment se faire accepter dans le mouvement d’une grande vague, d’une colonne d’air ascendante, « arriver entre » au lieu d’être origine d’un effort, c’est fondamental.
Et pourtant, en philosophie, on en revient aux valeurs éternelles, à l’idée de l’intellectuel gardien des valeurs éternelles. C’est ce que Benda déjà reprochait à Bergson être traître à sa propre classe, à la classe des clercs, en essayant de penser le mouvement. Aujourd’hui, ce sont les droits de l’homme qui font fonction de valeurs éternelles. C’est l’état de droit et autres notions dont tout le monde sait qu’elles sont très abstraites. Et c’est au nom de ça que toute pensée est stoppée, que toutes les analyses en termes de mouvements sont bloquées. Pourtant, si les oppressions sont si terribles, c’est parce qu’elles empêchent des mouvements et non parce qu’elles offensent l’éternel. Dès que l’on est dans une époque pauvre, la philosophie se réfugie dans la réflexion « sur »... Si elle ne crée rien elle-même, que peut-elle bien faire, sinon réfléchir sur ? Alors elle réfléchit sur l’éternel, ou sur l’historique, mais elle n’arrive plus à faire elle-même le mouvement.
En fait, ce qui importe, c’est de retirer au philosophe le droit à la réflexion « sur ». Le philosophe est créateur, il n’est pas réflexif.
On me reproche de reprendre des analyses de Bergson. En effet, c’est un très nouveau découpage de distinguer, comme Bergson le fait, la perception, l’affection et l’action comme trois espèces du mouvement. C’est toujours nouveau parce que ça n’a jamais été bien assimilé, il me semble, et ça fait partie de ce qui est le plus difficile et le plus beau dans la pensée de Bergson. Or, appliquer cette analyse au cinéma, se fait tout seul : c’est en même temps que le cinéma s’invente et que la pensée de Bergson se forme. L’introduction du mouvement dans le concept se fait exactement à la même époque que l’introduction du mouvement dans l’image. Bergson, c’est l’un des premiers cas d’auto-mouvement de la pensée. Parce qu’il ne suffit pas de dire : les concepts se meuvent. Encore faut-il construire des concepts capables de mouvements intellectuels. De même, il ne suffit pas de faire des ombres chinoises, il faut construire des images capables d’auto-mouvement.
Dans mon premier livre, j’avais considéré l’image cinématographique comme cette image qui acquiert un auto-mouvement. Dans le second livre, je considère l’image cinématographique dans son acquisition d’une auto-temporalité. Ce n’est donc pas du tout prendre le cinéma dans le sens d’une réflexion sur, c’est prendre le domaine où s’effectue réellement ce qui m’intéresse : dans quelles conditions peut-il y avoir un auto-mouvement ou une auto-temporalisation de l’image, et quelle a été l’évolution de ces deux facteurs depuis la fin du XIXe siècle. Car, lorsque se fait un cinéma fondé sur le temps et non plus sur le mouvement, c’est évident qu’il y a changement de nature par rapport à la première époque. Et seul le cinéma peut être le laboratoire qui nous rend sensible cela, dans la mesure où, précisément, le mouvement et le temps sont devenus des constituants de l’image elle-même.
Le premier stade du cinéma, donc, c’est l’auto-mouvement de l’image. II se trouve que ça va se réaliser dans un cinéma de
narration. Mais ce n’était pas forcé. II y a un manuscrit de Noël Burch qui est essentiel sur ce point : la narration n’était pas comprise dans le cinéma dès le début. Ce qui a amené
l’image-mouvement, c’est-à-dire l’auto-mouvement de l’image, à produire de la narration, c’est le schème sensori-moteur. Le cinéma n’est pas narratif par nature : il devient narratif
quand il prend pour objet le schème sensori-moteur. A savoir : un personnage sur l’écran perçoit, il éprouve, il réagit. Ça suppose beaucoup de croyance : le héros est dans telle
situation, il réagit, le héros saura toujours comment
réagir. Ça suppose une certaine conception du cinéma. Pourquoi est-il devenu américain, hollywoodien ? Pour une raison
simple : c’est l’Amérique qui avait la propriété de ce schème. Tout s’est fini avec la Seconde Guerre. D’un coup, les gens n’y croient plus tellement, qu’il y ait possibilité de réagir à
ces situations. L’après-guerre les dépasse. Et il va y avoir le néo-réalisme italien qui présente des gens placés dans des situations qui ne peuvent plus se prolonger en réactions, en
actions. Pas de réactions possibles, est-ce que ça veut dire que tout va être neutre ? Non, pas du tout. Il y aura des situations optiques et sonores pures, qui vont engendrer des modes
de compréhension et de résistance d’un type tout à fait nouveau. Et ce sera le néo-réalisme, la Nouvelle Vague, le cinéma américain en rupture avec Hollywood.
Bien sûr, le mouvement va continuer à être présent dans l’image, mais, avec l’apparition de situations optiques et sonores pures, délivrant des images-temps, ce n’est plus lui qui compte, il n’est là qu’à titre d’index. Les images-temps, ça ne veut pas du tout dire de l’avant et de l’après, de la succession. La succession existait dès le début comme loi de la narration. L’image-temps ne se confond pas avec ce qui se passe dans le temps, ce sont de nouvelles formes de coexistence, de mise en série, de transformation...
Ce qui m’intéresse, ce sont les rapports entre les arts, la science et la philosophie. II n’y a aucun privilège d’une de ces disciplines sur une autre. Chacune d’entre elles est créatrice. Le véritable objet de la science, c’est de créer des fonctions, le véritable objet de l’art, c’est de créer des agrégats sensibles et l’objet de la philosophie, créer des concepts. A partir de là, si l’on se donne ces grosses rubriques, aussi sommaires soient-elles : fonction, agrégat, concept, on peut formuler la question des échos et des résonances entre elles. Comment est-il possible que, sur des lignes complètement différentes, avec des rythmes et des mouvements de production complètement différents, comment est-il possible qu’un concept, un agrégat et une fonction se rencontrent ?
Premier exemple : il y a, en mathématiques, un type d’espace appelé espace riemannien. Mathématiquement très bien défini, en rapport avec des fonctions, ce type d’espace implique la constitution de petits morceaux voisins dont le raccordement peut se faire d’une infinité de manières et cela a permis, entre autres, la théorie de la relativité. Maintenant, si je prends le cinéma moderne, je constate qu’après la guerre apparaît un type d’espace qui procède par voisinages, les connections d’un petit morceau avec un autre se faisant d’une infinité de manières possibles et n’étant pas prédéterminées. Ce sont des espaces déconnectés. Si je dis : c’est un espace riemannien, ça a l’air facile et pourtant c’est exact d’une certaine manière. Il ne s’agit pas de dire : le cinéma fait ce que Riemann a fait. Mais, si l’on prend uniquement cette détermination de l’espace : voisinages raccordés d’une infinité de manières possibles, voisinages visuels et sonores raccordés de manière tactile, alors, c’est un espace de Bresson. Alors, bien sûr, Bresson n’est pas Riemann, mais il fait dans le cinéma la même chose qui s’est produite en mathématiques et il y a écho.
Un autre exemple : il y a dans la physique quelque chose qui m’intéresse beaucoup, qui a été analysé par Prigogine et Stengers, et qu’on appelle « transformation du boulanger ». On prend un carré, on l’étire en rectangle, on coupe le rectangle en deux, on rabat une partie du rectangle sur l’autre, on modifie constamment le carré en le réétirant, c’est l’opération du pétrin. Au bout d’un certain nombre de tranformations, deux points, si rapprochés soient-ils dans le carré originel, se trouveront fatalement dans deux moitiés opposées. Ça donne l’objet de tout un calcul et Prigogine, en fonction de sa physique probabilitaire, y attache une grande importance.
Là-dessus, je passe à Resnais. Dans son film Je t’aime, je t’aime, on voit un héros qui est reporté à un instant de sa vie et cet instant va être pris dans des ensembles différents à chaque fois. Comme des nappes qui vont être perpétuellement brassées, modifiées, redistribuées, de telle façon que ce qui est proche sur une nappe va être au contraire très distant sur l’autre. C’est une conception du temps très frappante, très curieuse cinématographiquement et qui fait écho à la « transformation du boulanger ». Au point qu’il ne me semble pas choquant de dire Resnais est proche de Prigogine, tout comme Godard, pour d’autres raisons, est proche de Thom. Il ne s’agit pas de dire : Resnais fait du Prigogine et Godard du Thom. Mais de constater qu’entre des créateurs scientifiques de fonctions et des créateurs cinématographiques d’images il y a des ressemblances extraordinaires. Et cela vaut également pour les concepts philosophiques, puisqu’il y a des concepts différenciés de ces espaces.
Du coup, la philosophie, l’art et la science entrent dans des rapports de résonance mutuels et dans des rapports d’échange, mais, à chaque fois, pour des raisons intrinsèques. C’est en fonction de leur évolution propre qu’ils percutent l’un dans l’autre. Alors, dans ce sens, il faut bien considérer la philosophie, l’art et la science comme des espèces de lignes mélodiques étrangères les unes aux autres et qui ne cessent pas d’interférer. La philosophie n’ayant, là-dedans, aucun pseudo-primat de réflexion, et dès lors aucune infériorité de création. Créer des concepts, c’est non moins difficile que de créer de nouvelles combinaisons visuelles, sonores, ou créer des fonctions scientifiques. Ce qu’il faut voir, c’est que les interférences entre lignes ne relèvent pas de la surveillance ou de la réflexion mutuelle. Une discipline qui se donnerait pour mission de suivre un mouvement créatif venu d’ailleurs abandonnerait elle-même tout rôle créateur. L’important n’a jamais été d’accompagner le mouvement du voisin, mais de faire son propre mouvement. Si personne ne commence, personne ne bouge. Les interférences ce n’est pas non plus de l’échange : tout se fait par don ou capture.
Ce qui est essentiel, c’est les intercesseurs. La création, c’est les .intercesseurs. Sans eux il n’y a pas d’oeuvre. Ça peut être des gens - pour un philosophe, des artistes ou des savants, pour un savant, des philosophes ou des artistes - mais aussi des choses, des plantes, des animaux même, comme dans Castaneda. Fictifs ou réels, animés ou inanimés, il faut fabriquer ses intercesseurs. C’est une série. Si on ne forme pas une série, même complètement imaginaire, on est perdu. J’ai besoin de mes intercesseurs pour m’exprimer, et eux ne s’exprimeraient jamais sans moi : on travaille toujours à plusieurs, même quand ça ne se voit pas. A plus forte raison quand c’est visible : Félix Guattari et moi, nous sommes intercesseurs l’un de l’autre.
La fabrication des intercesseurs à l’intérieur d’une communauté apparaît bien chez le cinéaste canadien Pierre Perrault : je me suis donné des intercesseurs, et c’est comme ça que je peux dire ce que j’ai à dire. Perrault pense que, s’il parle tout seul, même s’il invente des fictions, il tiendra forcément un discours d’intellectuel, il ne pourra pas échapper au « discours du maître ou du colonisateur », un discours préétabli. Ce qu’il faut ; c’est saisir quelqu’un d’autre en train de « légender », en « flagrant délit de légender ». Alors se forme, à deux ou à plusieurs, un discours de minorité. On retrouve ici la fonction de fabulation bergsonienne... Prendre les gens en flagrant délit de légender, c’est saisir le mouvement de constitution d’un peuple. Les peuples ne préexistent pas.
D’une certaine manière, le peuple, c’est ce qui manque, comme disait Paul Klee. Est-ce qu’il y avait un peuple palestinien ? Israël dit que non. Sans doute y en avait-il un, mais ce n’est pas ça l’essentiel. C’est que, dès le moment où les Palestiniens sont expulsés de leur territoire, dans la mesure où ils résistent, ils entrent dans le processus de constitution d’un peuple. Ça correspond exactement à ce que Perrault appelle flagrant délit de légender. Il n’y a pas de peuple qui ne se constitue comme ça. Alors, aux fictions préétablies qui renvoient toujours au discours du colonisateur, opposer le discours de minorité, qui se fait avec des intercesseurs.
Cette idée que la vérité, ce n’est pas quelque chose qui préexiste, qui est à découvrir mais qu’elle est à créer dans chaque domaine, c’est évident, par exemple dans les sciences. Même en physique, il n’y a pas de vérité qui ne suppose un système symbolique, ne serait-ce que des coordonnées. 1 n’y a pas de vérité qui ne « fausse » des idées préétablies. Dire « la vérité est une création » implique que la production de vérité passe par une série d’opérations qui consistent à travailler une matière, une série de falsifications à la lettre. Mon travail avec Guattari : chacun est le faussaire de l’autre, ce qui veut dire que chacun comprend à sa manière la notion proposée par l’autre. Se forme une série réfléchie, à deux termes. N’est pas exclue une série à plusieurs termes, ou des séries compliquées, avec bifurcations. Ces puissances du faux qui vont produire du vrai, c’est ça les intercesseurs...
Digression politique. D’un régime socialiste, beaucoup de gens attendaient un nouveau type de discours. Un discours très proche des mouvements réels, et capable dès lors de se concilier ces mouvements, en constituant les agencements compatibles avec eux. La NouvelleCalédonie, par exemple. Quand Pisani a dit : « De toute manière, ce sera l’indépendance », c’était déjà un nouveau type de discours. Cela signifiait : au lieu de faire semblant d’ignorer les mouvements réels pour en faire l’objet de négociations, on va tout de suite reconnaître le point ultime, la négociation se faisant sous l’angle de ce point ultime, accordé d’avance. On négociera sur les modes, les moyens, la vitesse. D’où les reproches de la droite, pour qui, vieille méthode, il ne faut surtout pas parler d’indépendance, même si on la sait inéluctable, puisqu’il s’agit d’en faire l’enjeu d’une très dure négociation. Les gens de droite ne se font pas d’illusions, je crois, ils ne sont pas plus bêtes que d’autres, mais leur technique à eux c’est de s’opposer au mouvement. C’est la même chose que l’opposition à Bergson en philosophie, c’est pareil tout ça. Epouser le mouvement ou bien le stopper : politiquement, deux techniques de négociation absolument différentes. Du côté de la gauche, ça implique une nouvelle manière de parler. La question n’est pas tellement de convaincre, mais d’être clair. Être clair, c’est imposer les « données », non seulement d’une situation, mais d’un problème. Rendre visibles des choses qui ne l’auraient pas été dans d’autres conditions. Sur le problème calédonien, on nous a dit qu’à un certain moment ce territoire a été traité comme une colonie de peuplement, si bien que les Canaques sont devenus minoritaires sur leur propre territoire. A partir de quelle date ? A quel rythme ? Qui a fait ça ? La droite refusera ces questions. Si ces questions sont fondées, en déterminant les données on exprime un problème que la droite veut cacher. Parce qu’une fois que le problème a été posé, il ne peut plus être éliminé, et il faudra que la droite elle-même change de discours. Donc, le rôle de la gauche, qu’elle soit ou non au pouvoir, c’est découvrir un type de problème que la droite veut à tout prix cacher.
Il semble malheureusement qu’on puisse parler à cet égard d’une véritable impuissance à informer. Il y a certes une chose qui excuse beaucoup la gauche : c’est que les corps de fonctionnaires, les corps de responsables, ont toujours été de droite en France. Si bien que, même de bonne foi, même jouant le jeu, ils ne peuvent pas changer leur mode de pensée ni leur mode d’être.
Les socialistes n’avaient pas les hommes pour transmettre et même élaborer leurs informations, leurs manières de poser les problèmes. Ils auraient dû faire des circuits parallèles, des circuits adjacents. Ils auraient eu besoin des intellectuels comme intercesseurs. Mais tout ce qui s’est fait dans cette direction, ça a été des prises de contact amicales, mais très vagues. On ne nous a pas donné l’état minimum des questions. Je prends trois exemples très divers : le cadastre de Nouvelle-Calédonie, peut-être est-il connu dans des revues spécialisées, on n’en a pas fait une matière publique. Pour le problème de l’enseignement, on laisse croire que le privé, c’est l’enseignement catholique ; je n’ai jamais pu savoir quelle était la proportion du laïc dans l’enseignement privé. Autre exemple, depuis que la droite a reconquis un grand nombre de municipalités, les crédits ont été supprimés pour toutes sortes d’entreprises culturelles, parfois grandes, mais souvent aussi petites, très locales, et c’est d’autant plus intéressant qu’elles sont nombreuses et petites ; mais il n’y a pas moyen d’avoir une liste détaillée. Ce genre de problèmes n’existe pas pour la droite parce qu’elle a des intercesseurs tout faits, directs, directement dépendants. Mais la gauche a besoin d’intercesseurs indirects ou libres, c’est un autre style, à condition qu’elle les rende possibles. Ce qui a été dévalorisé, à cause du parti communiste, sous le nom ridicule de « compagnons de route », la gauche en a vraiment besoin, parce qu’elle a besoin que les gens pensent.
Comment définir une crise de la littérature aujourd’hui ? Le régime des best-sellers, c’est la rotation rapide. Beaucoup de libraires tendent déjà à s’aligner sur les disquaires qui ne prennent que des produits répertoriés par un top-club ou un hit-parade. C’est le sens d’« Apostrophes ». La rotation rapide constitue nécessairement un marché de l’attendu : même l’« audacieux », le « scandaleux », l’étrange, etc., se coulent dans les formes prévues du marché. Les conditions de la création littéraire, qui ne peuvent se dégager que dans l’inattendu, la rotation lente et la diffusion progressive sont fragiles. Les Beckett ou les Kafka de l’avenir, qui ne ressemblent justement ni à Beckett ni à Kafka, risquent de ne pas trouver d’éditeur, sans que personne s’en aperçoive par définition. Comme dit Lindon, « on ne remarque pas l’absence d’un inconnu ». L’U.R.S.S. a bien perdu sa littérature sans que personne s’en aperçoive. On pourra se féliciter de la progression quantitative du livre et de l’augmentation des tirages : les jeunes écrivains se trouveront moulés dans un espace littéraire qui ne leur laissera pas la possibilité de créer. Se dégage un roman standard monstrueux, fait d’imitation de Balzac, de Stendhal, de Céline, de Beckett ou de Duras, peu importe. Ou plutôt Balzac lui-même est inimitable, Céline est inimitable : ce sont de nouvelles syntaxes, des « inattendus ». Ce qu’on imite, c’est déjà et toujours une copie. Les imitateurs s’imitent entre eux, d’où leur force de propagation, et l’impression qu’ils font mieux que le modèle, puisqu’ils connaissent la manière ou la solution.
C’est terrible, ce qui se passe à « Apostrophes ». C’est une émission de grande force technique, l’organisation, les cadrages. Mais c’est aussi l’état zéro de la critique littéraire, la littérature devenue spectacle de variétés. Pivot n’a jamais caché que ce qu’il aimait vraiment, c’était le football et la gastronomie. La littérature devient un jeu télévisé. Le vrai problème des programmes à la télévision, c’est l’envahissement des jeux. C’est quand même inquiétant qu’il y ait un public enthousiaste, persuadé qu’il participe à une entreprise culturelle, quand il voit deux hommes rivaliser pour faire un mot avec neuf lettres. Il se passe des choses bizarres, sur lesquelles Rossellini, le cinéaste, a tout dit. Ecoutez bien : « Le monde aujourd’hui est un monde trop vainement cruel. La cruauté, c’est aller violer la personnalité de quelqu’un, c’est mettre quelqu’un en condition pour arriver à une confession totale et gratuite. Si c’était une confession en vue d’un but déterminé je l’accepterais, mais c’est l’exercice d’un voyeur, d’un vicieux, disons-le, c’est cruel. je crois fermement que la cruauté est toujours une manifestation d’infantilisme. Tout l’art d’aujourd’hui devient chaque jour plus infantile. Chacun a le désir fou d’être le plus enfantin possible. je ne dis pas ingénu : enfantin... Aujourd’hui, l’art, c’est ou la plainte ou la cruauté. Il n’y a pas d’autre mesure : ou l’on se plaint, ou l’on fait un exercice absolument gratuit de petite cruauté. Prenez par exemple cette spéculation (il faut l’appeler par son nom) qu’on fait sur l’incommunicabilité, sur l’aliénation, je ne trouve en cela aucune tendresse, mais une complaisance énorme... Et cela, je vous l’ai dit, m’a déterminé à ne plus faire de cinéma. » Et cela devrait d’abord déterminer à ne plus faire d’interview. La cruauté et l’infantilisme sont une épreuve de force même pour ceux qui s’y complaisent, et s’imposent même à ceux qui voudraient y échapper.
On fait parfois comme si les gens ne pouvaient pas s’exprimer. Mais, en fait, ils n’arrêtent pas de s’exprimer.
Les couples maudits sont ceux où la femme ne peut pas être distraite ou fatiguée sans que l’homme dise « Qu’est-ce que tu as ? exprime-toi... », et l’homme sans que la femme..., etc. La radio, la télévision ont fait déborder le couple, l’ont essaimé partout, et nous sommes transpercés de paroles inutiles, de quantités démentes de paroles et d’images. La bêtise n’est jamais muette ni aveugle. Si bien que le problème n’est plus de faire que les gens s’expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Douceur de n’avoir rien à dire, droit ne n’avoir rien à dire, puisque c’est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d’être dit. Ce dont on crève actuellement, ce n’est pas du brouillage, c’est des propositions qui n’ont aucun intérêt. Or ce qu’on appelle le sens d’une proposition, c’est l’intérêt qu’elle présente. Il n’y a pas d’autre définition du sens, et ça ne fait qu’un avec la nouveauté d’une proposition. On peut écouter des gens pendant des heures : aucun intérêt... C’est pour ça que c’est tellement difficile de discuter, c’est pour ça qu’il n’y a pas lieu de discuter, jamais. On ne va pas dire à quelqu’un : « Ça n’a aucun intérêt, ce que tu dis ! » On peut lui dire : « C’est faux. » Mais ce n’est jamais faux, ce que dit quelqu’un, c’est pas que ce soit faux, c’est que c’est bête ou que ça n’a aucune importance. C’est que ça a été mille fois dit. Les notions d’importance, de nécessité, d’intérêt sont mille fois plus déterminantes que la’ notion de vérité. Pas du tout parce qu’elles la remplacent, mais parce qu’elles mesurent la vérité de ce que je dis. Même en mathématiques : Poincaré disait que beaucoup de théories mathématiques n’ont aucune importance, aucun intérêt. Il ne disait pas qu’elles étaient fausses, c’était pire.
Peut-être les journalistes ont-ils une part de responsabilité dans cette crise de la littérature. Il va de soi que les journalistes ont souvent écrit des livres. Mais, quand ils écrivaient des livres, ils entraient dans une autre forme que celle du journal de presse, ils devenaient écrivains. La situation est devenue différente, parce que le journaliste a acquis la conviction que la forme livre lui appartient de plein droit, qu’il n’a aucun travail spécial à faire pour arriver à cette forme. C’est immédiatement, et en tant que corps, que les journalistes ont conquis la littérature. Il en sort une des figures du roman standard, quelque chose comme Œdipe aux colonies, les voyages d’un reporter, compte tenu de sa quête personnelle de femmes ou de sa recherche d’un père. Cette situation rejaillit sur tous les écrivains : l’écrivain doit se faire journaliste de lui-même et de son oeuvre. A la limite, tout se passe entre un journaliste auteur et un journaliste critique, le livre n’étant qu’un relais entre les deux, ayant à peine besoin d’exister. C’est que le livre n’est plus que le compte rendu d’activités, d’expériences, d’intentions, de finalités qui se déroulent ailleurs. Il est devenu lui-même enregistrement. Dès lors, chacun semble et se semble à lui-même gros d’un livre, pour peu qu’il ait un métier ou simplement une famille, un parent malade, un chef abusif. Chacun son roman dans sa famille ou sa profession... On oublie que la littérature implique pour tout le monde une recherche et un effort spéciaux, une intention créatrice spécifique, qui ne peut se faire que dans la littérature elle-même, celle-ci n’étant nullement chargée de recevoir les résidus directs d’activités et d’intentions très différentes. C’est une « secondarisation » du livre qui prend l’aspect d’une promotion par le marché.
Ceux qui n’ont pas bien lu ni compris McLuhan peuvent penser qu’il est dans la nature des choses que l’audiovisuel remplace le livre, puisqu’il comporte lui-même autant de potentialités créatrices que la littérature défunte ou d’autres modes d’expression. Ce n’est pas vrai. Car, si l’audiovisuel en vient à remplacer le livre, ce ne sera pas en tant que moyen d’expression concurrent, mais en tant que monopole exercé par des formations qui étouffent aussi les potentialités créatrices dans l’audiovisuel lui-même. Si la littérature meurt, ce sera nécessairement par mort violente et assassinat politique (comme en U.R.S.S., même si personne ne s’en aperçoit). La question n’est pas celle d’une comparaison des genres. L’alternative n’est pas entre la littérature écrite et l’audiovisuel. Elle est entre les puissances créatrices (dans l’audiovisuel aussi bien que dans la littérature) et les pouvoirs de domestication. Il est très douteux que l’audiovisuel puisse se donner des conditions de création si la littérature ne sauve pas les siennes. Les possibilités de création peuvent être très différentes suivant le mode d’expression considéré, elles n’en communiquent pas moins dans la mesure où c’est toutes ensemble qu’elles doivent d’opposer à l’instauration d’un espace culturel de marché et de conformité, c’est-à-dire de « production pour le marché ».
Le style, c’est une notion littéraire, c’est une syntaxe. Pourtant on parle d’un style dans les sciences, là où il n’y a pas de syntaxe. On parle d’un style dans les sports. Dans les sports, il y a des études très poussées, mais je les connais trop mal, elles reviennent peut-être à montrer que le style, c’est le nouveau. Bien sûr, les sports présentent une échelle quantitative marquée par les records, sous-tendue par les perfectionnements d’appareil, la chaussure, la perche... Mais il y a aussi des mutations qualitatives ou des idées, qui sont affaire de style comment on est passé du ciseau au rouleau ventral, au Fosbury flop ; comment le saut de haies a cessé de marquer l’obstacle pour former une foulée plus allongée. Pourquoi ne pouvait-on pas commencer par là, pourquoi fallait-il passer par toute une histoire marquée par les progrès quantitatifs ? Tout nouveau style implique, non pas un « coup » nouveau, mais un enchaînement de postures, c’est-à-dire un équivalent de syntaxe, qui se fait sur la base d’un style précédent et en rupture avec lui. Les améliorations techniques n’ont leur effet que si elles sont prises et sélectionnées dans un nouveau style, qu’elles ne suffisent pas à déterminer. D’où l’importance des « inventeurs » en sport, ce sont des intercesseurs qualitatifs. Soit l’exemple du tennis : quand a surgi un type de retour de service où la balle renvoyée tombe dans les pieds de l’adversaire qui monte au filet ? Je crois que c’est un grand joueur australien, Bromwich, avant guerre, mais pas sûr. C’est évident que Borg a inventé un nouveau style qui ouvrait le tennis à une sorte de prolétariat. Il y a des inventeurs, en tennis comme ailleurs : Mac Enroe est un inventeur, c’est-à-dire un styliste, il a introduit dans le tennis des postures égyptiennes (son service) et des réflexes dostoïevskiens (« si tu passes ton temps à te cogner volontairement la tête contre les murs, la vie devient impossible »). Là-dessus, des imitateurs peuvent battre les inventeurs et faire mieux qu’eux : ce sont les best-sellers du sport. Borg a engendré une race de prolétaires obscurs, Mac Enroe peut se faire battre par un champion quantitatif. On dira que les copieurs, profitant d’un mouvement venu d’ailleurs, sont encore plus forts, et les fédérations sportives montrent une remarquable ingratitude à l’égard des inventeurs qui les ont fait vivre et prospérer. Ça ne fait rien : l’histoire du sport passe par ces inventeurs, qui constituaient chaque fois l’inattendu, la nouvelle syntaxe, les mutations, et sans lesquels les progrès purement technologiques seraient restés quantitatifs, sans importance et sans intérêt.
Il y a un problème très important dans la médecine, c’est l’évolution des maladies. Bien sûr, il y a de nouveaux facteurs extérieurs, de nouvelles formes microbiennes ou virales, de nouvelles données sociales. Mais il y a aussi la symptomatologie, les groupements de symptômes : sur un temps très court, les symptômes ne sont pas groupés de la même manière, des maladies sont isolées qu’on distribuait précédemment dans des contextes différents. La maladie de Parkinson, la maladie de Roger, etc., montrent de grands changements dans les groupements de symptômes (ce serait une syntaxe de la médecine). L’histoire de la médecine est faite de ces groupements, de ces isolations, de ces regroupements, que les moyens technologiques, là encore, rendent possibles, mais ne déterminent pas. Qu’est-ce qui s’est passé depuis la guerre à cet égard ? C’est la découverte des maladies de « stress », où le mal est engendré non plus par un agresseur, mais par des réactions de défense non spécifiques qui s’emballent ou s’épuisent. Après la guerre, les revues de médecine étaient remplies de discussions sur le stress des sociétés modernes et la nouvelle répartition de. maladies qu’on pouvait en tirer. Plus récemment ce fut la découverte des maladies auto-immunes, les maladies du soi : des mécanismes de défense qui ne reconnaissent plus les cellules de l’organisme qu’elles sont censées protéger, ou des agents extérieurs qui rendent ces cellules impossibles à distinguer. Le sida s’insère entre ces deux pôles, le stress et l’auto-immune. Peut-être va-t-on vers des maladies sans médecin ni malade, comme dit Dagognet dans son analyse de la médecine actuelle : il y a des images plus que des symptômes, et des porteurs plus que des malades. Ça n’arrangera pas la Sécurité sociale, mais c’est inquiétant aussi à d’autres égards. Il est frappant que ce nouveau style de maladie coïncide avec la politique ou la stratégie mondiales. On nous explique que les risques de guerre ne viennent pas seulement de l’éventualité d’un agresseur extérieur spécifique, mais d’un emballement ou d’un écroulement de nos réactions de défense (d’où l’importance d’une force atomique bien dominée...). Voilà que nos maladies répondent au même schéma, ou que la politique nucléaire répond à nos maladies. L’homosexuel risque de jouer le rôle d’agresseur biologique quelconque, tout comme le minoritaire ou le réfugié joueront le rôle d’ennemi quelconque. C’est une raison de plus de tenir à un régime socialiste qui refuserait cette double image de la maladie et de la société.
Il faut parler de la création comme traçant son chemin entre des impossibilités... C’est Kafka qui expliquait l’impossibilité pour un écrivain juif de parler allemand, l’impossibilité de parler tchèque, l’impossibilité de ne pas parler. Pierre Perrault retrouve le problème : impossibilité de ne pas parler, de parler anglais, de parler français. La création se fait dans des goulots d’étranglement. Même dans une langue donnée, même en français par exemple, une nouvelle syntaxe est une langue étrangère dans la langue. Si un créateur n’est pas pris à la gorge par un ensemble d’impossibilités, ce n’est pas un créateur. Un créateur est quelqu’un qui crée ses propres impossibilités, et qui crée du possible en même temps. Comme Mac Enroe, c’est en se cognant la tête qu’on trouvera. II faut limer le mur parce que, si l’on n’a pas un ensemble d’impossibilités, on n’aura pas cette ligne de fuite, cette sortie qui constitue la création, cette puissance du faux qui constitue la vérité. Il faut écrire liquide ou gazeux, justement parce que la perception et l’opinion ordinaires sont solides, géométriques. C’est ce que Bergson faisait pour la philosophie, Virginia Woolf ou James pour le roman, Renoir pour le cinéma (et le cinéma expérimental qui est allé très loin dans l’exploration des états de matière). Non pas du tout quitter la terre. Mais devenir d’autant plus terrestre qu’on invente des lois de liquide et de gaz dont la terre dépend. Le style, alors, a besoin de beaucoup de silence et de travail pour faire un tourbillon sur place, puis s’élance comme une allumette que les enfants suivent dans l’eau du caniveau. Car certainement ce n’est pas en composant des mots, en combinant des phrases, en utilisant des idées qu’un style se fait. B faut ouvrir les mots, fendre les choses, pour que se dégagent des vecteurs qui sont ceux de la terre. Tout écrivain, tout créateur est une ombre. Comment faire la biographie de Proust ou de Kafka ? Dès qu’on l’écrit, l’ombre est première par rapport au corps. La vérité c’est de la production d’existence. Ce n’est pas dans la tête, c’est quelque chose qui existe. L’écrivain envoie des corps réels. Dans le cas de Pessoa, ce sont des personnages imaginaires, imaginaires pas tellement, parce qu’il leur donne une écriture, une fonction. Mais il ne fait surtout pas, lui, ce que les personnages font. On ne peut pas aller loin dans la littérature avec le système « On a beaucoup vu, voyagé » où l’auteur fait d’abord les choses et relate ensuite. Le narcissisme des auteurs est odieux parce qu’il ne peut pas y avoir de narcissisme d’une ombre. Alors l’interview est finie. Ce qui est grave, ce n’est pas pour quelqu’un de traverser le désert, il en a l’âge et la patience, c’est pour les jeunes écrivains qui naissent dans le désert, parce qu’ils risquent de voir leur entreprise annulée avant même qu’elle ne se fasse. Et pourtant, et pourtant, il est impossible que ne naisse pas la nouvelle race d’écrivains qui sont déjà là pour des travaux et des styles.
Qu'on arrrête de penser que l'on fonctionne à l'ère du pétrole voici une viédo montrant comment on peut aller de Los Angeles à Chicago avec pour tout carburant 80 litres d'eau vous avez bien lu et ça marche déjà : c'est la génératrice à Hydrogène ou moteur à hydrogène. Viennent quelques allusion aux moteurs ionique et magnétodynamique. Contre l'économie de la rareté centrée autour de l'épuisement de l'or et du pétrole après le chanvre voici donc les nouveaux systèmes de propulsion.
A présent voyons le moteur ionique qui propulsa la sonde japonaise Hayabusa. Ce moteur utilise des ions accélérés pour se propulser, par opposition au moteur chimique, qui brûle du carburant pour ce faire. La sonde Deep Space 1 utilise du xénon, qui est ionisé puis accéléré électriquement à la vitesse de 30 km/s. Les ions de xénon sont émis à cette vitesse hors du vaisseau et le propulsent donc dans la direction opposée.
Je ne reviens pas ici sur les fusées qui devraient fonctionner sur des moteurs non pas nucléaires mais magnétodynamique. Il me faudrait trouver quelques article à cette effet mais loin du secret militaire des scientifiques de la NASA travaillent dessus.
"On ne sort pas n'importe qui de
la matrice... l'esprit résiste farouchement au réel..." Morpheus
Aimeriez-vous remplir le réservoir d’essence de votre véhicule qu’au 4600 kilomètres et avec de l’eau ? C’est tout à fait possible techniquement et
d’ailleurs des voitures transformées roulent déjà sur nos routes sans qu’on s’en doute.
La seule raison pour laquelle les constructeurs automobiles ne font pas les petites modifications nécessaires pour que leurs véhicules ne roule qu’avec de l’eau, c’est qu’ils ont pris des
ententes avec les grandes corporations exploitant le pétrole de la planète. Le moteur à essence tel qu’on le connaît est désuet depuis plus de 90 ans !
Presque tous, nous avons entendu parlé d’une histoire d’un moteur à l’eau qui aurait été inventé depuis des dizaines d’années et dont le brevet aurait été acheté par les compagnies pétrolières et
ce brevets s’empoussière encore sur une tablette quelque part. Ce n’est pas vraiment une légende urbaine.
Laissez-moi vous expliquer comment cela est possible, mais auparavant laissez-moi vous dire que le procédé que je vais vous expliquer n’entrave aucunement le premier principe de la
thermodynamique pour ceux que ça inquiète. En résumé le principe dicte que « l’énergie totale d’un système isolé reste constante... L’énergie ne peut donc pas être produite ex nihilo (à partir de
rien)… On ne crée pas l’énergie, on la transforme. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_principe_de_la_thermodynamique )
En réalité dans un moteur qui fonctionne avec de l’eau au lieu de l’essence, il y a explosion de gaz quand même, mais les gaz de l’eau en fait, c’est à dire l’hydrogène (le carburant) et
l’oxygène (le comburant), on y brûle de l’hydrogène qui est le gaz le plus explosif connu. Pour faire fonctionner un moteur à explosion conventionnel (celui dans votre voiture) il suffit que
l’air qui entre dans le piston soit composé que seulement d’une partie sur 30 des gaz de l’eau et de 29 parties sur 30 d’air. Ce rapport est suffisant pour créer une explosion assez forte pour
faire remonter le piston et donc faire tourner le moteur au régime voulu. Ce principe est bien connu de la science officielle.
La façon la plus simple de faire tourner son moteur avec de l’hydrogène ce n’est pas de faire le plein d’hydrogène dans une station à cet effet, mais plutôt de briser la molécule d’eau et de
produire les gaz de l’eau à volonté (appelé HHO ou hydroxygène) juste avant son entré dans le moteur. En effet, accumuler les gaz de l’eau est très dangereux, car une simple étincelle ou un
impact pourrait faire exploser le réservoir, la voiture et ses occupants…
Pour produire les gaz de l’eau à volonté, il faut « électrolyser » l’eau, c’est à dire faire passer un courant continu dans l’eau par l’intermédiaire de deux électrodes et on obtient de
l’hydrogène d’un côté et de l’oxygène de l’autre. http://fr.wikipedia.org/wiki/Electrolyse_de_l%27eau
En se fabricant un simple électrolyseur dans un pot Masson d’un litre branché sur l’alternateur du véhicule, des patenteux réussissent facilement à aller chercher 30% d’économie d’essence avec
leur véhicule. http://www.water4gas.com/ par exemple. Le rendement énergétique de l'électrolyse fait de cette façon est de 50-70%. Mais ou cela devient très intéressant, c’est qu’il est possible
de transformer l’eau en ses constituants atomiques en utilisant des centaines de fois moins d’électricité que normale (wattage) par l’ajout d’une fréquence à l’électricité continue utilisé (DC)
pour en faire l’électrolyse, mais évidemment, pas n’importe quelle fréquence ! Ce faisant, on arrive à produire plus de HHO que normale et qui nous redonne plus d’énergie qu’il a été nécessaire
pour le produire. Ce qui se nomme un principe « sur-unitaire » qui produit plus d’énergie qu’il en demande. Et le premier principe de la thermodynamique vous allez me dire ! Sans trop disserter
sur le sujet, je vous réfère à une vidéo de 21min. sur le sujet de l’énergie du point zéro qui explique assez bien comment, en apparence, on peut se retrouver avec des systèmes qui génèrent plus
d’énergie qu’il est nécessaire pour les faire fonctionner. http://video.google.com/videoplay?docid=7149179286258431250 Mais j’aimerais quand même vous dire qu’il n’existe pas de « système
thermodynamique fermé » à proprement dit tel que mentionné dans l’énoncé du premier principe de la thermodynamique. Dans tout système sur-unitaire, l’énergie supplémentaire entre dans
l’expérience, c’est une façon de parler puisque que cette énergie est omniprésente. Cette énergie est ce que les physiciens quantiques appellent « l’énergie du point zéro ou l’énergie radiante »,
« Zero Point Energy (ZPE) ou Radiant Energy » en anglais.
En effet tout ce qui est matière; les milliards de différents types de cellules du monde végétal et animal, tout les sortes de cristaux, de minéraux, de molécules, d’atomes, toutes les formes
géométriques et tout autre forme de matière, vibre à sa fréquence propre et ceci est mesurable et quantifiable. Tous nous savons qu’une cantatrice peut, en chantant la note représentant la
fréquence d’une coupe à vin, la faire éclater aussitôt qu’elle a émit assez d’énergie dans sa voix à cette fréquence spécifique. Un diapason vibrant, va faire vibrer une corde de guitare
syntonisé à la même fréquence juste en s’approchant d’elle. Des ponts gigantesques se sont écroulés parce que la vitesse du vent qui les soufflait créait l’oscillation exacte qui les a fait
balancer jusqu’à l’écroulement. Quand on excite une matière avec sa longueur d’onde spécifique, elle se met à gagner en énergie et beaucoup plus rapidement que si on appliquait cette énergie
autrement. Par le fait même, l’eau peut être excité à sa fréquence propre et requérir très peu de watt d’électricité pour qu’en électrolyse, l’eau se transforme en hydrogène et en oxygène. Là
réside le secret, l’information qui nous est caché depuis longtemps.
Depuis déjà longtemps, des dizaines de chercheurs se sont penchés sur la capacité de l’eau à servir de carburant. Dr Andrija Puharish dans les années ’70 a découvert que l’eau électrolysée avec
du courant continue pulsé à 600 cycles par seconde avait la plus grande efficacité pour atomiser l’eau en ses constituants. John Kelly lui a découvert les fréquences de 610, 620 et 12 000 (12
kHz) et la fréquence la plus efficace entre toute est 42,8 kHz qui est la fréquence connu de l’eau.
Le regretté Stanley Meyer était le plus connu de tout les chercheurs sur la production de HHO pour faire avancer une voiture. Dans les années ’80, il réussissait à électrolyser l’eau avec une
minime fraction de l’électricité normalement requis pour transformer l’eau en HHO. Avec une invention qu’il avait choisis de livrer les secrets, il obtenait un rendement énergétique de 1700%.
C’est à dire que la combustion de l’hydrogène produit par l’électrolyse lui procurait 17 fois la quantité d’énergie nécessaire pour produire le gaz. Stanley a une vingtaine de brevets à son actif
et était reconnu partout en Ohio ou il passait avec sa « dune buggy » mu par l‘eau. http://www.youtube.com/watch?v=GDHT0hBgVOw L’industrie pétrolière lui a offert un milliard$ pour l’achat de ses
brevets, ce qu’il s’est toujours refusé d’accepter. Le 20 mars 1998, il a signé un contrat avec le Département de la Défense Américaine pour participer à la construction d’un laboratoire de
recherche d’une valeur de 30 millions$. Le lendemain, lors d’un souper célébration, il fût empoisonné et tombât raide mort dans le stationnement du restaurant.
Pour en savoir plus sur le travail de Stanley Allan Meyer;
et en vidéo et sur Google Knol
Plus en arrière dans le temps. En 1932, Dad Garrett déposa une demande de brevet pour un carburateur électrolytique qui fut accepté en 1935. Le 8 septembre 1935, à Dallas, Texas, Charles Garrett,
le fils de Dad, fit une démonstration ou il fit rouler un moteur 4 cylindres d’une voiture pendant plus de 48 heures et seulement avec de l’eau. Le Dallas Morning News a documenté toute la
démonstration. En décembre de la même année, Modern Mecanics reporta que le moteur fût en opération pendant plusieurs jours d’affilés. Pour en savoir plus; Garrett carburetor - Water-fueled car ET the Next Step in Energy Production, Engines and Lighting
Un autre inventeur victime de harcèlement et qui a quand même fait grandement avancé la compréhension de la combustion de l’hydroxygène dans un moteur de voiture, est Frank Roberts. En 2003, il a
beaucoup contribué au groupe de discussion « Watercar » sur Yahoo. Avec toute cette information encore disponible, des personnes compétentes peuvent arriver à se construire ce qu’il faut pour ne
plus jamais avoir besoin de passer à la pompe à essence. M. Roberts a conduit tous ses tests sur une Ford Taurus 1994 à carburateur à injection, qui consommait, à 65 miles à l’heure, 0,7 litre
d’eau par heure. Si un gallon contient 3,785 L, il parcourrait 65 miles pour 0,185 gallon, donc 351 miles par gallon d’eau ou 0,67 litre au 100 km. Donc beaucoup plus d’argent dans ses poches à
la fin de l’année qu’en roulant à l’essence.
Pour obtenir les plans et explications pour se construire son propre générateur HHO tel que conçu par
Franck Roberts, voir ici.
Je vous ai parlé ici de quelques inventeurs seulement qui travaillent en recherche sur la production « sur demande » d’hydroxygène comme remplacement de l’essence pour les voitures et je vous ai
parlé seulement que d’une seule technologie « sur-unitaire » qui permettrons éventuellement, l’Internet aidant, à l’humanité de se libérer de l’oppression du cartel mondial de l’énergie. Nikola
Tesla a découvert et breveté voilà plus d’un siècle, une façon de produire de l’électricité à partir de l’énergie radiante. Depuis, des centaines de technologies et d’applications différentes
sur-unitaires ont vu le jour oui, mais un jour encore trop à l’ombre parce que le mensonge est trop fort et la suppression, aux dernières nouvelles, encore trop présente.
Je prédis que le jour est proche ou la connaissance et la présence de ces technologies va être assez grande pour que la demande fasse basculer l’avantage en la faveur des être humain prêt pour la
liberté.
Je vous invite à faire votre propre recherche.
Andy Dufresne
La bidouillabilité ou hackability est la capacité – pour un objet technique ou un outil – à être détourné de sa vocation initiale en vue d'essayer de lui trouver de nouveaux usages. Le hack consiste a coupé et recollé ensemble des éléments disparates ou épars. Il n'y a pas là de pensée au sens de la mise en place d'un algorithme mais usages et interconnexion d'algorithmes différents.Au delà des hacks informatiques, la découvertes d'usages auquels le concepteur ne prédisposait spn invention, on pensera au téléphone de Graham Bell, dont il pensait que l'usage se limiterait à écouter des opéra à distance. On pensera aussi aux SMS envoyé à 'en plus dsavoir que faire par les lycéens prévu à la base pour avertir avec les usagers d'un réseau de téléphone mobile d'un perturbation du réseau ou de quelque autre information émanant de l'opérateur.
La notion de bricollage chez Collin Rowe et Lévi-Strauss :
Cette méthode du bidouilleur se retrouve en urbanisme dans le livre de Collin Rowe, Collage city, quand ils parle des bricoleurs, qui recolpopse la ville à partir d'éléments piochés de ci de là pas forcément en architecture. Le bricoleur sera associé au renard, c'est-à-dire à l'individu qui a une seule idée en tête et la met en application, la développe, c'est ce qui distingue le bricollage ou bidouillage du cadavre esquis des surréalistes qu ne vise aucune utilité (j'ai bien dit utillité et non finalité).
«Une forme d’activité», nous dit Claude Lévi-Strauss, «subsiste parmi nous qui, sur le plan technique, permet assez bien de concevoir ce que, sur le plan de la spéculation, a pu être une science que nous préférons appeler «première» plutôt que primitive : c’est celle communément désignée par le terme de bricolage (La Pensée sauvage).» Lévi-Strauss procède alors à une analyse exhaustive des rôles respectifs du bricoleur et de l’ingénieur. … Dans son sens ancien, le verbe bricoler s’applique au jeu de balle et de billard, à la chasse et à l’équitation, mais toujours pour évoquer un mouvement incident celui de la balle qui rebondit, du chien qui divague, du cheval qui s’écarte de la ligne droite pour éviter un obstacle. Et, de nos jours, le bricoleur reste celui qui oeuvre de ses mains, en utilisant des moyens détournés par comparaison avec ceux de l’homme de l’art. Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées mais, à la différence de l’ingénieur, il ne subordonne pas chacune d’elles à l’obtention de matière première et d’outils, conçus et procurés à la mesure de son projet son univers instrumental est clos, et la règle de son jeu est de toujours s’arranger avec «les moyens du bord», c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. L’ensemble des moyens du bricoleur n’est donc pas définissable par un projet (ce qui supposerait d’ailleurs, comme chez l’ingénieur, l’existence d’autant d’ensembles instrumentaux que de genres de projets, au moins en théorie) il se définit seulement par son instrumentalité [...] parce que les éléments sont recueillis ou conservés en vertu du principe que «ça peut toujours servir». De tels éléments sont donc à demi particularisés suffisamment pour que le bricoleur n’ait pas besoin de l’équipement et du savoir de tous les corps d’État mais pas assez pour que chaque élément soit astreint à un emploi précis et déterminé. Chaque élément représente un ensemble de relations, à la fois concrètes et virtuelles ce sont des opérateurs, mais utilisables en vue d’opérations quelconques au sein d’un type.
On l'aura compris l'inventeur, le créateur produit des types au sein duquel le bidouilleur bricole. Deux exemple de
bidouiller Hippias tel que vanté par Nietzsche et Lacan avec ses structures, objet petit a, mathèmes, noeud borroméens qu'il bricolera à chque fois pour dire au final qu'ils n'existe pas.
L'inventeur serait de l'ordre de l'Hérisson dans la typologie qu'ne donne Collin Rowe.
Notion étrange inventée en 1754 (Serendipity) par le philosophe Horace Walpole, pour désigner le don de faire des découvertes utiles par accident. Le mot vient d'un conte de fées que Walpole aurait lu enfant, intituléThe Three Princes of Serendip. Serendip étant un mot arabe désignant le Sri-Lanka... Et les 3 princes en question auraient eu le don de tomber par hasard sur des choses merveilleuses !
Introduction
Les trois fils du roi de Serendip (mot du perse ancien pour Sri-Lanka) refusèrent après une solide éducation de succéder à leur père. Le roi alors les expulsa.
Il partirent à pied pour voir des pays différents et bien des choses merveilleuses dans le monde. Un jour, ils passèrent sur les traces d'un chameau. L'aîné observa que l'herbe à gauche de la
trace était broutée mais que l'herbe de l'autre côté ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait pas de l'oeil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche du chemin des morceaux
d'herbes mâchées de la taille d'une dent de chameau. Il réalisa alors que le chameau pouvait avoir perdu une dent. Du fait que les traces d'un pied de chameau était moins marquée dans le sol, le
benjamin inféra que le chameau boitait.
Tout en marchant, un des frères observa des colonnes de fourmis ramassant de la nourriture. De l'autre côté, un essaim d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait autour d'une substance
transparente et collante. Il en déduisit que le chameau était chargé d'un côté de beurre et de l'autre de miel. Le deuxième frère découvrit des signes de quelqu'un qui s'était accroupi. Il trouva
aussi l'empreinte d'un petit pied humain au près d'une flaque humide. Il toucha cet endroit mouillé et il fut aussitôt envahi par un certain désir. Il en conclut qu'il y avait une femme sur le
chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes des mains, là où elle avait uriné. Il supposa que la femme était enceinte car elle avait utilisé ses mains pour se relever.
Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur de chameau qui avait perdu son animal. Comme ils avaient déjà relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme boutade au chamelier qu'ils
avaient vu son chameau et, pour crédibiliser leur blague, ils énumérèrent les sept signes qui caractérisaient le chameau. Les caractéristiques s'avérèrent toutes justes.
Accusés de vol, les trois frères furent jetés en prison. Ce ne fut qu'après que le chameau fut retrouvé sain et sauf par un villageois, qu'ils furent libérés.
Après beaucoup d'autres voyages, il rentrèrent dans leur pays pour succéder à leur père.
[Ce texte est un fragment résumé du conte Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau, un grand poète persan. C'est le premier conte de son recueil Hasht Bihist (Les
huit Paradis, 1302). ]
Voltaire écrivait Zadig, ou la destinée, en 1748, inspiré par une version française de l'adaptation italienne Perigrinnaggio de Christophoro (Venice, 1557) du texte original. Mais le mot zadigité n'existe pas en français.
L'histoire
Le mot sérendipity a été crée le 28 janvier 1754. Il est décrit par Horace Walpole comme définissant le talent de ces trois Princes. Dans une lettre adressée à Horace Mann, ambassadeur à
Florence, il utilisa pour la première fois ce mot et en donna l'étymologie et la définition. Walpole avait rencontré Mann pendant son 'grand tour' en Italie.
Voici son passage sur la sérendipité :
D'ailleurs je dois te raconter une découverte pénible. [...] Cette découverte est presque du type de ce que j'appelle sérendipité, un mot qui dit beaucoup, que j'essaierai de t'expliquer parce que je n'ai rien de mieux à te dire ; tu le comprendras mieux par l'étymologie que par la définition. Une foi,s je lisais un conte stupide appelé "Les trois Princes de Serendip". Quand les trois dignitaires voyageaient, ils faisaient toujours des découvertes, par accidents et sagacité, des choses qu'ils ne cherchaient pa s; par exemple l'un d'entre eux découvrit qu'un âne borgne était passé par la même route parce que l'herbe avait été broutée seulement du côté gauche où l'herbe était pourtant la moins bonne. Comprends-tu sérendipité maintenant? [..] il faut bien noter qu'aucune découverte d'une chose que tu cherches tombe sous cette description [..].
Ici se termine le passage de la lettre. Walpole souligna l'importance de la sérendipité dans une lettre qu'il a écrit plus tard :
Ni qu'il n'y a aucun danger à commencer un jeu nouveau pour l'invention ; beaucoup de découvertes sont faites par des gens qui étaient à la chasse de quelque chose de très différent. Je ne suis pas totalement sûr si l'art à faire de l'or ou la vie éternelle sont inventés - mais combien de découvertes nobles ont été déjà mises en lumière parce qu'on cherchait ces moyens miraculeux ! Pauvre Chimie si elle n'avait pas eu de motifs aussi glorieux devant les yeux!
Ce n'est qu'en 1833 que le mot sérendipité fut imprimé pour la première fois. C'est à ce moment que la lettre cité ci-dessus fut éditée
avec d'autres lettres de Walpole.
Il fallu attendre 1875 pour que ce mot sérendipité soit reprit par quelqu'un d'autre. Le bibliophile et chimiste Edward Solly l'utilisa alors dans le magazine Notes and Queries et le
lança dans des cercles littéraires. Walter Cannon, professeur de physiologie au Harvard Medical School, l'importa dans les sciences exactes avec le chapitre Gains from Serendipity de son
livre The Way of an Investigator, 1945 [investigare = chercher, chasser, suivre la trace = vestigium (d'un animal)].
L'observation que le hasard joue un rôle quand on fait des découvertes et des inventions est naturellement plus vieux que le mot serendipité. Le célèbre physicien britannique Robert Hooke
écrivait déjà en 1679 dans la préface de ses Lectiones Cutlerianae :
[...] (La plus grande partie de l'invention est un peu un accident heureux en dehors de notre pouvoir, et comme le vent, l'Esprit de l'Inventeur souffle si et quand cela est pertinent et nous ne savons presque pas d'où il vient et s'il est parti). À cause de cela, il est préférable d'embrasser l'influence de la Prédestination et d'être diligent pendant la recherche de tout ce que nous rencontrons. Parce que nous réaliserons vite que le nombre des observations importantes et Inventions collectées de cette manière sera cent fois plus grand que ce qui a été trouvé par n'importe quelle anticipation.
Presque un siècle plus tard, en 1775, le pasteur et chercheur anglais Joseph Priestley note dans l'introduction de ses Experiments and observations on different kinds of air [gaz] :
Les sujets de ce tome illustrent la vérité d'une remarque que j'ai faite plus d'une fois dans mes textes philosophiques et qui peut être difficile à répéter trop de fois parce qu'elle encourage fortement des recherches philosophiques : en effet nous devons plus à ce que nous appelons accident, c'est à dire, philosophiquement parlant, à l'observation des événements qui se présentent avec des causes inconnues qu'à n'importe quel bon plan ou théorie préconçue dans cette activité. Cela n'apparaît pas dans les oeuvres de gens qui écrivent synthétiquement sur ces thèmes mais on le voit très bien, je n'en doute pas, chez ceux qui sont plus célèbres par leur sagacité philosophique que s'ils écrivaient de façon analytique et ingénieuse.'
Une remarque - dont la citation a été souvent erronée - sur le rôle du hasard a été faite par le chimiste Louis Pasteur dans son discours d'introduction de doyen de la nouvelle Faculté des Sciences à Lille en 1854 :
C'était dans cette mémorable année 1822. Ørsted, physicien Suédois [Danois], tenait en mains un fils de cuivre réuni par ses
extrémités aux deux pôles d'une pile de Volta. Sur sa table se trouvait une aiguille aimantée placée sur son pivot, et tout à coup il vit, (par hasard diriez- vous peut-être, mais souvenez-vous
que, dans les sciences d'observation le hasard ne favorise que des esprits préparés) il vit tout à coup l'aiguille se mouvoir et prendre une position très différente de celle que lui assigne le
magnétisme terrestre. Un fil traversé par un courant électrique fait dévier de sa position une aiguille aimantée.
Voila, messieurs, la naissance du télégraphe actuel.
Dans son manuscrit, Pasteur écrivit 'des esprits préparés'. Au lieu de cela, fut mprimé 'les esprits préparés', comme Mirko Grmek le
remarqua par la suite. Au-dessus d'une porte de la Harvard Medical School, on lit d'ailleurs la citation Chance favors only the prepared mind (Le hasard ne favorise qu'un esprit
préparé).
Onze années plus tard, en 1865, Claude Bernard, qui fut dramaturge mais plus connu comme père de la physiologie expérimentale sur notre continent, écrivit à son tour :
J'ai dit, en effet, qu'il ne faut jamais rien négliger dans l'observation des faits, et je regarde comme une règle indispensable de critique expérimentale de ne jamais admettre sans preuve l'existence d'une cause d'erreur dans une expérience, et de chercher toujours à se rendre raison de toutes les circonstances anormales qu'on observe. Il n'y a rien d'accidentel, et ce qui pour nous est accident n'est qu'un fait inconnu qui peut devenir, si on l'explique, l'occasion d'une découverte plus ou moins importante.
Le sociologue des sciences américain Robert Merton souligna en 1976 que les faits empiriques aident au commencement d'une théorie. Il donna alors la définition la plus exacte de la sérendipité :
Le phénomène de sérendipité concerne l'expérience assez générale de l'observation d'une donnée non-anticipée, a-normale et
stratégique qui devient l'occasion du développement d'une nouvelle théorie, ou l'extension d'une théorie existante. Chacun des éléments de ce phénomène peut été décrit facilement. D'abord la
donnée est non-anticipée. La recherche orientée vers le test d'une hypothèse fournit un produit à côté par hasard, une observation inattendue qui concerne des théories qui n'étaient pas prises en
compte au commencement de la recherche.
Deuxième point, l'observation est a-normale, surprenante et incompatible avec les théories courantes, ou avec d'autres faits constatés. Dans les deux cas, l'incompatibilité prima facie éveille la
curiosité ; cela incite l'investigateur à rechercher la donnée pour le mettre dans un cadre plus large de connaissance. [..]
Troisièmement, observant que le fait inattendu doit être stratégique, c'est-à-dire qu'il doit permettre des implications qui concernent une théorie généralisée nous parlons naturellement plus de
ce que l'observateur fait avec la donnée que sur la donnée même. Parce que cela demande clairement un observateur sensibilisé à la théorie, pour lui
permettre le détecter le général dans le particulier.
Pour Merton, 'sérendipité' est le terme juste pour l'observation d'un fait surprenant qui est suivi par une abduction (explication) correcte. Pour distinguer l'abduction de la déduction et de l'induction, je cite le philosophe pragmatique américain Charles Pierce qui redécouvrait en 1866 l'abduction, comme le philosophe portuguais John Poinsot le fit en 1631 :
Il y a dans la science trois façons de raisonner fondamentalement différentes, la Déduction (appelée par Aristote sunagwgh [ςυναγωγη] ou anagwgh [αναγωγη]), l'Induction (pour Aristote et Platon epagwgh [επαγωγη]), et la Rétroduction (pour Aristote apagwgh [απαγωγη], mais, par erreur souvent traduit par abduction). À côté de ces trois raisonnements, l'Analogie (pour Aristote paradeigma [παραδειγμα]) combine les caractères de l'Induction et de la Rétroduction.
Pierce regarde l'abduction (il utilisait comme synonymes la rétroduction, l'hypothèse et la présomption) comme la seule forme de raisonnement pour découvrir quelque chose de neuf:
[Induction] ne peut jamais produire une idée, quel que soit son type. Et la déduction non plus. Toutes les idées de la science
viennent par abduction. L'abduction consiste dans l'étude des faits et dans la conception d'une théorie pour les expliquer.
L'abduction est le processus de l'imagination d'une hypothèse explicative. C'est la seule opération logique qui introduit un idée neuve quelconque; parce que l'induction détermine une valeur, et
la déduction dérive seulement les conséquences inévitables d'un hypothèse pure. La déduction prouve que quelque chose doit être. L'induction montre que quelque chose marche de facto. L'abduction
suggère seulement que cela serait possible. Sa seule justification est que la déduction peut dériver de sa suggestion un prédiction, qui peut être testée par induction, et qui, si l'on veut
apprendre jamais quelque chose, ou expliquer de toute façon des phénomènes, doit être fait via l'abduction.
Le premier phase d'une hypothèse et son développement, comme question simple ou avec un certain mesure de confiance, est une étape dérivée, que j'appelle, comme proposition,
l'abduction.
Ici se terminent les citations de Peirce qui est spécialement connu par son travail sur le pragmatisme comme méthode de recherche. Pour cela il est appelé 'pragmaticiste'.
Epilogue
Quand je définis la sérendipité comme le don de faire des trouvailles, c'est à dire de trouver ce que l'on n'a pas cherché, qu'est-ce que j'entends par trouvailles?
Je parle de trouvailles si deux ou plusieurs éléments connus sont combinés originalement aux yeux de l'investigateur, en quelque chose de neuf et vrai (science), de neuf et utile (technique), ou
de neuf et fascinant (art). Cogito pour 'je pense' signifie littéralement 'je secoue', comme Jacques Hadamard le remarquait. Et une des traductions possibles pour intelligo est 'je choisis'. Le
non-cherché est relié au chercheur qui l'a trouvé mais n'exclut pas qu'il cherchait autre chose à ce moment ou avant (ce qui est souvent le cas). Dans les sciences, on parle de découverte de
phénomènes qui existaient déjà, comme les rayons X. Dans la technique, on parle d'invention (in-veno = je viens sur [quelque chose]) de ce qui n'existait pas avant, comme le 'daguerreotype'. Dans
l'art, on parle de création liée à l'artiste, et Pablo Picasso dit dans son Étude de femme : 'Je ne cherche pas, je trouve'. Un exemple classique de sérendipité dans l'art est une
expérience écrite par le peintre russe Vassily Kandinski qui observait en 1910 quelque chose de miraculeux :
À Münich, un regard inattendu dans mon atelier m'a rendu perplexe. C'était à l'heure du crépuscule. Je rentrai chez moi avec ma valise de peintre. Quand j'aperçus tout d'un coup, une toile incroyablement belle avec une chaleur intense, je m'arrêtais et m'approchais rapidement de ce tableau énigmatique dans lequel je ne voyais rien d'autre que des formes et des couleurs dont le contour restait incompréhensible. Je trouvais la clé de l'énigme immédiatement : c'était un tableau peint par moi qui était posé contre le mur sur un de ses côtés. Le lendemain, j'essayais à la lumière du jour de retrouver l'impression que j'avais reçue du tableau la veille. Mais je n'y réussissais qu'à moitié. De plus, dans ce tableau mis sur le côté, je reconnaissais toujours les objets et l'azur délicat du crépuscule avait disparu. À présent je savais que 'l'objet' nuisait à mes tableaux.
Après cette expérience, Kandinski commença à peindre volontairement de façon complètement abstraite. On peut considérer qu'il s'agit de
la première initiative de ce qu'on appelle l'art abstrait (abstraho = j'enlève [la représentation de 'l'objet']).
Si on découvre quelque chose de neuf, il faut des années pour savoir si c'est nouveau et vrai, utile ou fascinant. Rétrospectivement, il existe toujours un risque à ce qu'une légende se forme. La
sérendipité d'une trouvaille peut être facilement sous-estimée ou niée, ou surestimée ou inventée. Dans la pratique, la sérendipité joue un rôle de figurant, qui peut être essentiel. La
découverte de Christophe Colomb est éclairante à cet égard : si le 'Nouveau Monde' n'avait pas existé, Colomb serait resté inconnu.
L'évolution génétique illustre bien le rôle de la sérendipité. Chaque mutation d'un gène est un événement accidentel, non-cherché, sans but et aveugle. Si la mutation est testée, c'est seulement
ensuite qu'on peut savoir à quel problème la réponse a apporté une solution. Ensuite, le gène muté doit encore montrer qu'il a plus de chance de survivre que le gène non muté.
Dans la culture définie comme 'connaissance transférable', l'évolution marche exactement dans l'autre direction : le problème précède la réponse. Mais la sérendipité joue aussi un rôle dans la
culture. Plusieurs études indiquent que les innovations sont pour quatre-vingts pour cent des réponses à un problème connu, comme la pilule contraceptive. Dans les vingt pour cent qui restent, la
découverte est faite avant que la demande soit connue, par exemple les rayons X.
Mon cabinet de sérendipités m'a appris les dix points suivants :
1. La sérendipité existe comme interprétation juste d'une observation surprenante. C'est une trouvaille, quelque chose qui 'tombe' sur
quelqu'un, sine anticipatio mentis (sans anticipation de l'esprit), une expression de Francis Bacon. 'Sans hypothèse a priori', je dirais. Une vraie innovation est toujours
'sérendipiteuse' sinon elle ne serait pas nouvelle. Ce qui est vraiment neuf ne peut être dérivé de ce qui est connu. Si c'était possible, le résultat ne serait pas vraiment neuf. Le totalement
nouveau peut être trouvé seulement par surprise et pour cela un événement imprévisible est nécessaire, comme une anomalie bizarre ('Ciel!') ou une illumination soudaine ('Eurêka!'). Ce qui ne
surprend pas ne peut pas être vraiment neuf. Par exemple, une invention n'est pas brevetable si elle est évidente, elle doit avoir un élément surprenant. Le droit anglais précise même que la
sérendipité d'une invention n'est pas une contre-indication pour un brevet. La volonté d'un dieu, notre inconscient, un plan, une stratégie, une idéologie, un programme de recherche ou
d'ordinateur ne peuvent jamais anticiper l'inconnu, l'impossible, le contre-intuitif, l'arrivée des faits, des relations, des points de vue ou des effets pervers, qui sont surprenants. De même,
un système expert ne peut pas non plus improviser ou être surpris, il n'a pas de sens de l'humour, il ne peut pas été effrayé et n'est pas capable de (re)connaître ce qui est vraiment
nouveau.
2. Dans les disciplines expérimentales, comme la chimie, la physique, la géologie, la médecine, l'astronomie, la technique et les arts, les
exemples de sérendipité sont fréquents. Dans ces domaines, il est plus facile de voir et de tester si on a découvert, inventé ou créé quelque chose de non-cherché : on peut expérimenter. Dans les
sciences humaines, l'expérimentation est rarement possible parce qu'on ne peut pas isoler complètement la situation dans laquelle le phénomène se manifeste. Personne ne sait jamais a priori si
une intervention voulue dans un contexte social a des effets prévus ou non, ou des effets pervers surprenants ou non. À Bruxelles par exemple, l'Office de lutte anti-fraude est chargé de
découvrir les effets non-voulus d'un règlement communautaire.
3. La sérendipité joue un rôle secondaire et essentiel, qui ne doit être ni surestimé ni sous-estimé. L'astronome et historien américain
Martin Harwit a étudié 43 découvertes de phénomènes cosmiques et remarqua qu'environ la moitié de ces observations était sérendipiteuse. Il commenta ainsi ce résultat : 'Cela jette un peu de
doute sur les critères normaux du 'peer review' parce que les critères courants reposent sur une justification théorique du travail que le chercheur veut faire : surtout si on demande du temps
pour [utiliser] un télescope ou pour toute autre chose.'
4. La recherche systématique et finalisée et la sérendipité ne s'excluent pas mais sont complémentaires et même se renforcent. Dans la
pratique, la sérendipité peut émerger en exécutant un projet planifié : dans la trouvaille de la vulcanisation, un cas de pseudo-sérendipité, Charles Goodyear trouva ce qu'il cherchait mais sur
une route imprévue.
5. En général, le rôle de la sérendipité dans les sciences, la technique et les arts est sous-estimé. En effet on rationalise souvent a
posteriori sur la recherche expérimentale et ses résultats, quand on publie ses résultats. Les éléments qui ne sont pas rationnels, chronologiques et recherchés, comme les observations
accidentelles ou fortuites, les surprises, les erreurs, les choses dont on n'a jamais rêvé, les inconnues qui ont donné des résultats restent alors dans l'ombre ou sont même dissimulés dans les
coulisses ou derrière le décor. Ensuite la rationalité pure devient la norme, non seulement quant aux résultats mais aussi quant à la route qui conduisait à ces résultats. Des chercheurs
rapportent alors leur conclusions comme s'ils les dérivaient de façon directe et logique de leur première hypothèse, retirant les indices d'une sérendipité éventuelle. Un article sur une
expérience réussie est écrit et publié de telle façon que cette expérience soit reproductible. Ainsi un livre de recettes de cuisine ne parle pas de la façon dont elles ont été trouvées. L'inside
story, l'histoire derrière la narration, le 'comment se passait réellement la recherche' manquent. Un article de ce type est désigné comme 'fraude', 'prophétie rétrospective' ou 'falsification
rétrospective'. Si l'article est lu comme le rapport d'une découverte, il peut conditionner le lecteur dans sa propre recherche à négliger les fleurs du bas-côté de la route qui formaient un
bouquet plus beau que les fleurs qu'il a cultivées lui-même dans son parc. Cela peut donner une perte de sérendipité : le plan et le but peuvent gâcher l'aventure et le voyage. Un chercheur
aguerri doit garder ses deux yeux ouverts : l'un pour des observations cherchées et l'autre pour des observations non-cherchées. Von Laue, le célèbre chimiste allemand formulait cette idée avec
empathie : 'On voit souvent le mérite sans la chance mais jamais la chance sans le mérite.'
Harry Beckers, qui fut la figure centrale de la recherche dans la société Shell avait un oeil ouvert pour la sérendipité et s'opposait à l'approche dite 'Harvard Business School', qui présume que
l'on peut planifier la recherche et le développement et que ce secteur doit seulement résoudre des questions sans 'bavarder' à leur sujet :
En tant que coordinateur de la recherche, on doit être le gardien d'un système ouvert, à l'abri de la domination bureaucratique. La
planification de la recherche doit été faite
de façon simple. Il faut suivre le planning mais cela ne doit pas devenir un but en tant que tel. Les vraies idées à approfondir surviennent souvent sous la douche et les réelles innovations, les
soi-disant quantum jumps, émergent par accident comme quelqu'un qui, lorsqu'il veut verser le liquide d'un gobelet, s'aperçoit que ce liquide est devenu solide. Le bon chercheur se demande alors
ce qui se passe... La découverte du polyketon 'Carillon' de Shell est un bon exemple, mais c'est difficile de l'expliquer à ses clients. Quand on souligne trop la planification, trop de gens
tournent autour du pot sans être dans le pot lui-même. En
d'autres termes, le bureaucrate devient de plus en plus important et la recherche réelle disparaît.
6. Le Grec Héraclite d'Ephèze (550-475 av. J.C.) aurait écrit : 'Quand on
n'attend pas l'inattendu, on ne le découvre pas parce qu'on peut pas le trouver et qu'il reste inaccessible.' Les anciens Grecs avaient même un dieu pour l'inconnu, jusqu'à ce que, dit le
Nouveau Testament, les Chrétiens viennent, voient et disent que le dieu grec inconnu était leur Dieu. À ce moment l'histoire prenait, je pense, une fausse direction. C'est pourquoi je veux
maintenant faire revivre ce dieu ouvert à l'inconnu pour combattre la routine servile du connu.
7. Les sérendipitistes sont souvent vus dans la littérature comme des observateurs, curieux, facilement distraits, intuitifs, judicieux,
flexibles, ayant le sens de l'humour mais étant difficilement gérables car ils ont un esprit indépendant et un comportement imprévisible. Ils ne peuvent pas être encadrés de façon autoritaire car
leur motivation est intrinsèque. Un maverick, un serendipity-prone, un Einzelgänger, un 'oiseau libre' défend sa liberté académique et la liberté de la recherche en général. Le fameux physicien
américain Irving Langmuir formula cette exigence de cette manière :
Le travail n'était pas planifié. Il pouvait être 'poussé' parce que nous étions curieux et passionnés. On ne peut pas planifier de découvertes mais le travail qui occasionnera les découvertes. On peut organiser un laboratoire de façon à obtenir une plus grande probabilité de résultats utiles. Tout en sauvegardant la flexibilité et la liberté. Nous savons par exemple, qu'on peut faire des choses qui ne peuvent pas arriver en les planifiant. La sérendipité est l'art de profiter de l'inattendu. La liberté de l'opportunité, telle que développée par la démocratie, est la meilleure réaction humaine face à des phénomènes divergents. On peut définir la sérendipité comme l'occasion de profiter de l'inattendu.
Detlev Bronk, ancien président de l'Académie des Sciences aux États-Unis, conseillait : 'Fais tout pour attirer les meilleurs mais ne te met pas sur leur chemin.' Les résultats de la recherche fondamentale sont, on le sait, imprévisibles, parce que la recherche fondamentale étudie aussi les trouvailles qu'elle prend au sérieux. R. Pattle décrit ce phénomène :
Certaines écrivains parlent d'une découverte qui n'était pas cherchée comme 'accidentelle' ou 'non voulue'. Ce qui n'est jamais vrai. Les observations sont faites parce que l'observateur a un oeil pour chaque aberration. La découverte des substances qui abaissent la tension de la surface de l'intérieur du poumon a été faite par un ensemble de circonstances et n'est pas simplement un produit du hasard ou de la fortune.'
8. Quand je définis l'intuition (in-tueri = regarder vers) comme une anticipation
que je ne peux pas expliquer ni avant ni après, je suppose que la sérendipité commence au-delà de l'intuition. Mais ce n'est pas aussi simple. Dans la pratique, la sérendipité est une intuition
en développement, fondée sur une orientation, expérience ou problème, qui est plus générale que ce qui est étudié par le chercheur. Son esprit est préparé à cela. Son anticipation schématique est
fondée sur une intuition orientée par un problème spécifique et/ou fondée sur son expérience. Dès que le chercheur fait une observation surprenante, il interrompt ou arrête, son travail 'normal'
pour un moment, en vue de l'exploiter et de l'expliquer par son sens de la sérendipité, son intuition, sa connaissance, sa logique et son expérience. Wilhelm Röntgen est un bel exemple : en sept
semaines, il explora et publia ce qu'il appelait rayons X. 'X' est le symbole mathématique - d'origine arabe - pour l'inconnu.
La sérendipité est l'art des oeillères démontables. Aussi un sérendipitiste a besoin d'oeillères, quand il recherche et étudie, mais il peut les enlever, et il le fait aussi quand il observe un
fait surprenant, qu'il veut interpréter pour en donner une explication correcte, ou une stratégie émergente. Mais dans ce cas, on a besoin d'espace et d'occasion pour le 'bootlegging' (on
escamote des produits, comme de l'alcool, dans le haut de ses bottes), pour 'jouer dans le temps du chef', et pour 'l'expérience du vendredi après-midi'. Dans le laboratoire de recherche et
développement de Shell, cette recherche personnelle représente 10% du temps de travail, chez DuPont 20% et à 3M 30%. Presque partout il existe une recherche clandestine, ou 'de tiroir' (comme on
l'appelle au Pays-Bas) : on cherche ce qu'on veut, on met les résultats dans un tiroir, on demande de l'argent pour chercher et trouver soi-disant ces résultats et si l'argent est donné, on peut
continuer à faire ce qu'on veut. Les résultats 'rêvés' de cette recherche payée sont extraits du tiroir quand le financier les demande. Ainsi, dans la Russie communiste, les plans quinquennaux
étaient remplis avec des recherches précédemment réussies, qui n'avaient pas encore été publiées. Cette tradition de 'recherche de tiroir' existe dans toutes les disciplines scientifiques et
devient de plus en plus importante, parce que c'est une ruse de chercheurs pour défendre la liberté académique vis-à-vis des bureaucrates qui accordent des crédits de recherche. Cette 'politique
de tiroir' est un forme de fraude structurelle, légère mais elle augmente au fur et à mesure que la bureaucratie, qui paye la recherche originale, domine. Elle est aussi une perte de temps du
côté des chercheurs et des distributeurs de subventions et donne l'idée fausse que la recherche scientifique originale pourrait être planifiée. Naturellement, dans l'investigation scientifique il
faut planifier, mais un plan n'est jamais sacré. Pour souligner cela, la société hollandaise des chimistes a déjà donné un premier prix de sérendipité, en 2003.
9. Un expérimentateur qui teste une hypothèse et observe une anomalie (une anormalité qui ne correspond pas à ses idées, opinions, préjugés,
dogmes et connaissances) pense d'abord, naturellement, qu'il a fait une erreur. Quand il a exclu cette possibilité, sa réaction secondaire consiste à expliquer autrement le phénomène aberrant
pour comprendre quand même l'anomalie. Si cette explication est suffisamment intéressante, élégante et simple, il peut et veut en faire une nouvelle hypothèse de travail, et la tester
expérimentalement, indépendamment de l'anomalie, pour éviter de 'penser en rond'. La recherche scientifique boîte, marche, danse et saute alors sur deux jambes : l'une pour tester une hypothèse
et l'autre pour expliquer une anomalie surprenante. Alors la méthode hypothético-déductive et la méthode anomalie-abductive (= sérendipité) ne s'excluent pas, mais alternent, se complètent et
sont même en synergie. Naturellement toutes les anomalies n'émergent pas pendant le test des hypothèses, et les hypothèses n'émergent pas toutes comme explications des anomalies. Néanmoins le
test d'une nouvelle hypothèse ne fournit pas toujours une anomalie fraîche et une anomalie ne donne pas non plus toujours une nouvelle hypothèse.
Le physicien américain Robert Curl est co-découvreur de la 'bucky ball', une molécule de soixante atomes de carbone qui a la forme du sommet des angles des sutures d'un ballon moderne de
football. La découverte de cette molécule est un exemple classique d'une anomalie non-attendue, qui émerge pendant une expérience scientifique et qui a été observée et expliquée correctement par
la suite. Après avoir reçu un Prix Nobel (partagé) pour cette découverte, Curl insista, dans son intervention, sur la place et le contexte de l'anomalie comme phénomène :
Dans la science, l'hypothèse conduit l'expérience et la théorie, parce que c'est seulement par l'imagination des hypothèses que nous pouvons diriger nos expériences et théories. Ce n'est que si ceci et cela est vrai, que je serai capable de faire cette expérience, de chercher ce résultat spécial ou d'arriver à cette formulation théorique. À l'inverse, l'expérience et la théorie conduisent aussi l'hypothèse. Quelqu'un fait une observation sensationnelle ou a une illumination soudaine et on commence à spéculer sur ces implications et à imaginer des hypothèses possibles. Mais toutes les hypothèses ne sont pas valables ou utiles.
10. Nous sommes trop éduqués avec l'idée que la connaissance progresse d'une
question à une réponse, d'une hypothèse à une thèse. Aussi l'examen des connaissance se fait par un questionnaire à 'choix multiples' dans lequel les questions sont préformulées et suivies de
réponses préformulées dont on ne peut extraire qu'une seule réponse juste (en fait c'est un choix singulier et non 'multiple'). Cela peut donner sans le vouloir l'idée que, dans le domaine de la
recherche scientifique, la connaissance croît d'une hypothèse juste à une réponse juste. Mais dans la recherche, ni la question juste, ni la réponse juste ne sont données avant. De même on ne
sait ni si elles existent, ni si on peut les trouver et comment. En outre, à propos d'une observation sérendipiteuse, la pratique scientifique nous apprend que la route entre la question et la
réponse est prise en sens contraire. Cela veut dire non de la question à la réponse, mais d'un fait surprenant à un nouveau problème (= hypothèse). Dans la tradition actuelle de l'enseignement et
de l'examen des connaissances, on n'apprend presque pas à chercher, trouver et formuler des questions justes et des réponses correctes. Très rarement, on apprend à aller d'une observation
surprenante à un problème original. Par exemple, il n'y a pas de travaux pratiques dans lesquels il émerge un phénomène inattendu et non-annoncé, qui serait soumis à un étudiant pour voir ce
qu'il en ferait. Ce qu'on n'enseigne pas explicitement, c'est de dériver des hypothèses fraîches à partir d'un fait bizarre. C'est-à-dire de raisonner de ce qu'on ignore, ne comprend pas, ou ne
maîtrise pas, vers un problème neuf, utile et vérifiable.
En 1901, le Français Louis Leprince-Ringuet distinguait clairement le vrai chercheur de l'écolier :
Celui qui trouve ce qu'il cherche fait en général un bon travail d'écolier ; pensant à ce qu'il désire, il néglige souvent les signes, parfois minimes, qui apportent autre chose que l'objet de ses prévisions. Le vrai chercheur doit savoir faire attention aux signes qui révéleront l'existence d'un phénomène auquel il ne s'attend pas.
Conclusions
Des sérendipités, ou des illuminations, sont, comme le psychologue cognitif allemand Otto Selz l'écrivait, le résultat d'une anticipation schématique très générale qui était présente dans
l'esprit de l'observateur et qui a été provoquée par un événement externe. La fortune sérendipiteuse peut émerger de façon inattendue mais elle ne survient que dans un esprit préparé par un
intérêt, une pensée ou une expérience préexistante. Mais après l'étude de centaines de cas de sérendipité, ce point de vue apparaît néanmoins discutable. Comme pour toutes les opérations
intuitives, la sérendipité pure ne peut pas être planifiée, programmée ou générée par un ordinateur. Dès qu'on peut la programmer, on ne peut pas la nommer sérendipité. Ce que je peux seulement
programmer c'est que, si quelque chose d'imprévu se passe, l'utilisateur agira par lui-même pour essayer de comprendre l'observation surprenante. Et je peux éventuellement spécifier les
conditions nécessaires pour l'émergence de ce fait surprenant. Est-ce accidentel ou structurel et quels sont les élément en jeu? 'Les problèmes non-cherchés se manifestent quand on
approfondit l'étude,' écrivait Selz.
Aussi mes exemples de sérendipité pure semblent indiquer que les systèmes experts peuvent assister les experts mais non s'y substituer. La sérendipité est définie comme le talent à faire des
trouvailles. On ne peut pas la planifier mais on peut la souhaiter pour le lecteur et moi-même, au-delà de notre fantaisie et de nos paradigmes. Dans ce cas, comme le disait Umberto Eco, il
ne faut mépriser aucune source.
'Être préparé, c'est tout,' comme le disait Hamlet : 'Readiness is all.' L'orientaliste néerlandais Snouck Hurgronje, qui avait le courage de visiter la ville interdite de la
Mecque avec un déguisement, disait en 1900 : 'Quand je vois la femme Fortuna, je la prends et je la baise'. Ensuite la sérendipité fut définie comme 'rechercher une aiguille
dans une botte de foin et en sortir avec la fille du paysan'.
Pour finir, le typescript The Travels and Adventures of Serendipity de
1958, par Robert Merton† & Elinor Barber†, jamais encore édité, est publié par les Princeton University Press, en février 2004.
251 années après la naissance du mot serendipity, c'est donc le moment idéal pour incorporer enfin les mots sérendipité, sérendipiteux et sérendipitiste dans les dictionnaires français.
Le mot 'trouvaille' est le plus proche, mais sa connotation est légèrement péjorative. Est-ce un hasard ?
Vous trouverez ici le nouveau plan de notre travail de thèse, une rapide présentation qui, je l'espère, constituera un petit saut quantique dans la pensée, la soutenance est réportée à une date ultérieure. Vous ne voyez ici qu'une partie des 1770 articles de ce site.
Voici une liste de 135 auteurs que nous complétons petit à petit.
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