Analyse de la vie cynique sous 4 aspects :
vie non dissimulée
vie indépendante
vie droite
vie souveraine
La pratique du cynisme retourne ces 4 aspects jusqu'au scandale.
1. Alethos bios, vraie vie = non dissimulée, dont on ne rougit pas
Le véritable amour (Platon)
Sénèque : vie comme si toujours sous le regard des autres (surtout de l'ami) : rôle de la correspondance.
Thème repris mais altéré dans le cynisme : dramatisation et passage à la limite par la mise en scène de la vie sous le regard du plus grand nombre possible d'autre.
Absence de maison (lieu secret), de vêtements : voyage à Corinthe car ville très publique. Mort dans un gymnase enveloppé dans un manteau.
Retournement des effets : vie irréductible à toute les autres : scandale.
Non pas limite de la pudeur mais faire apparître sans limite ce qui dans l'être humain est de l'ordre de la nature.
Donc non-dissimulation = éclat de la naturalité de l'être humain sous le regard de tous. SCANDALE.
2. Vie sans mélange, sans lien, sans dépendance:
2 stylistiques d'existence
- pureté (Platon)
- indépendance (Stoïciens, Épicuriens)
Pauvreté. Sénèque : ne pas se soucier de la fortune, de l'argent ; se préparer aux changements de fortune.
En revanche, la pauvreté cynique est réelle, active, indéfinie :
- réelle : dépouillement de l'existence.(non pas exercices virtuels des Stoïciens)
- active : non pas indifférente à la fortune (Socrate) mais opération sur soi-même, élaboration de soi-même, conduite de
pauvreté.
- Infinie,indéfinie : ne s'arrête pas à un stade, cherche avec inquiétude les limites de l'absolument indispensable.(Anecdote : Diogène
se sépare de son écuelle et bois à la main)
Dramaturgie >effets paradoxaux : vie de laideur, de dépendance, d'humiliation donc retournement avec acceptation positive de
l'esclavage.
Adoxia : pratique systématique du déshonneur. Ex. Ingals the seeking of deshonor. Recherche de situations humiliantes pour résister au
phénomène d'opinions... (ex :Diogène reçoit un coup de bâton sur la tête « la prochaine fois je mettrais un casque », les passants : « Diogène, tu mange comme un chien ! D. :Mais vous aussi vous
êtes des chiens car il n'y a que des chiens pour faire cercle autour d'un chien qui mange »
- Humiliation cynique / Humilité chrétienne-
Jeu sur les conventions = orgueil État, habitude = renonciation
3. vie droite,en conformité avec la nature(non pas logos ou loi)
- refus du mariage, de la famille, des tabous alimentaires (viande crue)
- vie indexée sur la nature : valorisation de l'animosité, l'animalité (pôle traditionnel de la différentiation abstraite pour l'être
humain)
- animalité : un modèle de comportement (Diogène observe les souris, l'escargot...) exercice, tâche,vie nue.
4. vie souveraine,vraie volupté trouvée en soi
vraie volupté trouvée en soi (stoïque) mais aussi relations aux autres de type personnel (aide, appui à Lucilius)
thème de la maîtrise de soi repris, intensifié, poussé à la limite, dramatisé sous l'affirmation arrogante que le cynique est
roi.
Affirmation simple et insolente : le cynique est le seul roi, le vrai roi anti-roi.
Conclusion
Vie non-dissimulée -->vie sans pudeur, sans honte, sans respect humain
Vie indépendante -->vie indifférente sans besoin sauf immédiat
Vie droite -->vie qui aboît, se bat, qui discerne (diacritique)
Vie souveraine -->vie de chien de garde, sauve les autres, les maîtres.
4 caractères de la «vraie vie » de Platon : écho, continuation mais passage à la limite et retournement scandaleux de la vie non-dissimulée, éhontée : le chien cynique.
CYNISME : mouvement par lequel la vie devient «autre ». (mouvement par lequel on se détache). Le cynisme se présente
comme une parrhesia manifestée dans une forme d'existence.
2 principes du cynisme : connais-toi toi-même et réévalue ta monnaie.
Etre soi-même monnaie : fausse monnaie de l'opinion, vraie monnaie du souci de soi, de sa véritable existence à condition de se
connaître soi-même.
Fonde une modalité de vie bienheureuse et une pratique de la vérité manifestée et à manifester.
Enseignement philosophique non pas pour transmettre des connaissances mais entraînement pour les individus, armature pour la vie.
Diogène enseigne les sciences sous la forme de résumés et d'abrégés, dans les principes essentiels et apprentissage de l'indépendance, de la simplicité.
Contre la logique,la physique, la géométrie et la musique ; pour la morale.
Contre les coutumes, les lois,contre un « état » : vice des hommes à la racine d'habitudes.
Contre la laideur de l'humanité.
Contre soi et pour soi, contre les autres et pour les autres : thème inversé de la vie souveraine en vie « militante » en milieu ouvert
(pas de prosélytisme).
Héraclès : héros cynique toujours représenté souffrant,combattant; royauté misérable et posthume.
'Militantisme' comme vie révolutionnaire sous 3 formes (XIXè)
- de la socialité du secret (association,complot)
- de l'organisation instituée (syndicat ou parti)
- du style d'existence, en rupture avec les conventions, les habitudes, les valeurs, et manifeste par la forme visible de son existence
immédiate la valeur évidente d'une autre vie qui est la vraie vie.
Voie courte vers la vertu : droit vers le sommet,exercices et askesis ; voie longue sans effort à travers l'apprentissage scolaire et
doctrinal du logos.(Parménide)
Charpente théorique très rudimentaire à la manière du scepticisme,transmis comme une attitude, une manière d'être,plus que par une
doctrine.
Transmission des schémas de vie par des exemples, des souvenirs, des anecdotes, des plaisanteries : pas de traditionnalité
doctrinale.
Vie philosophique comme vie héroïque transmise par le cynisme jusqu'au jour où la philosophie devient un métier de professeur au
xixeme.
Aux coups et aux insultes, le cynique réplique qu'il aime le genre humain tout entier.
Mariage interdit :le lien avec tous les hommes est la tâche la plus haute.
Mission cynique : sacrifier soi-même sa propre vie pour pouvoir s'occuper des autres,mission « sacrificielle » mais aussi
joie.
Mission : interventionnisme physique et social, médication,instrument du bonheur.
Forme du combat : bienfaiteur agressif, il attaque,mord.
Profession cynique : on reconnaîtra que l'on est fait pour le métier de cynique si on s'exerce à la vie cynique et si on est capable
d'en supporter l'épreuve.
Histoire possible du cynisme comme attitude tenant sur elle-même un discours justificatif.
Le courage d'être soi-même non-créateur.
Du fait que les principes philosophiques informent la vie, cette vie devient autre que celle des hommes en général et des
philosophes.
Parménide : l'être est : vérité et certitudes ; l'être n'est pas : étroit sentier où on ne peut rien apprendre.
3 catégories de philosophes :
- qui se taisent, parce-qu'ils pensent que la foule n'est pas capable d'entendre la vérité.
- qui réservent leurs propos à un public choisi.
- cyniques qui jouent de la crédulité des gens de la rue, faisant rire et gâchant la philosophie selon Dion de Chrisostome.
Laideur, saleté de certains cyniques critiquée par Épictète ; statue visible de la vérité,dépouillée de ce qui serait pour le corps
l'équivalent de la rhétorique.
Forme d'existence comme scandale vivant de la vérité, comme lieu d'émergence de la vérité.
Surveillance des autres(inspection perpétuelle), non pas mettre son nez partout, mais se soucier de ce qui chez les autres relève du
genre humain en général.
Le cynique se soucie des autres pour savoir ce dont il se soucie.
Surveillance qui a pour fin un changement dans la conduite des individus et dans la configuration du monde.
Les gens cherchent la nature du bien et du mal où elle ne se trouve pas,dans un ailleurs,dans une route 'autre' ; « l'altérité de ma
vie vous montre que c'est vous qui menez une vie autre. »
Est-ce que la vraie vie ne doit pas être radicalement autre ?
2 aspects de la connaissance de soi sur soi :
- estimer ce dont on est capable, mesure de soi-même avant d'affronter les épreuves.
- vigilance de soi sur soi, matière première : l'âme, le mouvement des représentations.
VIE SUR LE PARNASSE CORSE
Conche enseigna longtemps. Si la vénusté et l'intelligence des éphèbes d'amphithéâtre le laissèrent de marbre, celles des jeunes filles enflammèrent son tempérament. Fanny, par exemple, fut, comme on dit, son «étudiante». Elle suivit ses cours et lut ses livres. Mais «étudia»-t-elle sa pensée ? Par amour pour son professeur, elle apprit la pensée d'autres philosophes. De même qu'un amant bienveillant pousse sa jeune amie à d'autres rencontres masculines dans le but de parfaire son éducation sentimentale, de même un maître encourage son étudiante à l'infidélité doctrinale afin qu'elle consolide son éducation philosophique. Reste la question de la caresse. Platon rapporte que Socrate jouait souvent avec la chevelure de Phédon. Conche se demande si l'une de ses «disciples aimées» lui aurait permis pareil geste. «Je ne le crois pas, déplore-t-il. Nous sommes plus retenus que ne l'étaient les Grecs.» Vraiment ? On aimerait interroger à ce sujet Fanny, mais aussi Zahra, Bojena, Beya, Pascale, Anne, Daphné et Émilie, toutes celles qui traversent ce Journal étrange comme les saisons d'une vie et d'un coeur.
Non linéaire, le livre, cependant, peint le passage. Marcel Conche révèle son âge : 85 ans - preuve que l'épicurisme conserve. Le passé s'éloigne, l'avenir s'amenuise et le présent se renforce - bonne occasion pour revenir sur la «distinction ontologique» tant rebattue par Martin Heidegger, entre l'étant et l'être. A cette subtile métaphysique, Marcel Conche objecte que l'on ne peut pas parler de l'être parce que seul le flux de l'apparition et de la disparition de toutes choses, dans la Nature, demeure éternel. «Ce n'est pas être que d'être si peu de temps et, si longtemps, n'être pas.» Parce que nous vivons dans une durée rétrécie, réduite à nos affairements quotidiens, nous perdons de vue que notre existence se résume à d'éphémères agitations interrompues par des phases d'ennui dont l'étirement n'entrave en rien l'«évanouissement» des heures et des jours.
Au lecteur friand d'érudition, Marcel Conche offre de savants commentaires sur Épicure, Kant, Leibniz, Sartre, Leopardi, Lachelier et d'autres. Si son apologie du goulag et de Staline rase l'amateur de digressions, libre à ce dernier de sauter le chapitre et de gambader en deçà pour cueillir de justes remarques sur le «négationnisme chrétien» à l'égard des cultes antiques, ou, au-delà, pour noter quelques conseils invitant à une surhumaine hygiène intellectuelle - pas de télévision, de conversations oiseuses, de lectures obscènes et de chansons «émollientes» ! - ou, plus loin encore, pour méditer sur la spiritualité du sourire et l'impasse du bonheur.
Quant à moi, curieux des écrivains envoûtés par le chagrin, je sais gré à Marcel Conche de m'avoir présenté une femme, Jean Rhys, auteur de la Prisonnière des Sargasses et de Bonjour, minuit.«Fatiguée jusqu'au fond de l'âme», Jean, dit-il, trouvait la force de peindre des paumées qui, comme elle, n'ont jamais le dessus et n'en mènent pas large. «Je n'ai jamaisvoulu écrire, confessait-elle. Je voulais vivre heureuse, tranquille et obscure (elle fut, un temps, pour survivre, danseuse de revue). Je me suis traînée vers l'écriture.»
L'écriture. Conche ne réserve que quatre pages à cette activité si. étrange. Quatre pages saisissantes. Quand il rédige un traité sur Pyrrhon, Lao Tseu ou Lucrèce, c'est pour sauver ces hommes du néant de l'oubli. Quand, en revanche, des amis ou des parents disparus le poursuivent dans ses souvenirs, de l'écriture il les repousse dans le passé et les «transforme en ce qu'ils sont : des morts».
Finalement, quelle philosophie Marcel Conche propose-t-il pour aujourd'hui ? Elle tient en quelques préceptes simples : se prêter aux autres, mais ne se donner qu'aux Anciens et aux romancières cafardeuses de langue anglaise ; repenser aux jeunes filles dont on fut le maître aimé et aimant ; voler un baiser à celles qui viendront peut-être encore. Une sagesse sans prêche, destinée à lui seul - mais que comprendront les solitaires susceptibles dans son genre.
Marcel Conche, Noms - Journal étrange III, PUF, 435 p.
Il pleut depuis des semaines. Le printemps semble plus vibrant et la couleur des fleurs plus fraîche que d'ordinaire en Méditerranée. Le philosophe habite sur la route de la mer à Aléria, en Corse, vers le levant. Il a emménagé il y a six mois. Parmi les lecteurs de Marcel Conche, qui forment sans le savoir une manière de famille à le considérer secrètement comme le plus grand philosophe de ce temps, la nouvelle circulait depuis quelques mois : « Il est parti ! » A 86 ans, il a quitté Treffort (dans l'Ain), le village où il a enterré sa femme, indéfectible compagne, dix ans plus tôt. Il a dit adieu à la vieille demeure où il vivait depuis des décennies face aux montagnes et au verger qu'il avait planté. De sa gigantesque bibliothèque, le professeur émérite de la Sorbonne n'a emporté que le strict nécessaire à sa méditation (Montaigne, forcément, « le seul homme à qui je demanderais conseil », et puis Héraclite, Anaximandre, Parménide...), il a mis deux valises dans le coffre de sa Clio, et s'est embarqué à Marseille, un beau jour de septembre 2008. Après une vie d'étude en compagnie des philosophes antésocratiques, il lui fallait s'approcher des Grecs encore plus près. C'est ainsi que, pour commencer, l'on pourrait raconter l'histoire.
Mais il ne s'agit pas, pour ce philosophe de la nature, d'une affaire de paysage ou de climat. Il s'est installé dans un petit pavillon, dans la partie moderne d'Aléria, sans charme... du moins pour les touristes. Mais nul besoin que le maquis sente les romarins en fleur, les bruyères, les myrtes et les cistes, ni que l'aurore soit rose sur les monts de Corte et la mer transparente comme l'azur, pour penser avec Héraclite l'« absolu de la Nature infinie. » Marcel Conche, le Grec, se plaît à avoir été élu à l'Académie d'Athènes mais, en voyant le Parthénon pour la première fois en 1986, en l'examinant sous tous les points de vue et toutes les lumières, il a surtout vu « la distance où nous sommes des Grecs. Nous ne sommes plus capables de retrouver ce qu'était la vie grecque, car nous avons perdu le sens du sacré ».
Le sacré, serait-ce donc cela que Marcel Conche est venu trouver ici ? Ce sacré a un nom : non pas la Corse, quoiqu'on y respire mieux qu'ailleurs la tragédie grecque, mais Emilie. Le sacré a les traits d'une jeune femme brune, active, contemplative et lumineuse. Et voici l'histoire : un jour de l'été 2001, Marcel Conche reçoit à Treffort une lettre au souffle puissant (1). La langue est étrange, un français flottant et inspiré. Le message est ferme et audacieux : venez vivre en Corse pour m'apprendre le grec. Emilie a alors rompu avec une vie professionnelle très dense dans l'humanitaire, qui l'avait menée dans les contrées les plus cruelles du monde (notamment en Angola). Au Tadjikistan, puis en Géorgie, en Anatolie, en Inde, elle a découvert la grande poésie persane de Rûmî, et ce chemin spirituel qui mène de l'Orient à la Grèce. Rentrée en France, elle a tout abandonné et cherché un lieu selon son âme pour se rapprocher d'Homère. Ce fut Corte, où, tout en vivant de petits boulots auprès des bergers, elle suit les cours de grec ancien à l'université. Déception, jusqu'à ce qu'elle découvre la traduction et les commentaires des fragments d'Héraclite par Marcel Conche. Aussitôt, elle sait que seul cet homme-là pourra la faire entrer dans la pensée des Grecs et dans la sensation vivante de leur monde.
“Jai senti que sur le chemin de la vraie vie,
Emilie avait beaucoup d'avance sur moi.”
Bouleversé par une aspiration si impérieuse, Marcel Conche met sept ans à se décider à larguer les amarres. Le temps de la réflexion pour cet esprit enflammé mais depuis toujours déterminé, par éthique de philosophe, à choisir la raison contre le désir. Le temps aussi de se procurer les Rubâi'yât de Rûmî, la poésie de Ferdowsi, d'Attar, puis la Bhagavad-Gîtâ, puis, plus loin encore vers l'Orient, les philosophes taoïstes, jusqu'à s'user les yeux et l'intelligence à déchiffrer le chinois pour retraduire et commenter le Tao-tö-king de Lao-tseu (paru aux PUF en 2003). Le temps donc d'accueillir l'aventure à la hauteur où Emilie la proposait : non pas une passion amoureuse, mais le chemin de la vraie vie. Et, confie Marcel Conche, qui s'est voué en philosophe à cette quête, « j'ai senti que sur ce chemin elle avait beaucoup d'avance sur moi ».
A ce point du récit, on hésite. Car, en voulant trop élucider le mystère de cette rencontre, n'allons-nous pas décrire Emilie juste comme une mystique éperdue ? Et Marcel Conche, juste comme un amoureux éperdu, lui dont le Journal étrange (le tome IV, Diversités, paraît chez Encre marine le 22 mai) bruisse de ses amitiés véritables et désirs non assouvis pour les jeunes femmes, parlant de sa frustration sans regret de « n'avoir pas connu le bonheur, qui est l'amour partagé » ? Eperdus, ils le sont, chacun à sa manière brûlant d'un feu solitaire. Mais aucun ne semble vraiment perdu, ayant l'expérience des choix sûrs et des voies incertaines.
Mystique, Emilie l'est bel et bien, comme le sont les grands poètes. Mais elle n'en est pas moins (elle dirait « d'autant plus ») les deux pieds dans la vie, aimant, souffrant, travaillant. « Son dieu n'est pas du tout transcendant, dit Marcel Conche. Il est en somme l'aspect divin de la nature. En cela, elle est plus grecque que moi, puisqu'elle ressent comme les Grecs le divin dans les éléments, la lumière, les plantes et les animaux. La vie est un don, sous toutes ses formes. Elle a élu un terrain qu'elle plante d'oliviers et où elle veut construire sa maison. Lorsque Emilie soigne ses oliviers, elle a l'impression d'accomplir un service divin. Nous appelons entre nous ce champ le "téménos", qui est pour les Grecs le lieu sacré. » Quant au philosophe, c'est son amour pour elle qui est mystique. Il n'a jamais cru en l'existence de Dieu mais, dit-il, « je suis croyant en Emilie, j'ai foi en elle qui croit ». Tandis qu'elle, elle dit fortement de lui : « C'est mon meilleur ami. »
“Dieu n'est pas un problème philosophique,
puisque son existence ou sa non-existence
ne changent rien au fait que nous savons
bien comment vivre, c'est-à-dire selon l'amour.”
Avec Marcel Conche, la conversation a démarré autour d'un café en poudre et de croissants aux amandes, par l'interrogation inverse : « Diriez-vous que vous êtes au fond un philosophe de l'incroyance ? » Question pour celui qui a toujours préféré la recherche de la vérité à celle du bonheur, la métaphysique à l'amour de la sagesse. Autrement dit, les gouffres de l'incertitude de l'être où l'on côtoie les religions. Mais justement, la métaphysique de Marcel Conche fait fi de Dieu : « Dieu n'est pas un problème philosophique, affirme-t-il, puisque son existence ou sa non-existence ne changent rien au fait que nous savons bien comment vivre, c'est-à-dire selon l'amour. » Lui aime la métaphysique comme « une libre création de la raison ». Et parle de Descartes ou de Kant comme de théologiens : « Ce sont des chrétiens qui usent de leur raison pour prouver ce qu'en réalité leur dicte leur foi ; c'est donc la raison au service de la foi. » Il a pris, depuis ce jour de 1963 où il a ouvert les Essais de Montaigne, le parti de l'ignorance inéluctable, qui est celle de la condition humaine : aucune proposition métaphysique n'est absolument indiscutable. Montaigne reste ainsi un philosophe pour notre temps, où les systèmes de croyances ne font plus autorité, tandis que Descartes est « périmé » ! C'est pourquoi, aussi, Marcel Conche fréquente tant les antésocratiques, que l'enseignement, qui fait commencer la philosophie avec Platon, a longtemps ignorés... comme il a réservé Montaigne aux littéraires. Or, eux, Héraclite, Anaximandre, Empédocle, Parménide, Epicure... sont de vrais philosophes selon Conche, puisqu'ils n'ont pas eu à rompre le carcan des idéologies et des dogmes ; ils ont seulement observé la nature et « éprouvé pour la première fois la liberté de la raison devant les choses. C'est pourquoi ils sont si profonds ».
La Corse semble avoir adopté Marcel Conche, du moins Aléria, où il est respecté comme un sage. Lui se contente d'être là où il sait qu'il finira ses jours. Tôt levé, il remplit de grands cahiers d'une écriture fine et sans rature, dans ce style parfait, concret, qui ne se paye pas de mots (« je vois les choses, les mots suivent, lance-t-il. Le langage est fait pour parler du réel »). Tel Montaigne en ses Essais, il compose ainsi, depuis plusieurs années, un « journal étrange » ni chronologique ni thématique, qui forme comme le pendant de son oeuvre savante et continue de l'éclairer de réflexions vagabondes.
“J'aime et je pleure [...].
Emilie, tout avec toi devient intense.”
Ensuite, il tapera le manuscrit avec sa Remington de 1960, le complétera avec cette autre machine à écrire en caractères grecs pour les citations. Entre-temps, il aura vu Emilie, parlé avec elle, il l'aura attendue le coeur inquiet. « J'aime et je pleure [...]. Emilie, tout avec toi devient intense », écrit-il dans ce tome IV, achevé à l'été 2008, au moment où il décidait de partir la rejoindre. Il a préparé cette traversée comme la dernière, résolu à mourir en Corse quand il le déciderait. Il veut qu'Emilie l'enterre au fond de son champ d'oliviers, dans le bas de la côte. Elle a dit qu'elle préférait en haut de la colline, là où elle bâtira sa maison.
Pour devenir grec, c'est-à-dire pour philosopher vraiment, il faudrait, affirme Marcel Conche, « avoir bénéficié d'une éducation où l'on ne vous a pas infligé les réponses avant même que vous vous soyez posé les questions : qu'est-ce que je fais là ? qu'est-ce qu'être vraiment ? pourquoi le monde existe ? existe-t-il ? qu'y a-t-il au-delà du monde ?... ». Toutes ces questions avec lesquelles le fils de paysans corréziens agaçait le curé du village. Il raconte souvent que son premier geste de philosophe fut une fugue, petite fugue d'un bambin de 6 ans. Tandis que ses parents fauchaient un pré situé au bord d'une route, il est parti tout seul jusqu'au grand tournant un peu plus loin pour « savoir si le monde continuait après ». Quatre-vingts ans plus tard, c'est encore par la fugue que Marcel Conche philosophe : partir en Corse, près d'Emilie, tenter d'aller grâce à elle au bout du chemin de la vie, et savoir que toujours « Emilie restera pour moi un mystère. Le jour où je la comprendrai, je pourrai rentrer ». Il a mis un point final au tome V de son Journal (à paraître en 2010). Il s'intitulera Emilie.
Marcel Conche, Diversités - Journal étrange IV, éd. Encre marine, 344 p.
En septembre 2008, il referma pour toujours la porte de sa maison, entassa ses livres dans le coffre de sa Clio, et débarqua en Corse pour vivre dans un modeste pavillon, le plus près possible de sa muse. « Corsica » est le Journal de cette étonnante expédition amoureuse. Il s'arrête en mars 2009, lorsque Emilie annonce son mariage avec un fabricant italien de moulins à huile qui ne souhaite plus voir le prénom de sa fiancée imprimé, loué, exalté de page en page par le vieux philosophe. Lequel, blessé, a choisi, l'été dernier, de regagner le continent et trouvé refuge dans son village natal d'Altillac (Corrèze). Lui qui aspirait à être enseveli sur la colline d'Emilie s'est résigné à toquer à la porte du cimetière où reposent son père, cultivateur, et sa mère, morte à 28 ans en le mettant au monde.
Cette parenthèse de dix-huit mois prend la forme d'une longue méditation amoureuse et philosophique. Tout, dans la vie quotidienne et intellectuelle de ce présocratique moderne, est consacré à Emilie, alias Emilienne. Il l'attend chez lui avec une impatience de jeune homme, qui dépérit si elle ne vient pas lui éplucher des clémentines, ou va l'admirer en action, dans les champs où elle sulfate les oliviers dans une combinaison qui ajoute à « son charme d'extraterrestre ».
Marcel Conche, Corsica - Journal étrange V, PUF, 624 p.
A venir donc pour 2011 Emilie... Marcel concher ne fait qu'épuisé comme nombre d'épicurien post-socratique la morale de la vérité. Il était à deux doigts de se faire tentateur antésocratique, avec son importance, bref de nous comprendre.
voir les intéressante vidéos du petit fils :
http://www.dailymotion.com/video/xd8u0y_marcel-conche-corsica-andre-comte-s_creation
http://www.dailymotion.com/video/xd8wol_marcel-conche-corsica-michel-onfray_creation
http://www.dailymotion.com/video/xd9das_marcel-conche-corsica-noel-l-ami-co_creation
Après une approche généalogique et générique (voir Tout philosophe est l'expression de la folie du père comprenez la décadence d'une famille souche et Le cazal des bastides), après une approche judéique (sur le plus-que-juif), voici une approche ou un angle qui vous sera offer par un ami peintre (une lettre d'un demi-goy à un plus-que-juif). Je n'aurai pa l'occasion ici d'évoquer plus que mon côté gaucher (compartimentage du cerveau que l'on retrouve dans le fonctionnement en série des rubriques de ce site) et de la mutation dont je suis l'expression. La vision poétique est sans doute le dépassement du regard que l'on porte sur les mutants, mais c'est simplement l'expression d'une enfance choyée dans une maison où était planté un chêne au milieu d'elle et où sur les murs était disposé des nues de femmes... Tout mon effort fut d'aller contre la morale républicaine (qui n'est pas la délibération civile mais son écrasement depuis de 4 septembre 70) et cartésienne (car fils de mathématiciens). La seule question que je me pose aujourd'hui : serai-je suffisamment goethéen (et stendhalien - au sens du gai savoir occitan) ?
D'un ami peintre demi-goy : "Je ne te suis pas complètement dans les écrits qui proviennent d'un monde poétique et qui recrée une
mythologie de la gaudriole pour dépasser la réalité qu'est toute forme de souffrance. La truculence qui ne peut être que réaliste s'accorde à ma représentation imaginaire qui me réconforte en
tant que satyre. N'oublie pas que je suis un peintre avant toute autre forme d'expression. Je procède de la restitution réaliste et non pas vitaliste de la mise en scène picturale. Je décroche
systématiquement de ce que j'aborde quotidiennement pour me muer en expression artistique. C'est ma manière de vivre l'événementiel baldusien, grâce à son enseignement. Ta déclinaison telle que
rosa rosa rosam etc. d'un Jacques Brel qui nous explique que c'est le plus vieux tango du monde. Faut-il ânonner ou chanter la ritournelle comme Deleuze et Guattari pour comprendre ce
qu'est un territoire, une famille, un couple, une tendresse, un amour ou, tout simplement, un nid pour et par nécessité d'exercer la nidification.
Ton mode opératoire philosophique qui tient compte de la Crapula kantienne du samedi rejoint la complexité de ce que tu es
capable de réaliser par ta maîtrise architecturale. C'est de cette intelligence particulière et reliée à ton vécu, non pas victimaire mais, au contraire, celui fort de ton expérience et de ta
connaissance qui se relient à celle de ton Père. Tu mentionnes ce que tu as appris auprès de lui à l'âge de 11 ans.
C'est avec une évidence brute que tu voudrais faire la démonstration de ce que tu ressens quant une situation se révèle à toi comme
telle. Elle te surprend comme pour nous tous. Car, nous ne pensons jamais assez qu'autrui peut apporter quelque chose qui nous déstabilise parce que nous pensions à un simulacre de la chose en
soi. L'autre ou les autres nous apprennent ce que nous n'avions pas appréhendé, c'est-à-dire, que nous pouvions vivre l'événement. Ce qui importe est l'essentiel de ce que nous devons prendre en
acte car nous nous nous découvrons autrement que ce que nous pensions être. Mais nous avons beaucoup de mal à l'accepter. La psychanalyse a le mérite de nous y contraindre par la réflexion. La
philosophie absolument pas. Pourquoi, parce qu'elle elle est enveloppante et non pas introspective. Cela ne veut pas dire que nous sommes ce que nous ne voudrions ne pas être mais nous apprenons
ce qu'est la réalité de nous-même et n'avons plus besoin de mentir ou de fuir une part de nous-même qui est enfouit dans l'obscurité de l'éducation et de sa socialisation. Pour cela, il ne faut
pas tricher. Inversement, tout le monde n'est pas en mesure de comprendre ce processus dont la complexité prend tant de temps à sa mise au jour. C'est le travail, le plus souvent psychanalytique
qui le permet. Cependant, il a ses limites et s'arrête à sa fonction entre le conscient et l'inconscient.
Ce que je voudrais te dire, provoquer chez toi comme passation car, je n'ai pas le même âge que toi, c'est que d'une certaine manière
ce que j'ai appris et qui me semble opportun pour t'aider, et, si c'est possible à développer, est ce qui te freines lorsque tu dois poursuivre un sujet que tu coupes. Puis, d'un bond
littéraire tu sautes sur un autre exemple. Tu fais l'impasse comme un philosophe s'y emploie à poursuivre sa réflexion le plus loin possible en la gérant avec la plus grande circonspection, avec
sa méthode parfaitement élaborée.
Le vitalisme convient au "principe vital", il diffère de ce que nous pensons de nous-mêmes être en fonction du monde qui nous entoure.
Ce que je voudrais engendrer chez toi par ma manière de procéder particulière est la possibilité de développer tes qualités pour acquérir la maîtrise que tu désires obtenir soit, par des
diplômes, soit par une expérience salutaire qui t'apporteront des réponses et te permettront de poursuivre sans qu'on te fasse obstacle."
Suite à la série La perte du genre
Exemple de raisonnement absurde, si lon sait qu'en Islande comme dans les pays arabes sunnites avant les récentes révolutions les familles sont patrilinéaires et endogames (mariages entre cousins où prédominent l'alliance entre frères sur lautorité du pères, affaire de conserver l'avantage et d'assurer la transmission, il y a nécessiter d'avoir plus de trois enfants en dessous de trois enfants il y a une difficulté à avoir des mâles, donc extinction de la lignée patrilinéaire).
En Islande, les mariages entre
cousins du troisième et quatrième degré ont tendance à donner plus d'enfants et de petits-enfants que les autres et cela semble avoir une origine biologique, rapportent des chercheurs.
Des études antérieures avaient suggéré que les couples de personnes apparentées avaient tendance à avoir plus d'enfants mais elles
n'avaient pas pu exclure la possibilité d'effets socio-économiques, tels que l'avantage de conserver des terres ou des ressources au sein d'une même famille. Agnar Helgason de deCODE
Genetics à Reykjavik en Islande, et ses collègues ont analysé les informations sur la démographie de l'Islande, l'une des sociétés les plus homogènes du point de vue socio-économique et culturel au
monde . Ils ont cartographié les degrés de parenté entre l'homme et la femme de tous les couples de personnes nées entre 1800 et 1965,
puis comparé leur nombre d'enfants et de petits-enfants.
Leurs résultats montrent que des couples de personnes apparentées au troisième ou quatrième degré de cousinage ont le plus de succès
pour produire une descendance, ce qui pourrait refléter un équilibre entre les inconvénients de l'endogamie et les avantages de garder un certain niveau de compatibilité génétique."
Une personne interprétant ces résultats pourra alors dire avec ses propres certitudes que la consanguinité est équilibrée par une fécondite élevée :
"Intéressante étude qui vient d’être faite par une équipe islandaise menée par Agnar Helgason. Une comparaison de tous les couples islandais entre 1800 et 1965 révèle que le taux de fécondité des couples cousins au 3e ou 4e degré est plus élevé que celui des couples « normaux ». C’est une étude purement statistique, sans explication scientifique pour le moment. Mais en y réfléchissant bien, cela parait très logique. Il y a en effet nécessité de contrebalancer les risques de problèmes génétiques pour la descendance, dus à la proximité génétique des parents. Un mécanisme naturel, capable de détecter cette proximité génétique, pourrait bien en être la cause. En effet, en milieu naturel, un couple d’animaux formé de cousins signifie un manque dangereux de population, d’où la nécessité d’un taux de fécondité plus élevé.
On pourrait bien sûr envisager un fondement purement socio-culturel, mais le panel de cette étude, très large dans le temps et dans le nombre, semble exclure cette possibilité."
Les processus d'acculturation fonctionne sur ce biais. Certes le brouillage produit une forme d'enlisement et de naïveté du discours mais il évite aussi la jalousie vis-à-vis d'une culture de plus haute définition qui passe inaperçue dans sa singularité et n'est donc pas détruite irrémédiablement par vengeance, par goût de connaissance puisque l'on pense avoir tout compris et que l'on passe alors à autre chose. Etre repéré en tant que plus fort c'est aussi risqué un anéntissment par la masse des médiocres, ce qui arriva bien souvent aux Juifs avant que fatigués de leur sort ils ne redeviennent des Hébreux.
Vous trouverez ici le nouveau plan de notre travail de thèse, une rapide présentation qui, je l'espère, constituera un petit saut quantique dans la pensée, la soutenance est réportée à une date ultérieure. Vous ne voyez ici qu'une partie des 1770 articles de ce site.