Economie et médias

Jeudi 14 juillet 2011 4 14 /07 /Juil /2011 12:43

Etrange texte toujours hobbesien qui parle encore de souveraineté (preuve que la moarchie nous hante). Le fait (la démission d'Eric Verhaeghe remonte à Janvier mai il contient les germe du protectionnisme nationaliste. Un peu comme si crise mise en avant et critique du système cachait la réamité des changement notamment qu'internet est le fruit en tant que machine du Capital.

 

« Pourquoi je claque la porte du Medef »

Le MEDEF parle d’un monde qui n’existe pas

Non, le coût du travail n’est pas trop élevé, c’est la rapacité de l’oligarchie qu’il faut attaquer! Ex-directeur des affaires sociales de la fédération patronale des assurances, Éric Verhaeghe claque la porte du Medef. Il dénonce une doctrine économique qui met en péril la société et la démocratie.

Vous venez de quitter avec fracas le Medef que vous représentiez dans de nombreux organismes paritaires comme, par exemple, l’Apec, la Cnav ou encore l’Unedic. Dans le même élan, vous publiez un livre dans lequel vous remettez en cause, un à un, tous les dogmes économiques du patronat. Quel a été le déclic ?

 

Éric Verhaeghe. J’ai voulu exercer un droit d’inventaire sur la pensée économique dominante depuis quarante ans. Né à la fin des années 1960, je suis d’une génération qui n’a jamais connu que la crise, une génération qui a vécu dans la nostalgie des Trente Glorieuses. Avec l’implosion du modèle soviétique, quand l’économie de marché est restée comme seul système global, il y a eu un pari: plus on développera ce système, plus vite on arrivera à l’essence du marché en concurrence libre et parfaite, plus vite on sera prospères et on renouera facilement avec la croissance des Trente Glorieuses. Pendant la décennie 1980, on a fait de la privatisation à tout-va; pendant la décennie 1990, on a abaissé le coût du travail –on a quand même dépensé 1,5 point de PIB en allégements de charges… Le résultat est terrible. En réalité, au bout de quarante ans, non seulement ça ne va pas mieux, mais au contraire, le système est en train de s’autodétruire. Cette crise n’est pas imputable à la rigidité du marché, mais au contraire, à sa flexibilité. Cela oblige à remettre en cause nos vieilles croyances. Collectivement, les élites de ce pays ne peuvent plus continuer à soutenir que les recettes d’avant 2008 vont nous sortir du marasme, elles sont la cause de la crise!

 

«Prédateurs», «nomenklatura capitaliste», «médias stipendiés par le pouvoir»… Ce vocabulaire fleuri auquel vous recourez dans votre livre peut surprendre venant d’un acteur du système…

 

Éric Verhaeghe. Ce sont les mots de quelqu’un qui a vu… Aujourd’hui, chacun doit prendre sa responsabilité. Je m’adresse aux citoyens. Et les patrons sont des citoyens, aussi. Croire que travailler dans l’univers patronal signifie endosser forcément des doctrines qui sont dangereuses pour l’économie de marché est une erreur. Et je dis très clairement qu’aujourd’hui la doctrine du Medef est dangereuse parce qu’elle est potentiellement productrice d’un risque systémique. À mes yeux, ce qui ressort de la crise de 2008, c’est que la pérennité de l’économie de marché tient beaucoup plus aux salariés qu’à leurs patrons.

 

En démontant les impératifs catégoriques de la modération salariale et des baisses d’impôts, vous vous attaquez au cœur des revendications traditionnelles du patronat. Le Medef n’est donc pas aussi «réaliste» qu’il le prétend ?

 

Éric Verhaeghe. Le Medef de Laurence Parisot nous parle d’un monde qui n’existe pas. Il nous parle de gens trop payés, d’un État qui a trop de recettes fiscales, il fait un certain nombre d’observations économiques qui sont totalement à côté de la plaque. Je me souviens d’une réunion, au mois de novembre 2008, sur la protection sociale, où les patrons présents se sont livrés à un exercice de comparaison de leurs retraites chapeau. Ce jour-là, on avait sorti un listing avec les 500 plus grosses retraites chapeau de France, et la seule question qui se posait, c’était: qui est dans le top 100? La réalité de la France, aujourd’hui, la voilà: d’un côté, des salariés qui ont envie que ça marche, et de l’autre, un certain nombre de patrons dont la première préoccupation en temps de crise est de vérifier qu’ils sont mieux payés que les autres. J’appelle ça le syndrome «10 mai 1940»: en pleine tourmente, l’obsession de l’état-major est de s’occuper de ses prébendes. Est-ce que mes mots sont durs? Oui, ils le sont, mais parce que la réalité l’est !

 

À maintes reprises, vous comparez les privilégiés d’aujourd’hui à la noblesse de l’Ancien Régime…

  

Éric Verhaeghe. Le paradigme de 1789 permet en effet de comprendre notre époque… Avant la Révolution, il y a une crise des finances publiques et une crise économique; les élites en profitent et ne veulent surtout pas faire le moindre effort pour enrayer la crise. Aujourd’hui, nous avons un phénomène absolument identique: par exemple, mesure-t-on bien que la dette publique, c’est de l’épargne garantie pour les très gros revenus ? Lorsque Liliane Bettencourt reçoit un chèque de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal, ce chèque est financé par de la dette que Liliane Bettencourt achète sous la forme d’emprunts d’État et, du coup, quand on la rembourse, on lui fait un nouveau cadeau. Le bouclier fiscal est une opération de passe-passe qui permet d’accroître le patrimoine des gros revenus en le faisant financer par l’écrasante majorité des citoyens.

 

Alors que Denis Kessler, longtemps figure de proue des assurances et du patronat tout court, s’était réjoui de l’élection de Nicolas Sarkozy qui devait, selon lui, permettre de rompre avec l’héritage du programme du Conseil national de la Résistance (CNR), on peut, à vous écouter, vous imaginer plus proche de certains des objectifs de ce même CNR… «L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie», cela vous parle ?

 

Éric Verhaeghe. La Sécurité sociale telle qu’elle existe n’est plus la déclinaison de cet objectif. Aujourd’hui, ce sont les salariés qui portent l’essentiel du financement de la protection sociale. En 1945, le travail était la source de la richesse, mais en 2010, le travail l’est beaucoup moins. Il y a une très grande partie de la richesse qui est aujourd’hui produite à partir de l’argent lui-même… Continuer à asseoir la Sécurité sociale sur le seul travail, cela conduit à faire porter aux salariés un poids exorbitant. On a un sujet de fond, là…

Par votre position professionnelle de directeur des affaires sociales à la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA)…

 

Éric Verhaeghe. Ex-position professionnelle! Je ne suis pas encore licencié, mais c’est en cours…

… Vous pouvez être soupçonné de vouloir faire le jeu des assurances privées qui lorgnent sur le magot…

 

Éric Verhaeghe. Eh bien, je vais vous répondre de façon transparente. Lorsque la FFSA a proposé, en novembre, de défendre auprès du Medef une position consistant explicitement à baisser le rendement des retraites pour favoriser la vente de produits d’assurance, j’ai écrit à Bernard Spitz (président de la FFSA– NDLR) que je n’étais plus d’accord avec ces positions. Je lui ai fait part de mon intention de partir et, ce faisant, d’abandonner tous mes mandats au sein des organisations patronales.

Est-ce que l’on débat à l’intérieur du Medef?

 

Éric Verhaeghe. Sur les retraites, il y a eu un vrai débat parce que ce dossier était suivi par Jean-François Pilliard, de l’UIMM. C’est un vrai professionnel, c’est un vrai homme de dialogue. Sur le droit du travail, il n’y a aucun débat au sein du Medef: il y a un comportement extrêmement autoritaire que j’ai qualifié, et je persiste, d’immobilisme brejnevien.

Quel tableau  !

 

Éric Verhaeghe. Quand j’étais petit, dans ma famille d’artisans du bâtiment, on disait déjà: «Il y a trop de charges!» Trente ans plus tard, les grands patrons continuent dans la même veine. Ce discours est éternel dans le patronat, petit ou grand, quelles que soient les époques, quel que soit le montant des cotisations. Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est une capacité à remettre en cause les tabous de la pensée unique. Et ça, c’est sûr que le Medef n’a aucune intention de le faire. En dehors de sa litanie traditionnelle –« soulageons-nous de toutes les charges que nous avons»–, il n’y a pas de pensée…

En même temps, ça marche: il suffit de regarder les montants en jeu…

 

Éric Verhaeghe. 30milliards d’euros par an d’allégements de charges !

Comment rompre avec ce système où la société paie à la place des détenteurs du capital ?

 

Éric Verhaeghe. La question n’est pas de savoir s’il faut des allégements de charges… Peut-être qu’il en faut, après tout! Le vrai sujet, c’est le contrôle démocratique qui s’exerce. Et ce qui n’est pas admissible, c’est de faire vivre le mythe d’une économie de marché qui serait opprimée par l’État, alors qu’en réalité, l’économie de marché est subventionnée par le contribuable et qu’elle refuse dans le même temps tout contrôle sur les subventions qu’elle reçoit. Je préconise la transparence. On peut reprendre un système simple, prévu par la Déclaration de 1789: «Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.» Dès lors qu’on met 1 euro public dans une activité, le citoyen doit avoir le droit de demander des comptes sur l’utilisation de cet euro.

 

D’une manière plus globale, il faut défaire l’emprise sur la vie sociale de quelques grandes entreprises, souvent issues du public, qui ont par leur structure capitalistique la capacité de dominer. C’est le cas fameux des entreprises dites «too big to fail» (trop grosses pour faire faillite– NDLR). Alors que le citoyen est obligé de trouver un contrat d’assurance pour toute activité, les banques, par exemple, ont droit à la garantie gratuite de l’État, quoi qu’elles fassent. Il faut commencer par informer les citoyens sur les privilèges exorbitants de ces grands groupes, il faut qu’on en ait conscience collectivement et que ça soit choisi.

Je suis partisan du démantèlement des très grandes entreprises: dès lors qu’une entreprise atteint une taille qui la rend plus puissante qu’un État, il faut la démanteler. On sait le faire quand l’entreprise constitue une menace pour la libre concurrence. Je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas ce pouvoir dès lors qu’elle menace la souveraineté des peuples.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 12 juin 2011 7 12 /06 /Juin /2011 17:21

Après avoir fixé un certain nombre de types de rétribution (salaire, pension, rente, honoraire, prostitution par cachet, droit d'auteur et à l'image, etc...), développpons la question du salariat, fomre moderne de l'esclavage. Donc voici un eextrait d'un entretien de Denis Collin, j'ai prélvé de manière à ne pas trop tenir compte de son idéalisme matérialiste.


Le salariat, tel que Marx le définit, n’est rien d’autre que le système dans lequel les ouvriers se font mutuellement concurrence pour vendre leur force de travail. Que le patron soit un patron privé ou l’État ne change rien (sinon qu’on peut encore espérer faire jouer la concurrence entre les patrons alors que le monopole d’État ligote le travailleur soumis pieds et poings liés à la bureaucratie, comme nous l’a appris l’expérience du siècle passé !). Aujourd’hui, les grandes fortunes privées représentent une part très minoritaire de la capitalisation boursière. L’essentiel du capital est détenu par des institutions (fonds de pension, fonds de placement, fonds souverains, etc.) qui centralisent le capital formellement possédé par les individus appartenant aux classes moyennes ou même à la classe ouvrière. Au début du mouvement ouvrier, le mot d’ordre était abolition du salariat et du patronat. C’est ce qu’on trouve dans la charte d’Amiens adoptée par la CGT en 1906. La lutte syndicale quotidienne devait se mener dans la perspective d’une émancipation de la classe ouvrière, ce qui suppose la disparition de ce lien de subordination et de domination qu’est toujours le rapport salarial. Progressivement, on a oublié le but, pour se concentrer sur l’amélioration du sort des ouvriers au sein du mode de production capitaliste, pour augmenter la longueur de la chaîne, mais en perdant progressivement de vue la suppression des chaînes du salariat. Évidemment, la lutte réformiste n’est nullement méprisable. Elle a même conduit à la création d’institution « proto-communistes » pourrait-on dire, au sein même de la société capitaliste. Je pense à la Sécurité sociale qui, en théorie du moins, fonctionne sur le principe communiste, « de chacun ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Mais on voit bien aujourd’hui que le développement du capitalisme est incompatible avec l’existence de ces institutions ouvrières. Destructions des services publics, privatisation du système mutualiste dont la Sécu était l’exemple le plus achevé, et cela ne vient pas de la spéciale méchanceté des capitalistes, mais bien de la logique même de l’accumulation du capital : le capital est un automate qui impose ses propres lois y compris à ces « fonctionnaires du capital » que sont les capitalistes. Ce qui est à l’ordre du jour, ce n’est pas l’impossible retour aux « trente glorieuses », mais la construction d’une alternative radicale permettant la sortie du salariat et la marche vers « les producteurs associés » pour parler encore comme Marx.

 

 

Zin dans cette première vidéo une défintion du capitalisme au productivisme marchand et au consumérisme (qui pour Marx naît de la baisse tendancielle du taux de profit

 

 

Jean Zin Parle de la réduction du coût de la production comme intérêt à court terme mais non à long terme (dabs la vidéo suivante°  Jean Zin aborde aussi le renversement opéré par Gorz du fait du capitalisme "cognitiviste" abandonnant la réduction du temps de travail (défendue encore dans la vidéo suivante) pour le revenu minimum garanti. Zin disoccie bien les idées (comme ancien mode de pensée) de la réalité du capital, qui se joue de toutes les doctrine et dont sont même éscalves les capitalistes (les maîtres esclaves du système dont ils héritent pour monter dans la hiérarchie).

 

 

 

 

 

Toutes ces vidéos sont anti-ritoyennes et anti-soraliennes car elle ne consistent pas à sortir du système mais à en créer un autre qui soit viable. C'est un matérialisme de l'écologie politique (courant auquel je ne me raccroche pas, pour des raisons d'amour 'mystique' ou 'courtois').

Je me permet de préciser ma posture, celle du réalisme obstiné propre à Héraclite, Empédocle, Archimède, Vinci, Goethe, Nietzsche, plus récemment E. Reclus, K. White, Tesla, Sakharov basé notamment sur le feu comme discours inspiré qui détruit et crée et l'écoulement de l'eau comme donnée terrestre (rendant compte de la fréquence et de la gravité). Au niveau littéraire et donc psychologique, on retrouve ce réalisme obtiné chez Dostoievski, Stendhal et même Montaigne. Ce sont des pensées genrées qui pour Montaigne emprunte davantage à Lucrèce qu'au scepticisme, bref à une forme de Gai Savoir (l'expression est de Stendhal) qu'on trouvait en Occitanie avant que les barons du Nord ne s'abattent sur elle (je n'ai pas le temps d'évoquer la vague de tradiction morbide qui s'en suivi mais on peut la rétrouver dans le très nauséabond livre prefacé sans hasard par Max Gallo : Claude Ségniolles, Traditions populaire de Provence : 1. Du berceau à la tombe.)

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 mai 2011 6 28 /05 /Mai /2011 13:03
Nassim Taleb, qui vantait dans son livre le cygne noir le capitalisme spéculatif fait une flèche contre la finance. Pourtant le capitalisme n'en est pas à son premier stade, mais après les entreprenariats parternaliste, actionarial et financier, il faudrait parler d'un capitalisme 4.0.
Source : La Tribune.fr - 11/08/2009 Propos recueillis par Pascal Boulard
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Nassim Taleb :

Chaque jour, cet été, nous interrogeons un grand témoin de l'actualité sur sa vision de l'après-crise. Aujourd'hui, le professeur Nassim Taleb, qui dénonce une économie trop spécialisée, préconise un système avec moins de dettes où les entrepreneurs prennent des risques mais pas les banquiers.

  • Retrouvez notre série d'été "Visions de l'après-crise"

Vivons-nous une crise sans précédent ?

La crise n'a pas commencé car le système économique, pour devenir plus robuste, doit se transformer. On peut s'inspirer de l'exemple de la nature, qui est un système complexe qui a évolué de façon robuste. Dans la nature, si quelque chose est fragile, il se brise rapidement. Par ailleurs, la mort d'un gros mammifère n'affecte pas les autres. Avec les banques, c'est l'inverse. La doctrine du "too big to fail" [trop gros pour faire faillite, Ndlr] maintient en vie des institutions qui ne sont pas adaptées et la faillite d'une grosse banque peut avoir un impact considérable. La nature est basée sur la redondance organique et fonctionnelle. Nous avons deux yeux, deux poumons, deux reins, deux oreilles, deux testicules ou deux ovaires. On peut les considérer comme des pièces de rechange. De plus, un organe a généralement plusieurs fonctions. En revanche, l'économie est organisée de manière inverse. David Riccardo nous a enseigné qu'il fallait se spécialiser. C'est bien d'être spécialisé : cela nous rend plus efficace et tout le monde en profite sauf quand le produit de la spécialisation disparaît. La nature n'aime pas la spécialisation. Dans l'économie, la dette implique de supprimer les éléments redondants d'une entreprise. On gère au plus juste et on devient beaucoup plus fragile. On peut observer ce phénomène dans les entreprises qui ont été rachetées par fort endettement.

Le monde entier a été surpris par l'ampleur de la crise financière. Les économistes sont-ils vraiment utiles ?

Sur le million d'économistes que compte la planète, il n'y en a que quelques-uns qui ont compris ce qui se passait. Il y avait un éléphant au milieu de la salle et personne ne l'a vu. Si un pilote d'avion fait une erreur et provoque un crash, vous n'allez pas lui remettre un manche à balais dans les mains. Pour Ben Bernanke, le patron de la Fed, c'est pareil. Nous devons passer au capitalisme 2.0 en supprimant la financiarisation de l'économie. Nous devons aussi apprendre à ne plus utiliser les marchés financiers comme un moyen de stocker de la valeur. Enfin, on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs. Nous devons transformer la dette en fonds propres, interdire les achats par effet de levier sur la dette, supprimer le prix Nobel d'économie, reprendre les bonus à ceux qui nous ont conduits dans cette crise et laisser les entreprises qui ne sont pas assez robustes disparaître. En un mot, nous devons apprendre à vivre dans un monde où les entrepreneurs prennent des risques mais surtout pas les banquiers !

Ne fallait-il pas sauver les banques ?

Les traders ont fait des centaines de millions de dollars de profits pour des erreurs qui nous ont causé des milliards de dollars de pertes. Bob Rubin, ancien directeur du Trésor, ancien de Goldman Sachs et surtout ancien directeur de Citibank, a reçu un bonus de 120 millions de dollars alors que Citibank a perdu des dizaines de milliards. Finalement, l'ouvrier moyen a payé le bonus de ce monsieur. Le capitalisme ne doit pas fonctionner comme cela. Pas de capitalisme sans punition. Pas de bonus sans malus. Par ailleurs, les hedge funds ne sont pas responsables de la situation. Et quand un hedge fund saute, il n'embête personne. Quand une banque perd des dizaines de milliards de dollars, elle sollicite son gouvernement.

Que vous inspire le débat sur les bonus dans les banques ?

Les militaires nous protègent contre divers risques, dont les agressions extérieures, et pourtant, on ne leur paye pas de bonus. Il ne faut pas verser de bonus à quelqu'un qui gère le contrôle des risques d'une banque ou d'une société. Sinon, il va essayer de cacher le risque pour être sûr de toucher son bonus.

Les appels à plus de régulation seront-ils entendus ?

Nous n'avons pas besoin de plus de régulation. Les régulateurs nous ont amenés dans cette situation avec leurs pseudo-mathématiques financières charlatanesques. Ils nous ont fait prendre des risques que nous ne comprenions pas en pensant les comprendre. J'ai attaqué toute ma vie ces charlatans, comme Paul Malliavin qui m'avait insulté lors d'une présentation à l'École polytechnique. Il m'avait même demandé de quitter la salle. J'ai eu raison malgré tout et j'ai gagné énormément d'argent pendant la crise !

La technologie peut-elle être un rempart contre la crise ?

Nous vivons dans un monde qui présente beaucoup plus de valeurs extrêmes qu'il y a vingt ans. La technologie propage des rumeurs qui deviennent fort robustes et planétaires. L'Islande a été mise faillite en quelques heures par le BlackBerry. Qui dépend de la confiance des autres est trop fragile.

 

 

Bio express : Pour avoir expliqué longtemps avant la crise que les banques prenaient des risques qu'elles ne comprenaient pas, Nassim Taleb, expert en mathématiques financières, ancien trader et philosophe du hasard, est devenu un homme célèbre. Ses idées se répandent rapidement sur la planète à travers ses ouvrages, dont le dernier d'entre eux, le "Black Swan"( "Le Cygne noir") est traduit en une vingtaine de langues.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 21:15

Communiqué de Michel Valensi, pour les Editions de l’Eclat

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Bonjour,

En 1997, L’éclat était en très mauvaise posture, et nous avions fait appel à la “communauté des lecteurs” pour nous permettre de nous en sortir.
Une lettre de papier et d’encre fut envoyée aux 3000 adresses de notre fichier, demandant à ce que chacune des personnes inscrites achète au moins pour 100 francs (15 euros) de livres de manière à recapitaliser la maison d’édition.
Notre appel fut entendu au-delà de nos espérances et nous vendîmes alors pour 134.000 francs (20.428 euros) de livres en quelques mois.

Ainsi L’éclat fut sauvé par ses livres et par ses lecteurs !

Aujourd’hui, nous devons faire face à des nouvelles difficultés qui nous contraignent à faire appel à vous une nouvelle fois, puisque comme nous l’a dit notre ancienne conseillère BNP-Paribas (avant que nous ne changions de banque!): “L’édition n’est plus un secteur que nous entendons soutenir.” (C’était quelques mois après le sauvetage des mêmes banques par l’Etat!)
L’internet remplace l’encre et le papier, et 100 euros d’achat de livres (au lieu des 100 anciens-nouveaux-francs) par chacun de vous pourraient nous permettre de nous en sortir et de poursuivre notre travail.

Sans votre aide, il n’est pas sûr que nous puissionsdécemment continuer l’aventure.

Dans les quelques 300 titres du catalogue, nous espérons que vous trouverez des livres à lire, à offrir, ou à acheter pour les lire plus tard.

Vous trouverez sur le site le catalogue complet au format PDF* et de nombreuses informations sur les livres eux-mêmes (chapitres, lybers, tables des matières, etc.)

Pour commander, merci de vous reporter à la page commande.

Une page consacrée aux “Beaux livres” est également en ligne. Vous y découvrirez des suggestions de cadeauxpour les fêtes qui approchent.
Nous espérons pouvoir poursuivre grâce à vous et pour vous, un travail commencé il y a 25 ans et continuer à vous donner à lire quelques "pierres angulaires" d'un monde aux fondations incertaines.
Nous vous tiendrons informés au début de 2011 des résultats de cet “appel”.
Merci de votre soutien et de votre fidélité, pour que vivent les Editions de l’éclat.

Michel Valensi
michel.valensi@gmail.com
Editions de l’éclat
* Vous pouvez aussi en recevoir la version papier contre l’envoi d’une enveloppe de moyen format timbrée à 1,75 euros (pour la France métropolitaine) ou 2,85 euros (pour le reste du monde) à EDITIONS DE L’ECLAT, 4 AVENUE HOCHE 75008 PARIS

http://www.lyber-eclat.net

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Dimanche 21 novembre 2010 7 21 /11 /Nov /2010 17:48

Ici nous pratiquons l'auto-édition sans ISBN, mais il existe d'autres voix...

 

N.O. - Qu'appelez-vous l'«anti-édition»?
M.-E. Nabe. - Remettre l'auteur au centre. J'ai réfléchi après avoir été évincé des éditions du Rocher - non pas par Jean-Paul Bertrand comme je l'ai parfois lu, mais par les repreneurs de la maison. Je n'avais plus d'argent, plus de portable. L'alternative, c'était arrêter d'écrire, ou écrire un livre sur un type qui arrête d'écrire. Un peu comme dans «Je suis mort» : je me flingue, ou je raconte ce qui se passe quand un mec se flingue. Pour l'instant, j'ai toujours choisi la deuxième solution. Il a fallu monter une microstructure pour le publier.

La situation était particulière pour moi parce que je n'étais pas complètement inconnu. Ça n'avait rien à voir avec l'autoédition classique du débutant qui essaie de faire publier son livre. Il y a eu tout un tas de démarches à faire. Avec Audrey Vernon, on a recherché un numéro ISBN, on a fait les choses légalement. Le roman lui-même était particulier : je l'ai écrit en faisant semblant d'arrêter d'écrire. Il a donc fallu travailler concrètement dans l'ombre à édifier cette structure et à la fois continuer le livre, pendant quatre ans. Sachant qu'il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Je n'allais pas le proposer à une maison d'édition. Il y avait la tentation d'Internet. Mais je ne voulais pas d'un livre numérique. Je préférais une autoédition à l'ancienne, inspirée des pratiques de Tolstoï, de Dostoïevski, de Pouchkine.
La grande faiblesse du milieu littéraire, c'est son ignorance. Beaucoup ignorent que c'est Madame Dostoïevski qui a lancé l'édition des œuvres de son mari à partir des «Possédés», ou que c'est la femme de D.H. Lawrence qui s'est occupé de la publication de «Lady Chatterley». On apprend beaucoup de l'histoire littéraire : Mallarmé voulait créer une bourse pour aider les jeunes poètes à écrire et à publier, financée par l'argent des best-sellers. On a regardé : les choses n'avaient pas tellement changé depuis le XIXème siècle. On s'est surtout intéressé à Dostoïevski. Anna Dostoïevski vendait directement les romans de son mari aux libraires, à partir du moment où elle s'est rendu compte qu'ils étaient dans une situation matérielle difficile alors même que les livres se vendaient bien.

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