(Géo)Politique

Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 13:59

Le Tirage au sort pratiqué lors de la République de Venise.

 

http://www.franceculture.com/emission-les-idees-claires-le-tirage-au-sort-d-athenes-a-venise-2011-04-26.html

 

Les analystes politiques remarquent qu’en un sens « toute société est inévitablement une oligarchie » quel que soit le système politique revendiqué. Le nombre de membres de l'oligarchie (nombre absolu ou relatif) n'apparaît pas dans sa définition.

Même dans un système électif, il se crée une classe qui regroupe les personnes qui connaissent les mécanismes de l'Etat et exercent son contrôle. Aristote écrivait d'ailleurs : « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives » Les Politiques, IV, 9, 4 Traduction: Pierre Pellegrin (le livre IV est parfois placé en VI).

Les oligarchies sont des systèmes politiques complexes, avec souvent plusieurs cercles (plus ou moins formels) de pouvoirs de plus en plus concentrés, des spécialisations selon le domaine de pouvoir (commercial, juridique, religieux, militaire, technologique, etc.), et un exercice du pouvoir souvent discret et collégial. On y retrouve généralement des familles dominantes, pour qui la position politique est un élément de patrimoine transmis aux enfants, dont l'éducation est organisée dans cette perspective. On peut y trouver, ou non, des systèmes de caste.

 

Ne partageant ni les vues égalitaires de Rancières (qui en vient à nier la spécificité des experts) ni les vues subjectives et imaginaires de Castoriadis, c'est toutefois comme Montesquieu que je dirais que le plus important n'est pas le tirage au sort mais les institutions de contrôle qui viennent avant, pendant et après la magitrature tirée au sort (qui chez Rancière est une éloge de l'incompétence puisqu'il veut l'étendre jusqu'aux magistratures stratégiques ou d'experts).

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 23:50

Qu'est-ce qu'une affaire ? ou plutot qu'est-ce que le 11 septembre, avant tout une affaire ou une frange conservatrice et crispée accuse l'autre frange de produire une théorie du complot et de mettre une volonté derrière les choses, une manière rassurante, de palier à l'effraction de l'évènement. Sauf que le 11 septembre n'est pas un événement, car trop bruyant pour l'être. Une évènement touche toujours l'ordre de la pensée et là ce n'est tout au plus qu' un symptôme d'auto-mutilation. Ce sont là les propos que tiendrait l'autre frange irréconciliable de la première sur le 11 septembre. Un affaire, dégagée de tous les problèmes de cohérence d'explication sur quelque chose dont personne ne possède toute les données (c'est la caractéristique de l'explosion de la 3ème tour qui comprenait l'autorité portuaire avec les enregistrements de communication aériennes et des canaux policiers/pompiers ainsi qu'étrangement tous les dossiers en cours de la commission d'affaires boursières américaines soit plusieurs milliards de passifs pour les proches de Bush et du complexe militaro-industriel ... si les deux premières tours sont tombées du fait de l'arrachement de système anti-incedie qui aurait laissé monter la température du feu en dessous du degrè de plasticité de l'acier, comment celui-ci n'a pas fonctionné dans la troisième tour ?) . L'affaire du 11 septembre est surtout la marque de deux réactivités, celle crispé et conservatrice qui gobe tout ce qu'on lui dit et celle plus généreuse qui voit bien que quelque chose cloche (quand par exemple le propriètaire du WTC 7 demande aux pompiers de "pull it", cette tour Que ce soit une opposition entre des opinions divergentes cela appert au vu de cette citation  : "j’ai fait huit ans d’études sur le sujet après le bac et je continue encore aujourd’hui par passion sur ce sujet, je pense donc avoir acquis un minimum d’expertise pour présenter un avis circonstancié sur la question". L'avis circonstancié ou opinion n'a jamais relevé de la science et une affaire ne relève pas non plus de la science, même si elle peut s'adresser à elle sous couvert d'expertise, mais là on confond science et ingéniérie, les ingénieurs en bâtiments s'il ont une formation scientifique comme toute personne qui passe la bac ne sont pas des scientifiques pour autant. Par contre monsieur Quirant continue de refourguer les vieux modèles incomplets, n'expliquant pas pourquoi le noyau central des tours s'est volatilisé mias davantage pourquoi des pancakes s'effondrent. "Pour conclure, je rappellerai simplement la maxime de George Edward Pelham Box : “Essentially, all models are wrong, but some are useful”  On pourrait la traduire ainsi : "Par définition, tous les modèles sont faux, mais quelques-uns sont utiles" ". Un modèle obéit à un critère de beauté et non à celui de vérité, pour la simple raison qui est avant tout une démonstration, d'où la notion d'utlité utilisé par Pelham qui décridibilise les modèles explicatifs des deux bords, ceux qui cherchent à être trop cohérents. Comme Quirant le rappelle ailleurs. Pour un pseudo scientifque, il aime même sortir de son domaine de compétence, avec par exemple  :  

 

 

 

Afin de m'assurer que mon commentaire (de délassement) soit publié sur le blog de laurence Hansen-love en voici une copie ici...

 

Je me permets d'indiquer toute une série intrigante de vidéos.

VIDEO-11-SEPTEMBRE / manipulation d'Etat ?

VIDEO-11-SEPTEMBRE / manipulation d'Etat ? (2)

La seconde vidéo m'a fait prendre les thèses de Thierry Meyssan (que je croyais délirer) très au sérieux, en effet des militaires, des officiers de police, corrobore le fat qu'un avion est passé au-dessus d'une pompe à essence. Il suffit aussi de lire le livre de Naomi Klein (la stratégie du choc) à propos du discours de Donald Rumsfeld sur l'ennemi encore plus dangereux que les soviétique. Pour comprendre que la buraucratie du Pentagone représentait un "danger" pour les néo-cons, ainsi on comprend mieux que certaines personnes étiaent prêtes à sacrifer certaines de leur ouailles. Même Allègre n'a jamais auss bien réussi à dégraisser le mammouth.

C'est pour cela que tout le mouvement pour la vérité pour le 11 septembre (qui par là même est un mouvement de réaction alors que les forces passent à présent ailleurs) ne rentre pas dans les théories du complot, xcontrairement à la veriosn officielle qui en est une... C'est étonnant mais ça me fait toujours penser à l'affaire Dreyfus dans son déroulement, il y avait à l'époque un complot juif contre la France à présent c'est un complot islamique contre l'occident...

 

PS : j'attends qu'on me démonte la seconde vidéo, dont les sous-entendus de non prise en compte des témoignages corrobore ce qui est arrivé à Sybel Edmond.

Je crois que face à la réaction néo-conservatrice qui occupe le site conspiracywatch on peut parler de syndrôme de déni. Des gens au coeur de l'administration ont dénoncé des agissement propre à des "Estérazy".

 

Je précise que sur les théories du complot nous avions déjà souligné le dager de l'intentionnalisme comme le relevait Corcuff.

 

Sinon à propos J'ajoute cette vidéo à propos d'Al-quaida

 


Ex-chef de la DGSE: "Al Qaida est mort en 2002"... par ReOpen911

 

Vous me semblez en retard d'une guerre, je me permets de vous transmettre une allocution d'un responsable du contre-espionnage français qui explique clairement que Al-quaida n'existe plus hiérarchiquement et logistiquement depuis 2004. Même l'intiutulé d'Al quaida au Maghreb islamique diffère preuve qu'il ne s'agit pas de la même mouvance un peu comme les indépendantistes corses mais bien de "donner à son action un retentissemnt international".

 

 

Plus difficile à suivre car il faut une certaine culture de géostragie et de géopolitique...

 

Si tous les politologues, sociologues, ont accordé du crédit qui à une thèse conspirationniste qui dit que ce sont des djihadistes qui ont fait s'effondrer les tours du World Trade Center (financé par l'Arabie saoudite plus précisément la famille de ben Laden et aidé logistiquement par l'ISI, les mêmes services de L'ISI aidant par la suite à combattre les talibans en Afghansitan)... Bref qu'il y a eu conspirtation du Dehors contre les Etats-Unis alors que cela relève davantage du deni d'automutilatoin, quant à savoir si cette auto-mutiliation est volontaire ou produite par négligence peu importe dans le cas contraire cela relèverait de l'intentionnaliste (pour parler d'auto-mutilation il suffit de prendre au sérieux le témoignage de Sybel Edmond qui dit que Condolezza Rice mentait quand elle disait ne pas avoir été avertit). Même J. Quirant produit une pseudo-science avec des modèles essentiellement faux comme il le dit ailleurs mais utile à la démonstration (or une démonstration repose toujours sur un critère de beauté - ou déficacité - et non de vérité selon toute la tradition philosopohique qui part de Platon à Aristote...). On peut parler longtemps des complots ou des "affaires" qui témoigne avec tout d'un dissensus irréconciliable mais on rate par là ce qu'il y a d'important.

Ce qui m'amuse dans le discours des quelques uns qui dénonce des thèses "conspirationnistes" ou "négationnistes" c'est qu'ils utilisent les mêmes arguments que j'utiliserais contre ce qu'ils avancent. : pseudo science, modèle qui ne sont pas la réalité, etc... Les spécialistes se retranchant surl leurs spécialités et les métaphysiciens sur leur métaphysiques. Mais il ne reste rien vu que toutes les preuves ont été détruites et qu'il s'agit avant tout d'un événement médiatique si on s'en tient au 11 septembre ou encore à la cervelle de Kennedy. Les uns parleront de complot, autres de stratégie du choc, comme un nouveau Pearl Harbour.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 20:21

Suite à la série  La perte du genre

 

Emmanuel Todd vient présenter son livre Après l'empire un an après sa parution en 2002 et commente l’actualité de 2003 selon cette grille d’analyse. Démographe, sociologue, assez génial, mais assez largement incompris, aussi. Fils du brillant journaliste et écrivain socialiste Olivier Todd, petit-fils de l'écrivain communiste Paul Nizan et arrière-petit-cousin de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss. Voir aussi cette vidéo et cet article sur le micro-militarisme (Todd emploie l'expression de micro-militarisme théatral ans la partie 3 de la vidéo).

 



Emmanuel Todd Les Etats-Unis un empire 1 par star_vin


L’alphabétisation des populations entraîne le "progrès" (noté selon l'inice de développpement humain) mais cela ne se passe pas sans heurt ce qui explique les crises multiples de part le monde. Emmanuel Todd se dit optimiste car bientôt tout le monde saura lire.

Les Etats-Unis n’ont pas la capacité de faire un empire : économie moribonde, armée ?, idéologie pas assez égalitaire et universaliste (cf. structure familiale).

Au sujet de l’actualité : Retour du couple franco-allemand et de la Russie, les américains sont irrationnels et font du micro militarisme théâtral.

 

 

Résumé de la conférence :

Emmanuel TODD commence par un constat, nous sommes confrontés à un renversement :
-  En 1945 les USA étaient autonomes et vivaient sans le monde, (Pearl Harbor à forcé les USA à entrer dans le conflit + c’est Hitler qui a déclaré la guerre au USA et non l’inverse). Le reste de la planète par contre avait besoin des USA, militairement et financièrement (Cf. Plan Marshall et libération)
-  Aujourd’hui le monde et en particulier l’Eurasie s’est reconstruit et n’est plus tributaire des USA, ces derniers par contre avec 500 000 000 000 $ de déficit de balance commerciale ont besoin du monde pour maintenir leur niveau de vie actuel.

« Pour caricaturer le capitalisme, c’est un système ou d’abord les petits trinquent, mais où ensuite l’argent virtuel produit pour les riches doit être sécurisé ». Aujourd’hui les populations aisées du monde entier envoient leur argent, pour le sécuriser, aux Etats-Unis. C’est sur ce flux financier que les USA prélèvent de quoi assurer leur train de vie.

Le jour où les placements au USA paraîtront moins attractifs, il y aura un problème important pour l’économie des USA.

« Aujourd’hui les riches se font plumer au profit des USA ».

I.Alphabétisation et choc de la modernité :

Emmanuel TODD, décrit un cycle : dans un pays, quand les hommes apprennent à lire cela engendre une crise politique et les institutions traditionnelles sont souvent balayées, puis quand les femmes apprennent à lire nous avons une maîtrise des naissances et la place de la femme augmente. Tout ceci tendant à faire naître un état démocratique et moderne.

(illustration : en 1789 dans le bassin parisien ainsi qu’en 1917 en Russie 50% de hommes savent lire, en Iran le jour ou 50% des hommes ont su lire le Sha fut renversé).

Tout ceci ne se passe pas sans heurt, le cycle a duré 80 ans en France presque autant en Russie, en Iran les Ayatollah sont arrivés. Mais tout ceci peut s’expliquer, dans une situation où arrive la lecture beaucoup de choses changent et des éléments de crise se présentent :
-  Les traditionalistes se fanatisent
-  Certains parents ne savent pas lire alors que leur enfant oui.
-  Déracinement
-  ...

TODD se dit optimiste pour le monde, toutes ces crises ont vocation à être dépassées. Ce sont, en quelque sorte, des maladies infantiles par lesquelles doivent passer toutes les sociétés. Cela fait 5000 ans que l’écriture a été inventée, et dans cent ans toute la planètes saura lire, la transition de la modernité sera achevée.

En attendant le monde arabe commence cette crise, le mieux à faire, c’est de ne pas intervenir, d’autant qu’il n’y a pas de grand état arabe qui soit assez structuré pour être une réelle menace stratégique pour le monde. Dans ce cadre d’analyse nous n’avons pas besoin de considération religieuse pour expliquer ce qui se passe.

Pour finir, les prochains sur la liste sont les pays d’Afrique noire, il faut s’attendre aussi à des crises. Rappelons que les derniers étaient les pays d’Amérique du sud.

II.Capacité impérialiste américaine :

Pour avoir des ambitions impérialistes il faut un armée puissante, une idéologie adéquate, et une économie forte.

Pour ce qui est de l’armée, Emmanuel Todd ne s’étend pas, mais demande de ne pas sur-évaluer celle des USA sur des critères fantasmatiques.

Pour ce qui est de l’économie, il reprend ses arguments liminaires et enfonce le clou :
-  500 000 000 000 $ de déficit commercial par an, en déficit avec tout le monde même avec l’Ukraine.
-  Les USA n’ont que 98 000 robots industriels, pour 200 000 en Europe et 300 000 au Japon.
-  « Airbus à fait la peau de Boeing » et de l’industrie aéronavale américaine.
-  Si on oublie les ordinateurs, les USA n’existent plus, l’Europe construit mieux et plus solidement.
-  Les USA sont en déficit même sur les hautes technologies.

L’économie américaines est aujourd’hui plus une légende basée sur le passé qu’une réalité.

Une puissance impériale doit, pour avoir une chance de réussir, avoir une idéologie égalitariste et universaliste. C’est-à-dire croire en l’égalité de tout les peuples, et être capable de traiter les vaincus en égaux (Cf. la Rome Antique vis-à-vis de l’Allemagne et le Japon en 1945).

Pour évaluer cette capacité Emmanuel TODD propose un indicateur : la place des frères au sein de la famille. S’ils sont égaux le pays aura une idéologie universaliste, sinon il ne l’aura pas.

Exemple où les frères sont égaux : la France et la Russie => liberté ou goulag universel.

Exemple où les frères sont inégaux : le Japon et l’Allemagne => Ethnocentrisme , Nazisme.

L’Angleterre et les USA ont une position intermédiaire. En Angleterre il n’y a pas de frère supérieur mais ils sont tous différents (Testament libre), donc les anglais pensent les peuples comme différents. Aux USA les frères blancs sont égaux mais cette égalité s’est construite sur l’inégalité réservée aux noirs. Ces deux pays ont donc une position ambigüe vis-à-vis de l’égalitarisme et de l’universalisme.

L’affrontement face aux nazis en 1945, les a fait tomber, en quelque sorte, du bon côté. Face aux russes, et leur universalisme, une fois encore les USA ont été forcées d’être universalistes en faisant une sorte de contre-feu. => les Allemands en 1945 ont été bien traités, le problème de la ségrégation raciale aux Etats-Unis a été posée sous Kennedy.

Aujourd’hui, le bloc russe s’étant effondré, nous avons un retour à l’équilibre, l’universalisme américain se rétracte. (Cf. la presse américaine n’est plus qu’une pluie d’insultes pour le monde ; le rapport des USA à l’ONU)

Emmanuel Todd finit son analyse sur l’universalisme par une mise en garde : l’universalisme et l’égalitarisme ne sont pas bons en soit, il peut avoir des effet pervers :
-  La France à eu beaucoup plus de mal que l’Angleterre lors de la décolonisation.
-  Il rappelle une de ses anciennes analyses, « si les hommes sont tous les mêmes et que tu mets du temps à t’intégrer => tu n’est pas un homme » peut être le raisonnement des électeurs du FN.
-  Le goulag pour tous en Russie.

III.Comment interpréter la guerre en Irak ?

(La guerre américaine sans l’accord de l’ONU vient de commencer depuis un semaine)

Le monde est globalement en paix et les américains déclanchent une guerre, pourquoi ? :
-  Pour le pétrole ? peut-être pas.
-  USA foncièrement mauvais ? C’est un raisonnement nul, qui n’explique rien.
-  En fait les USA sont loin du monde, on besoin du monde et ne servent pas au monde. Du coup ils font la guerre pour rester le centre du monde. Pour ce faire, ils désignent des "nains" comme adversaires. L’Irak est le candidat idéal : Nain militaire au centre de l’Eurasie. Emmanuel Todd appel cela le micro militarisme théâtral.

Conclusion : Retour sur son livre

Le modèle marche bien, pour les communistes il avait du attendre 15 ans, grâce à l’équipe Bush cela va plus vite :
-  La décomposition de l’économie on le savait, ils n’ont plus de moyens de rétorsion, l’Allemagne et la Turquie on pu dire non, quant à la France le boycott du fromage et du vin n’est même pas suivi par l’intelligentsia.
-  Leur diplomatie s’est complètement effondrée. Le non de l’Allemagne, pilier historique, est détonnant. Chirac et De Villepin ont été formidables, mais cela a été possible que grâce à l’Allemagne.

Le livre avait fait deux prédictions qui lors de la crise irakienne se sont vérifiées :
-  Le retour en force du couple franco-allemand
-  Le retour de la Russie, affaiblie et égalitaire.

Le livre n’a par contre pas vu l’irrationalité qui pourrait toucher les dirigeants, (la même erreur avait été faite dans « la chute finale », qui prédisait dès 1976 la fin de l’empire communiste). Les USA vivent mal le recul de leurs idéaux => désarroi => dénégation de la réalité => fuite en avant. Les USA sont comparés à des joueurs de poker fou.

Le livre pèche comme la chute finale par un excès de rationalité.

Vieille Europe ? son analyse est que les deux grands que sont l’Allemagne et la France « à l’instinct » on vu le danger et les opportunités de la crise. D’où leur position. La couronne suivra avec du retard. Les deux grands ont réagi trop vite pour les petits. C’est le conservatisme des zones périphériques.

Quant à l’Angleterre, la situation est différente elle est toujours tiraillée entre Europe et Amérique, Emmanuel Todd prescrit de laisser les USA écoeurer les Anglais.

[1] Après l’empire, Essai sur la décomposition du système américain

par Emmanuel Todd (Gallimard, août 2002, 238 pages, 18,50 €)

 

Citations

 

Patience et longueur de temps...
« Le modèle associant à la modernisation mentale - avec ses deux composantes principales, l'alphabétisation et la chute de la fécondité - des troubles idéologiques et politiques opposant des classes, des religions, des peuples est très général.
Sans échapper absolument à l'angoisse de la transition, quelques pays n'ont jamais sombré dans la violence de masse. Mais j'éprouve certaines difficultés à citer le nom d'un pays sage, par peur d'oublier telle ou telle crise, tel ou tel massacre. Les pays scandinaves ont peut-être échappé au pire, si l'on s'en tient au Danemark, à la Suède et à la Norvège. Car la Finlande, de langue finno-ougrienne, s'est quant à elle offert une guerre civile entre rouges et blancs, tout à fait honorable, au lendemain de la Première Guerre mondiale et dans les remous de la révolution russe.
Si l'on remonte à la Réforme protestante, point d'origine de la marche à l'alphabétisation, nous trouverons des Suisses fébriles, agités par la passion religieuse, parfaitement capables de s'entre-tuer au nom de grands principes, de brûler des hérétiques et des sorcières, mais sur le point d'acquérir, par cette crise précoce, leurs légendaires qualités de propreté et de ponctualité, en attendant de fonder la Croix-Rouge et de donner des leçons de concorde civile au monde. Alors, abstenons-nous, par simple décence, de catégoriser l'islam comme différent par nature et de juger son « essence ».

Les événements du 11 septembre 2001 ont malheureusement abouti, entre autres, à une généralisation du concept de « conflit de civilisation ». Le plus souvent, dans notre monde si « tolérant », par une dénégation: le nombre invraisemblable d'intellectuels et d'hommes politiques qui ont affirmé, dans les jours, les semaines, les mois suivant l'attentat, qu'il ne saurait y avoir de « conflit de civilisation » entre islam et chrétienté prouve assez que cette notion primitive est dans la tête de tous. Les bons sentiments, qui font désormais partie de notre vulgate supérieure - l'idéologie des 20 % d'en haut -, ont interdit une mise en accusation directe de l'islam. Mais l'intégrisme islamique a été codé en langage usuel par la notion d'un « terrorisme » que beaucoup veulent voir universel. »
Après l'Empire, p. 56-57.

 
La grande menace démocratique
« L'examen de paramètres éducatifs et démographiques à l'échelle planétaire donne de la chair à l'hypothèse de Fukuyama sur l'existence d'un sens de histoire. L'alphabétisation et la maîtrise de la fécondité apparaissent bien aujourd'hui comme des universels humains. Or il est facile d'associer ces deux aspects du progrès à la montée d'un « individualisme » dont le point d'aboutissement ne peut être que l'affirmation de l'individu dans la sphère politique. L'une des premières définitions de la démocratie fut celle d'Aristote, qui, parfaitement moderne, associait la liberté (eleutheria) à l'égalité (isonomia) pour permettre à l'homme de « mener sa vie comme il veut ».

L'apprentissage de la lecture et de l'écriture fait effectivement accéder chacun à un niveau supérieur de conscience. La chute des indices de fécondité révèle la profondeur de cette mutation psychologique, qui atteint largement le domaine de la sexualité. Il n'est donc pas illogique d'observer, dans ce monde qui s'unifie par l'alphabétisation et l'équilibre démographique, une multiplication des régimes politiques tendant vers la démocratie libérale. On peut émettre l'hypothèse que des individus rendus conscients et égaux par l'alphabétisation ne peuvent être indéfiniment gouvernés de façon autoritaire; ou, ce qui revient au même, que le coût pratique d'un autoritarisme exercé sur des populations éveillées à un certain type de conscience rend économiquement non compétitive la société qui le subit.
En fait, on peut spéculer à l'infini sur les interactions entre éducation et démocratie. Cette association était parfaitement claire à des hommes comme Condorcet, qui avait plaçé le mouvement de l'éducation au cœur de son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Il n'est pas trop difficile d'expliquer par ce facteur lourd la vision qu'avait Tocqueville d'une marche « providentielle » de la démocratie.

Cette représentation me parait beaucoup plus authentiquement « hégélienne » que celle de Fukuyama, qui patauge quelque peu dans l'économisme et l'obsession du progrès matériel. Elle me semble aussi plus réaliste, plus vraisemblable, en tant qu'explication de la multiplication des démocraties: en Europe de l'Est, dans l'ex-sphère soviétique, en Amérique latine, en Turquie, en Iran, en Indonésie, à Taïwan, en Corée. Car on ne peut guère expliquer la floraison de systèmes électoraux pluralistes par la prospérité croissante du monde.
L'ère de la globalisation correspond dans le domaine économique à une chute des taux de croissance, à un ralentissement de la hausse du niveau de vie des masses, parfois même à des baisses, et presque toujours à une montée des inégalités. On voit mal le pouvoir explicatif d'une séquence « économiste » : comment une incertitude matérielle croissante pourrait-elle mener à une chute des régimes dictatoriaux et à une stabilisation des procédures électorales? L'hypothèse éducative en revanche permet de saisir la marche de l'égalité sous le couvert de l'inégalité économique. »
Ibidem, p. 59-60.

 

 La famille arabo-musulmane
« - La structure de la famille arabo-musulmane permet d'expliquer certains aspects de l'islamisme radical, idéologie de transition parmi d'autres, mais que caractérise la combinaison unique de l'égalitarisme et d'une aspiration communautaire qui n'arrive pas à coaguler en étatisme. Ce type anthropologique spécifique couvre, au-delà du monde arabe, des pays comme l'Iran, le Pakistan, l'Afghanistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l'Azerbaïdjan, une partie de la Turquie.
Le statut très bas de la femme dans ce type familial n'en est que l'élément le plus évident. Il est proche du modèle russe par sa forme communautaire, qui associe le père à ses fils mariés, mais s'en distingue fortement par une préférence endogame pour le mariage entre cousins. Le mariage entre cousins germains, particulièrement entre les enfants de deux frères, induit un rapport d'autorité très spécifique, dans la famille comme dans l'idéologie. Le rapport père-fils n'est pas véritablement autoritaire. La coutume l'emporte sur le père et l'association horizontale entre frères est la relation fondamentale. Le système est très égalitaire, très communautaire mais ne favorise guère le respect de l'autorité en général et celle de l'État en particulier. »
Ibidem, p. 63-64.


L'incapacité militaire traditionnelle
« Une sorte de doute originel plane donc sur la réalité de la vocation militaire des Etats-Unis. Le déploiement spectaculaire de ressources économiques durant la Seconde Guerre mondiale ne peut faire oublier la modestie des performances de l'armée sur le terrain. Laissons de côté la question des bombardements lourds pratiqués par les Anglo-Saxons, et touchant massivement les civils: ils n'ont pas eu d'effets stratégiques appréciables et n'ont sans doute eu pour conséquence notable que le durcissement de la résistance de la population allemande dans son ensemble à l'offensive alliée.

La vérité stratégique de la Seconde Guerre mondiale est qu'elle a été gagnée, sur le front européen, par la Russie, dont les sacrifices humains, avant, pendant et après Stalingrad, ont permis de casser l'appareil militaire nazi. Le débarquement de Normandie, en juin 1944, n'est intervenu que tardivement, alors que les troupes russes avaient déjà atteint leur propre frontière occidentale en direction de l'Allemagne. On ne peut comprendre la confusion idéologique de l'après-guerre si l'on oublie que, dans l'esprit de beaucoup, à l'époque, c'était le communisme russe qui avait abattu le nazisme allemand et contribué le plus à la liberté de l'Europe.

A tous les stades, ainsi que l'a bien vu l'historien et expert militaire britannique Liddell Hart, le comportement des troupes américaines a été bureaucratique, lent, inefficace compte tenu de la disproportion des forces économiques et humaines en présence. Chaque fois que c'était possible, les opérations exigeant un certain esprit de sacrifice ont été confiées à des contingents alliés: polonais et français au mont Cassin en Italie, polonais pour boucler la poche de Falaise en Normandie. L'actuelle « manière » américaine en Afghanistan, qui consiste à engager et payer, opération par opération, des chefs de tribu, n'est donc que la version actuelle, et paroxystique, d'une méthode ancienne. Ici, l'Amérique n'est proche ni de Rome ni d'Athènes, mais de Carthage, louant les serviœs de mercenaires gaulois ou de frondeurs baléares. Avec les B-52 dans le rôle des éléphants mais personne dans celui d'Hannibal. »
Ibidem, p. 98-99.


L'inquiétude des Juifs américains
« Ce modèle permet de mieux comprendre la fébrilité de la communauté juive américaine, dont on s'attendrait à ce qu'elle soit simplement heureuse de son intégration réussie, émerveillée du comportement loyal de l'Amérique envers Israël. En fait, au contraire, cette communauté privilégiée vient de sombrer dans le culte inquiétant, pour ne pas dire névrotique, de l'Holocauste. Elle n'en finit pas de commémorer le massacre auquel elle a échappé. Elle dénonce sans cesse l'antisémitisme montant de la planète et éprouve pour tous les groupes de la diaspora, français notamment, des craintes que ceux-ci n'éprouvent nullement au même degré, malgré les attaques de synagogues du printemps 2002 dans les banlieues de l'Hexagone.
Les Juifs français d'origine ashkénaze, pour lesquels l'Holocauste a été une réalité familiale autrement plus concrète que pour les Juifs américains, semblent en vérité beaucoup plus tranquilles, beaucoup plus confiants en l'avenir, même si on les dénonce inlassablement, outre-Atlantique, comme des renégats sans conscience communautaire et comme les victimes futures d'une éternelle judéophobie française. La frayeur persistante des Juifs américains, au pays du prétendu « tout-puissant lobby juif », a quelque chose de paradoxal. L'hypothèse d'un reflux de l'universalisme américain permet de comprendre la persistance, outre-Atlantique, d'une véritable anxiété juive.

Résumons le modèle explicatif. La mentalité anglo-saxonne a deux caractéristiques pour ce qui concerne le rapport à l'autre: elle a besoin d'exclure pour inclure; la limite entre inclus et exclus n'est pas stable. Il y a des phases d'élargissement et des phases de rétrécissement.
L'inclusion des Juifs américains correspond à l'exclusion des Noirs et peut-être des Mexicains. Elle intervient dans une phase de recul de l'universalisme, de montée en puissance du différentialisme - dans les termes américains usuels, de réaffirmation du sentiment racial. Le moteur de l'évolution américaine n'est pas aujourd'hui la valeur d'égalité mais celle d'inégalité. Comment vivre dans la bonne conscience et avec un sentiment de sécurité un processus d'intégration aussi paradoxal? Comment ne pas ressentir une telle inclusion comme fragile, menacée, remplie de dangers virtuels?
Les Juifs américains projettent sur le monde extérieur une peur qui est en eux, parce qu'ils sentent confusément qu'ils sont beaucoup plus les jouets d'une dynamique différentialiste régressive de la société américaine que les bénéficiaires d'une générosité conquérante de type universaliste. »
Ibidem, p. 140-141.

 

Le micromilitarisme des Etats-Unis
« L'obstination des États-Unis à entretenir une tension en apparence inutile avec les résidus du passé que sont la Corée du Nord, Cuba et l'Irak présente toutes les apparences de l'irrationalité. Surtout si l'on ajoute l'hostilité à l'Iran, nation clairement engagée dans la voie d'une normalisation démocratique, et les provocations fréquentes envers la Chine. Une politique authentiquement impériale conduirait à la recherche d'une Pax americana, par l'établissement de relations de patiente condescendance avec des pays dont le statut est évidemment provisoire. Les régimes nord-coréen, cubain et irakien tomberaient sans intervention extérieure. L'Iran se transforme positivement sous nos yeux. Or il est parfaitement évident que l'agressivité américaine renforce les communismes absurdes, tout comme elle fige le régime irakien ou conforte la position des conservateurs antiaméricains en Iran. Dans le cas de la Chine, où le pouvoir communiste gère une transition autoritaire vers le capitalisme, l'hostilité américaine donne en pratique des armes au régime, le relégitime sans cesse en lui permettant de s'appuyer sur des sentiments nationalistes et xénophobes. Un nouveau théâtre s'est récemment ouvert à l'activité de pompier pyromane des États-Unis: le conflit entre l'Inde et le Pakistan. Largement responsables de la déstabilisation en cours du Pakistan et de la virulence locale de l'islamisme, les États-Unis ne s'en présentent pas moins comme médiateur indispensable.
Tout cela n'est pas bon pour le monde, énerve leurs alliés, mais a néanmoins un sens. Ces conflits qui présentent pour les États-Unis un risque militaire zéro leur permettent d'être « présents» partout dans le monde. Ils entretiennent l'illusion d'une planète instable, dangereuse, qui aurait besoin d'eux pour sa protection. »
Ibidem, p. 155-156.


Féminisme anglo-saxon et mépris du monde arabe
« L'Amérique, de plus en plus intolérante à la diversité du monde, identifie spontanément le monde arabe comme antagoniste. L'opposition est ici de type viscéral, primitif, anthropologique. Elle va bien au-delà de l'opposition religieuse utilisée par Huntington pour établir le monde musulman comme extérieur à la sphère occidentale. Pour l'anthropologue habitué à travailler sur les mœurs, les systèmes anglo-saxon et arabe sont en opposition absolue.

La famille américaine est nucléaire, individualiste et assure à la femme une position élevée. La famille arabe est étendue, patrilinéaire et place la femme dans une situation de dépendance maximale. Le mariage entre cousins est particulièrement tabou dans le monde anglo-saxon; préférentiel dans le monde arabe. L'Amérique, dont le féminisme est devenu, au cours des années, de plus en plus dogmatique, de plus en plus agressif, et dont la tolérance à la diversité effective du monde baisse sans cesse, était d'une certaine manière programmée pour entrer en conflit avec le monde arabe, ou plus généralement avec la partie du monde musulman dont les structures familiales ressemblent à celles du monde arabe, ce que l'on peut nommer le monde arabo-musulman. Une telle définition inclut le Pakistan, l'Iran, partiellement la Turquie mais non l'Indonésie et la Malaisie et les peuples islamisés de la façade africaine sur l'océan Indien où le statut de la femme est élevé.

Le heurt entre l'Amérique et le monde arabo-musulman présente donc l'allure désagréable d'un conflit anthropologique, d'un affrontement irrationnel entre des valeurs par définition indémontrables. Il y a quelque chose d'inquiétant à voir une telle dimension devenir un facteur structurant des relations internationales. Ce conflit culturel a pris depuis le 11 septembre un côté bouffon et à nouveau théâtral, du genre comédie de boulevard mondialisée.
D'un côté, l'Amérique, pays des femmes castratrices, dont le précédent président avait dû passer devant une commission pour prouver qu'il n'avait pas couché avec une stagiaire; de l'autre, Ben Laden, un terroriste polygame avec ses innombrables demi-frères et demi-sœurs. Nous sommes ici dans la caricature d'un monde qui disparaît. Le monde musulman n'a pas besoin des conseils de l'Amérique pour évoluer sur le plan des mœurs. »
Ibidem, p. 159-160.


La paix avec la Russie et le monde musulman
« Au contraire des États-Unis, l'Europe n'a pas de problèmes particuliers avec le monde extérieur. Elle est en interaction commerciale normale avec le reste de la planète, achetant les matières premières et l'énergie dont elle a besoin, payant ces importations avec les revenus tirés de ses exportations. Son intérêt stratégique à long terme est donc la paix. Or la politique extérieure des États-Unis est de plus en plus structurée par deux conflits principaux, avec deux adversaires qui sont les voisins immédiats de l'Europe.
L'un, la Russie, est l'obstacle fondamental à l'hégémonie américaine, mais elle est trop forte pour être abattue. L'autre, le monde musulman, est un adversaire de théâtre, servant à la mise en scène de la puissance militaire américaine. L'Europe ayant intérêt à la paix, particulièrement avec ses deux voisins principaux, ses objectifs stratégiques prioritaires sont désormais en opposition radicale avec les choix américains.

Dans la mesure où les pays du Golfe doivent vendre leur pétrole parce que leurs populations s'accroissent, l'Europe n'a à craindre aucun embargo. Elle ne peut en revanche accepter indéfiniment le désordre entretenu par les États-Unis et Israël dans le monde arabe. La réalité économique suggère que cette région du monde devrait passer dans une sphère de coopération centrée sur l'Europe et excluant assez largement les États-Unis. La Turquie et l'Iran l'ont parfaitement compris. Mais ne nous méprenons pas: il y a là tous les éléments d'un véritable antagonisme à moyen terme entre l'Europe et les États-Unis. »
Ibidem, p. 213-214.

 

 
« Aucun pays au XXème siècle n'a réussi à accroître sa puissance par la guerre, ou même par la seule augmentation de ses forces armées. La France, l'Allemagne, le Japon, la Russie ont immensément perdu à ce jeu.
Les États-Unis sont sortis vainqueurs du xxème siècle parce qu'ils avaient su, sur une très longue période, refuser de s'impliquer dans les conflits militaires de l'Ancien Monde. Suivons l'exemple de cette première Amérique, celle qui avait réussi. Osons devenir forts en refusant le militarisme et en acceptant de nous concentrer sur les problèmes économiques et sociaux internes de nos sociétés.
Laissons l'Amérique actuelle, si elle le désire, épuiser ce qui lui reste d'énergie dans sa « lutte contre le terrorisme », ersatz de lutte pour le maintien d'une hégémonie qui n'existe déjà plus. Si elle s'obstine à vouloir démontrer sa toute-puissance, elle n'aboutira qu'à révéler au monde son impuissance. »
Ibid., p. 232-233.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 13:21
Le nom du haut fonctionnaire du Département d’Etat US qui travaillait pour la Turquie n’est pas cité par le Sunday Times, par peur de représailles. Mais la blogosphère l’a révélé depuis 2006 (et notamment l’excellent journaliste d’investigation australien Luke Ryland en 2006, sur son blog, WotIsItGood4.) :

il s’agit de Marc Grossmann qui était l’ambassadeur U.S. en Turquie de1994 à 1997, puis Secrétéaire d’Etat adjoint aux affaires européenes de 1997 à 2000 avant de travailler avec Colin Powell et Richard Armitage au Département d’Etat entre 2001 et 2005. Il est aujourd’hui Vice-Président de l’agence conseil, The Cohen Group, basée à Washington et en Chine et qui a été fondée par l’ancien Secrétaire à la Défense de Bill Clitnon, William S. Cohen.

L’histoire de Sibel Edmonds a fait l’objet d’un film “Une femme à abattre” de Matthieu Verboud et Jean R. Viallett.

A Vendre : Secrets Nucléaires Mortels de l’Occident

[06/01/08 The Sunday Times - Londres UK - Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org]

Une dénonciatrice a fait toute une série d’affirmations extraordinaires concernant le fait que des responsables gouvernementaux corrompus ont autorisé le Pakistan et d’autres pays à voler des secrets sur des armes nucléaires.

Sibel Edmonds, l’ancienne traductrice de 37 ans en langue turque ayant travaillé pour le FBI, a écouté des centaines de conversations sensibles interceptées alors qu’elle travaillait au bureau des opérations de l’agence à Washington. Elle a pris contact le mois dernier avec le Sunday Times après avoir lu un article sur un terroriste d’Al Qaeda qui avait révélé son rôle dans la formation de certains de ceux ayant détournés les avions lors du 11 septembre tandis qu’il était en Turquie.

Edmonds a décrit comment des agents étrangers avaient obtenu le soutien de fonctionnaires US pour placer un réseau de taupes dans des institutions sensibles militaires et nucléaires.

Parmi les heures d’enregistrements audio, elle dit qu’elle a entendu des preuves qu’un haut fonctionnaire bien connu au sein du Département d’Etat US était payé par des agents Turcs pour vendre des informations à des acheteurs sur le marché noir, inclus le Pakistan.

Le nom de ce fonctionnaire – qui a occupé toute une série de postes de haut niveau au sein du gouvernement – est connu du Sunday Times. Il nie avec force les affirmations.

Cependant, Edmonds a dit : « Il aidait des agents étrangers contre les intérêts des US en leur faisant passer des informations classées top secret, non seulement du Département d’Etat, mais aussi du Pentagone, en échange d’argent, position et objectifs politiques. »

Elle affirme que le FBI collectait aussi des preuves contre des fonctionnaires de haut rang du Pentagone – incluant des personnalités connues de tous- qui aidaient les agents étrangers.

« Si vous rendez public toute l’information que le FBI a sur cette affaire, vous verrez des personnes haut placées poursuivies dans des affaires criminelles, » a-t-elle dit.

Son histoire montre à quel point l’Occident a été infiltré par des états étrangers cherchant des secrets nucléaires. Cela illustre comment des fonctionnaires gouvernementaux occidentaux ferment les yeux, ou ont même aidé, des pays comme le Pakistan à acquérir la technologie sur la bombe. 

Le réseau nucléaire élargi a été sous surveillance pendant des années par un travail conjoint des services de renseignement américano anglais. Mais, au lieu d’y mettre fin, des enquêtes menées par des services juridiques chargés de l’application des lois tel que le FBI et le Revenue & Customs britannique ont été sabotées pour préserver les relations diplomatiques.

Edmonds, qui parle couramment le Turc et le Farsi a été recrutée par le FBI après les attaques du 11 septembre. Ses affirmations précédentes sur l’incompétence au sein du FBI sont bien documentées en Amérique.

Elle a apporté des preuves devant des réunions à huit clos du Congrès et de la Commission du 11 septembre, mais une grande partie des points clés de ses témoignages sont restés secrets. Elle a maintenant décidé de divulguer certaines de ces informations après avoir été déçue par l’échec des autorités US à agir.

L’un des principal rôle d’Edmonds au sein du FBI était de traduire des milliers d’heures de conversations tenues par des cibles diplomatiques et politiques Turques qui avaient été enregistrées clandestinement par l’agence.

Un grand nombre d’enregistrements avaient été accumulés, certains remontant à 1997, dont le FBI avait besoin pour son enquête sur les liens entre des cibles Turques et Pakistanaises, Israéliennes et Américaines. Avant de quitter le FBI en 2002, elle a entendu des preuves qui faisaient ressortir des actions de blanchiment d’argent, d’importation de drogues et de tentatives d’acquisition de la technologie pour des armes conventionnelles et nucléaires.

« Ce que j’ai trouvé était accablant » a –t-elle dit. « Tandis que le FBI enquêtait, plusieurs branches du gouvernement couvraient ce qui se passait. »

Les Turcs et les Israéliens avaient planté des « taupes » dans des institutions militaires et universitaires qui s’occupaient de technologie nucléaire. Edmonds a dit qu’il y avait plusieurs transactions de matériel nucléaire chaque mois, et les Pakistanais étaient parmi les acheteurs éventuels. « Le Réseau semblait obtenir des informations de chaque agence nucléaire aux US, » a-t-elle dit.

Ils ont été aidé, a-t-elle dit, par le haut fonctionnaire du Département d’Etat qui fournissait à certaines de leurs taupes – principalement des Etudiants en PhD – un passe sécurisé pour travailler dans des installations de recherche nucléaire sensible. Cela incluait le laboratoire nucléaire de Los Alamos au Nouveau Mexique, qui est responsable pour la sécurité de la force de dissuasion nucléaire US.

Lors d’une conversation qu’a entendue Edmonds le fonctionnaire faisait les arrangements pour récupérer 15 000 § en espèces de pot de vin. Le paquet devait être jeté à un endroit convenu par quelqu’un de la communauté diplomatique Turque qui travaillait pour le réseau.

Les Turcs, dit –elle, agissaient souvent comme intermédiaire pour l’ISI (Inter Services Intelligence) l’agence d’espionnage du Pakistan, parce qu’ils étaient moins sujets à attirer les soupçons. Des lieus tels que celui du American Turkish Council (Conseil Américain Turc) à Washington étaient utilisés pour déposer l’argent liquide, qui était récupéré par le fonctionnaire.

Edmonds a dit : « j’ai entendu au moins 3 transactions comme celle là sur une période de 2 ans ½. Probablement qu’il y en a certainement plus. »

L’opération du Pakistan était dirigée par le Général Mahmoud Ahmad, alors chef du ISI.

Des communications interceptées montrent qu’Ahmad et ses collègues stationnés à Washington étaient en contact permanent avec des attachés de l’ambassade Turque.

Des analystes du renseignement ont dit que des membres d’ISI étaient proches d’Al Qaeda avant et après le 11 septembre. Effectivement, Ahmad a été accusé d’avoir endossé le virement du paiement de 100 000 $ à Mohammed Atta, l’un de ceux ayant détourné les avions du 11 septembre, juste avant les attaques.

Les résultats de l’espionnage ont presque certainement été passés à Abdul Qadeer Khan, le scientifique spécialiste du nucléaire Pakistanais.

Khan était un proche d’Ahmad et du ISI. Tandis qu’il dirigeait le programme nucléaire du Pakistan, il est devenu millionnaire en vendant des secrets atomiques à la Libye, l’Iran, la Corée du Nord. Il a aussi utilisé un réseau de sociétés en Amérique et en Grande Bretagne pour obtenir des composants pour le programme nucléaire.

Khan a provoqué une alerte parmi les agences de renseignements occidentaux quand ses aides ont rencontré Ben Laden. « Nous avions connaissance de contact entre des gens de A Q Khan et Al Qaeda » a dit un ancien officier de la CIA la semaine dernière. « Il y a eu une panique totale au début quand nous avons découvert cela, mais finalement à la fin cela s’est arrangé. »

C’est probable que les secrets nucléaires volés des US ont été vendus à un certain nombre d’états voyous par Khan.

Edmonds allait voir plus tard l’étendue des connections Pakistanaises quand on a découvert que l’une des collègues traductrices au FBI était la fille d’un fonctionnaire de l’ambassade Pakistanaise qui travaillait pour Ahmad. La traductrice a reçu un passe sécuritaire pour des informations classées top secret malgré les protestations d’enquêteurs du FBI.

Edmonds dit que des paquets contenant des secrets nucléaires étaient délivrés par des agents Turcs à des contacts à l’ambassade Pakistanaise à Washington, utilisant leur statut de membres de la communauté diplomatique et militaire comme couverture.

Suite au 11 septembre, un certain nombre d’agents étrangers* ont été appréhendés pour être interrogés parle FBI qui les soupçonnait d’avoir connaissance ou d’avoir aidé d’une certaine façon aux attaques.

Edmonds a dit que le fonctionnaire du Département d’Etat s’est montré de nouveau utile.
«Une cible principale appelait le fonctionnaire pointant certains noms sur la liste et disait, « nous avons besoin de les faire sortir des US parce que nous ne pouvons pas nous permettre qu’ils vendent la mèche » a-t-elle dit. « Le fonctionnaire a dit qu’il « s’en occuperait. ».

Les quatre suspects sur la liste ont été relâchés de l’interrogatoire et extradés.

Edmonds affirme également qu’un certain nombre de fonctionnaires de haut rang au Pentagone ont aidé les agents Israéliens et Turcs.

« Les gens ont fourni des listes de taupes potentielles au sein d’institutions liées au Pentagone qui avaient accès aux bases de données concernant cette information, » a –t-elle dit.

« Les responsables des agents, qui faisaient partie de la communauté diplomatique, essayaient alors de recruter ces personnes pour qu’elles deviennent des taupes pour le réseau. Les listes contenaient tous leurs « points faibles », qui pouvaient être financiers ou sexuels et sur lesquels faire pression, leur travail exact au Pentagone et à quel type de document ils avaient accès. »

L’une des personnalités du Pentagone sous enquête c’était Lawrence Franklin, un ancien analyste du Pentagone qui a été emprisonné en 2006 pour avoir passé des informations sur la Défense US à des lobbyistes (du Lobby pro sioniste AIPAC actuellement poursuivis ndlt) et d’avoir partagé des informations classées secret défense avec un diplomate israélien.

« C’était l’une des personnes au sommet fournissant des informations et des paquets pendant les années 2002 2001 » a –t-elle dit.

Une fois récupérés, les secrets nucléaires ont pu aller n’importe où. Le FBI a surveillé des diplomates Turcs qui vendaient des copies de l’information au plus offrant.

Edmonds a dit : «Certains agents Turcs avides d’argent faisaient des copies du matériel et cherchaient des acheteurs. Ils avaient des agents chargés de trouver des acheteurs potentiels. »

Au cours de l’été 2000, Edmonds dit que le FBI a surveillé l’un des agents alors qu’il rencontrait deux hommes d’affaires Saoudien à Détroit pour vendre des informations nucléaires volées d’une base de l’armée de l’air en Alabama. Elle a surpris l’agent entrain de dire : « nous avons un paquet et nous allons le vendre pour 250 000 $. »

L’emploi d’Edmonds au FBI n’a duré que six mois. En mars 2002, elle a été congédiée après avoir accusé un collègue de couvrir des activités illégales de nationaux Turcs.

Elle a toujours affirmé qu’elle a été victime pour avoir parler ouvertement et a été innocentée par une enquête du bureau de l’Inspection Générale qui a étudié son cas trois ans plus tard. Ils ont trouvé que l’une des raisons qui avait contribué à son licenciement c’était qu’elle avait émis des reproches justifiés.

Le procureur général US a imposé un ordre étatique arguant du privilège du secret sur elle, ce qui l’empêche de révéler plus de détails des méthodes du FBI et des enquêtes en cours.

Ses accusations ont été entendues lors d’une réunion à huit clos du Congrès, mais aucune action n’a été entreprise et elle continue de faire campagne pour une audition publique.

Elle a pu discuter du cas avec le Sunday Times parce qu’à la fin de janvier 2002, le Ministère de la Justice avait mis fin au programme.

Le fonctionnaire haut gradé du Département d’Etat (Marc Grossman) n’y travaille plus. La semaine dernière il a nié toutes les accusations d’Edmonds : « si vous m’appelez pour me dire que quelqu’un a dit que j’ai pris de l’argent, c’est outrageant… je n’ai rien à dire sur de telles choses si stupides et ridicules. »

Dans ses recherches faites pour écrire cet article, le Sunday Times a parlé avec deux officiers du FBI (l’un en poste l’autre un ex) et deux ex sources de la CIA qui ont travaillé sur la prolifération nucléaire. Bien qu’aucun n’avait connaissance des accusations spécifiques contre les fonctionnaires qu’elle a nommés, ils ont effectivement fourni une corroboration coïncidant avec l’histoire d’Edmonds.

L’une des sources de la CIA a confirmé que les Turcs ont acquis des secrets nucléaires des US et ont partagé les informations avec le Pakistan et Israël. « Nous n’avons aucune indication que la Turquie a ses propres ambitions nucléaires. Mais les Turcs sont des commerçants. A ma connaissance ils sont devenus de grands acteurs à la fin des années 90, » selon la source.

Cet article n’est pas signé il est suivi d’un résumé intitulé Comment le Pakistan a obtenu la bombe, puis l’a vendue à ceux faisant les offres les plus élevées.

Source : http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/middle_east/article3137695.ece

http://libertesinternets.wordpress.com/2008/01/08/sibel-edmonds-ose-enfin-parler-comment-des-hauts-fonctionnaires-us-ont-vendu-des-secrets-nucleaires-au-pakistan-a-la-turquie-a-liran/#more-1411 http://libertesinternets.wordpress.com/2008/01/08/sibel-edmonds-ose-enfin-parler-comment-des-hauts-fonctionnaires-us-ont-vendu-des-secrets-nucleaires-au-pakistan-a-la-turquie-a-liran/#more-1411


Mercredi 9 Janvier 2008
Source : http://www.alterinfo.net/SIBEL-EDMONDS-OSE-ENFIN-PARLER-COMMENT-DES-HAUTS-FONCTIONNAIRES-U-S-ONT-VENDU-DES-SECRETS-NUCLEAIRES-AU-PAKISTAN-A-LA_a15559.html


Selon Valerie Plame Wilson, les révélations de Sibel Edmonds sont "stupéfiantes"

Par Brad Friedman, sur Brad Blog, le 12 février 2008

Traduction VirgileetAthéna / Catherine pour ReOpenNews

Valérie Plame Wilson estime que les révélations de Sibel Edmonds sont « stupéfiantes ». Elle dit avoir lu les articles publiés récemment dans un journal britannique à propos des secrets sur l’espionnage nucléaire américain, et sur les révélations concernant sa société-écran Brewster Jennings, dont l’existence a été révélée par un ex-officiel haut placé du ministère des Affaires étrangères dès 2001.

Valerie Plame Wilson, ex-agent de la CIA, explique que les récentes révélations par le journal britannique Sunday Times de vente de secrets nucléaires au marché noir étranger avec le concours de hauts responsables gouvernementaux sont "stupéfiantes".

L’ancien agent avait travaillé dans la division anti-prolifération de l’Agence, des années durant, à la surveillance du marché noir du nucléaire, sous couvert d’une société du nom de Brewster Jennings, jusqu’au moment où elle fut démasquée publiquement par des officiels de l’administration Bush. Elle a été interrogée ce matin par Henry Raines de American AM sur son serveur radio de Floride à propos de la récente série d’informations explosives parues dans le journal britannique.

Selon certaines de ces révélations, la véritable identité de Brewster Jennings en tant que société-écran de la CIA fut dévoilée dès 2001 à des officiels turcs par Marc Grossman, qui était alors assistant du secrétaire d’État aux Affaires européennes.

Une transcription de l’interview, avec version audio, est disponible en 2e partie de cet article.

Jusqu’à présent les trois récits parus dans le Times [de Londres] corroborent les détails fournis par l’ancienne traductrice du FBI Sibel Edmonds. Edmonds fut totalement bâillonnée par le ministère de la Justice de l’administration Bush sous couvert de "raison d’État" [State Secrets Privilege] depuis 2002, et interdite de parole au sujet de son travail au Bureau. Dans une interview exclusive à la fin de l’année dernière pour Bradblog, Edmonds annonçait qu’elle révélerait à n’importe quel média américain influent le récit complet de tout ce qui lui avait été interdit de dire jusque-là.

Aucun des grands médias US n’a relevé son offre, quoique le London Times l’ait contactée par notre intermédiaire à la suite de notre publication. Après la parution de la première « bombe » de la série au début du mois dernier, et son impact retentissant, l’information a fait la Une des journaux du monde entier. D’une manière assez incroyable, les médias US persistent à l’ignorer totalement.

Selon les deuxième et troisième articles de la série du Times, un "haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères" participa au travers d’un réseau de taupes placées dans des installations nucléaires sensibles et des bases militaires, à la vente de secrets nucléaires aussi bien aux Alliés des USA qu’à leurs ennemis. Le haut fonctionnaire, identifié comme Grossman, fut ambassadeur des Etats-Unis en Turquie, et au moment des faits allégués il était numéro trois du ministère des Affaires étrangères, après Colin Powell et Richard Armitage.

Selon les dires du Times et de Sibel Edmonds, Grossman a même averti les officiels turcs dès 2001 du fait que la société de Plame Wilson, Brewster Jennings, était une société-écran de la CIA. Grossman réfute ces accusations.

Tout en affirmant aujourd’hui qu’elle ne savait « rien de plus » sur cette affaire que ce que le Times avait publié, Plame Wilson se joignit à Edmonds et à d’autres « lanceurs d’alertes » comme Daniel Ellsberg dans la critique des mass media US pour leur défaut à enquêter et à relater cette affaire.

"Je trouve très intéressant, a dit Plame Wilson, qu’elle soit révélée de l’autre côté de l’Atlantique, et pas ici, dans aucun de nos journaux."

"On est en droit de dire qu’en général les médias US ont été extrêmement timides, soumis, et je pense qu’ils ont laissé tomber les étasuniens," a-t-elle expliqué en faisant référence à la couverture de la guerre d’Irak, lorsque les médias "ne s’intéressèrent qu’à ce que l’Administration leur servait, sans poser de questions, sans analyser, sans rechercher d’autres sources. Et regardez où nous en sommes aujourd’hui."

Tout en remarquant qu’il y a eu "peut-être deux ou trois petites lueurs" dans les médias, Plame Wilson trouve que ce n’est "jusqu’à maintenant qu’une sorte de léger gruau."

Ses commentaires font écho à l’éditorial récent du BRAD BLOG signé par Daniel Ellsberg, le légendaire employé du ministère de la Défense qui communiqua les explosifs Pentagone Papers ("papiers du Pentagone") au New York Times dans les années 70. [Daniel Ellsberg] y condamne les médias US pour leur incapacité à couvrir les divulgations d’Edmonds, les accusant de "participer à une dissimulation d’information."

"Beaucoup, sinon la plupart des opérations secrètes devraient être divulguées par une presse libre. Elles sont souvent secrètes non seulement parce qu’illégales, mais parce que terriblement mal conçues et irréfléchies," écrivait Ellsberg en référence aux allégations dérangeantes de l’affaire Sibel Edmonds. "De telles activités continuent secrètement, jusqu’au désastre national, parce que la presse néglige notre premier amendement précisément destiné à la protéger et à l’encourager à exposer les malversations des fonctionnaires."

L’ancien agent de la CIA Philip Giraldi a récemment couvert les dernières déclarations d’Edmonds de façon fouillée et détaillée dans un article intitulé "Found in Translation" publié par l’American Conservative Magazine. Quelques jours plus tard, dans un autre article « Sibel Edmonds doit être écoutée » ("Sibel Edmonds Must Be Heard") paru dans le Huffington Post, il a rejoint l’appel à amplifier la couverture médiatique, et à exiger des investigations par des officiels élus.

Quand Raines expliqua à Plame Wilson pendant l’interview d’aujourd’hui qu’il trouvait que ces allégations nécessitaient un complément d’enquête, elle répondit à nouveau, "Je suis d’accord ! C’est stupéfiant," et ajouta : "C’est une période extrêmement frustrante… Je n’ai pas de suggestions miracle sur la manière de faire connaître cette histoire aux États-Unis."

Interrogée sur les déclarations selon lesquelles Grossman avait révélé [l’existence de son] réseau secret Brewster Jennings, elle indique qu’elle était incapable de répondre à ces accusations.

"Non seulement je dis "No Comment" mais par "No Comment" je veux dire que je ne sais pas quoi ajouter à cela", a-t-elle déclaré. "Pendant la course vers la guerre, et jusqu’à ce que je sois démasquée, je me consacrais presque uniquement à tenter de mener des opérations sûres et efficaces, de comprendre ce qui pouvait bien se passer en Irak, de savoir qui étaient les scientifiques, ce qu’ils faisaient, où étaient leurs sites secrets."

S.Edmonds, actuellement en voyage, est injoignable et ne peut faire de commentaires. Si nous réussissons à avoir de ses nouvelles, nous reviendrons sur cette affaire.

Les articles de BRAD BLOG tirés de notre longue série d’articles et d’exclusivités sur l’affaire Sibel Edmonds sont disponibles en mp3 sur ce site.

* * *

L’interview complet par American AM de Plame Wilson dure environ 30 minutes. La partie pendant laquelle les allégations d’Edmonds sont discutées commence à peu près à la marque des 20 minutes. Cette section de l’interview a été transcrite [et traduite] ci-après, grâce à Emily Levy, de VelvetRevolution.us :

 

HENRY RAINES : J’imagine que vous suivez de près ce qu’on dit sur le sujet auquel vous travailliez : l’antiprolifération.

VALERIE PLAME WILSON : Absolument. Avec le terrorisme, c’est la première menace à laquelle la nation doit faire face aujourd’hui.

RAINES : C’est une série d’articles vraiment dérangeants, des articles d’investigation, parus dans le Times of London le mois dernier, trois publications jusqu’à présent, je crois…

VPW : Oui, mm-hmm.

RAINES : …et il y a pratiquement, ici aux États-Unis, un black-out total sur l’information du grand public. Nous avons fait de nombreuses émissions là-dessus depuis la première parution. En fait, il y a une semaine et demie nous avons interviewé la première personne à avoir obtenu une colonne ou un article dans un quotidien américain, le North Mississippi Journal. Donc, vous voyez que nous sommes attentifs à toutes ces inquiétudes et préoccupations sur la construction par l’Iran de ceci ou…

VPW : Mm-hmm.

RAINES : …ou par un autre pays de cela, mais l’histoire à la Une du Times of London, un journal respecté, concerne la troisième personnalité du ministère des Affaires étrangères, identifiée dans le American Conservative  comme Marc Grossman…

VPW : Mm-hmm.

RAINES : …en train de vendre effectivement nos secrets à la Turquie et à Israël. Et la Turquie les revendrait au Pakistan…

VPW : C’est exact. Enfin non, c’est stupéfiant ! J’ai vu la série d’articles. Je ne… oui, je trouve très intéressant que ce soit révélé à l’étranger et absolument pas ici [aux USA], dans aucun de nos journaux. Je n’ai aucune connaissance particulière du sujet, rien de plus que ce que vous êtes en train de lire, mais c’est très intéressant. Et oui, je pense qu’on est en droit de dire que d’une manière générale, les médias américains ont été très timides, passifs, et je pense qu’ils ont laissé tomber les Étasuniens. Regardez comment ils ont couvert la guerre d’Irak, comme des débutants, et comment, en général, ils ne s’intéressèrent qu’à ce que l’Administration leur servait, sans poser de questions, sans analyser, sans rechercher d’autres sources. Et regardez où nous en sommes aujourd’hui. Je pense que les médias comprennent cela, et s’attaquent à ces problèmes, mais à cause des rachats ou des réductions de budgets, étrangers et autres, consacrés au journalisme d’investigation ou aux nouvelles internationales, il n’en sort qu’une sorte de léger gruau, avec deux ou trois petites lueurs, mais c’est bien mince.

RAINES : Et que suggéreriez-vous à nos auditeurs pour qu’ils aident à faire connaître cette histoire ? Parce que tout ceci me stupéfie littéralement, je ne suis pas expert en droit, mais cet acte de trahison, je dirais, lorsque la troisième personne du ministère des Affaires étrangères vend cela, tout ceci mérite une enquête.

VPW : Je suis d’accord ! C’est stupéfiant. Ayant traversé le pays durant les deux derniers mois, il est clair pour moi que les États-Uniens de toute obédience politique ont soif d’information. Ce que l’on entend est édulcoré, vous ne savez évidemment pas si ce que vous lisez est vrai, que ce soit sur Internet ou dans les médias grand public. C’est une période extrêmement frustrante. Et je n’ai guère de suggestions miracles quant à la manière de faire entendre cette histoire aux États-Unis. Ils ont peut-être des plans, je ne sais pas s’il y a l’équivalent de ce journal ici, pour parler de tout ça.

RAINES : Eh bien, ce pourrait être, je ne sais pas, Fox News. C’est un journal de Rupert Murdoch. Ce ne serait pas difficile d’obtenir la publication de cette affaire, s’il y avait la motivation. D’après Sibel Edmonds, l’enquête s’élargit. Le Times of London fournit d’autres sources parce que, là-bas, c’est en train de devenir une magnifique enquête.

Pour les deux minutes qui nous restent, je voudrais vous poser une autre question sur… parce que le troisième épisode de l’histoire concerne directement, enfin, vous ne pouvez le reconnaître directement, mais il est très proche de la tourmente que vous avez vécue. Parce que le même responsable du ministère des Affaires étrangères est accusé d’avoir payé l’American Turkish Council…

VPW : Mm-hmm.

RAINES : …qui allait louer les services d’une société du nom de Brewster Jennings, ce qui aurait permis d’avoir un œil sur ce qui se passait, il les a prévenus et leur a dit : "Ne vous adressez pas à eux. C’est la…"

VPW : Ouais.

RAINES : "…CIA." Cela doit vous troubler.

VPW : Non seulement je peux dire "No comment" mais par "No Comment" je veux dire que je n’ai rien d’autre à ajouter. Pendant la course vers la guerre, et jusqu’à ce que je sois démasquée, je me consacrais presque uniquement à tenter d’exécuter des opérations sûres et efficaces, de comprendre ce qui diable pouvait bien se passer en Irak, de savoir qui étaient les scientifiques, ce qu’ils faisaient, où étaient leurs sites secrets. À mon avis, avant que Colin Powell, le général Colin Powell, ne fasse son discours à l’ONU en février 2003, juste avant la guerre, comme je l’ai écrit dans mon livre, c’était, je dirais, la première fois que je levais la tête du guidon, et alors j’ai dit : "Non, attendez. Ce qu’il dit ne correspond pas avec ce que je comprends et avec les renseignements que j’ai sur cette question." Et cela m’a rendue absolument malade parce que je savais que ce qu’il disait semblait bien plus solide que ce n’était en réalité. Et je me suis seulement dit "hum !", j’espère que quelqu’un de plus haut placé que moi en sait plus, a davantage accès à l’information que moi, parce que ça ne collait tout simplement pas. Cela m’a rendue absolument malade.

RAINES : Je m’excuse auprès de nos auditeurs s’ils ont été séduits, mais Alan et moi avons décidé de garder Valerie Plame Wilson pour nous seuls…

VPW : [rires]

RAINES : …il nous reste 60 secondes, Alan, si vous avez autre chose à ajouter.

ALAN CROSS : Une seule question rapidement.  A propos de votre livre « Fair Game: My Life as a Spy, My Betrayal by the White House », ma question est la suivante : travailliez-vous seule en tant qu’agent, ou aviez-vous une équipe qui travaillait pour vous ?

VPW : Je crois que c’est une de ces inventions auxquelles Hollywood contribue en permanence. Vous pensez à « Bourne Indentity » ou à James Bond, en réalité nous ne sommes jamais seuls. C’est toujours un effort collectif. Il ne s’agit pas d’un escroc qui là, dehors, enfile son smoking pour entrer dans un casino de Monaco. Vous avez des analystes, des techniciens, des gens qui rassemblent les informations, et votre équipe de veille. C’est vraiment un effort collectif. Et les gens qui travaillent, mes anciens collègues de la CIA, sont pour la plupart des gens très intelligents, extrêmement dévoués qui aujourd’hui sont sous une forte pression politique et j’espère que l’on pourra changer de direction dans le futur.

 

Brad Friedman

Brad Blog, le 12 février 2008

 

Traduction VirgileetAthéna / Catherine pour ReOpenNews

Par Paris8philo - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 00:24

16 novembre 2010 - A la tête du quatuor des collabos français au nouvel ordre mondail ou première forme ratée du gouvernement de la Terre (composé de Lamy à l'OMC, DSK au FMI et Noyer à la BRI), Jean-Claude Trichet ne cache plus sa volonté de ramener le monde à un règne féodal des puissances monétaristes. Le 13 novembre, dans une interview au Progrès, le gouverneur de la BCE a demandé la fin de l'ordre « westphalien », selon lequel le monde opère sur la base d'Etats-Nations souverains coopérant dans leur intérêt mutuel.

 

« Nous avons encore aujourd'hui une gouvernance bâtie sur les Etats souverains eux-mêmes, un monde "westphalien" et qui ne correspond pas aux besoins nouveaux de gouvernance d'une économie mondiale intégrée. Le grand défi de la période présente est d'accélérer le passage à une gouvernance mondiale qui soit à la mesure du monde nouveau que nous avons progressivement créé, particulièrement au cours des vingt dernières années après l'effondrement de l'empire soviétique et la conversion des grands pays émergents à l'économie de marché. »

 

Mais pourquoi revenir à un ordre de souveraineté ? La souveraineté ne disparaît pas dans l'ordre mondial qui succède à l'ordre westphlien, car l'état d'urgence peut tout autant être déclaré pour remilitariser la vie civile et la politique comme ce qui arriva avec les innondations de la nouvelle orléans. L'admistration mettant en place cela se nomme la FEMA aux Etats-Unis. Nous en avions parlé en avril 2009 ici.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires

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