L'économie dans la Grèce antique
Epistemè : La science chez les Grecs
Genos : La filiation ou lignée chez Grecs
Phusis : La nature chez les Grecs
Stasis : La cité politiquement divisée
Le dyonisiaque chez Nietzsche et les Grecs
Nous vous recommandons la lecture du Hors-série du Nouvel-Obs sur la démocratie au temps de
Périclès. Voir aussi notre relation aux cités grecques et notre article sur la disparition de la
civilisation minoenne. Paris8philo.
L’économie de la Grèce antique se caractérise par une forte prégnance de l’agriculture, base de l’économie et de la société, d’autant plus importante que les sols grecs sont peu fertiles. À
partir du VIe siècle av. J.-C., l’artisanat et le commerce, principalement maritime, se développent.
Il est noter que la notion d’« économie », au sens où elle est entendue à l’heure actuelle, est relativement anachronique pour la Grèce antique. L’oikonomia ne désigne alors que la gestion de l’oikos, c’est-à-dire la maison ou le domaine. Ainsi, les nombreux traités intitulés Économique, comme celui de Xénophon, sont en fait destinés à de grands propriétaires terriens soucieux de bien gérer leurs terres. Inversement, les Grecs ne possèdent aucun terme précis pour désigner l’ensemble des processus de production et d’échange.
L'agriculture est au fondement de l'économie grecque. Depuis l'époque archaïque, elle est fondée sur le « triptyque méditerranéen » : céréales, huile d'olive et vigne — base de l'alimentation. Cependant, au vu des contraintes naturelles et de l'évolution démocratique, la production se révèle rapidement insuffisante pour les besoins. L’« étroitesse » de la terre explique ainsi la colonisation grecque et l’importance qu’auront, à l’époque classique, les clérouquies d’Asie mineure dans le contrôle du ravitaillement en blé. L'olivier et la vigne et sont complétés par des cultures maraîchères et légumineuses, des herbes sauvages ou cultivées ainsi que des plantes oléagineuses. L’élevage reste peu développé en raison du manque de terres disponibles. Les animaux les plus nombreux sont les chèvres et les moutons. Le bois est exploité intensivement, d’abord pour un usage domestique, puis pour construire des trières. Enfin, l’apiculture fournit du miel, seule source de sucre connue des Grecs.
Exigeante en main d'œuvre, l'agriculture peut réclamer jusqu'à 80 % de la population. Les travaux agricoles rythment le calendrier : récolte des olives et taille des vignes à la fin de l'automne ou au début de l'hiver ; retournement de la jachère au printemps ; moisson en été ; coupe du bois, semailles et vendanges en automne.
Les structures agraires sont marquées par une concentration des terres, à l'époque archaïque, entre les mains de grands propriétaires aristocratiques. Au VIIe siècle , l’expansion démographique et le partage des successions génèrent d'importantes tensions entre ces derniers et les petits paysans. À Athènes, la crise se résout avec la législation de Solon, qui interdit la servitude pour dettes et prend des mesures destinées à aider les petits paysans. Quoi qu’il en soit, les grands domaines aristocratiques grecs restent très limitées vis-à-vis des grandes latifundia romaines.
Une bonne partie de l’artisanat fait partie de la sphère domestique. Ainsi, la boulange et le tissage, si importants dans l’économie médiévale occidentale, sont le fait des femmes ou des esclaves. Seuls les tissus teints raffinés, comme ceux teints à la pourpre de Tyr, sont réalisés en atelier. Le travail du métal, du cuir, du bois ou encore de l’argile (poterie) sont en revanche des activités spécialisées, au reste plutôt mal vues par les Grecs.
L’unité de base est l’atelier, souvent d’envergure familiale. Dans les autres cas, on recourt le plus souvent aux esclaves. La fabrique de boucliers de Lysias emploie ainsi 120 esclaves et le père de Démosthène, 32 couteliers et 20 fabricants de lits. Après la mort de Périclès en 429, émerge en effet une nouvelle classe de dirigeants, enrichis par l’artisanat : ainsi de Cléon ou d’Anytos, propriétaires d’une tannerie, de Cléophon, propriétaire d’une fabrique de lyres.
Les travailleurs salariés sont payés à la tâche, les ateliers ne pouvant garantir un travail régulier. Dans les chantiers d’État, à Athènes, tous sont payés une drachme par jour, quel que soit le métier accompli. Généralement, la journée de travail commence au lever du soleil, et s’achève en milieu d'après-midi.
Le travail du potier consiste à sélectionner l’argile, façonner le vase, le sécher puis le faire cuire, avant de le vernir. Une partie de la production est destinée à un usage domestique (vaisselle, récipients, lampes à huile) ou commercial (jarres), une autre à un usage religieux et/ou artistique. L’utilisation de l’argile (façonnage, vernissage, etc.) est connue depuis l’âge du bronze et le tour de potier est une invention très ancienne. La Grèce antique n’inventera aucun procédé technique supplémentaire. La fabrication de vases d'art est fortement influencée par les techniques étrangères : ainsi, la céramique à figures noires, créée par les potiers de Corinthe est très probablement inspiré du travail syrien du métal. La perfection à laquelle les Grecs portent la céramique est donc entièrement due à leur sens artistique, et non à leur ingéniosité technique.
La poterie est le plus souvent le fait d’esclaves. À Athènes, les potiers, nombreux, sont regroupés entre l’agora et le Dipylon, dans le Céramique. Souvent, il s’agit de petits ateliers, regroupant un maître, quelques décorateurs salariés et des esclaves.
Les gisements de métal sont nombreux en Grèce. Les plus connus sont les mines d’argent du Laurion, qui sont l’une des causes du développement athénien du Ve siècle . Les Athéniens y atteignent rapidement (dès le Ve siècle) un haut niveau dans la prospection, le traitement et le raffinage du minerai. En outre, la conformation du terrain évite à recourir au drainage, dont les techniques antiques sont peu perfectionnées et interdisent de fait le forage sous le niveau des eaux souterraines. Les galeries et les escaliers y sont creusés avec le même souci de proportion et d’harmonie que dans les temples. Malgré tout, le travail y est très pénible, en raison de la profondeur des galeries (parfois plus de 100 mètres). Le mineur, armé d’un pic et d’un marteau en fer, travaille courbé en deux pour extraire le plomb argentifère. Le Laurion héberge une très important population servile, en majorité originaire de la mer Noire (Thraces, Paphlagoniens, etc.).
Parmi les autres gisements grecs, on peut citer :
• mines d'or : Siphnos, Tassos ;
• mines d'argent : Chypre, Siphnos ;
• mines de fer : Eubée, Rhodes et Chypre ;
• mines de cuivre : Eubée, Chalcis.
Très tôt, le monde grec a dû recourir au commerce maritime pour se développer, en raison de la nécessité d’importer le blé. Les zones d’approvisionnement sont en effet la Cyrénaïque, l’Égypte, l’Italie (région de Grande Grèce et Sicile) ou encore le Pont-Euxin. Athènes et Corinthe, importatrices, constituent également des plates-formes d’échange pour les îles de la mer Égée. D’autres produits suivent : papyrus, épices, tissus, métaux, mais aussi des matériaux de construction des navires comme le bois, la toile de lin et de la poix. De leur côté, les cités grecques exportent du vin, des céramiques et de l’huile d’olive. Athènes vend également le marbre tiré du Pentélique, renommé dans tout le monde grec, ou encore des monnaies d’argent, dont la fabrication est particulièrement soignée et qui possèdent un fort taux d’argent. Ces dernières servent en effet non seulement de moyen d’échange, mais aussi de ressource métallique : dans les pays n’utilisant pas de monnaie, elles sont refondues. Les sources dont nous disposons ne permettent pas d’évaluer les volumes des biens échangés.
Les acteurs de ce commerce sont de grands négociants. L’État prélève un droit de douane sur leurs cargaisons. Au Pirée, celui-ci est de 1, puis 2 %. À la fin du Ve siècle , cette taxe est affermée à hauteur de 33 talents (Andocide, I, 133–134). En 413, Athènes suspend la perception du tribut de la ligue de Délos et impose en retour un droit de 5 % sur tous les ports de son empire (Thucydide, VII, 28, 4), dans l'espoir (déçu) d'augmenter ses revenus. Ces droits de douane n’ont jamais de visée protectionniste : il s'agit plus simplement d’alimenter les caisses publiques.
L’accroissement de ces échanges entraîne un développement des techniques financières. En effet, les marchands recourent le plus souvent à l’emprunt pour financer tout ou partie leurs expéditions, en raison du manque de liquidités. Le prêt à la grosse aventure, à Athènes, au IVe siècle , consiste à prêter une importante somme (inférieure cependant à 2000 drachmes) à court terme (le temps du voyage, soit quelques semaines ou quelques mois), avec un taux d’intérêt élevé, souvent de 12 % mais allant jusqu’à 100 %. Les termes du contrat sont toujours fixés par écrit, contrairement aux prêts amicaux (eranoi). Le prêteur supporte tous les risques de la traversée, en échange de quoi le débiteur engage sa cargaison, voire le navire entier, qui sont saisis par précaution dès leur arrivée au Pirée.
Le commerce est libre : les cités ne contrôlent que l’approvisionnement en grain. À Athènes, lors de la première séance de la nouvelle prytanie, les réglementations sur son commerce sont vérifiées. Un collège veille spécifiquement sur le commerce du blé, de la farine et du pain.
Le commerce de détail est assez également mal connu. Si le paysan ou l’artisan vendent souvent eux-même leur production, il existe des marchands au détail, les kápêloi. Regroupés en corporations, ils vendent qui du poisson, qui de l'huile, qui des légumes. Les femmes vendent quant à elles du parfum ou des rubans. Ils paient un droit pour leur emplacement au marché. Mal vus de la population, ils sont généralement accusés de tricher sur les quantités. Leurs poids sont régulièrement vérifiés par les métronomes.
Parallèlement aux marchands « professionnels » se trouvent ceux qui vendent le surplus de leur production domestique, que ce soit des légumes, de l'huile ou du pain. C'est le cas de nombreux petits paysans de l'Attique. Parmi ceux de la ville, il s'agit souvent de femmes. Ainsi, la mère d'Euripide vend du cerfeuil de son jardin (cf. Aristophane, Les Acharniens, v. 477–478).
La fiscalité directe n’est pas très développée en Grèce antique. Il existe une forme d’impôt sur le capital pour les plus riches, l’eisphorá, mais il est levé de manière intermittente, en cas de besoin — le plus souvent, en temps de guerre. Les grandes fortunes sont également soumis aux liturgies, c'est-à-dire à la prise en charge des services publics tels que l’entretien d’une trière, d’un chœur lors des compétitions théâtrales ou encore du gymnase. Dans certains cas, le prestige de la charge suscite des volontaires — c’est le cas de la chorégie —, dans d'autres, il s’agit d’une véritable contribution imposée, à l’instar de la triérarchie. Dans certaines cités comme Milet ou Téos, cependant, il existe une large imposition directe des citoyens.
La fiscalité indirecte est en revanche importante : taxes sur les maisons, les esclaves, les troupeaux, les ruches, mais aussi le vin, l'huile, le fourrage, etc. Beaucoup d'entre elles sont affermées à des publicains, les telônai. Cependant, cela ne concerne pas toutes les cités. Ainsi, les mines d’or de Thasos ou les taxes commerciales, pour Athènes, permettent à ces deux cités de réduire voire d'éliminer ces taxes. Enfin, les groupes dépendants comme les Pénestes thessaliens ou les Hilotes lacédémoniens sont soumis à des contributions en faveur des citoyens.
D’origine
probablement lydienne, le monnayage frappé arrive en Grèce vers 550, d’abord dans les cités maritimes et marchandes comme Égine ou Athènes. Leur usage se répand au cours du VIe siècle . Très
vite, les cités en acquièrent le monopole. Les toutes premières pièces sont en électrum (alliage d'or et d'argent), puis en argent pur, métal le plus commun en Grèce : les mines du mont Pangée
permettent aux cités de Thrace et de Macédoine de frapper une grande quantité de monnaies archaïques ; celles du Laurion donnent naissance aux « chouettes », la monnaie la plus célèbre du monde
grec. Les pièces de bronze, de valeur plus faible, n’apparaissent qu’à la fin du Ve siècle.
Le rôle de la monnaie est multiple dans le monde grec. Elle est utilisée d'abord comme moyen d’échange, principalement affectée aux paiements d'État : il s'agit de payer les mercenaires aussi bien que de dédommager les citoyens pour leur participation aux institutions civiques. Elle est aussi un outil fiscal : les étrangers doivent échanger leurs pièces étrangères en monnaie locale, à un taux favorable pour l'État. Elle est également une ressource métallique, ce qui explique que l’on retrouve très loin d’Athènes des pièces frappées par la cité attique, qui possèdent un taux d’argent élevé. Enfin, le fait de frapper monnaie est un élément de prestige incontestable pour une cité.
Voici une digestion partielle (ne retenant que le thème de la science grecque) des séminaires de Patrice Loraux des 02/03/07 (Ehess) et 16/03/07 (Paris8). Ce digeste est susceptible de changement. Paris8philo
Les Grecs ont disparus et nous ont laissé une certaine vision de la science comme conflit entre le logos (discours qui met en rapport, qui donne la mesure à toute chose) et la sensation.
Epistémè
Doxa |<-- Sensation - Logos -->| Noûs
Ce que les Grecs nomme science (Epistémè) : c'est ce qui est soustrait au variation de l'humeur et se trouve installé dans une stabillité féconde. La dite science est portée par deux limites, d'une part l'opinion droite (doxa) qui est à la limite en-deçà de la sensation, c'est le flair qui tranche dans les situation incertaines (la gnomè) et d'autre part la pensée en tant que telle (noûs) qui est, à la limite au-delà du logos, comme une supra-science, comme science de la science, comme pensée de la pensée.
S'il fallait faire un livre sur la science grecque à partir d'Aristote il comprendrait 7 à 9 chapitres
- L'analytique : invention d'Aristote, elle est au coeur de toute science, c'est l'enchaînement strict indépendamment de tous les locuteurs. L'analytique revient à avancer dans l'expérience pas à pas. (notez que chez Freud il y a deux analytique)
- La dialectique : c'est la nécessité pour savoir, de se préoccuper aussi des idées que vous n'avez pas (le présent texte est une dialectique), c'est s'iccuper d'un savoir tout
en le mutualisant, la dialectique c'est se proter aux limites de l'expérience sans y aller. La dialectique (aristoléicienne) est le survol juste du complexe (du noué), la pré-appréhension de
l'expérience qui pose la question [au niveau de la science] par quel bout dois-je commencer pour étudier. C'est sans doute ce qque retient Hegel, il faut avoir traversé (cf. Dia- = à
travers) des expériences faites par d'autres et que l'on a pas, pour les comprendre, besoin de refaire.
| Epistémè |
Doxa |<-- Analytique -->| Noûs
Dialectique
de l'en-deçà (Doxa droite) et de l'au-delà (Noûs)
- L'aporétique : c'est la cartographie des points où on ne passe pas ou plus exactement c'est la dscipline des passages difficile mais obligés pour qui veut poursuivre, où on ne passe que un par un
a - La maieutique : discours pour savoir si c'est un savoir ou non, c'est-à-dire l'aporétique au sein même de l'analytique.
b - Cette seconde aprétique est par exemple le passage de la dialectique à l'analystique et le passage de l'analtyique à la dialectique
- La topique : l'étude des grands régions, des grands ensembles du savoir. Par exemple les nombre ne sont pas de la même région que les loins.
- La mimétque : une chose est susceptible de devenir son propre semblant ... la mimétique ne cherche pas à discerner. C'est la crituqe qui s'en chargera au final (voir infra).
- La stochastique : elle revient à savoir comment saisir les cohses quand on ne sait où elle passe et quand elle passe (aujourd'hui par exempele on a réussi à capturer un photon, chose impensable au début du siècle). Stochatzo en grec veut dire conjecturer. Ainsi ce sont toutes les activités qui pnt un caractère scientifique tout en ayant une part d'alléatoire
- La rhétorique : à ne pas confondre avec la sophistique, même si elles sonnt sur le même registre, elle permet que la science soit accréditable et vséductive par le Dehors. La rhétorique s'appuie sur le fais que tout ce dont je rends commpte ici est sensé faire référence à des compétences extérieures. La rhétorique est exigée pour faire comme si on parlait du Dehors [de la science ou de la philosophie] pour faire rentrer les gens aux dedans.
- La Critique : si l'analytique est finie et suppose donc des limites qui ne satisfassent la Raison. La Raison pousse cette limite et veut rentrer dans la dialectique cette fois-ci d'une second niveau entre la doxa et la noûs. on entre en fait dans un zone où on ne sait plus si on a affaire à de l'authéntique ou à du semblant). L'authaentique est ce qui vous laisse libre, le semblant ce qui vous capture. Il faut donc une critique pour savoir ce qui chez le philosophe relève du sophiste ou du philosophe même. La critique donne les différente limite qui permeette de trancher sur les différentes limites de l'expérience. Anisi :
- les limites de l'en deçà
- les limites de l'au-delà
- les limites du dessous
- les limites du latéral
[Avec la distinction aristotélico-platonicienne il est d'abord question des deux premières limites, nous aborderons les autres aux prochaines séances].
Est grec [en philosophie] ce qui a le souci d'une obscurité fondamentale et le souci de s'approcher des situation intenses sans s'y brûler, sans s'y laisser capturer. C'est s'approcher sous neutralisation, avec prudence et n'être jamais en première ligne ceci a été valable jusqu'à Husserl.
La différence aristotélico-platonicienne c'est -à-dire la différence entre deux styles de pensée qui se veulent grecs [comme il a été dit plus haut]
Au Ve siècle, le débat philosophique se tiendra à Athènes.
L'unité politique de la Grèce antique est celle de la cité ; unité tragique et sanglante, puisque les cités ne cessèrent pas de s'affronter. Or, bien qu'originaires de cités différentes, des penseurs comme les philosophes pré-platoniciens furent parmi les premiers à prendre conscience de l'unité des peuples grecs, et ils furent souvent des pan-hellénistes. Ce projet politique ne fut jamais concrétisé. On le retrouve pourtant chez les Stoïciens nomme l'humanité et à laquelle ils considèrent appartenir indépensamment de toute patrie et de toute condition sociale
Notre époque raisonne étrangement avec les grecs. Sur ce site nous essayons de voir en quoi il y a un retour aux grecs, non que l'on revienne en arrière mais notre époque dans sa dynamique est proche de l'effervescence grecque. En n'oublant pas cette aussi cette forme d'esclavagisme qu'est la mondialisation !
Nous avons mis quelques articles en ligne notamment pour mettre en parallèle la stasis grecque comme l'appelle Nicole Loraux. La stasis pour Nicole Loraux déchirure organisé politiquement en partis
la cité après la chute de la dictature des trente et le retour à en -404. La stasis appartieint au régime
hétéronome. Aujourd'hui notre société à une capacité plus grande pour rebondir et le cas d'Antigone prise dans une impasse morale et mise face à sa propre incapacité. Ceci montre qu'aujourd'hui notre société a quant à elle une capacité plus grande d'énergie
et peut ainsi tolérer des singularités plus étranges, une diverstiés plus grande, c'est ce qui s'est passé aussi au moment de la Révolution, quand le peuple des indigents de Paris a fini par
former la troupe des sans culottes : ils s'étaient regroupés en villes devenu inutiles dans les campagne où dit-on le rendement avait augmenté malgré les nombreuses famines. Aujoud'hui nous
sommes face à des stasis (des morcellement de la société) plus complexes, que la simples répartitions entre progressistes et conservateurs. Nous ne sommmes pas non plus simples stasis
démocratiques et divisé en partis représentatifs : cette lecture différente de notre réalité nous la retrouvons chez Nietzsche, chez les Rats, dans Antigone et sous différentes formes en philosophie ou de régime de vie et de pensée.
Notre époque
L’époque n’est plus celle de penseurs qui seraient comme des comètes dont la pensée imprévue serait incompréhensible. Leurs actes de pensée ou d’écriture restent dans l’immédiat comme des coups d’épée dans l’eau mais laissent des pistes pour une improbable relève. C’est encore l’exemple de Jacques Derrida, Derrida ne rencontrera que les auteurs qui se laissent infiltrer d'insuffisance, de défaillance, d'inconsistance, bref de l'apeiron à charge à lui parfois de l'introduire cette inconsistance sous forme de manque, de sens caché, d’absence qui est plus la marque d’un exilé. Parfois la relève, la cueillette de tout ce qui chez des penseurs doit être affirmée se fait et l’on dépasse alors la dimension du simple recueillement. C’est alors que l’on comprend avec Nietzsche et même Heidegger et Deleuze que notre époque à une étonnante résonance avec les penseurs Grecs, non les plus connus mais ceux que l’on appelait les physiciens, les présocratiques [1] avant que l’on ne tombe dans la dialectique. Heidegger et Deleuze reprennent Nietzsche sur ce trait : La déréliction d’Heidegger, Par déréliction comprenons sa tendance à la passivité, à l’attente d’un Être en présence qui ne viendra pas et au fond manquera toujours. La question de la philosophie n’est pas celle de l’être, car celui-ci conduit logiquement à penser le non-être et donc à penser la réalité comme apparaître, apparence trompeuse, phénomène que l’on ne peut comprendre en soi. Cette question que l’on appelait la question métaphysique était une manière de détourner l’effort de la pensée, d’individualiser le penseur (ce que l’on retrouve chez Heidegger ou Badiou) mais surtout d’empêcher qu’un continuum de pensée ou une collectivité de penseurs n’adviennent. C’est tous ces signes que relève le présent mémoire, comme l’amorce a été faite dans le style des années 60-70.
Notre époque n’est plus à la seule raison, ni à l’entière déraison mais au couplage de l’intelligence et de l’intuition, de la raison et du sentiment aurait dit Pascal, du concept, de l’affect et du percept aurait dit Spinoza. En fait il a toujours été ainsi dès qu’il s’agit de penser l’action plus que de philosopher sur des textes. Comme les Grecs en leur temps, notre époque est elle aussi à un profond bouleversement de la rationalité et de la subjectivité, les deux vont de pair. On peut penser à la physique quantique (à l’opto-électronique ou à la spintronique dont se servent nos lecteurs laser ou nos disques durs), on peut penser aux découvertes génétiques, à la découverte de la plasticité du cerveau en neurobiologie. Cette dernière a par exemple des incidences sur notre manière d’appréhender la pensée . Il est donc bien vain d’aller peser le cerveau d’Einstein si l’on oublie que l’essentiel a résidé dans un énorme effort de pensée de ses premières années d’existence. Mais Einstein a appliqué la méthode transcendantale issue de Kant pour exposer ses théories, ce qui l’a par ailleurs conduit à nier la réalité quantique et la mécanique qui en découlait. L’heure n’est plus au transcendantal, si la science, en tant que pensée a plus d’avance que la philosophie, c’est qu’elle s’est débarrassée de ce qui était inobservable, pur, absolu c’est-à-dire de ce qui existe en droit mais pas de fait, de ce qui n’avait pas prise avec la réalité. Reste les lois qui servent de cadre à sa pensée mais qui sans cesse évoluent, la pensée générant en retour de nouvelles lois ou théories. Il n’est pas évident que la distinction se fasse entre philosophie, art et science car au fond toutes ces disciplines sont porteuses de création c’est-à-dire de pensée. Dès lors qu’une nouvelle subjectivité émergera, comme elle est en train de le faire, l’effervescence fera que la distinction entre philosophie, art et science sera floue. Certes chacune aura son savoir(-faire) respectif mais tous les signes sont là, « tous les signes sont proches » DzP_196 pour une nouvelle formation de pensée, à la fois rationalité et subjectivité, bref une nouvelle capacité à penser).
La philosophie n’est ni une quête de la Vérité ni une quête du sens, elle n’a de tâche que de dégager ce qui dans la vie a de l’importance et à indiquer ce qui est fécond, à recueillir et affirmer au-dessus du tumulte et du brouhaha la positivité d’une époque. En vérité, il n’y a pas de Vérité présente ni de sens caché qui nous destine mais je laisse en parallèle le fait que l’on puisse s’appuyer soit sur des intensités soit sur des vérités pour dégager l’important et la positivité d’une époque. Nous nous rendons malheureux à ne pas savoir ce qui a de l’importance, à ne pouvoir vivre pour une idée plutôt qu’être pour la mort. Ceci ne sont que les signe avant coureurs d’un basculement de civilisation, d’une nouvelle appréhension qui constitue autour d’elle une positivité, un cercle vertueux où s’agence un collectif affectif. Telle est la liberté ou la capacité d’autonomie
[1] Les présocratiques pour
une grande majorité sont des physiciens : « La philosophie grecque est née à Milet, en Asie Mineure, au début du IVe siècle av. J.-C. Enfant robuste et énergique, elle s’est
rapidement fait connaître en dehors de son pays natal… Avant que la pensée ne soit « institutionnalisée », avant qu’on puisse parler d’écoles ou des sectes, les différents penseurs tombés
amoureux de cette jeunes fille ne sont pourtant pas restés tout à fait isolés les uns des autres : existaient entre eux des influences, des relations d’apprentissage – sans compter les liens que
leurs désaccord créent. Bref, une tradition s’est ainsi progressivement établie. La première phase de cette tradition constitue ce qu’on appelle la « philosophie présocatique »... Les penseurs
grecs ont, après Aristote, divisé la philosophie en trois parties : la logique, ou l’étude de la raison dans toute ses manifestations ; l’éthique, ou l’étude des mœurs et de la vie pratique ; la
physique ou l’étude de la nature, de la physis, sous toutes ses formes. En se référant à cette partition, on a considéré les philosophes présocratiques comme des penseurs qui ont étudié la
nature, c’est-à-dire comme des physiciens. » (Jonathan Barnes, les penseurs préplatoniciens in Philosophie grecque, PUF, pp. 3-4).
Nos différents articles sur les Grecs
L'économie dans la Grèce antique
Epistemè : La science chez les Grecs
Genos : La filiation ou lignée chez Grecs
Phusis : La nature chez les
Grecs
Stasis : La cité politiquement divisée
Le dyonisiaque chez Nietzsche et les Grecs
La tragédie de Sophocle, Antigone, nous met face à ce que les grecs nommaient de la démesure ou de l’événement. La démesure ou l’hybris est ce qui excède le langage, ce langage qui tisse les choses ensemble, les met en rapport. La démesure, l’hybris, est un non-rapport. Elle provoque l’incompréhension. La violence qui en découle ne peut être tisser avec les exigences de la vie quotidienne, elle ne peut-être mise en rapport avec le discours habituel (le logos). C’est pour cela qu’on disait que la tragédie préparait le citoyen grec en vue d’aller voter : assister à une tragédie le sortait de son individualité, de la petitesse de ses problèmes quotidiens pour considérer ceux de la cité. Plus largement la démesure, le côté tragique de la vie renvoie à ce qu’il y a de rats souffre-douleurs en chacun de nous, à ce que par une audace, que Castoriadis considère comme exagérée, nous avons certainement expérimenté dans certaines situations. Pour les personnes qui ont vécu cela, nos propos sur Antigone feront écho. Nous nous bornerons ici à ne discuter que les commentaires que fait Castoriadis d’Antigone de Sophocle CstFP_24-34/39-46.
Rappelons le mythe d’Antigone, fille du roi de Thèbes Œdipe. Elle est l'une des enfants nés de l'union incestueuse d’Œdipe et de sa propre mère, Jocaste. Antigone est la sœur d'Ismène, d'Etéocle et de Polynice. Quand son père est chassé de Thèbes par ses frères et quand, les yeux crevés, il doit mendier sa nourriture sur les routes, Antigone lui exprime un grand dévouement et lui sert de guide. Elle veille sur lui jusqu'à la fin de son existence et l'assiste dans ses derniers moments. Puis Antigone revient à Thèbes. Elle y connaît une nouvelle et cruelle épreuve. Ses frères Etéocle et Polynice se disputent le pouvoir. Ce dernier fait appel à une armée étrangère pour assiéger la ville et combattre son frère Etéocle. Après la mort des deux frères, Créon, leur oncle prend le pouvoir. Il ordonne des funérailles solennelles pour Etéocle et interdit par une loi à quiconque de donner une sépulture à Polynice, coupable à ses yeux d'avoir porté les armes contre sa patrie avec le concours d'étrangers. Antigone cherche avec audace à trois reprises à recouvrir le cadavre de son frère de terre afin de répondre à ce que Sophocle en poète nomme la justice des dieux : un corps laissé sans sépulture condamne l’âme du défunt à errer éternellement. La troisième fois, Elle est surprise par l’un des gardes qui surveillaient le corps. Créon la condamne donc à être enseveli à mort. Pour Castoriadis, que ce soit les lois de la cité ou la justice des dieux, aussi bien Antigone que Créon sont incapables de les tisser ensemble ; chacun d’eux, pour s’être voué à la défense aveugle et absolue de l’un des deux principes, devient hubristès (emporté, excessif) et apolis (mis au ban de la cité). Or Créon revient sur sa décision et au cinquième épisode de la pièce, il accepte que soit rendue une sépulture à Polynice et il veut libérer Antigone. Mais trop tard, Antigone s’est pendue. Hémon, son fiancé, fils de Créon se suicide à son tour sur le corps d’Antigone. Eurydice, femme de Créon apprenant la mort tragique de son fils se suicide à son tour. Créon reste tout seul.
Castoriadis s’arrête surtout sur les notions d’intérêts admis par la cité (astunomous orgai), d’homme grand dans la cité (hupsipolis) et de personne mis au ban de la cité (apolis). Il cherche à justifie le programme démocratique . Mais si Créon s’emporte (hubristès) et pense être dans son droit (monon phronein=être le seul à penser juste), et même su sa famille se délite à la suite de meurtres et de suicides, on ne peut pas dire qu’il soit apolis. L’acte par audace (tolmas kharin) est surtout du côté d’Antigone, c’est elle qui transgresse l’interdit fixé par son oncle Créon. Créon, lui, revient sur sa décision et tisse donc les lois des hommes et la justice des dieux, devient-il grand dans la cité pour autant. Non puisqu’Antigone oppresssée par la situation se pend, prise entre la loi politique et la coutume religieuse d’enterrer les morts. La justice des dieux amène des valeurs morales : comme celle d’enterrer les morts pour ne pas que leur âme erre. L’homme peut devenir grand (Hupsipolis) en tissant ensemble la justice des dieux et les lois de son pays CstFP_26/32, ce que parvient à faire Créon même s’il le fait un peu trop tard, seulement à la fin de la tragédie. Créon occupe un haut dans sa cité alors qu’Antigone, elle, aura franchi par audace les mœurs admises par la cité, les astunomous orgai. Astunomous orgai est souvent traduit par les mœurs civilisés, ceux que régissent une cité, mais ce n’est pas seulement cela. Ce sont surtout les impulsions et qu’admette une cité, les mœurs civilisés comme on dit mais aussi les impulsions et les passions . Comme pour la physique quantique on est plus dans un monde de dispositions ou impulsions qu’un monde de propriétés ou de lois. Castoriadis à propos des orgai n’hésite pas à parler Poussée spontanée et incoercible, ce qu’une pensée énergétique traduirait par pulsion libidinale. Ainsi les astunomous orgai sont les capacités d’énergie tolérées par une époque ou une société et qui augmente à mesure qu’il y a moins d’antagonisme et de vains conflits : c’est tous le paradoxe que soulève par exemple le texte de Deleuze et Guattari, Mai 68 n’a pas eu lieu. Ses auteurs soulignent combien les grands événements arrivent sans bruit et quand ils ne parviennent à s’enclencher pas dans la réalité produisent une farce bruyante plein d’aberrations, de symptômes de ce qui n’advient pas. Ce qui n’est pas advenu en mai 68, c’est une nouvelle subjectivité ou une capacité d’énergie plus importante, bref une aptitude plus grande à solutionner les problèmes dans la joie et non par obligation ou par contrainte.. Au final, on se trouve bien dans l’antagonisme ou plutôt la concurrence entre celui qui a un haut rang dans la cité (l’homme supérieur) et d’autre part la personne qui affligée par un lourd passé ne parvient à dépasser les valeurs morales et à devenir ainsi créatrice et autonome. L’Antigone de Sophocle nous permet au moins d’affirmer une chose sans hésitation : le justice des dieux ne suffit pas, pas plus que ne suffisent les lois de la terre qui toute deux appartiennent à une hiérarchie des représentations. Antigone ne porte pas sur la différence entre morale religieuse – justice des dieux incarnée par Antigone – et politique d’état les lois de la cité mais sur l’acte commis par audace par Antigone qui veut enterrer son frère qui la place dans une situation inacceptable pour la majorité. Créon tombe dans un excès d’orgueil mais n’a pas d’audace. S’il est homme qui insulte les autres c’est par le fait que comme Antigone il pense être le seul à penser juste, à pouvoir juger. Il tombe dans le monon phronein et sort comme Antigone de l’ison phronein. S’il y a un aspect démocratique il est bien dans le nivellement morale que suggère l’ison phronein comme sagesse égale commune à tous les citoyens CstFP_26. Cette tragédie, sortie de la pensée commune et égale pour tous, ne parle nullement de démocratie CstFP_27. Nos sociétés actuelles via les villes cosmopolites qui admettent des personnes rejetées par leur communauté. On peut se demander alors si une pensée libre n’est pas possible par un collectif réduit ou épars de gens qui ne relèverait ni du monon phronein ni de l’ison phronein, ni de l’individu ni de la communauté.
Rien n’est plus terrible, capable de création que l’espèce humaine parce qu’elle concède à perdre son humanité, sa trop grand tendance à la compassion, à l’amour propre ou à l’égalité. Ce que trame Antigone dépasse les faits, les différents égoïsmes et altruismes, pour quelque chose de plus éclatant qui serait de nous confronter à notre propre audace. Mais dans la cité grecque la morale est sauf puisque, pour celle qui se met au ban de la cité, le résultat concret ne peut être que la mort, la fuite ou l’exil CstFP_26, ce que nous avons résumé par ailleurs par « fuir ou périr ». Sophocle fait de l’homme non un « vivant pourvu de langue » ou un « vivant politique » mais un vivant pourvu d’un caractère terrible. Le terrible, le deinos, c’est ce que l’homme en tant qu’espèce possède plus que toute autre espèce, mais c’est aussi le puissant ou l’étonnant parce que capable au plus haut degré Cst_28. Le terrible c’est que Heidegger traduit par le très insuffisant das unheimliche Cst_28 pour faire un pont avec la tout aussi mal traduite inquiétante étrangeté de Freud. L’inquiétante étrangeté se comprend comme l’appréhension d’un point de vue moral ou trop chargé d’habitudes comme ce qui échappe à la compréhension et déstabilise par son audace et son côté étonnant, simplement parce qu’il possède sa propre loi. Le deinos est un autre pseudonyme qui dissimule la capacité. Parce que Castoriadis met Antigone et Créon tout deux dans le côté apolis de la balance sans voir que Créon est obéit au bien, il estime que l’homme qui se crée lui-même doit aussi s’auto-limiter. Mais c’est la puissance erratique du pouvoir, qu’il faut freiner non l’audace d’Antigone. Nous nous trouvons donc dans un dispositif qui met en concurrence l’homme supérieur, Créon, et l’anomalie souffre-douleur qu’est Antigone. L’un assumant jusqu’au bout l’hétéronomie (les lois qui promulgue dans la cité) et la seconde reste prisonnière de son trop grand dévouement familial et par là d’une morale religieuse (la justice divine). Antigone est une anomalie vaincue de n’être parvenue à l’autonomie, ce qui n’est pas permis à tout le monde, mais est aujourd’hui possible à un plus grand nombre.