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Mardi 9 juin 2009
Comme on peut remarquer un créateur, un créateur de valeurs, quelqu'il soit, est toujours greffeé sur l'activité artistique de son temps on retrouve cela notamment chez Le Corbusier qui bien avnt son dogmatisme des 5 principes pour une architecture moderne. Celui-ci a combiné  diverses activités artitistique dont la peinture et l'architecture avec de la poésie et une pensée théorique sur la ville et l'habitat. Certes on retient évidemment le dogme de son modulor énoncé en 1948 ou encore ses 5 principes pour une architecture moderne : structure de poteaux, plan libre, facade libre, toit terrasse et j'en oublie, se greffera en fait sur une activité sans cesse réitérée. il ne pratiquait l'architecture qu'à mi-temps, se reservant le reste de la journée à des activité solitaire comme la peinture et l'écriture. Il ne se considéra d'abord comme un architecte, ce fut une certaine germination qui s'opéra en lui aux travers de ses 4 maîtres, William Ritter pour l'écriture, Ozenfant pour la penture, Charles L'éplatennier, et Auguste Perret pour l'architecture. Etant autodidacte il avait sans cesse besoin de communiquer ses acquis et de vérifier ce qu'il avançait aurpès de ses amis. Sa correspondance en témoigne mais très vite lui vint l'idée de constituer une revue l'Esprit nouveau il se concentrait davantage sur la peinture que sur l'architecture. Il signait d'ailleurs de son vrai nom les article sur la peinture et sous un pseudonyme les articles sur l'architecture, dont beaucoup furent des extrait de ses livres (notamment vers une architecture).

Sur l'activité.
Ce qu'il faut noter c'est que le sous-titre de l'Esprit nouveau : revue internationale illustrée sur la activité contemporaine. Le Corbusier ne fut pas qu'architecte ou directeur de revue, il

Du post-cubisme aux villas puristes.
Dans une lettre (la lettre ) Le Corbusier fait mention de la manière dont il a  embrayé à partir de sa pratique picturale conjointe avec son ami Ozenfant sur sa pratique architecturale. On peut qualifier suivant les articles du Corbu et d'Ozenfant parus dans l'esprit nouveau sa peinture de post-cubsime ou de purisme, c'est-à-dire une ensemble de natures mortes épurées dans le forme et reposant sur un jeu de couleurs. Le Purisme et L'Esprit nouveau qui le porta eu cours de 1921 à 1933. Il se caractérise par un retour post-cubiste à Ce n'est pas sans raison que Le Corbusier insista auprès de Loos pour publier son article "l'ornement est un crime" dans l'esprit nouveau. Toutefois Le Corbusier était sensible à la modénature des corniche classique.

Le travail a même l'activité picturale contemporaine eu pour effet ceci, un passage du purisme de la peinture à l'architecture, notamment au travers de l'emploi d'une géométrie claire mais surtout de la couleur (cf. La villa Laroche actuelle Fondation Lecorbusier) : Comme il l'écrit dans sa lettre 71 : Plus encore la couleur a servie à détruire en certains endroit

La gestion partitionn et toute jésuite de ses activités.
Le Corbusier est peut-être un grand architecte,

Bibiographie :
Par Anthony - Publié dans : Cinéma Culture - Communauté : Arts
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Mardi 15 avril 2008
Demain nous pubions une lettre aux professeurs du département de Paris 8.

Révolta kilomètre zéro ou la traversée du désert des derniers révolutionnaires. Dédicace à Alain Badiou

Revolta-Kilometre Zero LE FILM
envoyé par revoltakilometrezero
Par Paris8philo - Publié dans : Cinéma Culture - Communauté : Cinéma
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Mardi 25 mars 2008

Dans le présent article, il sera question d’une analyse de certaines oeuvres de David Cronenberg.  Notre choix de films étudiés est exhaustif pour plusieurs raisons. Nous nous contenterons pour cerner une certaine problématique de circonscrire une époque de réalisation où David Cronenberg a mis en scène ses propres scénarios. Il sera donc question de la fin des années 70 et des années 80. Il est difficile de percevoir un projet esthétique « continu », c’est-à-dire de qualifier le projet de Cronenberg comme la redondance d’une thème à partir d’une même emploi des figures de styles. La multiplication des histoires et leur différence mettent en avant la répétition d’un thème, celui de la chair et du corps, qu’il réalise sous différents points de vues. Le cinéaste déploie sa propre obsession sous différentes perspectives ; il s’emploie à dominer un thème en le répétant sous différents modes narratifs. Nous nous contenterons d’énumérer et de recouper l’analyse de ses films pour retrouver le thème. Bien sûr, il s’agit de mettre  en évidence une généalogie commune où chacun de ses films seraient une variation interprétatives de ce thème.

 

 

 

I.La critique du corps et la vie de la chair.

Les œuvres de Cronenberg mettent en scène les peurs et les angoisses de l’homme face à  la technologie, plus généralement l’administration du vivant par des technologies politiques et mécanique.  Ainsi,  ce qui est en jeu dans les canevas de ces histoires, c’est l’oppression des personnages par la tyrannie d’un pouvoir sur le corps,  symbolisé par les scientifiques. Dans Videodrome Convex utilise les ondes Télévisuelles pour provoquer les hallucinations chez Max Renn; dans The Brood, Harglan est psychiatre  soignant Nora Carveth ; Dans Scanners, il s'agit d'un médicament stimulant la grossesse qui est à l'origine des pouvoirs télépathiques; dans The fly, Brundel utilise la téléportation qui, par accident, provoque la fusion entre la mouche et l'homme.

            La vision de la science par Cronenberg est sans doute pessimiste aux premiers abords,  car l’essence du savoir est perçu comme profondément technologique, c’est-à-dire que ce qui est savoir (Theoria) ne peut être technique (techné). Il s’agit d’asservir l’étant, c’est-à-dire que la nature est comprise sous l’angle du logo-centrisme : l’homme doué de la raison (et donc de la science) voit l’essence de l’étant comme centrer sur la rationalité et son pouvoir transformateur. Il est question de manipuler la nature à  une fin technique. C’est dans cette mesure que Cronenberg peut être comparé à des auteurs du 19ème siècle telle que  Mary Shelley et de son personnage du Baron de Frankenstein et de sa créature, ou de Robert Louis Stevenson et de son Docteur Jekyll et monsieur Hyde[1]. Mais la comparaison à ces auteurs classiques du fantastiques se limitent ici, car le projet de Cronenberg et l’idée de la science qu’il se fait, est dans une autre perspective. En effet, ses personnages sont les résultats d’expériences menées par des scientifiques ; l’esthétique est centrée non sur l’angoisse de l’homme face à la  science  moderne, mais plus profondément sur  la défaite du corps et du retour à la chair.   Les œuvres de Cronenberg amène notre interprétation sur le problème du pouvoir et de la vie.

 

 

A. L’administration de la vie : la critique du corps.

            Il s’agit de revenir sur un préjugé concernant la vie et de sa confusion avec le terme de corps. En effet, la vie n’est pas uniquement le « corps », ce terme est employé afin de désigner la finitude du vivant dans un lieu. Elle est la figure organisée de la chair. Le terme de « corps » est lié à une histoire d’un pouvoir coercitif sur l’individu [2]. En traitant l’individu par le terme de corps, il devient l’objet d’une puissance s’exerçant sur lui, il est rendu fonctionnel pour s’insérer dans l’ordre social.  La fonctionnalité est employée ici pour définir tout type de discours, c’est-à-dire usage d’un procédé verbal ou usage de signes ostensibles marquant la chair comme étant soumise à des institutions usant de  violence  par la discipline et la sanction.

Cette explication sur la notion de corps vise à décrypter l’une des perspectives de l’œuvre  du cinéaste. Il voue une obsession à l’idée de la mutation corporelle, par exemple le personnage de Videodrome, soumis aux effets des ondes V, voit son corps muté ( l’apparition d’une arme à la place de la main). Les mutations ne sont que la défaite d’un corps dépassé. Il s’agit de défaire la chair de cette configuration corporelle (« Long live for the new flesh »).  

L’homme vu par Cronenberg est  dans une nouvelle configuration.  Destituer la forme de la chair, c’est voir celle-ci aller au-delà des frontières dans laquelle elle se restreignait, s’étendre là où habituellement elle est absente. Réduire le corps à sa surface charnelle, c’est restituer l’unité la plus profonde de la vie. Le corps, comme image, institue des frontières fictives ( de l’ordre du discours). Les  créatures mutantes révèlent la transgression. Elles  vont à l’encontre des interdits que nous posons sur le rapport au corps La fonction de négation de la mécanique du corps est un retour à l’élément primordial qu’est la chair. Par exemple, l’ordre du discours scientifique et médical  conçoit le ventre dans une unité tripartite (digestive, sexuelle et excrémentielle) ;  conçu dans son unité, comme faisant les points de convergences des fonctions organiques partageant la même chair.  Il s’agit de concevoir la mutation comme la mis en place d’un ordre nouveau, la formule qu’emploie le personnage Max Renn est révélatrice pour cela « The long live for the new flesh ».  Dans Videodrome  et The Brood le ventre est conçu comme une unité où les trois fonctions ne sont pas distinguables, mais sont rapportés à la vie de la chair uniforme. Dans Videodrome, Max Renn voit apparaître une fente verticale au milieu de l’abdomen ou Convex lui insère une vidéo cassette ; dans The Brood Nora Carveth donne naissance aux enfants de la haine comme ex-croissance abdominale.  

 

 

B. La chair hétérogène.

            Si Cronenberg est dans une rupture avec le « corps », c’est  pour mettre à nu l’expérience de la chair comme surface illimitée, surface de contacts et de transformations où le monde n’est plus frontalier avec un moi physique du corps, mais où la chair est le lieu même d’un confusion des lieux. Le simple moi,  identité simple de la conscience  inhérent  au corps physique, n’est plus de mise dans la chair. La thématique cronenbergienne est proche de l’expérience de la chair évoqué chez Artaud :  « Il me parle de narcissisme ; je lui  rétorque qu’il s’agit de ma vie. J’ai le culte non  pas du moi mais de la chair, dans le sens sensible du mot chair. Toutes les choses ne me touchent qu’en tant qu’elles affectent  ma chair, qu’elles coïncident  avec elle, et à ce point  même où elles l’ébranlent, pas au-delà. Rien  ne me touche, ne m’intéresse que ce qui s’adresse  directement à ma chair. Et  à ce moment il me parle du Soi. Je lui rétorque que le Moi et le Soi sont deux termes distincts et à  ne pas confondre, et sont très exactement les deux termes qui se balancent de l’équilibre de la chair.»[3]

Dans la chair, l’homme nouvellement transformé est l’alliance d’éléments incompatibles. Ainsi, ce qui est en jeu dans l’idée de la mutation, est celle de la naissance d’une nouvelle forme de vie. La nouvelle vie est l’interpénétration d’éléments préexistants au monde dans lequel les personnages évoluent. Cronenberg conçoit l’humain comme un matériel indéterminé, le corps est une entité imparfaite, soumis à la transformation. La chair sans la figure du corps, est une superficie sans limite, qui recouvre un territoire inconnu. L’homme transformé chez Cronenberg, est soit l’alliance d’une chair des-organisée avec des outils (Videodrome : Max Renn homme revolver, Nikki devient le poste de télévision) soit une chair se dédoublant dans une fonctionnalité ( The Fly : Brundel est homme et mouche dans la même peau ; The Brood : Nora Carveth est la Reine d’une ruche d’enfants ). Par ces images de mutants, il donne à réfléchir la contiguïté de la chair en deux sens. Il y aurait une contiguïté de l’extériorité, la chair se propageant vers l’espace extérieur, il y aurait une fusion avec le monde des objets.  En second lieu, il y aurait une contiguïté interne de la chair, deux formes se partageant la même matière. La forme première du corps n’est pas détruite, elle est simplement expulsée de la matière. La dissociation  forme matière permet de réfléchir l’en soi de la vie naturelle (inhérente à la chair) et le pour-soi du corps comme figure.

Cronenberg met en place la fusion d’éléments. Il s’agit de poser l’alternative d’un vivant autre que celui issu d’une reproduction sexuée, c’est-à-dire autre que la naissance d’un être organique par l’accouplement de deux entités autonomes (mâles et femelles). Le cinéaste conçoit la vie sous la forme du parasitage, il y a l’hôte et le parasite. Dans Videodrome, les ondes V parasitent le cerveau de Max Renn lui provoquant des hallucinations, un pistolet fusionne avec sa main droite. Dans The Fly, Brundel voit son corps se transformer pour laisser place à des fonctions organiques de la mouche. Cronenberg use de la métaphore du parasitage pour signifier que la chair elle-même peut se métamorphoser dans sa configuration première,  la chair porte en elle cette mutation. Il s’agit du cancer, du développement anarchique de cellules désobéissant au corps La chair, élément primitif, est le lieu d’une propagation cancéreuse de la vie qui désobéit à l’ordre du corps classique. Dans Videodrome,  l’explication qu’on donne à Max Renn concernant ces hallucinations est celle d’une tumeur cérébrale provoquée par les ondes V. Brundel comprend en termes médicaux sa mutation en cancer généralisé.

 

II. Esthétique de Cronenberg : la surface.

 Son esthétique repose sur une ontologie de la chair, de la surface. Il évite l’écueil d’une esthétique classique, celle d’un dualisme de la transcendance et l’immanence, le spirituel et le corporel. Il développe la représentation dans son cinéma à partir de cette surface qu’est la chair. On observe cette absence de profondeur, de la verticalité dans la représentation. La transcendance et l’immanence sont des mots désignant une rapport ordonnateur où le champ des événements est compris par rapport à un plan eidétique. Il s’agit de retrouver dans l’événement la trace d’un sens et de sa présence qui lui fait défaut dans sa manifestation. L’événement est événement par rapport à un lieu qui n’est pas dans l’événement, disjoins de celui-ci mais l’administrant par une grille rationnelle. Transcendance et immanence pose le problème de la causalité. Celle-ci, est déduite de notre part,  en retraçant dans la manifestation ce qui fait l’événement, de la raison vers le monde. Il s’agit de comprendre l’être dans le devenir.

Cronenberg est dans une rupture de cette vision de l’événement chosifié dans le non-événement. Il conçoit non un rapport entre être et devenir, mais le devenir pur, comme association de différentes figures d’une même surface. le montage d’un devenir pur, comme conjonction hétérologique de la  surface  charnelle. Ce n’est pas le « est » qui est invoqué mais le « et ». La chair mutée, libérée du corps, est dans son hybridité, un être unitaire, mais une agglomération de pluralités hétérogènes (Max Renn dans Videodrome, est à la fois une conjonction entre l’homme et l’arme à feu ; A la fin de The Fly, Brundel sortant du téléporteur est une association entre L’homme, la mouche et la machine). Absence de la transcendance et de l’immanence, la surface dans les films de Cronenberg est conjonction dans l’unité narrative. L’un et l’autre ne sont pas dans une relation de la causalité  comme la transcendance et l’immanence. Elles sont deux sphères dans une coexistence, sans lien causal, mais dans une autonomie et une interdépendance l’une de l’autre. Il y a dans l’espace de ces films, la recherche de cette conciliation des contraires.

Si la chair est perçue comme devenir contenu dans le corps, le corps est  révélé  comme une structure  ordonnée fictive et arbitraire. Nous projetons par l’imagination, comme simple préjugé, un ordre sur un lieu qui  par essence n’est pas ordonnée. Dans son immédiateté, la chair est dans son vécu pour la conscience un lieu de sa visée. La chair est « corps » dans le rapport entre le monde et la conscience, dans la constitution primitive de l’expérience du monde et du moi. La  chair  en  tant que corps, est le médian entre conscience (intériorité) et monde (extériorité). Le terme de «  corps » définit la chair dans ce passage entre intériorité de la conscience  et extériorité du monde. Le corps est un croisement entre l’ordre du monde et l’ordre de la conscience. Ce que fait Cronenberg dans la mutabilité du corps est la destitution de la structure.

L’élément médian d’un corps organique devient un corps sans organe (la chair). Ainsi, l’élément central comme chair voit sa transformation rejaillir sur l’expérience de la conscience et du monde qui se trouve en elle. Dans quelle mesure la chair transformée éclaire l’ombre  de la conscience et l’ombre du monde ? Il dévoile ce  qui  est caché dans les profondeurs de la conscience et du monde. Opérant le déploiement de la conscience au niveau fantasmatique et imaginaire et déploiement du monde vers ses  zones obscures. Déploiement et mis en surface de la chair dans ses pulsions expulsent fantasmes de la conscience dans le monde.  Il  conçoit la vie  dans la chair, comme devenir pur , réduit à sa propre force. Dans une perspective nietzschéenne  de la vie comme volonté de puissance.[4] La chair libérant sa force dionysiaque en lutte contre les formes de  l’apollinien. Cette lutte est au source de l’esthétique de Cronenberg. L’homme parasité dans sa reconfiguration, est la libération de la force dans la recherche de nouvelles formes de mettre dans le lieu de la chair

 

 

 

III. La surface : Mesure et  démesure du temps.

 

a. Chronos et Aiôn.

La chair est dans son identité, l’oubli de l’unité, de l’équation simple « moi égal corps ». La chair du mutant est  l’hétérogénéité de plusieurs lieux, la proximité de l’animé et de l’inanimé concentrés dans un même espace. Mais la  transformation dans la  chair chez Cronenberg est en cela prise dans une dynamique de la propagation, en éternel devenir contre le statisme de l’être. Il est vrai que dans Videodrome Renn est soumis petit à petit aux mutations par les hallucinations ; dans The Fly, Brundel se transforme lentement en mouche. Ce que filme Cronenberg n’est pas l’immédiateté de la transformation, mais le processus par lequel cette chair se voit transformer. Il s’agit de filmer la lenteur de ce changement, de saisir les étapes du processus tout en restituant le flux continuel. Ainsi, on assiste à cette propagation dans la chair mais aussi dans quelle mesure le monde environnant se voit lui-même transformer, a l’instar de la chair mutante. Il est toujours question de cette surface, de ce déploiement de la transformation sur plusieurs  plans. Comment restituer cette dialectique entre le monde et le mutant ? Il s’agit en effet de restituer cet effet de surface- transformation  du monde à l’image de la transformation du mutant- ou  bien est-ce l’inverse ?

La chair est absence de sens, elle est perte de repère spatial. Elle est comprise comme flux ou tout advient  et coexiste dans sa présence. Est-il possible d’affirmer au sein de la mutation de la chair une temporalité physique ? La chair défiée de cette forme qu’est le corps, est le déchaînement des pulsions et des forces. Peut-on encore considérer la chair sous la perspective de la temporalité des corps? Le temps est communément admis comme une mesure du mouvement des objets comme les aiguilles d’une montre en rotation autour d’un cadran. La conception du temps est celle de la mesure du mouvement, des corps parcourant une distance. Le temps dans sa mesure est celle du présent, où passé et futur ne sont que deux dimensions relatives à une certaine durée de la conscience comme nous la comprenons chez Saint Augustin[5] . Le temps est vu comme Chronos s’appliquant aux corps. Elle mesure les effets  et les causes. Elle assure à la pensée le rapport stable entre les objets. Privée de sa forme de corps,  la chair révèle  un autre temps, celle d’un devenir fou, celle de l’Aiôn. Dans Logique du sens, concernant l’Aiôn  Deleuze écrit : « le devenir fou de la profondeur est donc un mauvais Chronos, qui s’oppose au présent vivant du bon Chronos. Saturne gronde au fond de Zeus. Le devenir pur et démesuré des qualités menace du dedans l’ordre des corps qualifiés. » [6]  

 La chair est trace de l’Aiôn dans le vivant, mais ce devenir fou vécu dans la chair n’est qu’un écho, une répétition d’un devenir parcourant le monde. Les œuvres de Cronenberg se présentent comme surface.  La chair est un effet sur une surface qui elle-même est muée  par le devenir. Il y a cette mutation du monde s’opérant dans les alentours de la chair.  Videodrome exprime cette logique du devenir de la surface. Le cinéaste opère une mise en abîme, filmant la télévision, il institue dans le cadre narratif de l’ordre du film, un second ordre.  La succession des images sur le poste de  télévision est un flux, faisceau visuel d’un assemblage hétérogène d’images. La télévision est en elle ce lieu des conjonctions des formes. Elle est le signe de cet assemblage épars faisant écho à la future transfiguration de Max Renn  en un nouvel homme.

Cronenberg pousse cette logique du devenir pur de la surface, en instituant de la transformation d’éléments. Il y a dissymétrie  dans le devenir-fou des surfaces est dans un déséquilibre permanent. La surface en elle est réfraction du sens, et résonance des effets. Si la télévision est symétrique à Max Renn, elle est même incluse dans le devenir propre du monde. La télévision se greffe telle un parasite à l’ordre du monde. Le monde n’est qu’apparence (phenomenon),  elle est illimité dans son essence. Max Renn  achète des programmes érotiques à des japonais  dans la chambre d’un hôtel miteux ; les décors d’un restaurant huppé précèdent la visite d’un hospice médical pour mendiant. Le cinéaste filme la superposition de scènes d’une géographie urbaine où tout se mêle, se mélange. Le mutant, lieu géographique d’une dualité entre chair et matière, est infraction de l’ordre naturel, se voit exclu de l’ordre social ; le mutant se voit destitué de son rôle social ( dans Videodrome Max Renn, de directeur d’une chaîne de télévision, devient un meurtrier pourchassé ; dans The Fly  Brundel se cloître dans son appartement pour cacher sa monstruosité ; dans Scanners, les mutants télépathiques sont des mendiants vivants dans les rues). Le mutant transgressant l’ordre naturel, est chassé pour se réfugier dans les bordures de la civilisation urbaine ( dans Videodrome, Max Renn se cache dans un bateau en cale sèche, désaffecté rouillé dans la banlieue de la Ville   il se donne la mort). La vie pulsionnelle et instinctive de la chair dans son déchaînement ne peut se limiter à cette espace. La chair est montrée par Cronenberg comme propagation. Elle n’est pas lieu précis. Cronenberg assume le devenir de la chair au delà du corps transformé.

 les prés-mutants sont dans une relation d’incursion dans des espaces non normalisées, Cronenberg filme  banlieues grisonnantes dans Videodrome et Scanners; Des endroits de claustrations (Chambres exiguës d’hôtels piteux ; Salles de tortures). A l'arrière du monde fonctionnel, Cronenberg laisse des traces, des indices d'un arrière-monde, excrément du monde fonctionnel.

Le thème de la mutation est utilisé par Cronenberg pour dévoiler un préjugé moral. Le mutant est transgression de l’ordre naturel, par la même occasion il est expulsé de l’ordre social. Ainsi, le mutant dans son existence révèle le préjugé d’une identification entre ordre naturel (compris la fonctionnalité du corps organisé) et l’ordre social. Il apparaît que ce qui est organiquement normal répondant à des normes physiologiques « saines » (  par exemple la main est main, elle se définit par sa motricité et sa dextérité)  et inséré  dans l’ordre social, le corps fonctionnel est à l’image du corps social[7].  Le mutant, comme infraction, donne accès à cette lecture de l’identification des deux ordres. Par sa présence, il dissout cette identification. La violence de l’ordre social  usée contre  le corps mutilé est la volonté d’effacer cette mis à distance des deux ordres, car le mutant existe dans l’espace de cet écart. L’ordre social peut, dans sa volonté de normaliser les  nouvelles formes de vie, concevoir dans le mutant un instrument à domestiquer comme une  bête. Le mutant est perçu par l’ordre social comme un instrument, elle transpose le schéma du corps fonctionnel sur le corps du mutant ( dans Videodrome Max Renn  est utilisé par le personnage de Convex en tant qu’assassin pour servir ses intérêts ; dans Scanners l’organisation secrète CONSEC utilise les mutants comme nouvelles technologies, dans The Brood Nora Carveth est l’objet  des expériences du docteur Hal Raglan concernant la psychoprotoplasmie[8] ).

 

 

b. La narration cronenbergienne : variation interprétative sur Videodrome. 

Le mode narratif de Cronenberg appartient à cette expression de la surface. Cronenberg opère cette rupture avec le modèle narratif classique, cette fausse réalité qu’est le montage. En effet,  le montage est une acte de réorganisation de la réalité  filmée.  Le temps du monde fonctionnel, comme temps physique, est lié à l'oppression des corps. Le temps physique galiléen est la mesure du mouvement des corps dans une logique de la cause efficace (la cause précède l’effet). Il n’y a pas de dépense superflue du mouvement. La succession est conçue, couramment par l’esprit comme  effet suivant la cause, mais la cause n’est plus, elle est déduite à la présence de l’effet. Le montage en cinéma, est dans une perspective de ce temps fonctionnel. Il s’agit de montrer par une alternance de plan, ce qui fait cause au plan suivant.  Le montage hérite de ce préjugé sur le temps du découpage de la temporalité ( passé - présent - futur). Dans le monde excrément, monde réellement renversé, Cronenberg emploie le montage et le détourne pour signifier la négation de cette logique du corps fonctionnel et de cette temporalité.

            Prenons comme exemple la scène de clôture de Videodrome, Max Renn  regarde un poste de télévision. L’image de son amour Nikki apparaît sur l’écran pour lui dire qu’il est nécessaire maintenant de se débarrasser de son corps (« old flesh »)  pour laisser place au règne de la nouvelle chair. L’écran lui montre sa personne dans la pièce s’approchant d’un feu  et plaçant sur sa tempe son pistolet en récitant « The long live for the new flesh ». La télévision explose, vomissant de la chair rouge. Renn répète cette scène à l’identique. Dans un espace de plans, Max Renn assiste sur l’écran de télévision à son propre suicide, lui encore vivant. Dans cette espace visuel, Max Renn regarde Max Renn, il s’agit ici d’une coexistence de la personne dans une distanciation. Renn répète cette scène à l’identique. Ainsi, la coexistence et répétition de  l’identique, de  la répétition du suicide est celle d’un « retour à » . Cette séquence échappe à la logique d’un temps profane, à celle d’un montage explicatif. Le sens de cette scène ne joue pas sur le préjugé de la temporalité des corps fonctionnels (demandant au spectateur de faire la relation causale). Le sens explicatif est interne à la séquence, elle consiste à la redondance de l’image, qui laisse place à la transposition d’un temps à venir identique à un temps du déjà vécu. Le vécu de Max Renn est présenté dans un temps sans scission. En effet, si ce qui précède est identique à ce qui est à venir, Max Renn voit son existence cloisonnée dans la répétition. Le montage chez Cronenberg, institue un temps de la suffocation, de la claustration existentielle. Le suicide de Max Renn n’est pas filmé, à la fin de Videodrome, Cronenberg insère un écran noir avec le bruit d’un coup de feu. Suggère-t-il que la mort soit une échappatoire ou soit la renaissance promise de Nikki ?

 

Conclusion.

            Le déclin du corps, la figure passagère de la chair, telle est la vision de la vie chez Cronenberg. Dépassant largement les limites d’une esthétique particulière, les questions que soulèvent l’image de la chair transformée, posent d’emblée la compréhension de Cronenberg dans les champs de réflexion de l’Ethique et  de la morale. En effet, la question du mal et du bien comme éléments identifiant le beau et le laid est réfutée. Il y a bien une esthétique du mal, celle mettant en avant nos conceptions de la vie comme préjugés moraux.

            Le mal est le thème fondateur du cinéma de Cronenberg. Non d’un mal qui serait une puissance négative, entravant la vie, mais un mal qui serait un autre versant de la vie, de la chair. il est une puissance sans limite qui ne connaît pas l’ordre, voir  qui serait la consécution des persécutions menées contre la chair. Nous sentons gronder la révolte au sein de la vie dans le cinéma de Cronenberg. 

           

 



[1] Cronenberg dans cette obsession du scientifique exprime la même  angoisse que ressentait certains artistes du 19ème siècle face à la révolution industrielle de l’apparition des premiers engins mécaniques à vapeur, et de la naissance de la médecine expérimentale par Claude Bernard.

[2] Michel Foucault Surveiller et punir :  « il y a eu au cours de l ‘âge classique toute une découverte du corps comme objet  et cible de pouvoir. On trouverait  facilement des signes de cette grande attention portée  alors au corps – au corps qu’on manipule, qu’on façonne, qu’on dresse, qui obéit, qui répond qui devient habile  ou dont les forces se multiplient. Le grand livre de l’homme-machine a été écrit simultanément sur deux registres : celui anatomo-métaphysique , dont Descartes avait écrit les premières pages  et que les médecins, les philosophes ont continué ; celui , technico-politique, qui fut constitué par un ensemble de règlements militaires, scolaires, hospitaliers et par des procédés empiriques et réfléchis pour contrôler ou corriger des opérations du corps ». 3ème partie chapitre I Les corps dociles  page 160 Edition Gallimard (1975)

[3] Antonin Artaud Fragments d’un journal d’enfer (1926)  in  Artaud Œuvres Quarto Gallimard page 177.

[4] Friedrich Nietzsche Par delà Bien et mal : « Les  physiologistes devraient réfléchir à deux fois quand ils posent la pulsion  d’autoconservation comme pulsion  cardinale d’un être organique. Avant  tout, quelque chose de vivant veut libérer sa force. La Vie elle-même est volonté de puissance - : l’autoconservation n’est qu’une conséquence indirecte extrêmement fréquente, parmi d’autres. »  Première section § 13 Edition Garnier Flammarion Traduction et Présentation par Patrick Wotling. 

[5] Saint Augustin Les confessions (vers 400): « Lorsqu’un corps se meut, c’est le temps qui me sert à mesurer la durée de son mouvement du commencement à la fin. » Livre XI Chapitre XXIV Le temps est la mesure du mouvement. Edition Garnier Flammarion Traduction Préface et notes par Joseph Trabucco (1964)

[6] Gille Deleuze  Logique du sens Les éditions de Minuit collection critique 1969

[7] Cette idée d’une  image de l’ordre social identique à l’ordre naturel est un héritage de l’humanisme de la Renaissance. Pour se faire une compréhension de cette idée, l’auteur invite le lecteur à consulter la préface du Léviathan (1651) de Thomas Hobbes, ce dernier compare l’Etat politique comme un homme en grand, en usant  d’analogie réduisant les organes du  corps à des  fonctions politiques.

 

[8] La psychoprotoplasmie est une méthode employée pour que les patients extériorisent leurs troubles mentaux par des manifestations organiques telles que des plaies, pustules ou excroissances dermiques.

 

Par Samy - Publié dans : Cinéma Culture - Communauté : Cinéma
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Mercredi 12 mars 2008
C'est le nouveau délire de Michel Gondry, un génie ou un fou on ne sait pas
trés bien.


L'histoire commence avec une idée débile! Jerry, un vrai américain, (enfin
comme on aime à penser qu'il le sont en France, looser, paranoïac, patriote
mais n'ayant aucune confiance dans le gouvernement), pense que la centrale
électrique installée à deux mètre du camping car dans lequel il vit,
manipule  les neurones de tout le monde! Bref, il complote un sabotage
contre la méchante firme électrique à la solde du gouvernement mais pour
cela il a besoin de l'aide de son copain, travaillant à deux pas chez un
loueur de vidéo! A l'heure du DVD, la boutique ne marche pas bien et le
vieux patron ne vit que dans les souvenirs d'un illustre Jazz man qui a vécu
dans la vieille batisse. Son pote refuse, Jerry y va tout seul et se prend
la déchage du siècle. Il se trouve "mangnétisé" et cela efface toutes les
bandes vidéo du magasin, le week-end même où le pote de Jerry avait en
charge la bonne marche de la boutique, le patron étant parti en pélerinage
Jazzy!

Vous avez tout compris? Non? De toute manière on s'en fout, ce premier quart
d'heure filmé comme une série Z américaine ne sert qu'à donner un décor à
une suite totalement farfelue: "Damned!! Y'a plus de films!! On a qu'à en
tourner des remakes, les gens n'y verront que du feu, et on ne se fera pas
engeuler par le patron!!" Et voilà ces deux trentrenaires pas plus futés que
des ados, mais beaucoup plus bricoleurs, qui trouvent des tas d'idées
géniales pour tourner le meilleur du pire du cinéma américain, en passant
par quelques bons titres quand même (Miss Daisy et son chauffeur, un dernier
tango à Paris...). Les trouvailles sont plus délirantes les unes que les
autres, et le tout avec du matériel que l'on trouve dans tous les bons
greniers (tiens faut que j'aille récuperer les vieilles robes de chambres de
mamie, pour en faire des tentes mongols pour le remake du "mariage de Tuya"
que je compte tourner dans le jardin des tuileries).  

Et peu à peu, voilà que la banlieue endormie se prend de passion pour ce
cinéma... d'auteur (si si) et met la main à la pâte pour figurer au
générique... jusqu'à ce que les méchants studios viennent interdire ces
"plagiats honteux", et que la mairie ne démolisse l'immeuble. Le rêve n'aura
eu qu'un temps, le rouleau compresseur de la vie applatira les espoirs...
mais ce cinéma aura insufflé quelques minutes de vrai bonheur dans la vie de
cette banlieue, et dans mon samedi soir parisien!!

Michel Gondry semble avoir fait ce film comme il aurait fait un spectacle
avec ses cousins pour la famille, ... comme j'en ai fait avec les miens!
C'est inutile, burlesque, exitant, ridicule... j'adoooooooooooooooore!!
Michel, tu fais partie de la famille.

Une vision complémentaire de la critique proposée par l'ami Franck.


On rentre dans la salle obscure et on s'assoit pour s'apercevoir, au bout de
quelques minutes seulement que le film a commencé, qu'on craint déjà le
pire. Un film de série Y ou Z (on aurait presque préféré X...) se déroule en
effet sous nos yeux incrédules.
D'ailleurs l'affiche nous avait averti(e)s, c'est un film TV qui a atterri
par erreur dans les salles de cinéma avec un budget qui mime notre compte en
banque à la fin du mois. Alors on commence à chercher des yeux la sortie,
poliment (sans faire de grands mouvements de tête), lorsque petit à petit,
par petites touches de couleurs, le miracle du cinéma opère : les
personnages prennent une dimension jusque là insoupçonnée, le scénario prend
du poids et l'imagination prend progressivement la caméra en mains.

Car ce que j'ai vu pour ma part entre les images de ce long métrage se
résume en quelques mots qui ne confinent pas à la critique mais plutôt à des
petits sujets de réflexion proposés me semble-t-il par le réalisateur
français et maquillés en un triptyque antinomique : consommation/création,
différence/égalité, entité collective/individuelle.

Consommation/Création, d'abord. On insiste pour nous montrer ici un support
vidéo complètement dépassé, la cassette VHS. Elle illustre le passé, le
passé composé de notions comme la valeur des objets qu'on met un certain
temps à pouvoir s'acheter et par conséquent leur durabilité dans nos
existences.
Ici, non content de ne pas jeter un objet devenu inutilisable (les cassettes
ont toutes été démagnétisées !), on s'ingénie à les remplir de nouveau par
son talent, son savoir-faire et son imagination.
Aujourd'hui, les objets ne valent plus grand chose (le coût de la main
d'œuvre ne vaut rien là où ils sont fabriqués...) et on ne prend même plus
la peine d'essayer de les réparer quand ils sont abîmés; il est plus
"rentable" d'en racheter de nouveaux qui seront sûrement encore plus
éphémères que les précédents.

Différence/Egalité, ensuite. Les deux acteurs principaux sont noir et blanc,
on se doute au fur et à mesure du film qu'il ne s'agit pas d'un hasard :
noir et blanc comme les scènes les plus rétro (dans le viseur ?) filmées par
nos deux compères, noir et blanc comme les touches du piano de Fats Waller,
noir et blanc comme la tristesse et la joie qui émaillent notre quotidien.
Bien entendu, c'est le blanc qui s'appelle ... Jack Black, on ne loupe pas
une occasion de faire un petit clin d'œil au spectateur attentif.
Certes, il n'est jamais question d'opposer la couleur de peau dans cette
histoire, mais on se surprend à ne pas remarquer avant la fin de l'histoire
que c'est toujours le noir le technicien (celui qui filme et donc
"travaille") et le blanc l'acteur (celui qui joue et donc s'amuse).
On est "réveillés" sur ce point par le fait que lorsqu'il s'agit de réaliser
pour la première fois une histoire originale, celle de la vie du pianiste
(noir) Fats Waller, c'est Jack Black (donc le blanc) qui arrive avec le
visage noirci (au cirage ?) pour assurer comme il se doit le premier rôle;
mais cette fois, son compère refuse ce côté de la caméra et lui rappelle ce
que signifie des termes comme équité voire égalité non sans une petite
pointe d'amitié.

L'entité collective/individuelle, enfin.
Ce cinéma indépendant, voire d'auteur (qui prend de la hauteur, en tous les
cas), participe à la renaissance d'une ville moribonde à travers la
construction de projets à la fois de plus en plus nombreux et de plus en
plus courts car le temps joue en leur défaveur : la date fatidique approche
de façon de plus en plus menaçante.
Ce faisant, et afin de ne pas perdre en qualité ce qu'ils vont essayer de
gagner en quantité (le nombre de pastiches à réaliser afin de tenter de
sauver le bâtiment qui sinon sera rasé), nos deux olibrius décident de faire
participer de plus en plus de personnes du coin. Ce parcours du combattant
nous amène à réfléchir sur le sens du collectif par rapport à celui de
l'individuel, sur la force qu'on acquiert en se rassemblant, sur l'absurdité
in fine d'un monde où plus les gens sont concentrés dans un endroit ou avec
des moyens de communication de plus en plus puissants  et plus ils sont
seuls devant leur écran de TV, devant leur plateau repas dans un fast-food,
etc.
Cette collectivité qui se construit sous nos yeux participe "paradoxalement"
à remettre l'individu au centre de la scène, il n'y a finalement jamais
autant de monde dans leurs "films" qu'au moment où le collectif se
construit, mais ceci n'est rendu possible que parce qu'ils respectent tous
un but commun.
Ladite hauteur prise au fur et à mesure que l'objectif recule - afin d'avoir
tout le monde dans le viseur - permet également d'inclure l'ombre de
réalisateurs comme Frank Capra ou Ernst Lubitsch, à une époque où le cinéma
avait encore toutes ses dents et emballait d'une réelle tendresse et
humanité la majorité de ses personnages.

La morale de cette histoire ?
S'il y en a une, elle n'est pas moralisatrice car ce film semble revendiquer
comme première ambition de ne pas trop en avoir.
On se demande tout de même si en guise de chuchotement post-projection, ce
film ne nous rappelle pas qu'il est plus important d'être acteur que
spectateur de sa propre existence, tout en veillant à ne pas "se faire trop
de films" quant à son avenir dans un ciel où scintillent des étoiles qui ont
beau briller sur l'écran noir de nos nuits blanches, elles n'en demeurent
pas moins inaccessibles la plupart du temps.
Quant au bâtiment qui va tout de même être rasé, malgré toute cette énergie
déployée par tout un quartier ? N'aurions-nous pas, finalement, plutôt
assisté à la construction de quelque chose de beaucoup plus vital qu'un
simple édifice fait de pierres et de ciment...


Franck et Pascal
Par Franck et Pascal - Publié dans : Cinéma Culture - Communauté : Cinéma
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Dimanche 9 mars 2008
...Impressionnant!

I / Les personnages

Le personnage principal joué par Day-Lewis est à la fois d'une dureté extrême, mais aussi d'une ambiguité troublante. Le film  explique à peine son parcours: un père volage, un frère inconnu... une chose est sûr: il déteste l'humanité et il dit lui même qu'il veut être riche pour éloigner le monde. Il est dur, pathétique, cruel, il écrase tout autant physiquement que psychologiquement, toute résistance est comprise comme de l'agression... toujours sur ses gardes, la moindre déception provoque en lui une haine froide et irréversible pour son prochain, que ce soit son fils (pourtant adoptif), son frêre (enfin...). Aucun signe de tendresse ou d'amitié n'est acquis, il attend toujours le pire, et quand il cherche, il trouve.

Et pourtant il s'occupe d'un orphelin, il terrorise un père pour qu'il arrête de battre sa fille, il accueille un frère qu'il croyait inconnu... mais un à un, ils sont tous éjectés du parcours à tort ou à raison. Ce film prend place à une période où la société américaine était portée par la foi et l'ambition des pionniers! Il fallait vaincre, s'enrichir... quitte à escroquer, voler, tuer. Mais la malaise autour de ce personnage, c'est l'individualisme cynique : aucune femme autour de lui, aucun ami, aucune famille, même la richesse ne lui apporte pas la satisfaction du confort... Il vit dans un chateau à la fin du film comme il vivait au désert au début: seul, saoul, violent enver lui-même.

Les autres personnages ne rattrappent pas les hommes: les prophètes illuminés sont autant pourris d'ambition, les braves gens sont victimes à souhait, les grands patrons méprisants du travail ou de la réussite des petites gens.

Impressionnant, à voir, mais ce n'est pas un moment de détente.

Reste des images d'une réelle beauté plastique: le derrick en flamme développe des couleurs superbes. Et une bande son inquiétante faite de musique mécanique scandée, de bruit de choc répétés, de cordes criardes, qui complètent une ambiance stressante, entre bruit sourds, et sons trop forts. 

II / La politique derrière le film

J'ajouterai néanmoins le volet politique à cette critique, proposé par un
œil (enfin deux) altermondialiste.
Le film susmentionné est tiré d'un livre d'Upton Sinclair connu pour être un
écrivain américain progressiste de la 1ère moitié du 20ème siècle.
Le livre en question développe (paraît-il, je ne l'ai pas encore lu)
beaucoup plus le volet politique très critique à l'égard de la société
américaine d'alors que ne le fait le film.
Mais si celui-ci développe donc assez peu ledit aspect politique, il n'en
dissémine pas moins des petites pierres (plus ou moins précieuses) au fil de
son passage sur nos iris.

1°) Individualisme :
Le personnage principal, Franck l'a dit, commence et finit seul cette
histoire : n'est-ce pas une allusion à l'individualisme de plus en plus
marqué qui est développé dans nos sociétés occidentales ? On "s'amuse",
entre autres détails, de constater par exemple au milieu du film que la
voiture utilisée par Daniel Day-Lewis est monoplace.
Portrait caricaturé à l'extrême ici, puisque même pas entouré d'un peu de
famille ou de quelques amis.

2°) Spoliation
Si une information monnayable - comme celle de nouveaux gisements, par
exemple - atterrit dans le pavillon auriculaire de notre "gai luron", on
voit de quelle manière il achètera des terres (qui ne valaient rien
jusqu'ici, parce que trop arides) à des propriétaires n'ayant ni les
connaissances ni les moyens ni les compétences de faire valoir leurs droits.
Il n'y a guère que l'apprenti prêcheur qui a conscience de l'entourloupe et
qui montre ses talents de meneur (manipulateur ?) à l'occasion.
Les propriétaires seront ainsi dépossédés de leurs biens fonciers (sans
avoir à déménager, néanmoins) pour quelques milliers de dollars, à comparer
aux millions acquis par l'exploitation de ces gisements ensuite qui finiront
par faire de notre "humaniste" un milliardaire.

3°) Exploitation
Les conditions de vie des travailleurs n'est pas très enviable même si l'on
manque là aussi de détails et surtout, la valeur de la vie est "relative" au
côté de la barrière duquel on se trouve. On assiste en effet à quelques
accidents du travail, dont un mortel, et on reste un peu coi de voir quel
est le type de préoccupation de notre "patron du moment" lors du constat :
on interrompt le travail pendant quelques heures mail il ne faut pas trop
faire baisser les cadences tout de même. On note également que des
arrangements sont possibles avec le clergé (certes caricatural, lui aussi)
local, du moment que le pouvoir de chaque obédience (au sens large)
n'empiète pas (trop) sur les autres...

4°) Concurrence "loyale"
La concurrence est illustrée ici par une rencontre entre deux "adversaires"
économiques de l'industrie pétrolière encore naissante lors d'une
proposition de rachat (las fusions/acquisitions ne datent en effet pas
d'hier) de la société de DDL (Daniel Day-Lewis). La société concurrente
compte sur le fait qu'elle possède également la voie ferrée locale pour
contraindre DDL à vendre : par des procédés peu respectueux de la
"concurrence loyale et non faussée" imagine-t-on...
Le problème pour ce concurrent, c'est que DDL ne manque pas d'idées et qu'il
va songer à l'installation d'un pipeline pour acheminer son pétrole vers des
contrées plus industrialisées; ce qui l'affranchira d'avoir à subir la
pression peu amène de ce concurrent en sollicitant le train comme moyen de
transport de sa "marchandise".

5°) Compétition
Un des moments forts du film est une explication entre DDL et son fils
adoptif. Le peu d'humanité qui habitait jusqu'ici notre "compagnon vespéral"
sera détruit par ce quasi monologue (le fils adoptif est sourd, suite à
l'explosion d'un derrick), où il retirera ses derniers (lambeaux d') habits
d'être humain : toutes ses actions ont toujours eu pour motif des
considérations qui n'avaient rien à voir avec l'amour, l'amitié,
l'altruisme, l'empathie ou une quelconque forme d'humanisme.

On s'en doute mais on peut le vérifier aisément, cette histoire est une
pseudo-fiction. Il s'agit en fait de la vie d'un industriel du pétrole ayant
réellement existé (Edward L .DOHENY) qui a certainement été un peu "romancé"
: on l'espère pour son entourage de l'époque, en tous cas.

Je terminerai en disant qu'on est tentés pendant le visionnage, de se dire
que nonobstant la prestation magistrale de DDL, il en fait quand même un
petit peu trop.
Mais si l'on compare cette pseudo-fiction à la réalité - à laquelle
l'actualité plus ou moins récente n'échappe pas : fusions/acquisitions et
concentration des richesses en augmentation constante, procès de l'amiante
contre ALSTOM, suicides dans les usines, spoliation des juifs par des
banques suisses, etc. -, on se dit que finalement notre "ami" avait encore
de la marge...
Par Franck et Pascal - Publié dans : Cinéma Culture - Communauté : Cinéma
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