Mardi 8 avril 2008
L'avachissement de l'esprit c'est plus la déconcentration non-aristocratique de la pensée. C'est à la fois la décadence pour les aristos qui ne veulent pas gouverner (Voltaire, D'Alembert, Lavoisier) par exemple mais qui s'affublent de ce vieux terme et le nihilisme de Julien Dutant, qui en reste à la mesure de validité des affirmations et des énoncés, sans en produire. Sur les âmes d'aristos, comme le relève Deleuze de la bouche de Nietzsche (p.92 de son DzNP), tendre à l'aristocratie (le besoin de l'atteindre) est renier l'aristocratie : "Etre actif, c'est tendre à la puissance" non au pouvoir (_48). c'est une sorte de paradoxe qui provient de ce que Nietzsche (qui avait eu une grande amitié avec un aristocrate, l'alter-ego des 5 conférences sur les établissements de culture) emploie un terme issu du régime de la gouvernance tout en niant au final l'optique de la gouvernance dans la citation en tout cas, on peut demeurer actif sans atteindre l'aristocratie c'est même le piège attendu, et c'est ce qui fait la grandeur de Périclès. La réalité est autre puisque pour reprendre les distinction de Machiavel entre pouvoir héréditaire et pouvoir nouveau (Le prince, chap I à III), ou celle que nous a fait loraux vendredi entre justice de genos (filiation, sang pour sang) et justice d'égalité (distinction entre la place et la personne qui permutent périodiquement contrairement au tyran), le pouvoir nouveau est celui qui impose son propre cadre de référence. J'avais envie un peu de t'évoquer en condensé les cours de Loraux et Douailler d'avant hier (le réel concis, tranchant et polémique chez les grecs et la lecture des notes sur Machiavel de Merleau-Ponty). Dans le premier cas c'est toujours les mêmes qui commandent et les mêmes qui obéissent ; dans le second cas les uns commandent puis obéissent quand d'autres commandent. Mais cela reste assez binaire, c'est le Loraux grec et non le loraux contemporain.

Ah oui Loraux est dualiste comme tous les contemplatif, entre l'un et le deux je pratique l'helxis ou l'épochè chère à Nietzsche. Finalement Deleuze, Foucault, Baudrillard, Badiou, Loraux sont des gardiens du dualisme qui reste la tréfond de la métaphysique. Le monisme comme le pensait déjà Aristote c'est nier le principe, la substance si l'on attarde sur ce dont il est question sous ce terme, chez le plus grand moniste qu'est Spinoza, est la productivité infinie des choses singulières, leur effectivité (au vu que la réalité est perfection), la nature naturante mais nul part on trouvera une entité. Comme tous, et pour reprendre Loraux, je dirai qu'il y a un écart entre le corps et l'esprit (entendu comme la direction, la pointe du vecteur, cette direction se détachant chez Nietzsche de la conscience comme dimension réactive), mais je ne réduit pas cela à un dualisme car reste les énergies, les forces (qui ne sont pas les volontés mais ce dont elles disposent, le fond d'affectivité). Les volontés s'emparent, elles, d'une direction mais ne sont pas une dépense d'énergie qui fait avec l'époque ambiante, les liens qu'elle est capable d'amener. Donc, ce n'est nullement à partir de deux éléments que l'on explique le reste, notamment les dimensions du travail ou de la vie à moins de les faire passer pour métaphysique (comme Lecerf dans le premier cas, comme Deleuze dans le second cas, puisque le tut tant au Virtuel, à la grâce qu'est la clameur de l'être originel et non à ce souffle qui est au-delà de l'effort contre les vides de toutes natures (ascétisme de la volonté de néant, place vide du Dieu mort conservé chez Heidegger et Badiou). Si l'on croît qu'il n'y a que du visible, du "physique" comme on dit, alors où serait la nécessité de croire à ce visible. Il n'y a pas que le visible et son pendant qui nous tourne le dos, à savoir l'invisible, le caché, le secret., non il y a surtout de l'inaperçu, de l'impensé, du "ce qui doit être perçu" (percipiendum), qui n'est pas le résultat d'une volonté sournoise ou métaphysique mais plus d'un manque de finesse et plus encore de volonté éduquée. Tout est affaire de crible, de conception face à ce qui nous arrive et qui au final pose prolème, ces problèmes qui nous arrivent dans les pattes et qui dénotent un incapacité à un instant donné.
par Anthony publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : La commune des philosophes
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Lundi 24 mars 2008

LETTRE A JULIEN DUTANT LE GENEVOIS ET MANUEL HUTIN LE BERLINOIS /

 

lsSur la philosophie synthétique et la philosophie analytique

 

Pour le dire en quelques mots, le cognitif st un avachissement de l’esprit, de l’esprit compris par Pascal, Montaigne, Voltaire (voire Goethe) en tant que direction, c’est-à-dire, je ne développe pas ici, ce qui dépasse la conscience, qui n’est qu’une forme réactive de l’intellect. La direction est affirmatrice (apophanticos).

 

Faire du cognitif, cette résurgence « moderne » de l’épistémè une valeur à travailler est des plus douteuses. Que cache un telle jargon ? « Voyez dans l’évolution d’un peuple les époques où le savant passe au premier plan, ce sont des époques de fatigue, souvent de crépuscule et de déclin. » Notre époque est au wittgensteinisme, au positivisme logique, à la philosophie des sciences, à l’epsistémologie, comme repli sûr de la pensée (sous la forme d’une procédure de désignation du vrai qui hante encore). Mais que nenni ! La philosophie analytique est un amoindrissement de la pensée, tout juste si Strawson parle de référence (pour une proposition), mais aucune indication, aucune direction. Certes cela est la marque intéressante de ce que l’on a longtemps appeler esprit se transforme, passant par un vague de nihilisme. Certes il y a nivellement, on est loin des Lumières de Voltaire. Mais c’est surtout que la formule « Dieu est mort » est passée par là. Ce n’est pas un énoncé spéculatif, mais une formule qui ouvre à nouveau à la pensée tragique. Ce que dit cette formule c’est qu’on ne plus faire de Dieu l’objet d’une connaissance synthétique ou d’un contemplation spéculative sans y mettre la mort. D’où l’advenue de la philosophie analytique qui demeure transitoire, symptôme d’un désert, d’un repli de pensée, du risque que l’on souhaite prendre à penser. Quine, Goodman, Strawson sont la marque de ce que l’on ne peut plus avoir une connaissance synthétique mais seulement analytique de Dieu (le Référent ultime chez Strawson). Si je parle de référent ultime c’est que je pense à la phrase de Heidegger dont la dernière résurgence est la philosophie « aride et restreinte » de Badiou : « Si Dieu a quitté sa place dans le monde supra-sensible cette place, quoique vide, demeure. La région vacante du monde suprasensible et du monde idéal peut-être maintenue. La place vide appelle même en quelque sorte à être occupée de nouveau, et à remplacer le Dieu disparu par autre chose » (Heidegger, Holzwege).

 

Nous ne parlerons pas de vos convictions intimes que pour l’heure sous les formules de sciences cognitive ou de philosophie analytique vous avez mis entre parenthèse, mais celles-ci ressortiront tôt ou tard.. S’il y avait un nouveau régime de pensée, son élément ne serait plus le vrai (le référent), mais la valeur (l’important, le remarquable), c’est-à-dire les forces, les volontés, les personnalités qui s’emparent puissamment de la pensée, plus qu’elle ne se laissent traverser par elle. Deleuze, très tôt appelait cela une nouvelle image de la pensée (Nietzsche et la philosophie, p. 119), je signale à Manuel qu’il n’a donc pas attendu Différence et répétition mais que cette ouvrage clos une période métaphysique de dix ans.

 

Ce texte, seulement pour pousser l’exigence plus loin, plus loin que les valeurs modernes ou du commun.

par Anthony Le Cazals publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : La commune des philosophes
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Samedi 22 mars 2008
Cher Jean

Pour te refaire démarrer, il me fallait te dire combien il y avait plusieurs conception de l'ivresse (la mania), Deleuze en relève Deux (DzNP_18), il y en a sans doute trois, la dionysiaque, la socratique, la chrétienne (celle de Hegel et la tienne).  L'ivresse dyonisiaque se définit par son hybris qui devient au fond un jeu. L'ivresse socratique est un retournement perpétutel (à la manière d'un culbuto) : citons Niettzsche, "Tandis que chez tous les hommes productifs, l'instinct est une force affirmatrice et créatrice, et la conscience une force critique et négative, ; chez socrate, l'instinct devient critique et la conscience créatrice". Tu sembles....

Ainsi s'explique ta volonté de partout débusquer les formes d'humanité, les formes de vie rabougries (les tchandalas d'Emmaus, les laisser-pour-compte de la vie), ce qui est un tournant de la vie. Mais cela explique pourquoi pour toi la philosophie est thérapeutique. Je dirai qu'elle ne l'a jamais été, ou seulement avec les épicuriens (dont les survivances d'Onfray et de Prado) qui était avant tout des maladifs et des dépressifs qui se devaient de cueillir le fruit avant de mourrir (le carpe diem n'est qu'un jeu de vieux sentant sa jeunesse lui échapper et voulant s'approprier celle des autres par la manipulation, "allons ma belle cueillir la rose tant que de rosée est son drapé").
par Anthony Le Cazals publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : La commune des philosophes
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Dimanche 9 mars 2008
par Anthony et Paris8philo publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : La commune des philosophes
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Mercredi 9 janvier 2008

Sancho, la question est bien de savoir ce que tu poses après ton ivresse (ou plutôt ce qui était entendu avant). Tu veux produire une sorte de mouvement aberrant sur toi-même ou sur nous-même (si on prend une collectivité éparse) et te disant que cela suffira. Mais je te dirait qu'il faut tout de même un manière de couper sec, une manière de trancher sans doute héraclitéenne. Je pense au Polemos ou Hormesis, au Combat père de tout et à l'éperon (qui n'est pas exactement dans sa philosophie). Mais il a la même ivresse que Socrate arrivant au milieu du fleuve dans le Phèdre (ce passage que tu aimais tant commenter sur ton blog www.philo.over-blog.com)

Si j'ai parler d'intuitionnisme, et tu m'as tout de suite pris au mot, c'est que le terme est valable chez Bergson puisqu'il s'agit d'une méthode, donc d'une manière d'aborder (ou concevoir) la réalité avec ses limites et ses illusions, ce que tu appelles sancho un « cache », un « cache-sexe » parfois. Mais les intuitions restent paradoxalement systématisée comme méthode, ou associée , voilà les deux possiblités. Systématiser comme méthode; c'est un isthme de pensée, puisqu'elle ne prend pas en compte toute la réalité mais qu'elle relève ce qu'il y a de non aperçu ou de ténu et qu'il « reviendrait au philosophe » d'accentuer précisément parce que porteur de nouveauté. D'autres parlerait de subversif ou d'intempstif. Peut-être ne faut-il pas accompagner ce qui est fragile est qui ne tiendrait pas sans la philosophie mais plutôt insuffler ou stimuler de nouvelles capacités d'énergies, qui sauraient jouer avec la dissuasion ou coercission des pouvoirs. On parle donc du régime d'accompagnement dans la philosophie antique (accompagnement de la descente des idées dans notre monde, les termes exacts ) on peut parler d'auto-affection et plus largement. L'auto-affection, c'est l'effort sur soi, le développement de la volonté.

 

Ce que tu ne t'imagines pas, mais sans doute est-ce une vision tragique qui cède à l’autorité, c'est que certains philosophes sont en train en ce moment de constituer une sorte d'appareillage apparemment implacable, en tout cas pour les têtes qui cherche sérénité et stabilité. Au niveau institutionnel, ce verrouillage aura son poids. Mais ceux qui rentrent dans une institution et s’y trouvent bien choisissent plus la voix de la facilité que celle de l’effort. C’est qu’il faut savoir sortir de la lâcheté institutionnelle ou éditoriale où tout est donné. Ce fut la grande leçon des premiers grecs, hormis Pythagore, qui tous étaient « aristocrates » dans des démocraties. On parlerait d’esprits libres ou autonomes aujourd’hui car leur noblesse n’était pas d’héritage. C’est qu’ils inventèrent de nouvelles « possibilités » de vie, bien souvent en dehors des écoles ou des sectes, ou plutôt qu’ils affirmèrent bien avant Platon leur capacité d’autonomie. Pensons à Héraclite qui disait à propos des professeurs : « éveillés ils échouent à comprendre ce qu’ils font, ils oublient de même ce qu’ils font pendant leur sommeil », à savoir quel système ils perpétue, celui du restés sages et écoutés. Ce qui se passe dans l’institution est peut-être à mettre en parenthèse, on s’essaye, on se tâte. Il y a toutefois de grandes Dames comme Christine Malabou ou Monique Dixaut. Mais quelque part on profite de l'inadvertance et du côté un peu détaché-de-la-vie de certains étudiants, ils finissent comme nombres d’ « esprits libres » ou d’écorchés du ciboulot dans un ressassement. Ils sont mieux que de la chair à canon, ce sont des cerveaux disponibles pour par exemple perpétuer la dialectique ou la phénoménologie, une manière pour eux de subsister dans l’institution, son Dehors leur paraissant si glacial, je parle du rythme apparemment accéléré de la vie actuelle. La dialectique et la phénoménologie sont deux des impasses reconnues par Hegel et Heidegger eux-mêmes : pensons à leur « pas de philosophie ou Spinoza » et « fin de la métaphysique 1964 », la métaphysique étant ce jargon « déclencheur » de nouveautés qui au final n'adviennent pas). Hegel s'en sort en disant que tout processus est marqué par son incomplétude mais les choses basculent parfois. L’heure n’est plus à une pensée de la différence ou de la nouveauté radicale, mais à une pensée l’ « excédence » (Paul Audi), de l’excès, de hybris qui n’a plus rien à voir avec la mesure humaine, pensons aux réseaux, aux essaims, aux contamination, à internet. Pour revenir à la phrase d’Héraclite, on ne connaît les conséquences des vérités dialectiques hors de la philosophie, en tout cas celui qui les émet, demeure au fond dans un processus de véridiction (les axiomes sont véridiques , Badiou ), qui au font n’est qu’une vengeance par rapport au fait de s’être senti trompé par un « mensonge », par des « vérités » dont les effets n’advenaient pas. Des vérités, celle qui postules par exemple des genres on retiendra qu’elles auront tout de même des conséquences une influence sur la société, plus comme frein à un certain dynamisme que comme grandes émancipatrices.

 

Ayant relu, certain de tes textes, j’ajoute ceci. Tu as raison sur Deleuze il fuit, faite de pouvoir courir, le fait qu’on lui ai enlevé un poumon l’empêchant de la faire, fuir chez lui est parfois une négation plus qu’une affirmation de la volonté. Mais je ne rechigne pas à me confronter à toi, car le dialogue n’a rien à voir avec un quelconque effort sur soi mais plus avec l’usage ample d’une facilité à discourir. Virant dans la sophrologie, rejetant avec une certaine inversion, l’ivresse qui t’a fait naître, Sancho, tu te tournes vers les faibles, les ratés, sous une forme compassionnelle, plutôt que de les laisser venir à toi, en pensant les aider tu ne les aides pas à s’en sortir, à leur faire comprendre que c’est par eux-même et non des maximes que l’on parvient à une vie heureuse, l’existence ne leur procure au stade où ils en sont aucune(la philosophie étant au Dedans saisissant les vérités et la société en Dehors de la philosophie et obéissant aux lois). Hegel a été un penseur ("charlatan" pour Schopenhauer) de l'Etat et du Droit, il a, au fond, judiciarisé notre société ou participer à cette optique : avoir de bons avocats de son côté capable de démonter une procédure par vice de forme est une valeur sûr dans les sphères d'influences. Tous ces philosophes qui pose la loi pour mieux s’en écarter, appelons-les les dogmatiques, je les perçois un peu comme des décadents, des annonciateurs de crises ou de crépuscules qui dès lors leur permettent de poser un discours qui nous laissent dans cette crise ou cette crépuscule qui sert leurs dogmes. Je suis peut-être tragique en cela mais je ne crois pas qu'il faille y être indifférent, c'est l'intensité de notre époque qui en dépend : la capacité à faire naître autre chose que les valeurs judéo-chrétiennes voire, à pleins d'endroit .

 

Donc qu'est-ce qui vient après le délire qui fait naître tant de grandes choses, deux possibilités s’offre alors :

-          celle d'indiquer ce qui a de l'importance à savoir l’avenir : penser par rebonds en dansant (c’est-à-dire en pratiquant une certaine activité physique tout en sachant que lire n’est pas penser

-          ou celle demeurer d’une réflexion rabougrissante (le dialogue de l’« âme » avec elle-même), de voir partout une crise pour mieux appuyer son discours. La crise c'est inviter les gens à choisir (le choix c’est la krisis en grec) plutôt que de rester indifférent au choix, à rentrer dans des rapports de pouvoir plutôt que de (pour)suivre son intuition.

 

Donc Sancho faut-il aller jusqu’à renier ton ivresse initiale, qui est au fond la clé de ta propre compréhension, et ne pas voir que ton ivresse d’exister est un dérivatif, un pis-aller, une obligation de chaque instant (comme sarkozy devant se persuader à chaque instant qu’il est un grand homme pour être à la hauteur de la petitesse du personnage). Cette volonté d’ivresse plus déclarée que donnée te fait rater l’orientation compassionnelle de ta démarche actuellement, bref quand l’ivresse retombe c’est toujours moins joli à voir. Avec quelle clé as-tu refermé la porte de l'ivresse, pourquoi un tel engagement autour des valeurs du Bien et du Mal, du Vrai et du Cache-sexe, plutôt qu'un perpétuel dégagement ? Au passage l'attitude est héraclitéenne et non deleuzienne :) Merci de votre compréhension.

par Le Cazals publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : La commune des philosophes
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Mercredi 5 décembre 2007
Voici un reponse à un commentaire de Sancho.

Il y a bien trois types de philosophes ceux qui annoncent un avenir en perpétuelle création (Aurore), ceux qui sont dans l'extase de l'Etre ou Midi mais ne font rien, le jeu consistant à y demeurer le plus longtemps possible dans ce qu'on croit appeler l' "ivresse" mais qui n'est qu'une extase d'existence, enfin ceux qui dogmatiques restent fidèles à certains évènements comme la mort de Socrate (on peut les appeler les crépusculaires car C'est à la tombée de la nuit que l'oiseau de Minerve étend son vol, ces philosophes sont en réaction par rapport au Midi de l'être qu'il nomme stupeur de l'être). Nietzsche, qui faisait parti des premiers, s'était lancé dans la grande politique par la charge qu'il a mené contre les Hollenzollern. C'est pour s'annoncer avant que le combat ne brouille son discours qu'il avait écrit Ecce Homo. Gandhi a pratiqué la Grande Politique contre l'Empire colonial Anglais, ayant obtenu la promesse d'indépendance dès es années 30, il a pris la direction ensuite du saint-martyr. De même Napoléon le saigneur, qui en continuateur a répandu les idéaux de liberté, il a té très influencé par les scientifiques qu'il a rencontré lors de ses années calmes précédant le directoire et le consulat, d'où le cadastre, les Arts-et-métiers, l'expédition en Egypte avec des scientifiques. La grande politique n'est pas faite que par des grands hommes, il faut savoir ce que peut être les différentes formes politiques : politique réprésentative, activiste nihiliste (attentats, action directe), politique réelle ou restreinte (militants d'organisation non représentée), grande politique qui consiste à tourner les "puissants" en ridicule, à montrer qu'ils ont un pouvoir mais en fait aucune puissance, aucune vision d'avenir (telle serait la chose à faire par exemple avec Nicolas Sarkozy puisque s'il a pris Guaino, c'est qu'il savait qu'il lui manquait quelque chose à son libéralisme pour être élu à savoir le volontarisme, petite politique qui renforce toutes les marques de pouvoir). Petit à petit, on arrive à une politiique qui sort de son professionnalisme (ce qu'elle n'était pas chez les Grecs hormis les fonctions élues) pour conquérir sa part "métapolitique" (selon l'expression de Gramschi qui avait constitué la République des Esthètes à la forntière franco-italiennne). Pour être plus clair, on peut dire que la politique avant tout n'est pas un métier pour détourner la phrase de Jacques Chirac : "la politique est aussi un métier" mais ne l'est pas en premier. Mais cette sphère métapolitique est en fait le lieu effectif de la politique, bien loin des blogs et militants partisans. Castoriadis que tu dois connaître via ce cher Edgar Morin, avait annoncé une certaine forme d'autonomie, qui devait avoir sa constitution, le problème étant qu'aucun castoriadien ne peut énoncer quelle est cette constitution, car pour eux l'autonomie de Castoriadis ne serait pas constitutionnelle, la pensée de Castoriadis restant malgré tout limitée à la sphère démocratique. Le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple (l'un des premiers article de la constitution française), n'est rien si celui délègue sa souveraineté à des réprésentant. La Grande politique consiste donc à affecter en chacun ce qu'il a de peuple  (de dimension politique plus qu'égalitaire) et non à en appeler à un Peuple qui n'adviendra pas sinon comme justification à une nouvelle souveraineté qui s'en réclamera.

Le problème avec la démocratie, c'est que le terme est issu du système dominant (comprenez de la gouvernance qu'ont renforcé Platon et Aristote à mesure qu'ils accompagnaient l'enterrement de l'héllènisme) et que l'on sait depuis Rousseau au moins que tout peuple réclame de la souveraineté. Le second fait est que l'autonomie n'est jamais totale, mais opère par expériences localisées, par serre, par bulle, on en aura jamais fini d'une certaine forme de hiérachie graduelle (celle des entreprises, de l'état), qui reste la manière la plus efficace de produire sur du court terme, sans vision sur le long terme, où sa contre-productivité affleure puisqu'elle vise l'épuisement de ses propres forces (certains dialecticiens parlent d'aliénation) dans le cas des entreprise et la conservation de ses institutions dans le cas de l'Etat. Enfin troisièmement, on peut espérer qu'en différents endroits des gens se mettent à penser et non à réfléchir (c'est-à-dire à projeter soi-même sur un autre qui n'existe pas), comme tu le fais, cher Sancho, à longueur de posts.

Quant à l'aristocratie selon le mot donner par l'ancien système de la gouvernance qui aujourd'hui encore prévaut, elle a toujours été le nom pour l'autonomie en milieu démocratique (c'était le cas d'Empédocle, Anaxagore ou Héraclite voir le livre de Gilles Châtelet ). Bref il n'y a pas de recette pour la Grande Politique seulement un investissement entier qui tend à s'éloigner des valeurs creuses que peuvent être la liberté ou l'égalité Nietzsche a longtemps cru que la Grande Ploitique n'existait pas avant d'atteindre ce qu'il appelle la troisième phase dans son parcours, elle rentrait dans le caractèreintempestif de sa philosophie, comme une sorte d'insatisfaction, vis-à-vis de toute forme de pouvoir (ce sont toujours les esclaves qui s'érigent en maîtres, les faibles qui veulet conquérir la place des forts, des dominants). Il n'est donc pas sûr que la Grande Politique requiert des subjetivités militantes, animés d'une cetaines conscience, d'une certain pathétique (les deux étant liés). La Grande Politique se joue donc dans un combat à découvert contre les dits "Puissants" mais qui ne le sont pas, et c'est davantage une question d'énergie d'une époque, de l'affectivité dont est capable une "civilisation".

Peut-être est-ce à toi de sortir de ton extase, de redescendre de ta prétendue ivresse, mais qui n'a saisi ce qu'il y avait de dionysiaque, d'affectif (au sens d'affect, de ce qui met en mouvement et non d'affection qui retient ou attache).

Pour approfondir :

PHILO / Badiou et les 3 politiques


NIETZSCHE / Qu'est-ce que la grande politique ?

par Le Cazals publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : Politique Directe
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Lundi 6 août 2007
Quelqu'un pourrait-il traduire ce morceau d'entretien d'Heideggerr où celui-ci parle de pensée et de son rapport à la métaphysique. Merci de mettre un commentaire

http://fr.youtube.com/watch?v=Yu_UFHrC02k&mode=related&search=
par Anthony publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : Les philosophes épars
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Mardi 31 juillet 2007

Ca serait bien de passer à un autre cas chers Ritoyenne et JP. Trépigne le Tonio. La vie est bien plus riche que les atermoiements d'Heidegger. Il serait bon que vous lisiez sa correspondance et le livre 16 de ses oeuvres complètes, que vous vous renseigniez sur son année sabatique de 1932-1933 et es rapprochement. Son amitié avec le médecin eugéniste étit douteuse, mais bon lui-même ne se qualifiait pas comme un saint ou un philosophe (rien de grave là-dednas, dans la vidéo que vous avez mise Foucault lui-même avait du mal à ce qualifier de philosophe). Mais on vit le même opportulisme philosophiqe en France avec Badiou le restreint et le transitoire. Toujours se méfier des ges qui se mettent à penser à la fin de leur vie c'est le cas . C'est toujours la preuve d'une lâcheté par rapport à ce qui a de l'importance. Foucault a eu son contact avec les fous. Deleuze aussi quand il vivait sous les ailes protectrices de Michel Tournier. Ne parlons pas de Nietzsche dont tous les réprésentants masculins de sa famille ont disparus quand il était jeune. En résumé Heidegger ne disait que préparer la pensée à venir, c'est bien trop précautioneux, lui qui comme tous les universitaires (Badiou, l'école de Strasbourg, Deleuze quand il préparait sda thèse) se livrait aux abstraction de l'Etre pour mieux asseoir un prétendu : "Waouh, c'est tellment abstrait que ca ne peut qu'être philosophique", devait dire Arendt (comme le faisait remarquer Jp dans un post précédent) et tous les étudiants d'être pris en otage par ces théories de l'Etre (encore qu'il faut bien préciser que cette grandissime abstratcion ne sert que d'écran puisque toute activité philosophique consiste à s'écarter précisément, ce pourquoi Heidegger parle du Temps, Badiou du sujet qui est rare (il n'y a en dernier lieu que lui, sujet dans les discipline créatice et gardien de la Vérité en juge absolu). Le jour où il ser dit qu'il n'y a que du mépris et de la bêtise dans tout ça, on aura avancé. Il serait bon que paris4philo ne se laisse pas prendre en otage par l'abstraction, un façon de détourner l'attetion vis-ç-vis du communautarisme de Heidegger. Au passage, renseigner sur le rapport de Sartre et de Heidegger qui se sont rencontrer et éloigner, Sartre ayant repris ce concept de communauté sans savoir ce qu'il y avait derrière, ce sont les lâches qui vivent en communauté. La vie intense est toujours ce qui nous fait quitter la communauté (le philosophe qui aimait parler d'architecture de système parlent toujours de fondation d'instittution sans savoir qu'il existe des sysème auto-tendu (un peu comme les sattelites ou la station Mir). Heidegger était enraciné dans sa sa Souberie. Peut-êtrequ'un jour paris4philo montera en orbite :). En attendant ca manque d'éducation critique de citation rigoureuse de la part  JP qui reste dans le on dit, dans le discours rapporté, le délayage humaniste d'un penseur qui ne l'était pas (Heidegger), sa lettre sur l'humanisme est l'arbre qui cache la forêt, sinon pourquoi parler d'étants.

Et vive la fascination qu'entretenait Heidegger, celle que Fédier prétend rejeter mais qu'il n'a jamais dépasser (lire le débat avec Faye au tout début, entre 45 et 68 moment de la rencontre Fedier-Heidegger celui a eu le temps de s'inventer une autre peau). Même si les traductions manquent de rigueur (par exemple le mot Race traduit de le l'allemand les mots Rasse (_122),
Gelschlecht (_112), Art (_38), dans son livre) reste toutefois frappant sur le conservatisme très partiote de Heidegger, ses relations avec les jeunesses étudiantes d'extrême-droite, avec le département de médecine de l'université de Friburg qui prônait l'eugénisme, où le camp de travail forcé de Tautb


Ritoyenne. Je pr"cise que ce post aura l'effet inverse te persuadant mais il suffit de voir ce que Heidegger offrait comme livre à ses amis pour voir je ne sais quels doute sur son humanisme qui était un conservatisme communautaire avant tout par exemple celui offert à Jantzen
(au debut de la vidéo). Il y a une nette différence entre la pensée, souvent froide, et la culture que l'on a de tout temps appeler philosophie (Cette différence nombre de philosophe la font). Et là se joue quelllque chose d'imortant dans lequel Fédier est tombé, et toi aussi en le rencontrant : c'est comme le disait  Bergson, les philosophes qui savent que leur philosophie n'est pas viable cherchent de tout temspà l'inscrire dans les têtes de leur vivant, comme Heidegger ou Badiou, en multiplient les conférence à l'étranger, en cherchant de disciples. C'est tout le contraire de la lignée Spinoza-Schopenhauer-Nietzsche par exemple. Heidegger n'a jamais produit de philosophie nationale-socialiste mais ses opinions étaient nationalistes et sa orientations politiques nazies. Bref, A trop pousser comme je le fais, je sais que tu iras d'autant plus loin dans Heidegger, pour prolonger ce que tu as lu chez Heidegger mais qui au fond n'est présent qu'en toi. Esprit de conviction, esprit de contradiction. Mais cette façon d'orienter sa vie philosophique à partir de la lecture d'un penseur comme Heidegger, qui s'attaque après la guerre "aux philososophies nationalistes-socialites" et revenir ce sur qu'il a dit en bon père la morale (en personne qui ajuste son discours ne fonction de l'air du temps), c' est un peu restreint et opportuniste. C'est n'est pas parce qu'on est abscons volontairement, (pour faire travailler le cerveau du lecteur, par exemple, pour lui faire produire un effort), que l'on atteint à la Vérité, car il ni"y a pas de chemin d'accès. ca c'est une manière dogmatique d'envisager la philosophie, de dire qu'il y aurait un lieu de la Vérité, un chemin daccès et donc un détenteurou un gardien qui escorte la Vérité. En 1969, Heidegger dans un autre enretien le dit bien (vidéo 1/6 de youtube), c'est un travail précis sur le langage (existant) qu'il faut faire et à cette époque il insiste sur ceci "c'est de penser qui importe". On est passé d'une philosophie de la Vérité à un philosophie de l'importance, on est revenu à l'époque tragique, au moment où la pensée se crée et non la période où la philosophie cherche à revenir à son origine. Simplment parce que Heidegger était un lecteur de Nietzsche, il y a des points  qui insupportent Emmanuel Faye, défenseur de Sartre (tout ce  qui revient à la dureté éducative de Nietzsche) et qu'il associe bien volontiers au nazisme. Skildy a la même optique. Voilà pour avoir les propos les plus nuancés qui soient..; Plus radicalement, tomber dans l'absconsité, dans l'abstraction et finalement en appeler à l'absurdité du lecteur qui au fonf, c'est surtout se donnner des prétexte à l'inaction, à la passivité et chez Heidegger au Statisme du Heimat (de la patrie). La pensée est toujours dynamique, elle a avoir avec le tempo et le style par lesquels elle s'énonce. C'est qu'elle réclame un effort avant tout physique et non d'être assis à lier et écrire à une table de manière rabougri, de là vient souvent la prétendu mélancolie des philosophes (en fait les dogmatique et le précautionneux). Aborder les choses différemment et dans ton cas ritoyenne hors de l'institution et donc de tes contact avec Fédier (ou éventuellement Faye) serait le mieux du monde. Heidegger n'avait pour faiire que sa pensée se propage qu'à jouer les séducteur avec Faye. Il se réclamait humaniste mais ce n'était que de façade. Vu ce qu'il  dit dans un journal espagnol sur le fait qu'à Auschwitz on avait finalement gazer que des poux me paraît révélateur (voir le débat). Un nazi a tout intérêt à jouer un double jeu, Heidegger n'était loin de l'être)

La philosophie ne mourra pas que l'on casse des briques sur le dos d'Heidegger :). Car plus important que le masque cultutrel quel constitute pour celui qui s'en revendique, est la pensée :).

par Anthony publié dans : Ripostes et pourparlers communauté : La commune des philosophes
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Lundi 30 juillet 2007
Retranscription prise sur http://skildy.blog.lemonde.fr
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.Le 23 février dernier, dans le salon de lecture de Bibliothèque Médicis, Jean-Pierre Elkabbach réunissait François Fédier, traducteur et commentateur de Heidegger et Emmanuel Faye, auteur de Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie. Les philosophes Monique Canto-Sperber et Pascal David ainsi que l’historien Edouard Husson participaient à un débat pour le moins improbable. En voici la transcription.
Le signe […] signifie un moment de confusion dans les débats ou un segment de phrase inaudible. ..
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J-P. Elkabbach : Bienvenue ! L’émission Bibliothèque Médicis organise une rencontre exceptionnelle à propos de celui que beaucoup considèrent comme un des plus grands philosophes du 20eme siècle, en tous cas un des plus influents, en France, Martin Heidegger mort il y a 30 ans. Cette rencontre ici est unique, je le dis sans grandiloquence. C’est un fait : elle n’a jamais eu lieu. Jamais même elle n’a été possible. Heidegger avait adhéré au nazisme. Tout le monde le sait au moins dans la période d’avril 33 à avril 1934 où il fut recteur de l’université de Fribourg, puis nommé Führer de l’université. On va tout raconter tout à l’heure. Mais nul ne conteste, je pense, qu’il s’est associé au cours de cette période à la politique du troisième Reich. Il l’a servi de prés, de loin nous le verrons. L’a-t-il inspiré ? Et plus tard et quand l’a-t-il combattu ? Un philosophe doit-il rendre des comptes sur son engagement politique et si cet engagement est le plus condamnable l’adhésion à l’époque au parti d’Hitler, et même si Heidegger a changé ensuite faut-il faire subir à ses œuvres le même sort qu’à la propagande nazie ? Et est-ce, grande question, à ses contemporains de le juger ?
En tous cas je vous remercie les uns et les autres d’être ici et de participer à cette émission de Bibliothèque Médicis et d’essayer de nous éclairer au-delà des affrontements stériles je dirais en dépit de la passion que vous essayez assez mal de contenir les uns et les autres. Plus que jamais la philosophe Canto-Sperber sera indispensable à mes côtés. Alors voici deux auteurs radicalement et violemment opposés. D’abord François Fédier. Vous publiez chez Fayard avec dix autres philosophes Heidegger, à plus forte raison. Votre nom est attaché à l’apologie et à la défense de Heidegger que vous avez connu et que vous avez même fréquenté.
François Fédier : C’est vrai… Je… J’ai connu et j’ai fréquenté et pour moi cela reste un des grands moments de mon existence. Mon existence de philosophe. Mon existence d’être humain. Et je suis évidemment tout heureux de pouvoir parler de cet aspect là qui n’est pas négligeable
J-P. E. : C’est une longue et fidèle amitié.
F. F. : Sans aucun doute. Je me souviens d’avoir lu dans le journal d’Eugène Delacroix une phrase qui dit : « Le véritable grand homme est bon à voir de près ». Je crois que je résume à peu près…
J-P. E. : Vous alliez le voir dans sa maison où il était avec sa femme Elfride. Vous avez eu des conversations.
F. F. : Nous avons organisé même des séminaires qui ont eu lieu en Provence qui sont des moments très importants de la réception de Heidegger en France.
J-P. E. : Vous le traduisez.
F. F. : Je le traduis, je le traduis, je le traduis, oui…
J-P. E. : Et vous le défendez depuis toujours. Vous, Emmanuel Faye, vous publiez la réédition en poche avec une nouvelle préface de votre livre qui avait fait énormément de bruit et de scandale et pas seulement en France dans toute l’Europe Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie. Dans la biblio essais. Et à vos côtés l’historien Edouard Husson qui est presque un familier de l’émission Bibliothèque Médicis. Vous étiez venus récemment grand expert du troisième Reich et de cette époque là. A vos côtés François Fédier vous avez Pascal David, philosophe. Vous enseignez la philosophie à l’université de Brest, et vous écrivez aussi sur Heidegger. On va le voir. Vous participez à ces cahiers d’histoire de la philosophie Heidegger sous la direction de Maxence Caron, et quelques philosophes et puis aussi vous faites la notice biographique, on en reparlera tout à l’heure, de Martin Heidegger, Grammaire et étymologie du mot être, introduction en la métaphysique. Essai publié par le seuil. Nous allons essayer d’être simple. Pour la plupart des français qui vont peut-être s’intéresser à ce que vous représentez. Pourquoi la France est-elle le seul pays au monde où s’affrontent à propos de Heidegger des philosophes avec autant de violence, parfois de haine partagée et souvent les textes à la main comme des preuves. Pourquoi d’abord François Fédier puis vous…
F. F. : Ecoutez moi je dirais que c’est une chance que ça soit en France qu’un débat de ce genre se déroule. Ca voudrait dire que la France est encore un pays où l’on s’occupe de façon réelle des questions les plus importantes qui soient. Le débat que je souhaite est un débat qui met en cause des choses extrêmement graves Et c’est pour ça que je trouve que… que ça se passe en France cela signifie qu’on s’occupe encore de choses profondément graves, profondément réelles,
J-P. E. : Dans quel sens… vues par vous…
F. F. : Parce qu’elles mettent en jeu évidemment une certaine conception de la vérité. Une certaine conception de la philosophie.
J-P. E. : De la pensée…
F. F. : De la pensée bien évidemment. Et donc si voulez je pense que c’est très très, comment dire, bon signe, qu’un débat de ce genre se déroule en France.
J-P. E. : Et pourquoi cette fascination pour le philosophe allemand Heidegger.
F. F. : Je me permettrais de vous dire que je n’aime pas que l’on emploie, à tort et à travers, le mot fascination. Pour une raison très simple c’est que le mot fascination est une attitude fondamentalement non philosophique.
J-P. E. : […] attention aux mots utilisés au cours de cette émission. Si on est fasciné on ne fait pas fonctionner la raison, la logique.
F. F. : C’est la raison pour laquelle le titre de notre livre s’appelle Heidegger à plus forte raison… Je tiens beaucoup à ce que l’on tente d’argumenter de manière raisonnable…
J-P. E. : En évitant les caricatures et… la passion !
F. F. : Voilà.
J-P. E. : Est-ce que vous vous étiez déjà vus l’un et l’autre.
E. Faye : J’ai rencontré monsieur Fédier en 95. Nous avons très brièvement discuté c’était chez monsieur Jacerme et je me souviens que vous m’aviez dit ce qui est remarquable dans l’œuvre complète, dans la Gesamtausgabe de Martin Heidegger c’est que, disiez vous, « tout est bien ». Alors je crois qu’aujourd’hui le moment est venu de voir ce qui est récemment paru, dans cette œuvre complète, et je pourrais effectivement vous redemander si vous remaintiendriez aujourd’hui cette affirmation. Pour le débat il y a effectivement un débat international, pas seulement en France, j’ai eu l’occasion, depuis un an et demi que ce livre est paru de discuter et de débattre en Allemagne, dans des universités allemandes, aux Etats-Unis, en Italie, en France bien sûr aussi. Il est vrai qu’il n’y a qu’en France on trouve parfois un certain ton qui n’est pas dans notre…
J-P. E. : Et bien nous allons essayer de ne pas avoir ce ton Emmanuel Faye.
E. F. : C’est tout à fait que je souhaite.
J-P. E. : Alors Heidegger, Monique. D’abord qui est-ce ? Son parcours… Est-ce que vous vous donnez un certain nombre de lignes ou est-ce que je m’adresse à François Fédier ou à Pascal David.
Monique Canto-Sperber : Adressez-vous à François Fédier. Mais laissez-moi vous dire d’abord qu’un constat s’impose, c’est l’influence considérable de Heidegger, de la pensée de Heidegger sur la philosophie française. Et dans des domaines de la pensée très différents. Il y a bien sûr ceux qui se sont attachés à l’œuvre de Heidegger qu’on appelle communément en France les heideggériens. Mais l’influence c’est exercée bien au-delà et bien ailleurs.
J-P. E. : On peut citer des noms.
M. C-S. : Chez Sartre, même si c’est au prix de ce que l’on peut considérer comme un contresens sur la philosophie de Heidegger, mais également dans toutes les philosophies… celles de Jacques Derrida…
J-P. E. : Althusser, Michel Foucault, mais pourquoi même le poète René Char…
M. C-S. : L’influence a été considérable.
F. F. : Mais Char est à mes yeux le plus grand résistant français au nazisme.
J-P. E. : Ha ! C’est une bonne caution pour Heidegger !
F. F. : Je ne pense vraiment pas que Heidegger a voulu aller voir René Char parce que ce serait pour lui une caution. Je pense au contraire qu’il a voulu aller voir René Char parce que c’était un poète et qu’il était extrêmement, extraordinairement attentif à la parole poétique. Et le fait que René Char ait reconnu en Heidegger l’un de ses alliés substantiels me paraît être non pas une preuve parce qu’il n’y a pas de preuve dans ces cas là, mais il y a… je dirais on devrait au moins voir l’idée que c’est un indice pour se calmer et pour ne pas lancer des accusations folles.
J-P. E. : Le problème qu’on vous posera c’est de savoir si en dehors de son travail sur Hölderlin, le poète allemand, René Char connaissait toutes les œuvres de Heidegger d’autant plus qu’elles n’étaient pas encore traduites et qu’elles sont loin d’être traduites… Alors Pascal David, dans la notice biographique vous dites « né le 26 septembre 1889, à Messkirch, pays de Bade, entre la haute vallée du Danube le lac de Constance d’un père tonnelier d’une mère, d’une mère qu’Heidegger disait d’une « discrète sollicitude ». Donc il est né d’un milieu catholique et de gens simples. Et il est fils de sacristain. C’est Paul François Paoli qui écrit dans le figaro littéraire de l’autre jour que le petit Martin a été même enfant de chœur.
P. D. : Ce qui n’est pas encore déshonorant.
J-P. E. : Pourquoi ? Qui vous l’a dit ?
P. D. : Non…
J-P. E. : Qu’est-ce qui a marqué son enfance ? Ou qui a marqué son enfance ?
P. D. : Effectivement comme vous venez de le dire je crois que c’est un milieu simple, un milieu paysan, un milieu catholique, la proximité des lieux saints et de la maison natale. Et les études qu’il a entreprises, à partir de là, grâce à des systèmes de bourse parce que le milieu familial qui était le sien ne lui permettait pas de suivre des études secondaires ou supérieures a fortiori s’il n’y avait pas eu ces soutiens et ces bourses.
J-P. E. : Alors vous dites le chemin des écoliers va le mener à Constance, à Fribourg où il va apprendre le grec, le latin. Il va suivre des études importantes. Bon, on accélère. En 1923 il est nommé professeur à l’université de Marbourg et l’année suivante il commencera, il sera recteur de l’université…
P. D. : Non, la décennie suivante …
J-P. E. : Dix ans, dix ans plus tard, oui oui en 33. Je voulais dire c’est à ce moment là. A quel moment il va connaître son élève Hannah Arendt, à quel moment ?
P. D. : A Marbourg…
J-P. E. : A Marbourg…
P. D. : En 24-25…
J-P. E. : Hannah Arendt avec laquelle il aura une relation clandestine, une liaison qui va durer longtemps et ils se seront revus, je pense, après la guerre. Elle, elle est juive. Comment est-ce possible avec Heidegger dont on dit qu’il était antisémite.
P. D. : Ca n’est possible d’envisager de manière saine et sereine cette question que si l’on part d’un autre postulat que celui que vous venez d’indiquer. Et je me permettrai… J’ai peut-être mal entendu mais j’ai cru entendre un lapsus dans votre présentation tout à l’heure au début de l’émission lorsque vous avez dit que Heidegger, en 1933, a été « Führer » de l’université. J’ai peut-être malentendu mais c’est « recteur ».
J-P. E. : J’ai dit les deux.
P. D. : Ha ! D’accord.
E. Husson : Il utilise le terme de Führer le « recteur Führer ».
P. D. : « Führer » a le sens de guide en allemand… [inaudible].
E. H. : En Allemagne, à cette époque, « Führer », ça, tout le monde sait ce que cela veut dire.
J-P. E. : Ca, c’est la touche de l’historien.
E. H. : Il faut préciser…
J-P. E. : La philosophie aura besoin quelques fois de l’historien. On fera appel à Edouard Husson chaque fois qu’il le pourra…
M. C-S. : … sur l’histoire… Hannah Arendt était loin d’être la seule élève juive et élève tout à fait appréciée de Heidegger. Il y en a eu beaucoup d’autres. Hélène Weiss…
J-P. E. : Mais ça c’est une sorte de contradiction, de surprise. Beaucoup de philosophes qui l’ont présenté, en France, qui l’ont soutenu au moins dans les premiers temps comme Jean Wahl, comme Emmanuel Levinas ont été à un moment ou à un autre influencés par Heidegger. Et un de ces maîtres sera Edmond Husserl qu’il abandonnera peut-être à un certain moment ou qu’il trahira je ne sais pas. Ou qu’il oubliera de manière opportune à l’époque, au moment en particulier de la fin de vie de Husserl et de ses obsèques, non ?
E. Faye : Je pense que, sur la question de Heidegger, il y a une distinction essentielle qui doit être faite. C’est la distinction entre l’œuvre même de Heidegger avec tous les textes que nous pouvons tous lire, nous ne pouvons pas tous les lire, mais nous pouvons en lire un certain nombre. Et puis la réception, l’influence, qu’il a pu avoir. Il a eu des disciples. Il a eu aussi très tôt des adversaires et des critiques comme Günther Anders qui fut son étudiant mais qui très vite sera un des principaux critiques allemands philosophes de Heidegger… encore Adorno.
M. C-S. : Grand philosophe (il s’agit de Günther Anders) d’ailleurs qu’on redécouvre en ce moment.
E. F. : Günther Anders a écrit un gros livre Uber Heidegger où notamment il y a une mise en parallèle très très précise entre Hitler et Heidegger et je souhaite que ce livre, comme celui des philosophes critiques allemands de Heidegger, soient traduits en français. Mais sur l’œuvre même nous avons depuis peu, depuis deux ans pour certaines lettres, quatre cinq ans pour les cours que j’ai amené, assez de textes pour pouvoir voir que Heidegger est animé par un dessein fondamental, qui est porteur de toute son œuvre. Ce dessein c’est celui de la domination radicale de ce qu’il nomme la deutsche Rasse, la race allemande. Il l’exprime d’abord dans des lettres, il l’exprime ensuite dans ses cours. Je vais quand même lire deux ou trois phrases de Heidegger qui justifient ce que nous pouvons dire de lui. Dés octobre 1916 Heidegger écrit à sa future femme Elfride. « L’enjuivement – Verjüdung – des universités est effrayant. Et je pense que la race allemande – deutsche Rasse – devrait trouver assez de force intérieure pour parvenir au sommet. » Alors là c’est un propos privé dans une lettre mais dés que Heidegger pourra publiquement s’exprimer, c’est-à-dire dans ses cours des années 1933-34, qu’est-ce qu’il enseigne à ses étudiants ? Je lis dans le cours de l’hiver 33-34…
J-P. E. : Attendez. Sur cette phrase de 1916 la lettre, à la femme, il y a effectivement ces mots ?
F. Fédier : Bien sûr. Mais vous savez que Heidegger écrive une stupidité c’est très possible. Ca c’en est une. Mais dire que voilà la source de la pensée de Heidegger c’est proprement insensé.
E. F. : Alors ce que je dis…
J-P. E. : Attendez. Nous essayons de comprendre. Edouard Husson… à ce moment là, dans l’université allemande, Heidegger était le seul…
E. Husson : 1916 c’est important parce que c’est un tournant. C’est le moment où l’antisémitisme s’implante en Allemagne et l’antisémitisme qui va mener au nazisme. Cela veut dire quoi. Cela veut dire, moi je réagis en historien, Heidegger, on m’apporte ce document, Heidegger, professeur, philosophe plus tard, est très réceptif à l’air du temps. Et, alors c’est peut-être une bêtise, mais c’est une bêtise très précoce. Il faut le regarder, je veux dire. Si je peux me permettre une simple remarque surle débat français auquel vous faisiez allusion, ce qui me frappe c’est comment, dés qu’on décontextualise la pensée de Heidegger, le réflexe qu’on a sur la plupart des autres penseurs c’est de les voir dans leur époque. Alors là, au contraire, on a tendance à vouloir lire cette pensée de manière intemporelle. Je vous donne un exemple très simple. J’en profite pour dire que pour moi, comme historien, le livre d’Emmanuel Faye est méthodologiquement irréprochable. Et il y a quelque chose que j’aime beaucoup dans son livre c’est que quand il fait une traduction française il donne toujours le texte allemand. Donc on peut vérifier. Et alors je vous dit une citation donc de Einfürhung in die Métaphysik . « Un état, il est, en quoi consiste l’être, en ce que la police arrête un suspect ». 1935 ! Si vous lisez l’allemand, die Staatpolizei c’est la « Stapo ». « Stapo » c’est la « Gestapo ». Je veux dire, on peut dire après ça que cette pensée échappe à son engagement sous le nazisme, je suis tout prés à en discuter, mais je sortirai de mon rôle puisque c’est aux philosophes de trancher. En revanche, comme historien, je ne peux pas laisser dire que Heidegger n’a pas été viscéralement nazi de 1933, et peut-être même avant, à 1945.
J-P. E. : Monsieur Fédier va répondre… Vous direz que c’est une nouvelle bêtise. Ou une mauvaise traduction. Allez-y.
F. F. : Monsieur Husson, historien… Vous dites qu’il faut considérer les choses dans leur époque. Alors moi je vous demande : est-ce que l’on peut dire que ce qu’a dit, de manière je répète stupide, Heidegger en 1916 alors qu’il est encore étudiant, encore en train de chercher sa voie, il n’a pas encore trouvé sa voie, que c’est ça la clé de tout ce qui suit. Attendez une seconde, parce que j’ai encore quelque chose à propos de votre citation. Votre citation, bien sûr, s’arrête à l’endroit que vous dites quand il dit l’Etat est-ce que c’est le fait que la police d’Etat arrête un suspect. Qu’est-ce qui a après ? Pourquoi ne citez-vous pas ce qu’il y a après.
J-P. E. : Après ?
F. F. : Ca c’est une méthode… Après il dit c’est évidemment pas ça. Ca ne suffit pas à faire un Etat, ça. Alors ça c’est la méthode constante de monsieur Faye, c’est-à-dire que… il cite des textes qui sont évidemment scandaleux si on les arrête là monsieur Faye arrête la citation.
J-P. E. : Mais ça fait beaucoup de phrases scandaleuses.
F. F. : Mais non !
J-P. E. [confusion dans les répliques] : On ne va pas s’attarder là-dessus… Continuez !. Il est nommé recteur à Fribourg donc…
F. Fédier : Il n’est pas nommé, il est élu !
J-P. Elkabbach : Elu , élu ! C’est-à-dire ils se ressemblent tous.
F. F. : Pardon ?
J-P. E. : Ils se ressemblent tous. Ils sont du même milieu idéologique, les professeurs. Sinon ils ne seraient pas là dans ce corps, ou collège électoral je suppose.
F. Fédier. : Non, non, attendez, il faut être horriblement précis. Le personnage, le professeur qui devait être élu recteur en 1933 est social-démocrate. C’est le professeur von Müllendorf. Il devait être élu et c’est von Müllendorf lui-même qui est allé demander à Heidegger d’accepter l’idée qu’il puisse être élu recteur.
E. Husson : Ce n’est pas ce que dit Hugo Ott, grand historien, qui dit que von Müllendorf a été contraint à la démission sous l’amicale pression de ses collègues. Si vous parlez d’histoire à ce moment là parlons des travaux qui ont été faits et le contexte de la nomination de Heidegger au rectorat est très précis, soyons précis, horriblement comme vous dites.
F. Fédier : Monsieur Husson est-ce que vous acceptez l’hypothèse que toutes les études historiques ne sont pas faites avec, comment dirais-je, le souci premier de… c’est pourquoi tout à l’heure je disais que cette question met en jeu la vérité… Est-ce que la question est de démontrer, a priori, que Heidegger est nazi. Voilà la question.
E. Husson : Sûrement pas. Au contraire c’est avec les textes. C’est avec les textes ! [Confusion].
J-P. E. : Je reviens à la notice, vous allez voir. Je reviens à la notice biographique, de Pascal David. Vous dites : « Ayant commis une erreur d’appréciation sur la nature du régime, qui s’installe en Allemagne fin janvier 1933, Heidegger, qui ne s’est jamais rallié toutefois à son idéologie, et l’a même combattue, accepte d’être recteur de l’université de Fribourg en mai 1933 comme d’être inscrit sous certaines conditions au parti nazi. Ce qu’il semble avoir compris alors comme une simple formalité administrative et nullement comme l’acte militant d’une adhésion ». Vous vous rendez compte ? Le nombre de… Vous dites « c’est une erreur d’appréciation ». Simplement, on peut se tromper. Il ne s’est jamais rallié à l’idéologie. Bon, vous confirmez.
P. David : Je confirme.
J-P. E. : On va voir tout à l’heure s’il y a des textes. Il l’a même combattue, l’idéologie du troisième Reich.
P. David : Oui. Dans ses cours notamment entre 1934 et 1945. Des cours publiés aujourd’hui.
J-P. E. : C’est dans cette œuvre c’est la première fois que je vois que deux éditeurs
P. D. : Oui.
J-P. E. : Vous savez lesquels, Alain Badiou et Barbara Cassin, disent qu’ils tiennent à se désolidariser de la notice biographique que conformément au principe de cette collection ils ont demandé à Pascal David de rédiger… Vous lui passez trop de choses à Heidegger ?
P. D. : Ce n’est pas à leur honneur.
F. Fédier : Aux yeux de certaines personnes on passe beaucoup trop de choses. La question que je repose à l’historien : aurons-nous la possibilité de dire tout ce qui a été dit et fait par Heidegger. Par exemple je veux poser une question à monsieur…
E. Husson : Est-ce que je peux y répondre… […] Je donne un autre exemple. Là c’est un texte que vous avez édité vous-mêmes. « Allocution à la cérémonie du solstice d’été du 24 juin 1933 ». Alors il faut savoir parce que je respecte les faits. Il faut savoir que la cérémonie du solstice d’été est une cérémonie fondamentale pour l’adhésion au nazisme. C’étaient les étudiants nationalistes qui pratiquaient ça…
J-P. E. : Nous sommes en quelle année ?
E. H. : Nous sommes en 1933, le 24 juin. Que Heidegger se rende à cette cérémonie c’est un geste d’allégeance extrêmement fort. Et c’est une adhésion à l’idéologie elle-même. Pourquoi… parce qu’il y a une adoration du culte du soleil. La volonté d’un néo-paganisme. Tous les SS devaient assister à ce genre de cérémonie. J’ai chez moi un tas comme ça de directives de la SS. Chaque année, année après année, disant : « vous allez à la cérémonie du solstice ». Et alors, ce qui est très intéressant c’est qu’en plus, en rapport, avec cette cérémonie là, cette année là, il y a eu un autodafé symbolique. On est dans quelque chose d’extrêmement lourd. C’est une adhésion au nazisme explicite. Après ça…
J-P. E. : Alors la réponse de François Fédier, et vous vouliez poser une question à Emmanuel Faye. Essayons de ne pas faire de caricature. Et en même temps d’éviter… on ne va pas ouvrir une nouvelle fois le procès il est engagé depuis longtemps. Mais d’abord vous répondez à ce que dit Edouard Husson, et ensuite vous posez votre question à Emmanuel Faye.
F. Fédier : Nous sommes là au cœur de ce que Jean-Pierre Elkabbach vient à juste titre de souligner à savoir ce que Pascal David appelle l’erreur d’appréciation. Ma question, monsieur Husson : est-ce que Heidegger, l’année suivante par exemple où il y aura d’autres manifestations de ce type, est-ce qu’il y est allé ?
E. Husson : Alors Heidegger n’y va pas l’année suivante mais, par exemple en 1935, il parle de la SS comme l’exemple même de la construction organique, la même SS qui participe à ces cérémonies.
F. F. (rit) : Bien sûr !
P. David : [C’est quoi] la «construction organique » ?
E. H. : Ha ! Ecoutez, dans la langue allemande de l’époque, bien sûr que si, il ne faut pas le décontextualiser…
F. F. : Non non non…
J-P. E. : On va écouter les philosophes.
F. F. : Permettez-moi de dire quelque chose à propos de ce que vient de dire monsieur Husson…
J-P. E. : Posez votre question à Emmanuel Faye s’il vous plaît.
F. F. : Ce vous dites là ça voudrait dire que les expressions qu’emploie volontairement Heidegger dans un contexte, j’ajoute : dans un contexte, où il faudrait quand même aller voir ce qu’il y a dans le contexte. Or vous sortez du contexte et vous dites : c’est une preuve d’allégeance. Alors qu’en réalité, si vous prenez bien l’ensemble de ce qu’a dit Heidegger l’idée de construction organique de l’état c’est quelque chose qu’il soumet à une critique fondamentale.
E. Husson : Il n’était pas obligé de prendre cet exemple à cette époque.
F. F. : Pouvez-vous me dire s’il n’y a pas de meilleur exemple à prendre!
E. H. : La SS c’est l’organe par excellence du régime nazi. Et « construction organique », dans ce contexte, est positif chez lui.
J-P. E. : Alors la question à Emmanuel Faye.
F. F. : Mais pourquoi dites-vous que chez… vous savez mieux que moi !
E. H. : Ha ! J’ai lu les textes, comme vous ! En allemand, comme vous !
J-P. E. : Il les a traduits. Il les a lus et traduits. […] François Fédier alors la question que vous voulez poser.
F. F. : La question, par exemple, naturellement monsieur Faye n’a pas eu connaissance, parce que ça n’est pas encore publié, la publication des œuvres dont il prétend, dans son livre, qu’est entièrement faite pour dissimuler etc. etc. J’ai eu l’occasion de voir un texte écrit par Heidegger à l’automne 1934 dans lequel Heidegger déclare : « le national-socialisme est un principe barbare ». 1934 ! Alors évidemment ce n’est pas encore publié. Alors je vous dis simplement : faites-moi confiance, cela sera publié un jour.
E. Faye : […] J’ai vraiment plusieurs choses à dire. Premièrement Heidegger a effectivement été nommé recteur-Führer le 1er octobre 1933 en vertu de la constitution nazie qu’il a contribué à élaborer avec le Gauleiter Wagner. [ …] Le deuxième point, maintenant, vous citez monsieur Fédier un texte qui se trouve dans les cahiers noirs. Les cahiers noirs, ce sont 33 cahiers que Martin Heidegger aurait écrit pendant quarante ans…
F. F. : Aurait…
E. F. : Aurait parce que je ne peux pas les voir. Si l’exécuteur testamentaire, à savoir, le fils Heidegger, m’autorise, comme j’en ai fait l’appel dans le Monde, et comme j’ai été relayé dans une revue allemande de l’université de Saarbrück par une quarantaine de chercheurs internationaux pour qu’on puisse voir ces archives je pourrais voir à ce moment là ces cahiers noirs. Pour l’instant, ce que je voudrais dire parce qu’on parle de vérité, le fils Heidegger, car c’est lui dont il s’agit et vous en êtes en quelque sorte le mandataire en France. Le fils Heidegger lorsqu’il a publié des textes de l’année 33 a affirmé au tome 16 que son père n’avait pas de tendance fasciste et qu’il n’avait voté en 32 que pour le petit parti des vignerons du Würtemberg. Or, dans mon livre, j’apporte la preuve pour la première que Heiddeger a voté dés 32 pour la NSDAP, pour le parti nazi. Et il le dit dans une lettre inédite à […] Guttman que j’ai pu consulter. Que se passe-t-il ? Et bien aussitôt le fils Heidegger a été obligé de se rétracter. Et dans une lettre à la Frankfurter Allgemeine il dit : effectivement mon père a voté pour le parti nazi en 32 mais c’était obligé par sa femme Elfride.
J-P. E. : Bon, alors, François Fédier. Heidegger lui-même a regretté son engagement. […] Quel était, pour vous qui le connaissiez, quel était la nature de ses rapports avec le régime nazi. Pour vous… pour aujourd’hui…
F. F. : Pour moi, aujourd’hui, la nature des rapports de Heidegger avec le régime nazi a été une opposition philosophique.
J-P. E. : Après une adhésion.
F. F. : Après une adhésion dans laquelle il pensait à l’époque qu’il était possible de passer des compromis. Et ce que je dis moi, c’est que passer des compromis, ça n’est pas encore entré dans la compromission. La preuve c’est que quand il s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas passer compromis sans arriver à la compromission il s’est retiré.
J-P. E : Il n’a jamais été un ennemi déclaré du régime nazi. On ne l’a jamais vu dans la liste des résistants au troisième Reich.
F. F. : Non, c’est évident. Je suis tout à fait d’accord avec vous. C’est tout à fait clair je ne confonds pas les résistants comme René Char et le type de résistance qui est tout autre et qui est évidemment pour nous extrêmement difficile à comprendre dans la mesure où nous pensons qu’il aurait fallu, par exemple faire des attentats…
J-P. E. : Non non non… il aurait pu faire comme son ami Karl Jaspers, l’autre philosophe allemand, grand philosophe, qui est parti à Bâle, en Suisse…
F. F. : Mais non !
J-P. E. : C’est vrai que lui avait une épouse juive, Gertrud Mayer, et qu’il est allé à Bâle. […] Ce que Heidegger lui a reproché dans une lettre qui a été publiée récemment en français.
F. F. : C’est pas tout à fait exact. Jaspers est resté pendant toute la durée du nazisme et de la guerre à Heidelberg. Il est parti à Bâle après la guerre, pas avant la guerre. Est-ce que vous savez, monsieur Faye, est-ce ce que je dis est vrai ? Ou plus exactement monsieur Husson puisque vous êtes l’historien…
E. Faye : Je veux bien répondre à votre question. Ce qui est important là, puisque vous parlez d’épreuve de vérité, vous dites ce qui faut voir dans les textes, moi je prends un texte qui a été publié seulement en 2001. C’est le cours, donc, de l’hiver 33-34. Et que dit Heidegger ? Il dit que : « Lorsque le Führer, aujourd’hui parle toujours de l’éducation pour la vision du monde national-socialiste ça ne veut pas dire n’importe quel slogan. Ca signifie la mutation totale de l’existence de l’homme. C’est le combat même où se décide, dit-il, qui sera l’esclave et qui sera le maître. » Et, ajoute Heidegger…
J-P. E. : Il le dit pour l’approuver ou le condamner ?
E. Faye : Bien sûr, bien évidemment, il l’approuve. Il dit, et il le souligne, « c’est un projet mondial, c’est une mutation totale ». Et Heidegger va beaucoup plus loin encore dans ce texte. Il affirme deux choses qui me font dire, et soutenir d’après les textes, que le projet de Heidegger esquissé dans sa lettre de 1916 est ici explicitement un projet de domination de la race allemande et d’extermination totale du juif assimilé dans le peuple allemand. Je dois lire les deux textes qui prouvent cela. Dans le premier Heidegger parle, je cite, page 89 « de conduire les possibilités fondamentales de l’essence de la souche originellement germanique jusqu’à la domination ». C’est presque une citation de ce que Hitler dit dans Mein Kampf lorsqu’il dit qu’il veut « conduire les éléments raciaux originaires du peuple allemand jusqu’à une position dominante. » Et ce n’est pas seulement une domination dont parle Heidegger. Que dit-il ? Il dit, à ses étudiants : « Pour que l’existence ne soit pas hébétée, et bien il faut identifier l’ennemi, non pas l’ennemi hors de l’Allemagne, mais l’ennemi greffé sur la racine de l’existence du peuple allemand » Et pourquoi l’identifier ? Avec pour but, dit-il «son extermination totale ».
J-P. E : François Fédier, vous avez l’air accablé parce que vous venez d’entendre. Allez-y !
F. Fédier : Je ne suis pas du tout accablé parce que nous avons répondu dans le livre à cette argumentation.
J-P. E. : Il y a 600 pages ! Mais sur ce point qu’est-ce que vous voulez dire?
F. F. : Il faut se référer à ce que l’on dit. Tout ça est un mélange…
E. Husson : Redites-le ! Redites-le ! C’est intéressant pour le débat.
F. F. : C’est un mélange dans lequel tout finit par renvoyer à tout.
E. Husson : … C’est clair : « Extermination totale de ce qui est greffé sur l’essence du peuple ».
J-P. E. : Pour ceux qui ne liront pas les 600 pages qu’est-ce que vous répondez.
F. F. : Je réponds encore une fois que c’est une manière de lire qui prend les termes… en philologie… vous n’êtes pas philologue mais en philologie on parle d’une lexio pessima. A savoir la lecture la pire possible.
J-P. E. : Alors il les a écrites ces phrases ?.. Monique ! Pourquoi il a provoqué ces tremblements de terre dans la pensée ? Pourquoi et à partir de quand ?
Monique Canto-Sperber : Mon sentiment, sur cette discussion, est que juger un philosophe, l’incriminer, lui faire un procès est une chose très grave. Je crois qu’on peut distinguer entre trois catégories. D’abord ce que Heidegger a fait ; ensuite ce qu’il a laissé faire ; et pour terminer ce qu’il n’a pas fait.
J-P. E : En résumant, premièrement, ce qu’il a fait…
M. C-S. : Ce qu’il a fait. Il y a, à charge, incontestablement d’après Hugo Ott, ces lettres de dénonciation qui sont écrites à la machine par Heidegger lui-même semble-t-il. Du moins c’est la thèse de Hugo Ott et qui dénonce deux philosophes, collègues de l’université de Fribourg. Il y a également sa signature au plébiscite deux plébiscites organisés par Hitler aux lettres de soutien. Mais, encore une fois, il n’était pas le seul à le faire et toute l’université allemande, en tous cas un peu près toute l’université de Fribourg l’a fait y compris les plus grands qui ne sont pas, eux, l’objet d’un tel procès. Et puis il s’est entouré de personnages très très peu recommandables et qui ensuite sont devenus des nazis notoires et d’ailleurs dont certains ont été jugés à Nüremberg.Ensuite ce qu’il a laissé faire. Et bien qu’a-t-il laissé faire. Il a laissé en effet ses collègues juifs être écartés de l’université sauf deux dont il a pris la défense. Il a laissé faire des autodafés de livres. Personne n’a démontré qu’il y avait assisté ni même qu’il les avait commandés. Mais il les a laissé faire. Mais combien de choses, combien de personnes ont laissé faire au même moment. Ceux qui se sont engagés… sont une extrême minorité, il ne faut pas l’oublier. Et enfin troisièmement, ce qu’il n’a pas fait. Et bien que n’a-t-il pas fait et bien il ne s’est pas rétracté publiquement. Il n’a pas exprimé publiquement ces regrets. Mais pardonnez-moi de considérer, pour moi qui respecte avant toute chose la liberté de pensée que, à chacun de choisir. S’il exprime ses regrets ou s’il ne les exprime pas. On ne peut pas imposer à un philosophe de regretter quelque chose. En tous de le cas de le faire publiquement.
J-P. E. : François Fédier.
F. Fédier : Heidegger ne s’est pas rétracté publiquement tout simplement parce que pendant toutes les années qui vont de son retrait du rectorat jusqu’à la chute du nazisme il a, à sa manière, tenté, peut-être cela n’a aucun effet immédiat, mais il a tenté de penser de telle manière que ses étudiants comprennent que ce qui se passait pendant ce temps-là était une abomination. Voilà mon opinion…
J-P. E. : Après la guerre il est interdit d’enseignement. On l’écarte de toute l’université allemande. Et ce sont ses pairs qui l’ont condamné, même, que vous dite, c’était sous les autorités françaises qui ont fait appliquer ce que les allemands avaient dit. Un an avant sa mort Heidegger a programmé la publication intégrale de ses œuvres. Est-ce qu’il y a 100, 108, 110 volumes.
E. Faye : Il y aura 102 volumes. Il y en a 67 parus dont ce volume programmé par Heidegger. C’est-à-dire que non seulement il ne désavoue pas son nazisme mais il transmet aux générations futures, c’est-à-dire à nous et à nos enfants ces textes, sans aucun repentir, sans aucune note de regret, où, nous le savons depuis 2001, il préconise l’extermination totale de l’ennemi intérieur. Et ce texte est tellement accablant, que j’y consacre un chapitre entier, le chapitre 6 de mon ouvrage, et ce chapitre n’est d’ailleurs pas un instant discuté…
J-P. E. : Est-ce que je peux vous demander… Pourquoi cette obsession de Heidegger ? Je n’ose pas dire pourquoi cette haine ou cette sorte de traque constante à Heidegger ? Allez-y !
E. F. : Je pense que la question d’une obsession de Heidegger doit être posée à ceux qui, depuis 40 ans ou 50 ans, sont dans une sorte d’allégeance à son égard. Pour ma part, si vous voulez, j’ai fait de tout autres recherches et c’est il y a 5 ans, que découvrant un séminaire inédit de 35. Parce que, lorsque j’étais étudiant, on me disait, et c’est ce que disait monsieur Fédier, il y avait une compromission de circonstances de Heidegger. Et voilà qu’en 77 je faisais un mémoire sur Heidegger à la Sorbonne, je vois le testament de Heidegger, c’est-à-dire son entretien au Spiegel. Et que dit-il dedans. Que laisse-t-il. Il dit les national-socialistes sont allés dans une direction satisfaisante dans leur relation de l’homme et de la technique. Quand j’ai lu ça je me suis dit si c’est ça qu’il nous laisse ça contredit tout ce qu’on prétendait en France.
J-P. E. : Il y a des pans entiers de son œuvre qui sont méconnus, hein?
E. F. : Sur cette relation de l’homme à la technique, ce que je voulais dire… ce qui est terrible… c’est que, maintenant, nous savons que, en 49, dans une conférence, Heidegger, à Brême, a osé dire la chose suivante. Il a osé dire, et c’est une phrase si grave qu’il l’a surtout supprimée quand il a publiée au début des années soixante sa conférence. Il a dit : « L’agriculture est une industrie alimentaire motorisée dans son essence, le même, que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz. » Et avec une phrase aussi terrible qu’a-t-il voulu faire ? Et bien, d’une part, il nie complètement l’intention génocidaire des nazis comme pour faire oublier qu’il a lui-même appelé à l’extermination. Et d’autre part c’est la défaite des nazis, en 44-45, qui a stoppé l’extermination des juifs d’Europe. […] Je voulais juste vous dire un point… J’étais consterné, plus que consterné par le testament du Spiegel mais c’est seulement depuis 5 ans, depuis ces textes, que je découvre jusqu’où est allé dans son œuvre même, dans sa pensée, c’est ça qui est important, le nazisme de Heidegger. Et donc mon livre est fait non pas pour revenir sur des faits établis, par les historiens, et qu’il faut rappeler visiblement, mais pour venir au cœur de son œuvre.
J-P. E. : Pourquoi, à partir des mêmes textes, tellement de différences. Vous avez l’air consterné. Alors allez-y.
P. David : Je ne suis pas du tout consterné. Parce que, ce que Heidegger écrit, reste à interpréter et c’est la grande lacune des écrits de monsieur Faye, et je signale que la phrase qui vient d’être citée sur le « même », qui n’est justement pas la « même chose », ce n’est justement pas ce qui revient au même. C’est effectivement le même en allemand.[…] Il y a 4 pages de commentaires de Gérard Guest dans cet ouvrage qui parlent d’une « mêmeté différenciée ».
J-P. E. : Et vous François Fédier.
F. F. : Je ne peux pas dire autre chose. Moi ce qui m’étonne c’est que il y a une sorte d’obstination à vouloir prouver quelque chose que je ne peux absolument pas accepter. L’extermination des juifs européens par le régime nazi est une a-bo-mi-na-tion ! […] On me traite, moi, de négationniste ! Je vous prie, monsieur, de faire très attention à ce que vous allez dire maintenant.
E. Faye : Monsieur Fédier, il est très important que le public sache que vous avez écrit un texte qui s’appelle « mécanique de la diffamation » dans lequel vous avez des propos sur Jean Beauffret et sur les chambres à gaz et sur Maurice Bardèche qui sont extrêmement troublants. Ce texte est tellement troublant, je vais vous poser la question, que ni Gallimard ni Fayard ne l’ont publié. Or je constate que depuis le 25 janvier vous l’avez rendu public sur Internet. Donc je voudrais savoir… […]. Vous refusez tout propos négationniste n’est-ce pas ?
F. Fédier : Evidemment, bien évidemment. C’est ce que je viens de dire.
J-P. E. : De la manière la plus ferme. Mais ce n’est pas parce que vous traduisez, vous soutenez Heidegger.
F. F. : Attendez, attendez… Je voudrais demander quand même à monsieur Faye, puisqu’il a cité cette phrase : « la fabrication de cadavres dans des chambres à gaz et des camps d’extermination ». Par quel miracle d’interprétation pouvez-vous dire que c’est un propos négationniste.
E. Fa. : Je n’ai pas dit ça de ce propos. Le problème…
F. F. : Vous n’avez pas dit ça ? Tiens tiens…
E. Fa. : Non, je n’ai pas parlé de négationnisme…
F. F. : Vous avez parlé de « négationnisme ontologique ».
E. Fa. : Bien sûr, c’est beaucoup plus grave… C’est à propos de l’autre texte.
F. F. : Vous vous gargarisez monsieur.
E. Fa. : Jean Beauffret, le 22 octobre 1978, a écrit à Faurisson…
J-P. E. : Grand disciple français de Heidegger que vous avez très bien connu…
F. F. : Laissez-le parler.
E. Fa. : Monsieur Beauffret a écrit au négationniste que nous connaissons Robert Faurisson…
F. F. : Que nous connaissons !
E. Fa. : Bien oui…
F. F. : Que nous connaissons ! Est-ce que Jean Beauffret en 1978 connaissait le négationniste Faurisson ?
E. Fa. : Bien entendu puisque Faurisson venait de publier, dans l’ Express, des textes accablant où il disait : « la bonne nouvelle »… Je dois rappeler les faits pour répondre à votre question. Le commissaire aux questions juives Darquier de Pellepoix…
J-P. E. : Donne une interview à l’ Express. Il était en exil en Espagne… cela fait un scandale etc. etc. Quelle conséquence ?
E. Fa. : Il dit « à Auschwitz on n’a gazé que des poux » ! Cette chose effroyable. Et que dit à ce moment là monsieur Faurisson il dit que et bien que « les chambres à gaz et l’extermination sont un seul et même mensonge ». Il dit « c’est la bonne nouvelle ». Il le publie dans des lettres au Matin, à l’ Express. A ce moment là Jean Beauffret lui écrit et dit « J’ai fait le même chemin que vous et me suit rendu suspect pour avoir fait état des mêmes doutes. » Et monsieur Hugo Ott, lorsqu’il a vu cela, dans la préface de son livre dit quelle ombre cela portait sur cette réception de Heidegger.
J-P. E. : Ce qui est formidable c’est que vous pouvez vous expliquez en direct avec nous sur Bibliothèque Médicis. Alors monsieur Fédier.
F. Fédier : J’ai publié, en 1995, un texte dans un livre qui s’appelle Regarder voir, qui s’appelle Lettre à monsieur Hugo Ott, dans laquelle j’explique mon point de vue. C’est-à-dire :1. Jean Beaufret n’a jamais assimilé ce que vous venez de dire tout à l’heure, à savoir la phrase de Faurisson, c’est un seul et même mensonge. Je me souviens d’avoir parlé à Jean Beauffret de cette question dans laquelle il m’a dit « le fait de l’extermination est indubitable ». Par conséquent je le dis. Et vous allez évidemment me traiter de tous les noms…
J-P. E. : Non ! Peut-être pas. Peut-être qui ne recommencera pas de vous traiter de révisionniste ou de négationniste non ? Vous continuez…
E. Fa. : Je n’ai jamais traité monsieur Fédier de négationniste. Ce que je dis c’est que vous défendez une position qui est celle de Jean Beaufret et cette position est explicitement négationniste.
F. F. : Non elle n’est pas explicitement négationniste pour la simple raison que quand un individu écrit dans une date donnée, monsieur l’historien, une date : 1978, « j’ai fait état des mêmes doutes ». Si l’on dit ces doutes cela revient à ce qu’a dit Faurisson ensuite on est en train de faire une carambouille.
J-P. E. : Qui peut me dire, en quelques phrases, et c’est scandaleux, ma question est scandaleuse, la pensée de Heidegger.
F. F. : Je peux vous dire, la pensée de Heidegger sur ce point…
J-P. E. : Non non non, pas sur ce point, en général… Pourquoi elle a influencé autant de philosophes.
F. F. : L’une des choses les plus étonnantes…
J-P. E. : Je voudrais rappeler qu’ici, en dehors de l’historien Edouard Husson, il n’y a que des philosophes. Et quand on vous entend on se dit : ils sont quelques fois vifs pour ne pas dire assez véhéments. Alors qu’est-ce qu’il y a dans la pensée de Heidegger depuis 1927, Sein und Zeit, Etre et Temps ou l ’Etre et le temps.
F. F. : Etre et temps. L’une des choses les plus commotionnantes de la pensée de Heidegger c’est qu’effectivement qu’un grand nombre de nos notions habituelles deviennent littéralement obsolètes. Par exemple la distinction entre le général et le particulier. C’est pourquoi je dis, c’est mon opinion, que la question que nous sommes en train de traiter en ce moment, à savoir cette question comment Heidegger pense-t-il l’extermination, est une question de la plus grand importance et de la plus grande gravité. […] Or je dis ce que nous permet de penser Heidegger aujourd’hui c’est que le phénomène de l’extermination n’est pas réductible à tout ce qu’on est en train de dire en ce moment. C’est un phénomène qui est significatif de l’état du monde dans lequel nous nous trouvons. Si vous prenez la quatrième de couverture, de notre livre…
J-P. E. : Oui oui le nihilisme.
F. F. : Oui, voilà, c’est ça. Je vous demande simplement de lire la dernière phrase.
J-P. E. : « Cette pensée, n’en déplaise à ses contempteurs, est probablement encore à ce jour la seule capable de nous permettre de faire face à un nihilisme dont le déferlement est loin d’avoir pris fin avec l’effondrement du nazisme en 1945. »
F. F. : Ca c’est le point fondamental.
E. Faye : [Je voudrais dire]…un point très important… Qu’enseigne en 36 dans son cours sur Schelling Heidegger il écrit : « Mussolini et Hitler ont posé un contre-mouvement au nihilisme en s’inspirant de Nietzsche ». Donc, pour lui, le nazisme d’Hitler et le fascisme de Mussolini sont ce qu’il loue, ce dont il fait l’apologie en 36 comme s’opposant au nihilisme. C’est tout à fait cela qu’il faut retenir.
J-P. E. : Est-ce ce qu’il a écrit en 36, je ne sais pas à quel âge, le marque définitivement toute la vie.
F. F. : Ce n’est même pas ça. […] Il est tout à fait clair que quand on est dans un régime totalitaire il faut observer un certain type de langage. Et ça c’est la grosse difficulté dans laquelle monsieur Faye est tombé, le malheureux, des pieds à la tête. Il est obligé de parler, Heidegger…
J-P. E. : Comme les nazis.
F. F. : … en faisant attention à ce qu’il dit et en particulier… c’est toute la problématique que décrit Léo Strauss. Léo Strauss dit que quand on est dans une période où l’on ne peut pas écrire autrement il faut écrire entre les lignes. Tous les textes de Heidegger, pendant le nazisme, sont écrits entre les lignes.
J-P. E. : Déjà il était compliqué. C’est lui qui dit quelque part – oui c’est un auteur difficile – se rendre intelligible est suicidaire pour la philosophie. Ou est suicide pour la philosophie. Alors là c’est vrai quand on lit ses textes…
F. F. : Se rendre intelligible au sens de la divulgation sinon même de la vulgarisation.
J-P. E. : Alors on va voir, Monique…
M. Canto-Sperber : Si j’essayais de répondre à la question que vous avez posée mais qu’est-ce qu’il y a de si grand, philosophiquement, à retenir, de la pensée de Heidegger. Et là je parle en dehors des cercles des personnes qui ont beaucoup travaillé cette œuvre, monsieur Fédier et monsieur David en sont infiniment plus spécialistes que moi. Mais la grande idée de Heidegger, présentée à coups de serpe en quelque sorte, c’est d’avoir concentré les significations philosophiques dans une expérience fondamentale, ce qu’il appelle l’existence authentique, de s’être arraché aux philosophies de la subjectivité, d’avoir expulsé en quelque sorte toute la ratiocination morale de la liberté du sujet, et donc d’avoir complètement décentré la philosophie telle qu’elle était pratiquée. Husserl avait déjà commencé… mais telle qu’elle était pratiquée avant lui. Et il y a là mais qu’on soit amateur de philosophie heideggérienne, et amateur au sens fort, ou pas, il y a là une intuition philosophique d’une très grande profondeur. Et qui, de manière incontestable, explique l’influence que Heidegger a eu dans la pensée et dans des écoles différentes qu’il s’agisse d’Hannah Arendt, de Sartre, de Löwitt, de Anders, qui était aussi un élève de Heidegger. Ils ont été très nombreux à reprendre cette idée et à la subvertir, à la transformer, mais après tout c’est à cela qu’on mesure la fécondité d’un philosophe. Alors maintenant venons-en à la manière dont cette pensée est exprimée. Pour une part elle est exprimée dans un vocabulaire qu’on retrouve chez beaucoup de philosophes de la même époque.
J-P. E. : Sauf Jaspers.
M. C-S. : Mais même Jaspers, dans les lettres que Jaspers écrit à Heidegger après avoir reçu ses essais antérieurs. Il approuve cette manière de faire. Il ne faut pas non plus… Mais par ailleurs… Je voudrais insister… Laissez-moi terminer. Il y a quand même en effet une terminologie, parfois des expressions, qui sinon laissent pantois ou alors font frémir. C’est aussi incontestable. Les deux sont présents.
J-P. E. : Pascal David…
P. David : Un mot simplement et très très brièvement et très succinctement. Je crois qu’une réponse qu’on peut donner à la question que vous avez posée portant sur l’importance de Heidegger dans la pensée. C’est une phrase de Heidegger qui dit que « ce qui donne le plus à penser, dans notre temps qui donne à penser, c’est que nous ne pensons pas encore. »
E. Faye : Je voudrais revenir sur l’extermination dont parlait…
J-P. E. : Non non non…
E. F. : Si parce que ce n’est pas un concept philosophique, c’est une réalité humaine et historique effroyable et si l’extermination des juifs d’Europe a pris fin c’est parce que les nazis ont été battus. Ce n’est pas parce que Heidegger a conçu une pensée de la technique qui s’y oppose. Et je ne comprends pas comment vous pouvez monsieur Fédier défendre aujourd’hui Jean Beaufret alors que vous lui accordez…
J-P. E. : On ne fait pas le procès de Jean Beaufret… Il est mort. Il vous a déjà répondu. Et l’on parle de Heidegger. Qu’est-ce qu’il a apporté à la pensée ? Ou alors vous estimez qu’étant donné le lien que vous dites avec le nazisme il faut brûler Heidegger. Ou ses œuvres. Qu’est-ce qu’on fait ?
E. F. : Heidegger détruit radicalement la notion d’homme. Dans un cours de 42 il dit « je ne parle plus de l’homme en général ni de l’homme individuel »… Que met-il à la place ? Il met la souche, la deutsche Stamm, la race allemande.
M. C-Sperber : C’est une thèse philosophique. Je ne la partage pas du tout. Mais je constate que, sous une forme ou une autre, reprise, recyclée comme on dirait aujourd’hui, dans d’autres types de philosophie. Cet antisubjectivisme radical, cette volonté d’anéantir toute espèce de donation de sens à partir de la subjectivité, c’est quand même la marque de fabrique de la philosophie moderne, et même contemporaine. Il n’y a pas que Heidegger qui l’a utilisée philosophiquement. Ce qui me frappe… Je comprends parfois l’extrême surprise et même effarement qu’on ressent devant certaines expressions. Enfin il est incontestable aussi que ce n’est pas Heidegger qu’il a programmé l’extermination. Ce n’est pas lui qui en eu l’idée. Ce n’est pas lui qui, à quelque degré que ce soit, a ac