Lundi 14 avril 2008
Mathieu Kessler, Nietzsche ou le dépassement esthétique de la métaphysique, Paris, PUF (coll. « Thémis »), 1999, 312 p.
L’ouvrage fait suite à L’esthétique de Nietzsche publié dans la même collection l’année précédente. Dans ce nouvel ouvrage, c’est la question du dépassement de la métaphysique par l’esthétique qui préoccupe l’auteur. La mort de Dieu conduit au nihilisme (absence de toute valeur) puis aux doctrines de l’éternel retour et de la volonté de puissance (création de nouvelles valeurs). Tout commence donc avec le problème du nihilisme et l’entreprise nietzschéenne consiste à le surmonter en substituant le mot « esthétique » partout où l’on a employé le mot « métaphysique », autrement dit à « transvaluer » les valeurs métaphysiques en valeurs esthétiques. La pose nihiliste, c’est-à-dire le pessimisme de la sensibilité romantique qui prétend mener au suicide, exaspère Nietzsche qui qualifie cette attitude de psychologie de bas étage, car si elle conduisait inévitablement au suicide, alors il n’existerait plus aucun nihiliste ! Être vraiment nihiliste, c’est donc en un sens plus profond lutter contre lui tout en le maintenant pour le rendre philosophiquement indépassable. Antérieur à toute morale, l’art est une solution concrète et effective au problème du nihilisme : il existe « entre l’art et la philosophie [...] une inégalité fondamentale d’aptitude à surmonter le nihilisme [...], d’où l’importance extrême accordée par Nietzsche au paradigme artistique dans sa philosophie » (p. 16). La stratégie de Nietzsche consiste à emprunter aux artistes leur talent « déconcertant » dans la lutte contre le principe autocontradictoire Comptes rendus · 229 du nihilisme, allant même jusqu’à qualifier la philosophie d’intrinsèquement décadente, car elle présente la solution sous sa forme abstraite dans la pensée de l’amor fati, alors que l’art en est la forme concrète dans la vie. Nietzsche en devient clairement conscient lorsqu’il caractérise l’art comme le grand stimulant de la vie. Il existe, comme l’auteur l’a montré dans son ouvrage précédent, deux solutions au problème du nihilisme, qui correspondent aux deux grands axes de l’esthétique de Nietzsche : ou bien on retrouve une vision globale, par l’intermédiaire de la métaphysique, et on pratique une « métaphysique d’artiste » à l’exemple de la première esthétique de Nietzsche ; ou bien on modifie profondément la signification de la discipline esthétique, sans passer par l’étape problématique de la métaphysique, et on a recours à une « physiologie de l’art » (p. 25). Dans sa fonction la plus générale, l’art obéit à une logique apollinienne et la philosophie à une logique dionysiaque, mais lorsque l’esthétique s’élargit et acquiert une fonction morale, donc axiologique et non plus seulement logique, l’esthétique de Nietzsche fait place à un ensemble de perspectives incontestablement artistiques, puisqu’il n’y a pas de formes artistiques en dehors de celles créées par l’artiste, au point que « le monde lui-même est tout entier art ». De toute façon, l’option métaphysique ne surmonte pas entièrement le nihilisme, puisqu’elle continue d’adopter la pose pessimiste, et la stratégie physiologique se contente d’esquiver le problème. L’auteur montre que Nietzsche est avant tout un philosophe de l’art et que la doctrine de la volonté de puissance peut être en grande partie comprise comme une sorte d’esthétique, débordant par ailleurs largement ce que Nietzsche désigne péjorativement par « l’art des oeuvres d’art ». La compréhension de la fonction de la notion d’art donne une perspective privilégiée sur son oeuvre pour rendre compte de sa philosophie, de sa morale, de sa politique et même de sa religion. Il ne s’agit pas de réduire toutes les disciplines à l’esthétique, mais de montrer qu’elles doivent être considérées du point de vue de l’artiste pour être pleinement comprises, et qu’elles reposent sur des critères ou des principes physiologiques, c’est-à-dire esthétiques au sens le plus large. L’esthétique peut être considérée comme une éthique, puisque la vie est à la fois envisagée comme phénomène artistique (création d’oeuvres) et définie comme phénomène moral (création de soi). Il y a donc un fondement esthétique à l’éthique, et ce fondement est fourni par l’art. Et cependant l’art ne « supporte » pas la morale ; alors comment comprendre l’idée d’une esthétique conçue comme une éthique chez Nietzsche ? En effet, on ne peut dicter à la volonté de puissance, en tant qu’acte de création, un sens ou une valeur qui déterminerait à l’avance le but de l’art, car il ne suffit pas pour la morale d’appliquer au monde un a priori pour résoudre le problème du nihilisme. À une telle éthique de la généralité, Nietzsche oppose une éthique de la singularité : le sens ou la valeur de la vie ne peuvent être donnés selon lui à l’occasion d’une loi morale, d’abord parce que le sens n’est pas déjà présent, et ensuite parce que c’est la volonté de puissance qui détermine la valeur et non l’inverse. La volonté de puissance n’est pas une volonté « bonne » par opposition à une volonté « mauvaise » : elle surmonte le sens et la valeur et les maintient par-delà le nihilisme. L’inversion esthétique de la valeur de toutes les valeurs par laquelle Nietzsche veut surmonter le nihilisme et dépasser la métaphysique est expliquée par lui comme « un retour sur soi-même de l’humanité ». Le projet consiste à critiquer les fondements métaphysiques des anciennes valeurs et à en créer de nouvelles en fonction de critères ou de principes essentiellement esthétiques, quoique ce ne soit pas les valeurs elles-mêmes qui doivent d’abord changer mais la façon dont on procède à leur évaluation. Nietzsche accorde dans ce projet une attention particulière à la singularité (ou subjectivité) et au souci de soi comme mesures de l’éthique et de l’esthétique, ainsi qu’au goût comme critère du jugement esthétique et fondement de l’éthique. Il imagine « un art supérieur à l’art des oeuvres d’art » où le « goût moral », du point de vue de la subjectivité animée par un « souci de soi », tranche en faveur de telle morale, politique ou religion plutôt que telle autre, de tel critère de santé ou de civilité plutôt que tel autre. Tous les problèmes liés aux différentes pratiques et disciplines humaines se résorbent toujours, selon Nietzsche, dans une question de goût. La radicalité de Nietzsche en matière de morale tient au refus de l’universel au nom du singulier, et son originalité réside dans le caractère artistique de l’action morale : les jugements esthétiques fondent les jugements éthiques et la morale est réduite à l’esthétique. Nietzsche adopte un critère jusqu’alors considéré comme fondamentalement amoral : le goût. Puisque la vérité n’existe pas, seule l’esthétique — l’art de l’apparence — peut affirmer une valeur ou un sens dans la mesure où elle est singulière. Reposant sur la subjectivité, la valeur esthétique est fragile et mobilise toute l’énergie de l’individu, pour qui l’art a un pouvoir falsificateur. L’art conscient et spécifique se distingue d’un art inconscient et générique qui correspond à « l’art des oeuvres d’art » auquel Nietzsche n’accorde guère d’importance, car l’art véritable est la célébration de la vie — la fête — et non l’oeuvre. Le parallélisme de la praxis morale et de la poiesis artistique est ici souligné par l’auteur : l’artiste détermine ses propres valeurs comme si elles étaient absolues et universelles, même si elles sont relatives et singulières et qu’il n’est nullement dupe de leur origine. Chaque individu cherche à accroître la puissance de sa singularité, chacun est ainsi tour à tour maître et disciple dans la pratique d’une recherche de soi où il « devient lui-même ». L’inversion de la valeur de toutes les valeurs consiste à fonder la morale sur une singularité qui inspire un sentiment accru de joie et de puissance et incarne le type humain le plus réussi et le plus fort. Comme l’explique encore l’auteur, « il existe une éthique de l’esthétique, tout comme il existe une esthétique de l’éthique, sans aucune discontinuité réelle à partir du moment où l’art est pratiqué dans un rapport immédiat à la vie » (p. 102). La morale de Nietzsche valorise le risque en laissant la création de valeurs entre les mains de l’artiste plutôt que du philosophe. Le principe d’une éthique de la singularité suppose que le souci de soi (ou même l’égoïsme) soit le fondement de la moralité effective, puisque toute action est réductible à un processus dans lequel la volonté de puissance s’exerce au mépris de toute règle ; seul le « goût moral » est contraignant : il requiert le jugement et permet l’évaluation. Le principe suprême de cette éthique, dans le cadre de la doctrine de la volonté de puissance, est de « prendre joie à l’humanité ». La vraie moralité « est singulièrement déterminée par Nietzsche en tant qu’aristocrate créateur de valeurs entièrement positives » (p. 141). Bref, « le sens moral est un goût » et « la plupart des évaluations esthétiques sont plus fondamentales que les évaluations morales ». L’évolution du goût est déterminante sur le plan politique : des individus isolés, puissants et influents, expriment et imposent leurs goûts et leurs dégoûts parce qu’ils ont l’aptitude et le courage de se réclamer de leur propre nature. Dès lors, la physiologie engage l’esthétique, qui soutient à son tour la morale et la politique. Il convient toutefois de ne pas concevoir la doctrine de l’éternel retour du même et la pensée de l’amor fati qui l’accompagne comme des solutions purement morales au problème du nihilisme : un fondement physiologique de l’esthétique signifie aussi que « le style doit prouver que l’on croit à ses idées, et que l’on ne se contente pas seulement de les prouver, mais qu’on les ressent ». L’éternel retour est une expérience esthétique, un événement qui a été vécu, comme l’explique Nietzsche dans Ecce homo. Le style est un gage de la profondeur de la pensée exprimée ; c’est pourquoi le style de Nietzsche est si saisissant : la forme vaut pour le fond. L’auteur observe que « les idées étroitement liées d’éternel retour et d’amor fati ne procurent un sens au monde qu’à partir de la notion de singularité [...], idéalement représentée par l’oeuvre d’art [...] ; si on peut acquiescer à un seul instant de l’univers, alors la série complète du temps est justifiée ». Il en déduit que « seule l’oeuvre d’art fait apercevoir et comprendre le sens de l’éternel retour et de l’amor fati »(p. 156-157). Partout dans l’oeuvre de Nietzsche, on retrouve des fragments qui mettent en évidence la relation étroite entre la morale et la notion de goût que l’on peut définir comme une recherche de l’excellence et de la distinction, marquée d’un réel souci de soi. L’examen de ce lien offre la possibilité de substituer un nouveau fondement à la physiologie qui simplifierait autrement la morale de Nietzsche à un biologisme réducteur ou à une attaque futile contre le christianisme. La physiologie de l’art comme esthétique de la création repose sur une doctrine d’abord soucieuse de comprendre l’« état esthétique » défini par Nietzsche en termes de douleur et de plaisir, sur la base de conditions physiologiques telles que la sexualité, l’ivresse et la cruauté. La seule mesure de cet état est le goût, ultime fondement de la morale. Nietzsche crée une morale, une politique et une religion esthétiques et non l’inverse (une esthétique morale, politique ou religieuse), car « il n’y a pas de phénomènes moraux, mais seulement une interprétation morale de ces phénomènes ». L’interprétation elle-même est d’origine extra-morale : avant même de recevoir des déterminations physiologiques, les phénomènes et les concepts sont d’abord compris comme métaphoriques ou esthétiques. Les valeurs physiologiques sont donc redevables de critères esthétiques qui transfigurent l’expérience considérée dans un premier temps comme morale ou religieuse. La moralité et la religiosité doivent être surmontées par la méchanceté d’un surhomme désormais cruel et séducteur. Étant donné qu’il ne semble pas y avoir de la part de Nietzsche de tentative de définition ou de caractérisation des critères de distinction et d’excellence qui supportent la notion de goût, c’est à ces qualités de cruauté et de séduction qu’il faut sans doute s’en remettre. Le « goût moral » est naturel, alors que le devoir moral a été créé par des individus, comme les autres impératifs de la religion, de la politique ou de la société dans son ensemble. L’homme étant le seul artisan de ses valeurs, la conscience morale s’éteint à cause d’une exigence supérieure venue d’un goût aristocratique pour l’excellence et la distinction. Ainsi, Nietzsche ne s’oppose pas à la création de nouveaux dieux (« Et combien de dieux nouveaux sont encore possibles ! », écrira-t-il en 1888), mais ils ne doivent pas devenir des idoles ; autrement dit, l’homme doit rester conscient qu’il les a lui-même inventés à son image, en s’appuyant sur un goût prononcé et relevé pour la vie exaltée, jaillissante, frénétique. Est condamné ce qui nuit à la vie : la croyance en autre chose que la vie ou en un au-delà de la vie, et la morale ou la religion qui supporte cette croyance ; d’où l’intérêt esthétique que l’homme de goût porte à lui-même et à ce qu’il produit plutôt qu’à la croyance. La valeur des valeurs est en cause puisqu’il s’agit de choisir les valeurs qui favorisent la vie. La notion de « souci de soi » ou de « sculpture de soi » est le dernier mot de l’immoralisme de Nietzsche. Fondé sur un narcissisme raffiné, nuancé et intelligent, l’immoralisme est l’expression la plus forte et la plus probante de la volonté de puissance et de son égoïsme naturel. L’éthique n’a pas de fondement rationnel et objectif, mais personnel et subjectif. L’auteur observe en effet que « l’égoïsme narcissique, préconisé par Nietzsche comme l’adaptation esthétique de l’hypothèse de la volonté de puissance, est [...] le principe effectivement retenu par chaque morale. » (p. 196-197) Évidemment, tout individu ne peut arriver à faire reconnaître sa morale. Il s’opère donc tout naturellement une division entre deux morales : « une morale des maîtres affirme son narcissisme, sans répugnance aucune [...], et une morale des esclaves nie cette honteuse origine. » (p. 197) La première est une morale de l’authenticité, la deuxième une morale de l’inauthenticité ; la probité ou l’absence de probité trace ainsi une ligne de partage entre deux types moraux qui se sont côtoyés au cours de l’histoire de l’humanité. L’ouvrage de Mathieu Kessler, qui traite en outre de la politique et de la religion esthétiques de Nietzsche, est extrêmement fouillé et démontre une connaissance approfondie de l’oeuvre, y compris des fragments posthumes. Il est certainement, avec Patrick Wotling (Nietzsche et le problème de la civilisation, Paris, PUF, coll. « Questions », 1995), l’un des commentateurs les plus sûrs de la pensée de Nietzsche. PHILOSOPHIQUES 28/1 — Printemps 2001, p. Philosophiques / Printemps 2001
par Pasquier Lambert publié dans : Lectures communauté : Les philosophes épars
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 24 mars 2008
La question de l'engagement national-socialiste de Heidegger a suscité de très vives controverses dans l'histoire de la philosophie. Entré au parti nazi (NSDAP) le 1er mai 1933 et recteur de l'université de Fribourg, Heidegger tient le 27 mai, lors de la fête de l'université, son discours rectoral, intitulé "L'autoaffirmation de l'Université allemande" (Die Selbstbehauptung der deutschen Universität).

Comment lire ce texte ?


Heidegger, un philosophe

La pensée de Heidegger a influencé de nombreux philosophes contemporains, dont, en France, Merleau-Ponty, Sartre, Lévinas et Derrida. Héritière critique de la phénoménologie husserlienne, son oeuvre la plus connue, Etre et temps (1927), est fondatrice aussi bien pour l'existentialisme que pour la pensée de la déconstruction. Son projet d'analytique du Dasein ("être-là" ou "être-le-là") propose d'interroger l'existence humaine comprise comme être-aumonde ouvert à la "question de l'être". Le Dasein est cet étant (existant concret) pour lequel il y va en son être de cet être même. La philosophie est comprise ainsi comme ontologie. Heidegger en appelle à la reprise de la question de l'être, en référence à la philosophie grecque antique, celle d'Aristote, de "l'être en tant qu'être", et celle des présocratiques. L'histoire de la métaphysique, parvenue à sa fin, est celle de l'oubli de cette question. Heidegger en propose la reprise et la déconstruction, au sens où il faut au penseur défaire
les scories accumulées au cours de l'histoire de la philosophie pour en retrouver le sens originel, le sens existentiel. C'est au moment de l'élaboration de cette pensée que Hannah Arendt fut l'élève du philosophe.

Le discours du Rectorat

Remplaçant à la tête de l'université de Fribourg le social-démocrate von Möllendorf, qui n'exerça sa charge que quelques jours, Heidegger entend rénover l'Université allemande, et par là l'Allemagne tout entière ainsi que la civilisation européenne. Il s'inscrit dans le mouvement de mise au pas (Gleichschaltung) de la société allemande qui vise, au-delà, à poursuivre la "révolution" nationale-socialiste. Le Discours du Rectorat a aussi bien un aspect philosophique qu'un aspect politique. Réorganiser le savoir et la science, c'est tresser un nouveau lien entre l'action et la pensée.
La théorie comprise comme authentique pratique, idée héritée des penseurs grecs anciens,
désigne la mission spirituelle de l'université : "il ne s'agit pas "d'assimiler la praxis (action) à la théorie (savoir, contemplation), mais au contraire de comprendre la théorie elle-même comme la plus haute réalisation de la praxis authentique. Pour le Grecs, la théorie n'est pas un "bien culturel" comme un autre, mais le centre le plus intimement déterminant de l'ensemble de l'existence populaire au sein de
l'Etat".

 
Le Discours en appelle à l'extension du Führerprinzip au savoir. Heidegger propose de réorganiser le travail des étudiants en trois "services", du travail, de la défense et du savoir. "La première obligation est celle qui les conduit à la communauté populaire. Elle leur fait un devoir de prendre part à la peine, aux aspirations, aux capacités de tous les membres du peuple, quel que soit leur état, en partageant le fardeau et en mettant la main à la pâte. Cette obligation est désormais fixée et enracinée dans l'existence étudiante par le service du travail."
"La troisième obligation de la communauté étudiante est celle qui la lie à la mission spirituelle du peuple allemand. Ce peuple travaille à son destin dans la mesure où il place son histoire dans une certaine possibilité : celle de manifester la surpuissance de toutes les puissances formatrices de monde de l'existence humaine, et où il conquiert toujours à nouveau son monde spirituel. (…) Une jeunesse étudiante qui se risque tôt dans l'âge adulte et qui étend son vouloir jusqu'au destin à venir de la nation, s'oblige de fond en comble au service de ce savoir. (…) Mais ce savoir n'est pas pour nous la tranquille prise de connaissance d'essentialités et de valeurs-en-soi, il est la plus tranchante mise en péril de l'existence au milieu de la surpuissance de l'étant. (…) Les trois liens - lien par le peuple au destin de l'Etat dans une mission spirituelle - sont pour l'essence allemande également originels. Les trois services qui sortent de là - le service du travail, le service militaire, le service du savoir - sont également nécessaires et de rang égal."

Arendt : Idéologie et terreur

"Le régime totalitaire transforme toujours les classes en masse, substitue au système des
partis, non pas des dictatures à parti unique, mais un mouvement de masse, déplace le
centre du pouvoir de l'armée à la police, et met en oeuvre une politique étrangère visant
ouvertement à la domination du monde."
"La légitimité totalitaire, dans son défi à la légalité et dans sa prétention à instaurer le règne
direct de la justice sur la terre, accomplit la loi de l'Histoire ou de la Nature sans la traduire
en normes de bien et de mal pour la conduite individuelle. Elle applique la loi au genre
humain sans se s'inquiéter de la conduite des hommes. (…)
Les habitants d'un pays totalitaire sont jetés et pris dans le processus de la nature ou de
l'histoire en vue d'en accélérer le mouvement ; comme tels, ils ne peuvent être que les
exécutants ou les victimes de la loi qui lui est inhérente. Le cours des choses peut décider
que ceux qui éliminent aujourd'hui des races et des individus, ou les représentants des
classes agonisantes et les peuples décadents, sont demain ceux qui doivent être sacrifiés.
Ce dont a besoin le pouvoir totalitaire pour guider la conduite de ses sujets, c'est d'une
préparation qui rende chacun d'eux apte à jouer aussi bien le rôle de bourreau que celui de
victime. Cette préparation à deux faces, substitut d'un principe d'action, est l'idéologie. "
"Une idéologie est très littéralement ce que son nom indique : elle est la logique d'une idée.
(…) L'idéologie traite l'enchaînement des événements comme s'il obéissait à la même "loi"
que l'exposition logique de son "idée"."
"L'"idée" d'une idéologie (…) est devenue un instrument d'explication."
"D'un côté la contrainte de la terreur totale qui, en son cercle de fer, comprime les masses
d'hommes isolés et les maintient dans un monde qui est devenu pour eux un désert ; de
l'autre la force auto-contraignante de la déduction logique, qui prépare chaque individu dans
son isolement désolé contre tous les autres."
Sources : Victor Farias, Heidegger et le nazisme, LGF Le Livre de Poche, collection Biblio Essais, Verdier, 1987,
p. 126-141.
Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme, troisième partie, chapitre 13, p. 813, p. 825, p. 826, p. 831.
par Paris8philo publié dans : Lectures communauté : Les philosophes épars
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Dimanche 9 mars 2008
Une des meilleure introduction à la philosophie de Deleuze qui soit même si ne figure pas les deux critiques faites par Zizek,  celle critiquant le bon inconscient quil y a au final dans l'anti-oedipe et le fait que le flux-désir au final retombe. Mais ce livre, dédié à son ami François Zourabichvili, mieux que n'importe quel autre retrace que que fut l'enquête de la nouveauté chez Deluze au travers d'une philosophie de l'évènement et des signes qui comprend trois périodes ou si'on veut trois décades. La décade qui s'attache à faire émerger une nouvelle image de la pensée, la décade politique en relation, la décade esthétique qui renouvelle l' sur la peinture, la musique (cours) et le cinéma. Même s'il n'est pas exact de parler ainsi ceci permet une certaine approche de l'évolution de la philosophie de deleuze où chaque période avait sa métohologie et ses centres d'intérêt (pensée - politique - art). Cela laisse de côté la dimension littéraire.

Ce commentaire laisse aussi de côté la thèse d'Alain Beaulieu (qui a la suite de José Gil et quelques autres) avait soutenu contre Badiou les deux dimension de la philosophie de Deleuze, un versant Spino-bergsonien, et un versant nietzschéen qui se résume dans l'énoncé : l'Ouvert n'est pas le Dehors. Mais ceci se retrouve quand Bouaniche parle l'expérience de mai 68 d'où découlera une philosophie politique et "qui constituera pour Deleuze une indéniable ouverture sur ce "Dehors" des forces du champ social (p. 134). On en reste à une idéologie du social, du désir non des forces, de la volonté (il n'y a que du désir et du social et rien d'autre in DzAO_36 cité p. 138). Ce fameux social que Foucault (in "il faut défendre la société", qui est une critique de cette énoncé étatique) comme Baudrillard remettront en cause comme simple paradigme et invention d'une époque. Oublier le vouloir, c'est créer, on en reste à la passivité du fuir c'est créer. Passivité, en quelque sorte que relève très bien la conclusion de cette étude :

"Toute l'oeuvre de Deleuze se présente donc comme  une philoospihe de la création . L'enjeu est avant tout noétique : il concerne la création de la pensée. De Différnece et répétition à Qu'est-ce que la philoosphie ?, la position de Deleuze, si  elle s'approfondit, ne varie cependant pas : penser c'est créer.  Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette définition ne signe pas la toute puissance de la pensée [qui doit pour s'affirmer se démarquer de l'opinion, de l'Etat et de la bêtise, voir le début du livre]. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette définition ne signe pas la toute-puissance de la pensée, bien au contraire. Car si la pensée doit créer c'est, à chaque fois, sous l'effet d'un choc, en faisant l'expérience de son inpuissance ou de son incapacité. Ce n'est donc pas par elle-même que la pensée crée, mais à travers la rencontre avec quelque chose de nouveau qui déjoue tout ce qu'elle est capable de reconnaître ou de partager dans l'élément du sens commun : " Le propre du nouveau [...] c'est de solliciter dans la pensée des forces uqi ne sont pas celles de la récognition, ni aujourd'hui ni demain, des puissances d'un tout autre modèle, dans une terra incognita jamais reconnue ni reconnaissable [DzDR_177]. Cette nouveauté est alors le signe que la pensée ne détient pas elle-même les conditions de son exercice mais dépend de quelque chose qu'elle ne peut ni déduire, ni construire, mais seulement rencontrer, et qui en l'affectant, la force à penser, autrement dit : l'engendre. La création de la pensée se déroule dans une passivité fondamentale." (Arnaud Bouaniche, Gilles Deleuze - une introduction, p. 311)

C'est sur ce dernier énoncé que l'on peut reconnaître ce qu'est un deleuzien.
par Anthony publié dans : Lectures communauté : Les philosophes épars
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Samedi 12 janvier 2008

Voici la lecture à un moment donné de l'oeuvre de Nietzsche, bien loin de la lecture heideggerienne qui voyait en Neitzsche le dernier métaphysicien, Deleuze tout en disant au colloque de Royaumont qu'on ne comprenait toujours pas Nietzsche (c'était avant la publication des Fragments posthumes par Colli et Montinari). Mis la lecture de Deleuze demeure bien particulière notamment son interprétation quelque métaphysique de l'Eternel retour qui est bien l'Eternel retour de la même vie et de la même personnalité, comme affirmation de sa  jusqu'à ce répéter sans cesse non dans d'un processus de différence mais d'excès porté à la joute et au conflit : c'était cela la grande politique qu'introduisait Nietzsche à la fin de son Ecce homo et que sa soeur a tronqué de tous les manuscrits, sauf des Fragments posthumes. Cette présentation est tirée de Wikipédia, elle montre bien ce qu'a pu être une lecture de Nietzsche à une époque située entre la Libération et Mai 68: c'est-à- dire envisant une politique nin-reseentimenteuse et affirmatrice de "la vie". Antoni

Un constat : Le triomphe historique du nihilisme

Historiquement, la négation l’emporte dans la volonté de puissance ! Cette victoire des forces réactives et de la volonté de nier, Nietzsche l’appelle « nihilisme », ou triomphe des esclaves. Les faibles ne triomphent pas par addition de toutes leurs forces, mais par diminution de celle des forts. Les faibles triomphent en rendant toutes les forces réactives (c’est-à-dire par la dégénérescence). La sélection naturelle favorise les faibles et les réactifs, les « secondaires », et ce à plus forte raison dans l’histoire humaine. Les forces réactives, en l’emportant, ne cessent pas d’être réactives : le faible au pouvoir est toujours un faible. Quand le nihilisme triomphe, alors seulement la volonté de puissance signifie désirer dominer (accepter les valeurs établies et vouloir l’honneur, le pouvoir, etc.) : c’est la volonté de puissance de l’esclave.


Etapes du triomphe du nihilisme :

1) Ressentiment : « c’est ta faute ». La réaction n’est plus « agie » mais ressentie : le faible ne se bat plus, il se plaint. La vie est accusée, séparée de sa puissance. L’agneau dit : je pourrais faire tout ce que fait l’aigle, j’ai du mérite à m’en empêcher, qu’il fasse comme moi.

2) Mauvaise conscience : « c’est ma faute ». Les forces réactives reviennent à elles-mêmes, mais ainsi elles donnent l’exemple et deviennent contagieuses.

3) Idéal ascétique. La vie faible ou réactive veut finalement la négation de la vie : sa volonté de puissance est volonté de néant. On juge la vie d’après des valeurs dites supérieures qui s’opposent à elle, la condamnent, la nient. Ces étapes du nihilisme correspondent au judaïsme puis au christianisme, ce dernier étant préparé par la philosophie grecque (ie, la dégénérescence de la philosophie en Grèce).

4) Mort de Dieu. Les valeurs divines sont remplacées par des valeurs humaines, trop humaines (utilité, progrès, histoire). Mais rien n’est changé : c’est la même vie réactive, le même esclavage, le même poids qui s’exerce par les valeurs humaines.

5) Le dernier homme et l’homme qui veut périr. C’est l’aboutissement du nihilisme : les forces réactives prétendent se passer de volonté, et le dernier homme dit : « Tout est vain, plutôt s’éteindre passivement ! Plutôt un néant de volonté qu’une volonté de néant ! » Mais la volonté de néant se retourne contre les forces réactives et inspire à l’homme l’envie de se détruire activement : c’est l’homme qui veut périr. À ce point, tout est prêt pour une transmutation de toutes les valeurs.


La transmutation de toutes les valeurs

La transmutation de toutes les valeurs se définit par un devenir actif des forces, un triomphe de l’affirmation dans la volonté de puissance. L’affirmation devient l’essence ou la volonté de puissance elle-même. La négation subsiste, mais elle est au service de celui qui affirme et crée. Le "oui" signifie créer et non plus porter, tandis que le "non" traduit l’agressivité créatrice et non plus le ressentiment.

La transmutation n’est possible qu’à l’issue du nihilisme, quand la négation, se retournant enfin contre les forces négatives, devient elle-même une action et passe au service d’une affirmation supérieure. Le nihilisme est vaincu par lui-même. Ce que le nihilisme nie, ce n’est pas tant l’être (qui ressemble au néant) que le multiple, le devenir. La première figure de la transmutation fait du multiple et du devenir l’objet d’une affirmation. L’affirmation du multiple recèle la joie pratique du divers. La valorisation des sentiments négatifs ou des passions tristes, voilà la mystification sur laquelle le nihilisme fonde son pouvoir (Lucrèce et Spinoza partagent ce point de vue et conçoivent la philosophie comme affirmation).

Le devenir et le multiple sont eux-mêmes des affirmations. L’affirmation de l’affirmation, le dédoublement, le couple divin Dionysos-Ariane, cela constitue la deuxième figure de la transmutation. La véritable opposition n’est pas entre Socrate (juge la vie) et Dionysos (dit que la vie n’a pas à être jugée), mais entre Dionysos (affirmation la vie) et le Crucifié (négation de la vie).

L’Être et l’Un prennent un nouveau sens : l’Un se dit du multiple en tant que multiple, l’Etre se dit du devenir en tant que devenir : c’est la troisième figure de la transmutation. On n’oppose plus le devenir à l’Être, le multiple à l’Un (ces oppositions sont les catégories du nihilisme) ; on affirme l’Un du multiple, l’Être du devenir, la nécessité du hasard.

 

L’éternel Retour 

Revenir est précisément l’Être du devenir, l’Un du multiple, la nécessité du hasard. Ce n’est pas le Même qui revient (car le Même ne préexiste pas au divers), c’est le revenir qui est le Même de ce qui devient.

L’éternel Retour est sélectif, et doublement :

(1) Pensée sélective : l’éternel Retour donne une loi pour l’autonomie de la volonté dégagée de toute morale : quoi que je veuille, je « dois » le vouloir de telle manière que j’en veuille aussi l’éternel Retour. Cela élimine les « demi-vouloirs » qu’on ne veut qu’une fois.

(2) Être sélectif : seule revient l’affirmation, la joie. La négation est expulsée par le mouvement même de l’éternel Retour, comme une force centrifuge qui chasse le négatif.

Mais dans beaucoup de textes de Nietzsche l’éternel Retour est un cycle où tout revient, où le Même revient. En fait, l’éternel Retour est l’objet de deux exposés : dans l’un Zarathoustra est malade, justement à cause de l’idée du cycle, l’idée que tout revienne, ce qui n’est qu’une hypothèse banale et terrifiante (car elle implique le retour de la mesquinerie et du nihilisme) ; dans l’autre, Zarathoustra est convalescent et presque guéri, car il comprend le caractère sélectif de l’éternel Retour. Deleuze n'a ainsi pas compris que l'Eternel Retour était sélectif en tant que pensée politique.

 

Le Surhomme

Le quatrième et dernier aspect de la transmutation est qu’elle implique et produit le Surhomme. L’homme est un être réactif, mais l’éternel retour expulse le nihilisme. Le Surhomme désigne le recueillement de tout ce qui peut être affirmé, le type qui représente l’Être sélectif. D’une part, il est produit dans l’homme, par l’intermédiaire du Dernier homme et de l’homme qui veut périr, mais au-delà d’eux, comme une transformation de l’essence humaine. D’autre part, il n’est pas produit par l’homme : il est le fruit de Dionysos et d’Ariane.

Ainsi, les figures de la transmutation sont : Dionysos ou l’affirmation ; Dionysos-Ariane, ou l’affirmation dédoublée ; l’éternel Retour, ou l’affirmation redoublée ; le Surhomme, ou le type et le produit de l’affirmation.

Les erreurs d'interprétation de Deleeuze

ondamentales de Nietzsche.

Les nombreuses erreurs de transcription relevées par l'édition critique des manuscrits de Nietzsche constituent un premier type d'erreurs. Ces fautes furent la source d'erreurs d'interprétations plus ou moins importantes, comme le montre Paolo D'Iorio à propos d'un commentaire de Gilles Deleuze. Ce dernier écrit, à propos de la Volonté de puissance :

« Un des textes les plus importants que Nietzsche écrivit pour expliquer ce qu’il entendait par volonté de puissance est le suivant : « Ce concept victorieux de la force, grâce auquel nos physiciens ont créé Dieu et l’univers, a besoin d’un complément ; il faut lui attribuer un vouloir interne que j’appellerai la volonté de puissance ». La volonté de puissance est donc attribuée à la force, mais d’une manière très particulière : elle est à la fois un complément de la force et quelque chose d’interne. »[14]

Mais cette interprétation repose sur une erreur de transcription, signalée par Paolo D'Iorio :

« Dans le manuscrit de Nietzsche, par contre, on ne lit pas innere Wille (vouloir interne), mais innere Welt (monde interne). On ne peut donc soutenir que la volonté de puissance est « à la fois un complément de la force et quelque chose d’interne », également parce que cela reproduirait un dualisme que la philosophie moniste de Nietzsche s’efforce à tout prix d’éliminer. »

De telles erreurs de transcription ont été reproduites dans toutes les éditions de La Volonté de puissance.

Un deuxième type d'erreurs est constitué par l'attribution à Nietzsche de textes apocryphes ; de telles erreurs suscitent des interprétations fausses puisque le commentateur n'analyse pas en réalité un texte de Nietzsche. D'Iorio en donne un exemple récent, trouvé dans le livre d'Alexis Philonenko, Nietzsche, Le rire et le tragique[15] :

« « L’un de nos grands historiens de la philosophie » (quatrième de couverture) se lance dans un commentaire détaillé d’un aphorisme de La Volonté de puissance (édition Sautet n° 26) dans lequel Nietzsche – « magistralement » disait jadis Bäumler dans sa postface – décrit les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Le commentaire s’achève sur l’affirmation selon laquelle « si Rousseau pleure, Nietzsche rit » et : « Lire Rousseau à l’envers, c’est lire Nietzsche, et vice et versa ». Sans entrer dans les détails, nous nous contenterons de signaler que l’aphorisme qui sous-tend son interprétation [celle de A. Philonenko] n’est pas un texte de Nietzsche : il s’agit de simples notes de lecture, d’extraits de paraphrases, de commentaires recopiés du livre de Ferdinand Brunetière : Études critiques sur l’histoire de la littérature française, que Nietzsche a traduit en allemand, et que les différents éditeurs des Archives Nietzsche ont publiés tels quels. »

Ce type d'erreurs est également illustré par une autre erreur de Deleuze, relative à l'Éternel Retour, et reposant sur un fragment composé arbitrairement de deux autres fragments, présentés comme fragment unique et attribué à Nietzsche. Or, le faux fragment ainsi obtenu sur lequel s'appuie entièrement Deleuze pour sa

  1. Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, Paris, p.u.f., 1962, p. 56. Cité par Paolo D'Iorio
  2. Alexis Philonenko, Nietzsche, Le rire et le tragique, Ldp Biblio Essais, numéro 4213, 1995, ISBN 2253942138
  3. Paolo D'Iorio, L'Éternel Retour. Genèse et interprétation [pdf].



compréhension de l'Éternel Retour contient en réalité plusieurs citations d'un scientifique, Johannes Gustav Vogt.* Son commentaire n'est donc pas un commentaire de Nietzsche.

 

par Antoni publié dans : Lectures communauté : Les philosophes épars
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 7 janvier 2008

 

Némésis médicale

L'expropriation de la santé

Némésis veut dire vengeance en Grec... Dans cet essai, écrit en 1975, Ivan Illich, le pape de la décroissance, décrit comment l'entreprise médicale s'est imposée comme un incontournable dans notre société. Pour lui, la critique de la médicalisation et du système dans lequel elle s'impose n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'institution industrielle. Néanmoins, le sujet de la médecine et donc de la santé est en lui même un sujet beaucoup plus sensible que la reflexion sur d'autres systèmes comme par exemple l'éducation ou les transports.

 

Tout d'abord, Illich fait tomber quelques "mythes" qui lui font dire que "l'entreprise médicale est devenue un danger majeur" :

 

1. Les sociétés nanties d'un système médical très coûteux sont impuissantes à augmenter l'espérance de vie, sauf dans la periode prénatale.

 

2. L'ensemble des actes médicaux est impuissant a réduire la morbidité globale.

 

3. Les actes médicaux et les programmes d'action sanitaire sont devenues les sources d'une nouvelle maladie : la maladie iatrogène. C'est-à-dire toutes les conséquences néfastes engendrées par les soins professionnels dans leur ensemble. Cela constitue pour Illich l'épidémie la plus importante qui soit et cependant la moins reconnue.

 

4. Les mesures prises pour neutraliser la maladie iatrogène continueront à avoir un effet paradoxal, elles rendront cette maladie médicalement incurable encore plus insidieuse.

 

Toutes ces affirmations sont démontrées point par point avec un usage très important d'articles scientifiques et de références variées. Pour chaque grande maladie qui a touché l'Europe, il montre que la médecine s'est fait la réputation d'avoir résolu ces fléaux alors que celle ci est non fondée. L'exemple de la tuberculose est frappant. Il a fallut en effet attendre la seconde guerre mondiale pour qu'il y ait enfin une étiologie de cette maladie. A cette époque, la mortalité du a cette maladie avait déjà énormément chutée. Ainsi, sans action médicale mais une amélioration du mode de vie et l'hygiène, cette maladie avait reculé.

 

Ensuite, Illich aborde la iatrogenèse sociale. Le rapport de l'individu par rapport à sa santé a profondément changé depuis un demi-siècle. La déresponsabilisation de l'individu devenu patient est totale. Il n'est d'ailleurs pas censé avoir la capacité de recouvrer la santé de lui-même. Les savoirs traditionnels ont été ridiculisés par la médecine moderne. L'individu est ainsi entièrement dépendant et désarmé face aux techniques mythifiées de la médecine. D'un autre côté, à présent, celle ci fait partie intégrante de la culture populaire : le fait que les gens aient besoins de soins médicaux de routine tout simplement parce qu'ils sont en gestation, ou ont tel age, etc. On en arrive à une consommation thérapeutique quasi permanente.

 

Le propos d'Illich n'est pas de rejeter toutes les pratiques médicales. Il prend en effet bien soin de souligner qu'une énorme majorité des diagnostics et des interventions thérapeutiques qui, statistiquement, servent plus le patient qu'ils ne lui nuisent ont en commun deux caractéristiques : ils sont peu coûteux, et peuvent être aisément appliqués de façon autonome au sein de la cellule familiale.

 

Cette remarque est la principale solution donnée par Illich pour sortir du système morbide dans le quel nous sommes à présent.

 

Une dernière partie du texte parle de La Némésis grecque et de la Némésis industrielle, je laisse aux amateurs de mythologie grecque et aux autres en apprécier la saveur !

par Florentino publié dans : Lectures communauté : De la Vie
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 20 novembre 2007
A contre-courant des sottises déversées aujourd'hui sur les événements de Mai 1968, et plus encore sur une prétendue pensée unique qui en serait l'expression, François Dosse a choisi le modèle biographique pour retracer la vie de Gilles Deleuze (1925-1995) et de Félix Guattari (1930-1992), deux acteurs emblématiques d'une époque qui sut mettre à l'honneur l'idée que les hommes des Lumières devaient se donner pour mission, dans le monde moderne, de prendre leurs désirs pour des réalités sans pour autant s'abandonner à la déraison.

 

Car telle fut la caractéristique de cette pléiade de penseurs talentueux, en conflit permanent les uns avec les autres : Jacques Lacan, Michel Foucault, Jean-François Lyotard, Jacques Derrida, etc. Ils rejetèrent les dérives staliniennes du communisme mais surent se réapproprier l'héritage révolutionnaire pour mieux critiquer ce qui, dans les sociétés démocratiques, leur semblait inacceptable : infériorisation des femmes, des homosexuels et des immigrés, traitement inhumain des fous, des prisonniers, des marginaux, puritanisme sexuel, néocolonialisme, biologisation de l'existence.

CHAOS DIONYSIEN

A l'été 1936, Deleuze assiste à la grande peur que les bourgeois ressentent devant le surgissement des travailleurs qui envahissent leurs territoires. Marqué ensuite par la mort de son frère aîné, Georges, officier saint-cyrien déporté pour faits de Résistance, il éprouve une vive souffrance d'apparaître comme le benjamin d'un héros auquel ses parents vouent une admiration démesurée. Après la guerre, il s'engage dans une carrière universitaire et effectue une relecture féconde des classiques - Hume, Spinoza, Proust, Lewis Carroll, Sacher-Masoch -, tout en s'intéressant au cinématographe et à la chanson : Jean Renoir, Charles Trénet, Edith Piaf. A la conception de l'homme tragique oedipien selon Sophocle et Freud, il oppose la force du chaos dionysien, rêvé par Nietzsche : joie, douleur, désordre festif. Il en verra le déploiement lors de la rébellion de Mai.

En 1969, il rencontre Guattari, psychanalyste généreux et turbulent, analysant de Lacan et ancien trotskiste, qui travaille à la clinique de La Borde, à Cour-Cherverny, créée en 1953 par le psychiatre Jean Oury, rigoureux lacanien très attaché au maître. Il a été l'élève de François Tosquelles, psychiatre catalan et libertaire, connu pour avoir été l'un des inspirateurs, pendant l'Occupation, du mouvement dit de psychothérapie institutionnelle.

C'est en Lozère, à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban, et sous la houlette de deux psychiatres, l'un catholique, Paul Balvet, et l'autre communiste, Lucien Bonnafé, qu'avait été initiée cette expérience, poursuivie ensuite à La Borde. Au milieu de la guerre, l'espoir d'une prochaine libération avait conduit l'équipe soignante à réfléchir aux principes d'une vie communautaire qui permettrait de transformer les relations entre thérapeutes et aliénés dans le sens d'une ouverture humaniste au monde de la folie.

La rencontre entre Deleuze et Guattari va bouleverser l'organisation de la vie quotidienne à La Borde et créer un trouble profond dans l'amitié entre celui-ci et Oury. En témoigne la publication en 1972 de L'Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie (éd. de Minuit). A travers cet ouvrage magistral, les deux auteurs prétendent fonder, contre Freud et Lacan, accusés d'être les garants d'un ordre répressif, une nouvelle psychiatrie matérialiste : la schizo-analyse. Cette doctrine ne débouchera sur aucune libération des aliénés par les "flux désirants", même si, en annonçant, sans le savoir, le crépuscule d'une approche dynamique de la folie, aujourd'hui éliminée par la chimie des neurones, elle aura eu le mérite de critiquer avec justesse le conformisme psychanalytique.

François Dosse a su restituer avec talent l'histoire de ce moment anti-oedipien de la clinique de la psychose, et il a fort bien raconté, à l'aide de nombreux témoignages, les relations passionnelles qui unirent les protagonistes de cette saga.

Cependant, connaissant mal les modalités d'implantation de la pensée psychiatro-psychanalytique, il en a exclu les thèses anti-oedipiennes, au point de ne pas voir qu'elles en sont l'une des composantes, au même titre que celles des freudo-marxistes ou de certains antipsychiatres, quoi qu'en disent ses acteurs. D'où une analyse parfois inexacte des imbrications entre les divers courants. En outre, fasciné par ses héros - certes fascinants - il leur a trop souvent donné raison, laissant entendre que leurs adversaires - et notamment les philosophes lacaniens qualifiés de maoïstes - auraient été de méchants sectaires guidés par un gourou narcissique. Aussi omet-il de souligner que le sectarisme des anti-oedipiens valait bien celui des oedipiens, et que c'est la confrontation violente entre toutes les tendances présentes sur la scène des années 1970-1980 qui a fait la richesse de ce moment inoubliable de la pensée française en voie d'internationalisation.

On l'aura compris, il manque à cette excellente enquête sur les destins croisés de Deleuze, de Guattari, et de leurs "familles" respectives, une sérieuse étude historiographique et comparative.


GILLES DELEUZE ET FÉLIX GUATTARI. UNE BIOGRAPHIE CROISÉE de François Dosse. La Découverte, 642 p. 29,50 €.

Signalons également : Soixante-cinq rêves de Franz Kafka, de Félix Guattari, éd. Lignes (64 p., 10 €) et Le Portique, revue de philosophie et sciences humaines, no 20, 2e semestre 2007, dossier Guattari conçu et réalisé par Liane Mozère.

par Paris8philo publié dans : Lectures communauté : Au-delà du bien et du mal
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Jeudi 30 août 2007
Lionel, croisée en août,  vous fait quelques consells de lecture :

Sayd Bahodine Majrouh, Le Voyageur de minuit. Majrouh est une opooète afghan assassiné il y a peu  par les islamiste, A la fin de ce poème &pique, Majrouh décrit la ville de Tyranopolis. A lire.

Lynne Mac Taggart, L'univers informel. sur la mémoire de l'eau, le pont zéro, tous ces éléments qui appartiennent à l'un
ivers informel...

Anthony

Le blog sera difficilement  actualisé pendant quinze jours, changement d'opérateur :)
par Anthony publié dans : Lectures communauté : Litterature
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 13 août 2007
Voici un livre d'une portée rare quant aux questions qu'il soulève et d'une grande rigueur quant aux matériaux qu'ils rassemblent. Nous vous en conseillons hautement la lecture. Les éditions Beauchesne nous avait fait parvenir un mail suite à notre article sur l'invention de l'ibxonscient. Il est possible que ce soit résumé soit censuré aussi faites-en une copie :). A noter qu'il s'agit du second livre de Jean-Philippe Ravoux sur la question de Schopenhauer et de l'inconscient Une bibliographie est disponible à la fin. C'est un livre qui fera date.
.
Paris8philo.

A noter qu'il y a deux tyoe de citation en marron, les propos de Jean-Philippe Ravoux et en bleu celle d'auteurs cités par Ravoux, il s'agit de l'auteur souligné à proximité :)




Les pourquois d'une telle étude : celle de Jean-Philippe Ravoux

Il ne s'agit pas par ce livre d'une attaque contre la psychanalyse mais d'une étude très approfondie et sans doute l'une des plus remarquables sur l'Inconscient et le recours par Freud à ceconcept. Larecherche de l'auteur est partie de cette phrase de Jérôme Deshusses sur la psychanalyse : « il est caractéristique qu'aucun philosophe n'est osé [en] démasquer l'incohérence spéculative totale, le vide philosophique et parfois la malhonnêté intellectuelle » (Délivrez Prométhée, Paris, Flammarion, 1978). Ravoux fait en suite remarquer qu'en tant que théorie non scientifique, elle n'est pas refutable, c'est ce qu fait d'ailleurs la force de la psychanlyse, puisque l'on est dans le domaine de la croyance et des affects. Pour étayer cela, l'auteur fait un détour par Popper « Le critère de la scientificité d'une théorie réside dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter ou de la tester », Popper ajoutait quant à Freud « Un grande partie de ce qu'il avance est décisif et tout à fait susceptible de trouver une place, ultérieurement, dans une psychologie scientifique se prêtant à l'épreuve des tests. ... en revanche... les observations cliniques dont les analystes ont la naïveté de croire qu'elles confitment leur théories de sont pas plus en mesure de le faire que les confirmations que les astrologues croient, quotidiennement, trouver dans leur pratique » Pour Popper une théorie n'est donc pas absurde ou sans intérêt même si elle n'est pas scientifique. Nous ne retraçons pas le parcours de Jean-Philippe Ravoux qu'il expose lui-même très tout au début de son livre, mais nous

Les raisons d'une démarche : celle de Freud.

Au delà de la conviction. « Si Sigmund Freud n'avait pas été frappé d'ostracisme par la société autrichienne, par l'Université et par la Société des médecins, s'il n'avait pas été, de ce fait, écarté des domaines propres à la science et poussé à chercher d'autres méthodes que celle de la science, s'il n'avait pas, dès lors, succombé à son goût pour la spéculation, au lieu de maintenir son intérêt pour la biologie, la physiologie et la neuropathologie, il aurait sans doute discerné que ces questions renvoient à celle de la mémoire, à celles de la constitution, de la rétention et de l'évocation des souvenirs. / Cependant il nous faut reconnaître que tout ce à quoi s'intéresse la psychanalyse correspond à quelque chose de bien réel et qu'il est urgent que nous nous en donnions une connaissance effective et objective si nous voulons élaborer des stratéges aptes à mettre un terme à un trouble dans la tête, du moins en ce qui concerne les névroses et les perversions puisque nous savons, aujourd'hui, que les pscychoses relève de la psychiatrie » (_35/89).
« Neurologue de formation, mais dans l'impossibilité, après son séjour chez  Jean Charcot, d'accéder aux laboratoires de recherche, Freud ne s'est pas résolu â l'idée que ses théories ne puissent s'expliquer en termes de structures et de fonctions du cerveau. Sans connaissances approfondies sur l'anatomie du cerveau et surtout sur sa physiologie, il n'avait pas les moyens de développer son projet de psychologie scientifique et c'est ce qui l'a conduit à concevoir les topiques et l'économie libidinale sur le mode théorique » (_26-27/89). « Pour moi, c'est là que le désir de gloire, évident et, je dit, compréhensible, a joué le rôle d'un véritable obstacle épistémologique. Reconnaître les découvertes d'Arthur Schopenhauer, c'était enlever à sa propre théorie tout ce qu'elle pouvait avoir d'original » (_38). Il y a tout une obsession de la gloire chez Freud, non personnelle, mais pour sortir de la communauté juive, pour montrer ce dont elle était capable.
« La psychanalyse fut contrainte, « par l'étude des refoulements pathogènes ainsi que par d'autres phénomènes, de prendre le concept d'Inconscient au sérieux » » (citation d'Alasdair Mac Intyre, L'inconscient, analyse d'un concept, PUF, _38). Insistons sur le terme de sérieux puisque « C'est par abstraction qu'il va séparer artificiellement le processus psychique du processus psychophysiologique où, pourtant, il trouve son sens et sa signification. » (_28) « La psychanalyse en est venue à subdiviser, encore, lInconscient reconnu par elle, en un préconscient et en un Inconscient proprement dit » (Ravoux cite un auteur peut-être Freud ou Alasdair Mac Intyre, L'inconscient, analyse d'un concept, PUF _39). « La subdivision de l'Inconscient est liée à la tentative de se représenter l'appareil psychique à partir d'un certain nombre d'instances ou de systèmes et de rendre compte des relations qu'ils entretiennent entre eux dans un langage spatial, ce qui n'implique nullement qu'on cherche à la mettre en connexion avec l'anatomie cérébrale » (citation de Freud semblre-t-il _40). « On pourrait remarquer, d'ailleurs, que la « résistance » et « l'amnésie » sont des phénomènes reconnus par les philosophes depuis Platon, comme est admise une « activité psychique inconsciente », mais qu'il n'y a pas, chez les philosophes, de spéculation sur l'Inconscient, car ou bien l'Inconscient est et l'on ne peut rien en dire, ou bien il n'est pas et l'on est ramené à la conscience et à la mémoire avec les mécanismes d'oubli et de réminiscence, à moins qu'il bille considérer alors le corps » (_39).

Les théories philosophiques antérieures qui ne nécessite pas l'emploi du concept d'inconscient : celles de Schopenhauer


« la théorie d'Arthur Schopenhauer est, aujourd'hui, plus crédible [que celle de Freud] parce qu'elle prédit correctement le résultat des observations et que ces prédictions sont confirmées par tous les travaux qui se font aujourd'hui en neuro-physiologie et en neuro-pathologie, dans les perspectives ouvertes par Arthur Schopenhauer. » _70 On retrouve principalement les théorie superposables à celle de l'inconscient (_71) :
l. Le paragraphe 36 du Livre III du Monde comme volonté et comme représentation, où il dit la genèse de la folie.
2. Le chapitre XXXII des Suppléments, De la folie2, chapitre dans lequel se trouve la page que Otto Rank fit lire à Sigmund Freud', où il explique les mécanismes de la folie.

En effet Freud connaissait l'oeuvre de Schopenhauer, qu'il avait oublier et sur laquelle il est revenu entre 1914 et 1917, qu'Otto Rank lui aurait faire lire en 1906.

Pages 67 et 69 Ravoux donne les principaux passages où Freud fait directement référence à Schopenhauer.

En 1914, dans Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique, Sigmund Freud écrit: « À coup sûr, lorsque je ; conçus cette doctrine du refoulement, mon indépendance ; était entière. Aucune influence, que je sache, ne m'avait incliné vers elle. Je tins donc mon idée pour originale jusqu'au jour où Otto Rank me montra, dans le Monde comme volonté et comme représentation, le passage où le philosophe s'efforce d'expliquer la folie. [...] Ce que, dans le texte que me montrait Otto Rank, Arthur Schopenhauer , dit de la manière dont nous nous raidissons pour refuser d'admettre une réalité pénible, est rigoureusement superposable à ma théorie du refoulement ». En 1917, dans Une difficulté de la psychanalyse, Sigmund Freud remarque que « d'éminents philosophes peuvent être cités pour ses devanciers (de la psychanalyse), avant tout autre le grand penseur Schopenhauer, dont la volonté inconsciente équivaut aux instincts psychiques de la psychanalyse. C'est ce même penseur, d'ailleurs, qui, en des paroles d'une inoubliable vigueur, a rappelé aux hommes l'importance toujours sous-estimée de leurs aspirations sexuelles ». ...il confie [aussi], en 1917, que « le grand penseur Scopenhauer, dont la volonté inconsciente équivaut aux instincts psychiques de la psychanalyse, a rappelé aux humains, en des termes d'une inoubliable vigueur, l'importance toujours sous-estimée de leurs aspirations sexuelles ».
« Alors on doit se poser la question de savoir s'il a lu ou non l'oeuvre d'Arthur Schopenhauer et, s'il la lue, ce qu'à en a retenu consciemment ou inconsciemment. Question qui pourra paraître, à certains, inutile puisque Sigmund Freud lui-même y répond en reconnaissant « les larges concordances de la psychanalyse avec la philosophie de Schopenhauer : il n'a pas seulement soutenu la thèse du primat de l'affectivité et de l'importance prépondérante de la sexualité, mais il a même eu connaissance du mécanisme du refoulement ». Et il ajoute que ces concordances ne peuvent se déduire de sa familiarité avec sa doctrine puisqu'il a « lu Schopenhauer très tard » dans sa vie (Introduction philosophique à l œuvre de Freud, Ramonville, Erès, 1990 pp. 57-75) ». « Or, non seulement la théorie d'Arthur Schopenhauer est originale, dans tous les sens du terme, mais, plus encore, elle me semble tout aussi pertinente que la théorie freudienne, sans en avoir les défauts et les conséquences fâcheuses. » (_70)

Une théorie sur la mémoire peut complètement se substituer à celle de l'inconscient :

L'inconscient est superposable à l'une des quatres mémoires que nous allons rapidement retracer, mais nous vous invitons lire les passage du livre de Jean-Philippe Ravoux (_73-75) : la mémoire permanente, que l'on peut dissocier comme le font les neurologues en mémoires procédurales et mémoires déclaratives.
Les mémoires procédurales sont ce qu'on appelle les mémoire-habitudes, elles tiennent de nos dispositions et nos capacités, ce sont notamment les reflexes contenus dans le bulbe rachidien. Les mémoires déclaratives ont des contenus accessible par la conscience et sont réstituable par le langage, d'où l'adjectif de déclaratif. D'une part il y a la mémoire sémantique avec ses mots et ses concepts ainsi que des connaissances de tout ordres :  géographiques, scientifiques, techniques, etc.  ... D'autre part, la mémoire épisodique qui contient des événements et des épisodes datés dans le temps. Enfin, le quatrème type de mémoire n'est pas permanent, il s'agit de la  mémoire transitoire ou de travail, celle qui nous sert au quotidien de memento ou de pense bête.
« si l'analyse faite par Arthur Schopenhauer évoque toutes les mémoires, elle porte principalement sur la mémoire épisodique qui joue, dans la conception qu'il nous donne de la folie, le rôle dévolu à l'Inconscient par Sigmund Freud. ... Il est alors possible d'envisager l'Inconscient dans une perspective neuro-anatomique : le souvenir refoulé n'est plus alors qu'un souvenir dont les connexions synaptiques ont été détruita après la mise en mémoire. C'est cette conception que nous trouvons chez Arthur Schopenhauer lorsqu'il explique comment et pourquoi la rupture de l'enchaînement continu des souvenirs entraîne la folie. » _73.

Bibliographie :

Jérôme Deshusses : Délivrez Prométhée, Paris, Flammarion, 1978, pp. 285-313 (chap. VI à VIII).
Lancelot White, L'nconscient avant Freud, Paris, Payot, 1971.
Alasdair Mac Intyre, L'inconscient, analyse d'un concept, PUF, 1984.
André Fauconnet, Schopenhauer précuseur de Freud, in Mercure de France, 15 XII, 1933, _70
Sur la question des rapports de Freud avec la philosophie voir : Paul-Laurent Assoun, Freud, La philosophie et les philosophes, Paris, PUF, « philosophie d'aujourd'hui », 1976, et Jean-Bernard Paturel, _68
A noter que Ravoux relève p. 83 les différentes citations que Freud fait des passages de l'oeuvre de Schopenhauer.

article précédent
/ article suivant
par Paris8philo publié dans : Lectures communauté : La commune des philosophes
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mercredi 8 août 2007
La volonté, principe unique sur lequel repose toute l'oeuvre qu'est Le monde comme volonté et comme représentation d'Arthur Schopenhauer, grand lecteur de Palton, Spinoza et Kant. Pour se fair partons du titre même de l'ouvrage : en effet Arthur Schopenhauer estime que sa découverte essentielle est la sépâration entre volonté et représentation, c'est-à-dire entre "la force vitale et cosmique, universelle, inconsciente, non soumise au pricipe de raison, et la connaissance, la conscience, qui saisit les choses à travers le miroir souvent déformant des catégories de la pensée que sont l'espace, le temps et la causalité."
Ceci dit la lecture peut débuter puisqu'il s'agit en fait de thèmes très conteporain que 'lon retrouve chez Nietzsche (dichotomie entre la morale et le dionysiaque); Heidegger (dichotomie entre Etre et Temps), chez Delezue et Guattari entre reterritorialisation et lignes de fuite créatices qui conduisent à se déterritorialiser.

A noter que Nietzsche, fait une critique cinglante de la Volonté comme principe unique empreinte de trop de pessimisme, dans plusieurs de ses aphorismes, mais la volonté entendue par Schopenhauer est avant tout inconsciente contrairement à la conception mise en avant par Kant (conscience morale).
par Anthony publié dans : Lectures communauté : Les philosophes épars
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Dimanche 29 juillet 2007

Voici un début d'énumérations qui laissent de glace quant à la compromission de Heidegger avec le nazisme. Les citation sont tirées du livre d'Emmanuel Faye, nous reprenons les citation sans le discours nihilsite de Faye. Le problème étant que Faye agglutine autour de ceela une vision trop sérieuse, dogmatique et académique de la philosophie : Pour lui l'essentiel en philosophie serait la vérité (quand serait-il alors du mythe de l'Atlantide dont Platon disait dans la République qu'il imortait peut qu'il soit vrai ou faux, l'essentiel étant que nos jeunes soient vaillants), vérité (dont il existe 4 quatre dimensions au moins) qui chez Faye se résume aux vérités historiques ("au nom du droit à la vérité historique" _513, "tout le progrès intellectuel et humain auquel à contribuer la philosophie" _517, phrase des plus nihiliste puisque la philosophie entendue par Faye est décadente). Les rapprochements, les références et les connotations ont donc été évité au maximum, puisque elle sont entourées dans le livre de Faye d'un nihilsime négateur *  Encore une fois il n'y a pas d'introduction du nazisme dans la philosophie qu'avec l'enseignement d'Heidegger dans les lycées et universités il y aurait une nouvelle traduction dans les fait c'est plus qu'à le lire on perd en vigilance parce que l'on est plus en adéquation avec que vous arrive. Manque d'esprit critique, voilà ce dont souffre pour l'instant, qui semlbe fasciné par l'hermétisme de Heidegger, c'est pourtant ce qu'ils ont au fond d'eux qu'ils projettent sur lui et qui n'a rien à voir avec la pensée de Heidegger, mais comme il ne peuvent s'en détacher, trahir Heidegger, il se trouve à refuser sa compromission avec le nazisme. Mais trève de discussion voici les extraits bruts de décoffrage (les citations de Faye sont souvent plus longues, lui qu'on accuse de les tronqués, ce qui n'est pas tout le temps vrai).

 

 

Heidegger et l'université.

_86-88 Trois universitaires allemenads ont protesté lors de l'action "contre l'esprit non allemand" (12 avril 1933 Wider den undeustschen Geist), dont le philosophe Sprangler. Heidegger ne l'a pas fait. Au contraire il s'est viollemment moqué de Spranger dans sesz lettres à Elisabeth Blochmann.

_89-90 Des bûchers de livres ont eu lieu à Fribourg (sous le rectorat de Heidegger) (témoignages d'Ernesto Grassi et ceux de Fribourgeois recueillis par Hugo Ott) .

_91 Le samedi 24 juin 1933 Heidegger pronocera un discours devant les flammes d'un autodafé, il dira : " Flamme, annoce-nous, montre-nous le chemin d'où il n'y a plus de retour" .

_85 Kriek qui fut son soutien deviendra après 1934 son plus farouche adversaire .

_ Heidegger sera un proche d'Ernst Forsthoff, disciple ultra-nazi de Carl Schmitt. Qui est Carl Schmitt ? L'auteur de ces lignes

_113 Heidegger écrira une lettre à Carl Schmitt du 22 août 1933, vous pouvez la lire _254-255.

_93-94 Heidegger fera un éloge de la Deusche Studentenschaft, "Le concept de liberté des étudiants allemands est maintenant reconduit à sa vérité. A artir de lui se déploie pour l'avenir le lien et le service de la corporaiton des étudiants allemand". GA 16 113. ou encore "De la résolution de la Deusche Studentenschaft de soutenir le destin allemand dans sa plus extrême détresse proveint une volonté de l'esssence de l'unnivesité... ..." GA 16 112-113. Cette association d'étudiants allemands, qui placardera douze thèses anti-sémites sur les murs de l'unviersité de Fribourg, interdit par le recteur Möllendorf, prédécesseur de Heidegger. A son arrivée en fonction, Heidegger ne diffusera pas une interdiction de cette affiche mais enverra une lettre de collabortion renforcée à cette corporation (le contenu du placard).

_144 Congrès de Leipzig (11 novembre 1933) organisé sous l'égide des SA où se réunirent les recteurs (dont Heidegger) venus apporter leur soutien à Hitler

Sur l'eugénisme :

_113-114. Discours à l'institut d'anatomie pathologique de Fribourg "Pour ce qui est sain et pour ce qui est malade, un peuple et une époque se donnent à eux-mêmes la loi en fonction de la grandeur intérieure et de l'étendue de leur existence. Le peuple allemand est maintenant en train de retrouver son essence propre et de se rendre digne de son grand destin. Adolf Hitler notre grand Führer et chanelier, a créé à travers la révolution nationale-socialiste un Etat nouveau par lequel le peuple doit à nouveau s'assurer d'une durée et d'une cnstante de son histoire [...]. Pour tout peuple, le premier garant de son authenticité et de sa grandeur est dans son sang, son sol et sa croissance corporelle". GA 16 151.

_116. Heidegger écrit au ministère de Karlsruhe pour exiger la création dont il rappelle qu'il la réclame "depuis des mois" d'une "chaire de professeur ordinaire de doctrine raciale et de biologie héréditaire" GA16 269.

_116-117 amitié avec Eugen Fischer dès 1933 qui se poursuivra après 1945 selon le témoignage de sa femme Gertrude rapporté par Benno Müller-Hilll, Murderous Science, Elimination by Scientific Sélection of Jews, Gypsies and Others... , Oxford, 1988, p. 108. Eugen Fischer, médecin eugéniste et raciologue, dirige l'Institut de Berlin où sera formé Mengele, le médecin d'Auswitz. Fischer interviendra en faveur de Heidegger pour qu'il soit exempté de "service de défense" contrairement à l'esprit de sacrifice enseigné à ses étudiants.

" ce que l'assainissement futur du coprs du peuple siginfie" GA 16 233

Sur Hitler :

_102 Au lendemain de son adhésion publique à la NSDAP Heidegger écrit à son frère Fritz (4 mai 1933) : "Tu dois considérer la totalité du mouvement non pas d'en bas mais à partir du Führer et des ses grands objectifs. [...] désormais on ne doit plus penser à soi mais seulement à la totalité et au destin du peuple allemand". GA 16 95.

_130 "Je vous engage à respecter la volonté et l'oeuvre de notre Führer Adolf Hitler" (Propos tenus publiquement à Fischer, lors de son immtriculation, 25 novembre 1993. GA 16 208.

Sur la race :

_111-112 Discours de Heidelberg lors du colloque " programme d'éducation politique" GA 16 761-763. Il y fait des appels à la "race dure", à la "race allemande à venir" ou encore à "notre race". Voir aussi unser Gelschlecht GA 16 284/286 : notre race ... est le pont vers la conquête historico spirituelle de la Grande Guerre)

La conclusion de la sixième séance : "Mais étroitement apparenté à cela est un mot comme la "santé du peuple", das lequel de surcroît n'est plus ressenti que le lien avec l'unité de sang et de la souche, avec la race (Rasse)." Cette conclusion est inédite du vivant de Heidegger. Il y a bien une dimension raciale dans la conceptiOn heideggérienne du peuple.

_118 abandon dans le discours de Heidegger du terme völklich pour celui connoté de manière raciale à l'époque de völkisch.

_122 emploi du terme Vererbung (hérédité) non à propos d'un individu mais d'un peuple, l'un des mots les plus caractéristiques de la doctrine raciale du nazisme.

_126 "Le solitaire exalté tout comme la masse sans dressage ni direction sont anéantis par la force de frappe de cette race d'homme jeunes ... Cette ,ouvelle race de ceux qui veulent savoir est à tout moment en chemin." GA 16 204.

_131 A propos de la "manifestation de la science allemande" du 11 novembre 1933 Il est inutile de rappeler que les non-aryens (Nichtarier) ne doivent pas apparaître sur le formulaire des signature" GA 16 217.

Sur le Travail

comme au centre des préoccupation du parti NSDAP (Nazi)

_128 "Le travail place et soumet le peuple dans le champ de l'action de toutes les puissances essentielle de l'être. La structure de l'existence völkisch qui se forme dans le travail et come le travail est l'Etat. L'Etat national-socialiste est l'Etat du travail." GA 16 205-206. "Il n'existe qu'un seul "état de vie" allemand. C'est l'état du travail, enraciné dans le fond porteur du peuple et librement ordonné par la volonté historique de l'Etat, dont l'empreinte est préformé dns le mouvement du parti-national-socialiste des travailleurs allemands. (Le terme empreinte est à connotation biologie héréditaire, Faye le relève à plusieurs endroit) GA 16 239.

Sur le peuple et son éducation

_142 "L'éducation du peuple par l'Etat pour le peuple - tel est le sens du mouvment national-socialiste. Une telle éducation au svoir le plus haut est la tâche de la nouvelle université." GA 16 307

_________________________________________

PROPOS AUTRES QUE CEUX DE HEIDEGGER

Sur la démission de Heidegger

_524. Un rapport des services secrets des SS (le SD) stipule : "il a quitté son poste en 1934 étant donné qu'il ne possédait pas les capacités tactiqies pour ce poste"

Les archives sur Heidegger

(nous citons Faye ici à chaque fois)

_528 : "Ainsi dans toute les pièces réunies dans le dossier Heidegger de Karlsruhe aujourd'hui conservées à Colmar, aucun signe d'une quelconque appréciation négative à l'égard de son attitude politique n'est retenu contre lui" (Faye)

_512 : "Il est aujourd'hui nécessaire de se demander s'il est acceptable que les manuscrits d'auteurs comme Heidegger et Braumler soinet, soixante ans après la Libération, soient toujours aussi inaccessibles et contrôles par des proches dont les intentions sont ouvertement révisionnsites et apoolégétiques" (Faye).

On peut se demander aussi ce qu'a fait Heidegger durant ses congés d'enseignement qui ont duré de juillet 1932 à avril 1933, sa corespondance fait état d'engagement politiques aux dire de Faye de même que le rapport de la SD stiplue "S'est-il prononcé en Faveur de la NSDAP avant la prise de pouvoir par celle-ci ? Oui."


_______________________________
*ce nihilisme est un peu différent de la définition qu'en donne Heidegger et que l'on retrouve chez Fédier "Le nihilisme, dont le nazisme reste le premier achèvement historique, n'est pas criminel en soi. Il n'est pas non plus neutre, mais en tant que phénomène historique, porteur - à égalité - de possibilité positives tout comme de possibilités négatives." _504 (voir critique et soupçon, P. 287) Iil est plus simple de dire qu'il n'y a pas d'en soi, donc pas plus de criminel en soi, la confusion est douteuse.

par Anthony publié dans : Lectures communauté : Les philosophes épars
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander