Lectures

Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 23:24

VIE SUR LE PARNASSE CORSE

 

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Conche enseigna longtemps. Si la vénusté et l'intelligence des éphèbes d'amphithéâtre le laissèrent de marbre, celles des jeunes filles enflammèrent son tempérament. Fanny, par exemple, fut, comme on dit, son «étudiante». Elle suivit ses cours et lut ses livres. Mais «étudia»-t-elle sa pensée ? Par amour pour son professeur, elle apprit la pensée d'autres philosophes. De même qu'un amant bienveillant pousse sa jeune amie à d'autres rencontres masculines dans le but de parfaire son éducation sentimentale, de même un maître encourage son étudiante à l'infidélité doctrinale afin qu'elle consolide son éducation philosophique. Reste la question de la caresse. Platon rapporte que Socrate jouait souvent avec la chevelure de Phédon. Conche se demande si l'une de ses «disciples aimées» lui aurait permis pareil geste. «Je ne le crois pas, déplore-t-il. Nous sommes plus retenus que ne l'étaient les Grecs.» Vraiment ? On aimerait interroger à ce sujet Fanny, mais aussi Zahra, Bojena, Beya, Pascale, Anne, Daphné et Émilie, toutes celles qui traversent ce Journal étrange comme les saisons d'une vie et d'un coeur.

Non linéaire, le livre, cependant, peint le passage. Marcel Conche révèle son âge : 85 ans - preuve que l'épicurisme conserve. Le passé s'éloigne, l'avenir s'amenuise et le présent se renforce - bonne occasion pour revenir sur la «distinction ontologique» tant rebattue par Martin Heidegger, entre l'étant et l'être. A cette subtile métaphysique, Marcel Conche objecte que l'on ne peut pas parler de l'être parce que seul le flux de l'apparition et de la disparition de toutes choses, dans la Nature, demeure éternel. «Ce n'est pas être que d'être si peu de temps et, si longtemps, n'être pas.» Parce que nous vivons dans une durée rétrécie, réduite à nos affairements quotidiens, nous perdons de vue que notre existence se résume à d'éphémères agitations interrompues par des phases d'ennui dont l'étirement n'entrave en rien l'«évanouissement» des heures et des jours.

Au lecteur friand d'érudition, Marcel Conche offre de savants commentaires sur Épicure, Kant, Leibniz, Sartre, Leopardi, Lachelier et d'autres. Si son apologie du goulag et de Staline rase l'amateur de digressions, libre à ce dernier de sauter le chapitre et de gambader en deçà pour cueillir de justes remarques sur le «négationnisme chrétien» à l'égard des cultes antiques, ou, au-delà, pour noter quelques conseils invitant à une surhumaine hygiène intellectuelle - pas de télévision, de conversations oiseuses, de lectures obscènes et de chansons «émollientes» ! - ou, plus loin encore, pour méditer sur la spiritualité du sourire et l'impasse du bonheur.

Quant à moi, curieux des écrivains envoûtés par le chagrin, je sais gré à Marcel Conche de m'avoir présenté une femme, Jean Rhys, auteur de la Prisonnière des Sargasses et de Bonjour, minuit.«Fatiguée jusqu'au fond de l'âme», Jean, dit-il, trouvait la force de peindre des paumées qui, comme elle, n'ont jamais le dessus et n'en mènent pas large. «Je n'ai jamaisvoulu écrire, confessait-elle. Je voulais vivre heureuse, tranquille et obscure (elle fut, un temps, pour survivre, danseuse de revue). Je me suis traînée vers l'écriture.»

L'écriture. Conche ne réserve que quatre pages à cette activité si. étrange. Quatre pages saisissantes. Quand il rédige un traité sur Pyrrhon, Lao Tseu ou Lucrèce, c'est pour sauver ces hommes du néant de l'oubli. Quand, en revanche, des amis ou des parents disparus le poursuivent dans ses souvenirs, de l'écriture il les repousse dans le passé et les «transforme en ce qu'ils sont : des morts».

Finalement, quelle philosophie Marcel Conche propose-t-il pour aujourd'hui ? Elle tient en quelques préceptes simples : se prêter aux autres, mais ne se donner qu'aux Anciens et aux romancières cafardeuses de langue anglaise ; repenser aux jeunes filles dont on fut le maître aimé et aimant ; voler un baiser à celles qui viendront peut-être encore. Une sagesse sans prêche, destinée à lui seul - mais que comprendront les solitaires susceptibles dans son genre.

 

Marcel Conche, Noms - Journal étrange III, PUF, 435 p.

 

 

 

 

Elle lui a écrit de venir vivre en Corse pour lui apprendre le grec. Il a pris son temps pour préparer cette rencontre, puis il est venu - Photo : Léa Crespi pour Télérama

Il pleut depuis des semaines. Le printemps semble plus vibrant et la couleur des fleurs plus fraîche que d'ordinaire en Méditerranée. Le philosophe habite sur la route de la mer à Aléria, en Corse, vers le levant. Il a emménagé il y a six mois. Parmi les lecteurs de Marcel Conche, qui forment sans le savoir une manière de famille à le considérer secrètement comme le plus grand philosophe de ce temps, la nouvelle circulait depuis quelques mois : « Il est parti ! » A 86 ans, il a quitté Treffort (dans l'Ain), le village où il a enterré sa femme, indéfectible compagne, dix ans plus tôt. Il a dit adieu à la vieille demeure où il vivait depuis des décennies face aux montagnes et au verger qu'il avait planté. De sa gigantesque bibliothèque, le professeur émérite de la Sorbonne n'a emporté que le strict nécessaire à sa méditation (Montaigne, forcément, « le seul homme à qui je demanderais conseil », et puis Héraclite, Anaximandre, Parménide...), il a mis deux valises dans le coffre de sa Clio, et s'est embarqué à Marseille, un beau jour de septembre 2008. Après une vie d'étude en compagnie des philosophes antésocratiques, il lui fallait s'approcher des Grecs encore plus près. C'est ainsi que, pour commencer, l'on pourrait raconter l'histoire.

Mais il ne s'agit pas, pour ce philosophe de la nature, d'une affaire de paysage ou de climat. Il s'est installé dans un petit pavillon, dans la partie moderne d'Aléria, sans charme... du moins pour les touristes. Mais nul besoin que le maquis sente les romarins en fleur, les bruyères, les myrtes et les cistes, ni que l'aurore soit rose sur les monts de Corte et la mer transparente comme l'azur, pour penser avec Héraclite l'« absolu de la Nature infinie. » Marcel Conche, le Grec, se plaît à avoir été élu à l'Académie d'Athènes mais, en voyant le Parthénon pour la première fois en 1986, en l'examinant sous tous les points de vue et toutes les lumières, il a surtout vu « la distance où nous sommes des Grecs. Nous ne sommes plus capables de retrouver ce qu'était la vie grecque, car nous avons perdu le sens du sacré ».

Le sacré, serait-ce donc cela que Marcel Conche est venu trouver ici ? Ce sacré a un nom : non pas la Corse, quoiqu'on y respire mieux qu'ailleurs la tragédie grecque, mais Emilie. Le sacré a les traits d'une jeune femme brune, active, contemplative et lumineuse. Et voici l'histoire : un jour de l'été 2001, Marcel Conche reçoit à Treffort une lettre au souffle puissant (1). La langue est étrange, un français flottant et inspiré. Le message est ferme et audacieux : venez vivre en Corse pour m'apprendre le grec. Emilie a alors rompu avec une vie professionnelle très dense dans l'humanitaire, qui l'avait menée dans les contrées les plus cruelles du monde (notamment en Angola). Au Tadjikistan, puis en Géorgie, en Anatolie, en Inde, elle a découvert la grande poésie persane de Rûmî, et ce chemin spirituel qui mène de l'Orient à la Grèce. Rentrée en France, elle a tout abandonné et cherché un lieu selon son âme pour se rapprocher d'Homère. Ce fut Corte, où, tout en vivant de petits boulots auprès des bergers, elle suit les cours de grec ancien à l'université. Déception, jusqu'à ce qu'elle découvre la traduction et les commentaires des fragments d'Héraclite par Marcel Conche. Aussitôt, elle sait que seul cet homme-là pourra la faire entrer dans la pensée des Grecs et dans la sensation vivante de leur monde.

“Jai senti que sur le chemin de la vraie vie,
Emilie avait beaucoup d'avance sur moi.”

Bouleversé par une aspiration si impérieuse, Marcel Conche met sept ans à se décider à larguer les amarres. Le temps de la réflexion pour cet esprit enflammé mais depuis toujours déterminé, par éthique de philosophe, à choisir la raison contre le désir. Le temps aussi de se procurer les Rubâi'yât de Rûmî, la poésie de Ferdowsi, d'Attar, puis la Bhagavad-Gîtâ, puis, plus loin encore vers l'Orient, les philosophes taoïstes, jusqu'à s'user les yeux et l'intelligence à déchiffrer le chinois pour retraduire et commenter le Tao-tö-king de Lao-tseu (paru aux PUF en 2003). Le temps donc d'accueillir l'aventure à la hauteur où Emilie la proposait : non pas une passion amoureuse, mais le chemin de la vraie vie. Et, confie Marcel Conche, qui s'est voué en philosophe à cette quête, « j'ai senti que sur ce chemin elle avait beaucoup d'avance sur moi ».

A ce point du récit, on hésite. Car, en voulant trop élucider le mystère de cette rencontre, n'allons-nous pas décrire Emilie juste comme une mystique éperdue ? Et Marcel Conche, juste comme un amoureux éperdu, lui dont le Journal étrange (le tome IV, Diversités, paraît chez Encre marine le 22 mai) bruisse de ses amitiés véritables et désirs non assouvis pour les jeunes femmes, parlant de sa frus­tration sans regret de « n'avoir pas connu le bonheur, qui est l'amour partagé » ? Eperdus, ils le sont, chacun à sa manière brûlant d'un feu solitaire. Mais aucun ne semble vraiment perdu, ayant l'expérience des choix sûrs et des voies incertaines.

Mystique, Emilie l'est bel et bien, comme le sont les grands poètes. Mais elle n'en est pas moins (elle dirait « d'autant plus ») les deux pieds dans la vie, aimant, souffrant, travaillant. « Son dieu n'est pas du tout transcendant, dit Marcel Conche. Il est en somme l'aspect divin de la nature. En cela, elle est plus grecque que moi, puisqu'elle ressent comme les Grecs le divin dans les éléments, la lumière, les plantes et les animaux. La vie est un don, sous toutes ses formes. Elle a élu un terrain qu'elle plante d'oliviers et où elle veut construire sa maison. Lorsque Emilie soigne ses oliviers, elle a l'impression d'accomplir un service divin. Nous appelons entre nous ce champ le "téménos", qui est pour les Grecs le lieu sacré. » Quant au philosophe, c'est son amour pour elle qui est mystique. Il n'a jamais cru en l'existence de Dieu mais, dit-il, « je suis croyant en Emilie, j'ai foi en elle qui croit ». Tandis qu'elle, elle dit fortement de lui : « C'est mon meilleur ami. »

“Dieu n'est pas un problème philosophique,
puisque son existence ou sa non-existence
ne changent rien au fait que nous savons
bien comment vivre, c'est-à-dire selon l'amour.”

Avec Marcel Conche, la conversation a démarré autour d'un café en poudre et de croissants aux amandes, par l'interrogation inverse : « Diriez-vous que vous êtes au fond un philosophe de l'incroyance ? » Question pour celui qui a toujours préféré la recherche de la vérité à celle du bonheur, la métaphysique à l'amour de la sagesse. Autrement dit, les gouffres de l'incertitude de l'être où l'on côtoie les religions. Mais justement, la métaphysique de Marcel Conche fait fi de Dieu : « Dieu n'est pas un problème philosophique, affirme-t-il, puisque son existence ou sa non-existence ne changent rien au fait que nous savons bien comment vivre, c'est-à-dire selon l'amour. » Lui aime la métaphysique comme « une libre création de la raison ». Et parle de Descartes ou de Kant comme de théologiens : « Ce sont des chrétiens qui usent de leur raison pour prouver ce qu'en réalité leur dicte leur foi ; c'est donc la raison au service de la foi. » Il a pris, depuis ce jour de 1963 où il a ouvert les Essais de Montaigne, le parti de l'ignorance inéluctable, qui est celle de la condition humaine : aucune proposition métaphysique n'est absolument indiscutable. Montaigne reste ainsi un philosophe pour notre temps, où les systèmes de croyances ne font plus autorité, tandis que Descartes est « périmé » ! C'est pourquoi, aussi, Marcel Conche fréquente tant les antésocratiques, que l'enseignement, qui fait commencer la philosophie avec Platon, a longtemps ignorés... comme il a réservé Montaigne aux littéraires. Or, eux, Héraclite, Anaximandre, Empédocle, Parménide, Epicure... sont de vrais philosophes selon Conche, puisqu'ils n'ont pas eu à rompre le carcan des idéologies et des dogmes ; ils ont seulement observé la nature et « éprouvé pour la première fois la liberté de la raison devant les choses. C'est pourquoi ils sont si profonds ».

La Corse semble avoir adopté Marcel Conche, du moins Aléria, où il est respecté comme un sage. Lui se contente d'être là où il sait qu'il finira ses jours. Tôt levé, il remplit de grands cahiers d'une écriture fine et sans rature, dans ce style parfait, concret, qui ne se paye pas de mots (« je vois les choses, les mots suivent, lance-t-il. Le langage est fait pour parler du réel »). Tel Montaigne en ses Essais, il compose ainsi, depuis plusieurs années, un « journal étrange » ni chronologique ni thématique, qui forme comme le pendant de son oeuvre savante et continue de l'éclairer de réflexions vagabondes.

“J'aime et je pleure [...].
Emilie, tout avec toi devient intense.”

Ensuite, il tapera le manuscrit avec sa Remington de 1960, le complétera avec cette autre machine à écrire en caractères grecs pour les citations. Entre-temps, il aura vu Emilie, parlé avec elle, il l'aura attendue le coeur inquiet. « J'aime et je pleure [...]. Emilie, tout avec toi devient intense », écrit-il dans ce tome IV, achevé à l'été 2008, au moment où il décidait de partir la rejoindre. Il a préparé cette traversée comme la dernière, résolu à mourir en Corse quand il le déci­derait. Il veut qu'Emilie l'enterre au fond de son champ d'oliviers, dans le bas de la côte. Elle a dit qu'elle préférait en haut de la colline, là où elle bâtira sa maison.

Pour devenir grec, c'est-à-dire pour philosopher vraiment, il faudrait, affirme Marcel Conche, « avoir bénéficié d'une éducation où l'on ne vous a pas infligé les réponses avant même que vous vous soyez posé les questions : qu'est-ce que je fais là ? qu'est-ce qu'être vraiment ? pourquoi le monde existe ? existe-t-il ? qu'y a-t-il au-delà du monde ?... ». Toutes ces questions avec lesquelles le fils de paysans corréziens agaçait le curé du village. Il raconte souvent que son premier geste de philosophe fut une fugue, petite fugue d'un bambin de 6 ans. Tandis que ses parents fauchaient un pré situé au bord d'une route, il est parti tout seul jusqu'au grand tournant un peu plus loin pour « savoir si le monde continuait après ». Quatre-vingts ans plus tard, c'est encore par la fugue que Marcel Conche philosophe : partir en Corse, près d'Emilie, tenter d'aller grâce à elle au bout du chemin de la vie, et savoir que toujours « Emilie restera pour moi un mystère. Le jour où je la comprendrai, je pourrai rentrer ». Il a mis un point final au tome V de son Journal (à paraître en 2010). Il s'intitulera Emilie.

 

Marcel Conche,  Diversités - Journal étrange IV, éd. Encre marine, 344 p.

 


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Catherine Portevin

Télérama n° 3096

 

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En septembre 2008, il referma pour toujours la porte de sa maison, entassa ses livres dans le coffre de sa Clio, et débarqua en Corse pour vivre dans un modeste pavillon, le plus près possible de sa muse. « Corsica » est le Journal de cette étonnante expédition amoureuse. Il s'arrête en mars 2009, lorsque Emilie annonce son mariage avec un fabricant italien de moulins à huile qui ne souhaite plus voir le prénom de sa fiancée imprimé, loué, exalté de page en page par le vieux philosophe. Lequel, blessé, a choisi, l'été dernier, de regagner le continent et trouvé refuge dans son village natal d'Altillac (Corrèze). Lui qui aspirait à être enseveli sur la colline d'Emilie s'est résigné à toquer à la porte du cimetière où reposent son père, cultivateur, et sa mère, morte à 28 ans en le mettant au monde.

Cette parenthèse de dix-huit mois prend la forme d'une longue méditation amoureuse et philosophique. Tout, dans la vie quotidienne et intellectuelle de ce présocratique moderne, est consacré à Emilie, alias Emilienne. Il l'attend chez lui avec une impatience de jeune homme, qui dépérit si elle ne vient pas lui éplucher des clémentines, ou va l'admirer en action, dans les champs où elle sulfate les oliviers dans une combinaison qui ajoute à « son charme d'extraterrestre ».

 

Marcel Conche, Corsica - Journal étrange V, PUF, 624 p.

 

 

A venir donc pour 2011 Emilie... Marcel concher ne fait qu'épuisé comme nombre d'épicurien post-socratique la morale de la vérité. Il était à deux doigts de se faire tentateur antésocratique, avec son importance, bref de nous comprendre.

 

voir les intéressante vidéos du petit fils :

http://www.dailymotion.com/video/xd8u0y_marcel-conche-corsica-andre-comte-s_creation

http://www.dailymotion.com/video/xd8wol_marcel-conche-corsica-michel-onfray_creation

http://www.dailymotion.com/video/xd9das_marcel-conche-corsica-noel-l-ami-co_creation

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 17:24

Tenez un livre qui devrait vous intéresser Carnages de Pierre Péan qui parlent des guerres en Afrique et des tensions géopolitiques secrètes qui ont causé selon lui le plus de morts depuis 1945. Certains disent qu'il se perd dans les détails, sans doute sont-ce des détails pour qui ne connaît pas l'Afrique. Ce livre est peut-être plus intéressant que le livre de Lounis Aggoun sur la Colonie Française en Algérie, toujours actuelle aujourd'hui, qui ne fait état que d'une vieille démonstration platonicienne * que ceux qui font la guerre ne sont pas ceux qui gouvernent iu dit autrement la science de la capture (opérer par les généraux résistants) n'est pas celle de l'usage (opérée par les politiques ou dans le cas de l'Algérie, les généraux gouvernants proches de la Françafrique).

 

voir Platon Euthydème 289-290

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 7 mai 2011 6 07 /05 /Mai /2011 21:51

Prise de notes selon les thématiques porteuses de la biographie de Dorian Astor sur Nietzsche.

 

Volonté de puissance partant du plaisir
Dans Humain trop humain "sa seule loi est "le plaisir", terme encore inadéquate que Nietzsche emploie parce qu'il contient un élément qui était absent de l'utilité et de l'avantage chez Darwin : la jouissance de soi dans l'existence. Cet instinct par lequel la nature gouverne le monde n'a pas encore trouvé sa formulation définitive, qui sera volonté de puissance." AstNB_208.

La démarche généalogique de Nietzsche : le sens philologique et le confilt entre nature et contre-nature
Cette démarche est à la fois régressive (faire la préhistoire des valeurs) et analogique déduire de la psychologie de l'individu l'essence de la civilisation) doit avoir pour modèles méthodologiques l'histoire de la philologie et la science positive, non tant dans ses résultats qu'en vertu de leur rigueur, qui interdit les sauts permanents entre sphères hétérogènes les unes aux autres, les dangers de l'abstraction et de l'universalisation. AstNB


Pour entreprendre une inversion des valeurs, il fallait peut-être plus de pouvoirs contradictoires qu'il n'en a jamais coexisté chez un même individu, et surtout des pouvoirs contradictoires qui ne doivent ni se gêner ni se détruire. La hiérarchie des pouvoir, le recul, l'art de séparer sans brouiller, de ne rein embrouiller, de ne rien "concilier", une versatilité prodigieuse qui soit pourtant l'opposé du chaos - tel fut la condition première, le long travail magistral et secret de mon instinct. NzOPC°VIII_272


Ceci est lié au conflit entre nature et contre-nature (idéalisme ou tout artéfact  collectif qui n'est pas une singularité, c'est un peu le contre-pied de Montaigne qui citant Lucrèce dit que rien advient qui soit unique)
Que m'importe que mes amis affirme que mon actuelle  "liberté d'esprit" soit une décision excentrique, tenue avec les dents _264

Gardons-nous de déclarer qu'il y a des lois dans la nature. Il y a que des nécessités : là nul ne commande, nul n'obéit, nul ne transgresse. Dès lors que vous savez qu'il n'y a point de but, vous savez qu'il n'y a point de hasard. Car ce n'est qu'au regard d'un monde de buts que le mot hasard à un sens. Gardons-nous de dire que la mort serait opposée à la vie. Le vivant n'est qu'un genre de ce qui est mort, et un genre fort rare. - Gardons-nous de penser que le monde crée éternellement du nouveau. Il n'est point de substance éternellement durable ; la matière est autant une erreur que le Dieu des Eléates. Quand donc en aurons-nous fini avec nos précautions et nos soins ? Quand toutes ces ombres de Dieu cesseront-elles de nous obscurcir ? Quand aurons-nous totalement dédivinisé la nature ? Quand nous sera-t-il permis de nous naturaliser, nous autres hommes, avec la nature pure, nouvellement découverte, nouvellement libérée ? " NzHH°II,109.
Il n'y a pas de nature pure chez Nietzsche sinon la nature première de sa personnalité. Là tout y passe les conception du hasard (qui n'a rien à voir avec les coups de chance, les réussite), Dieu nommé Etre chez les Eléates, la matière qui n'est qu'une vision de l'esprit, la substance via le principe de permanence et donc le sujet et la causalité qui en découlent. Nietzsche en appelle à une naturalisation de notre instinct de connaissance, ce qui contre le nihilisme inclus dans l'idéalisme platonique d'un Proust ou d'un Beckett

 

Perspective et Oubli de soi
"Qui devinera ne serait-ce qu'un instant [...] quleque chose des glaces et des angoisses de l'isolement auxquelles toutes difféences de vues condamne quiconque en est affecté, celui-là comprendra que j'ai si souvent cherché n'importe où pour me délasser de moi-même, m'oublier moi-même en quelque sorte un instant... dans une vénération, une inimitié, un jeu scientifique, une frivolité, une bêtise, n'importe..."  NzHH préface de 1886.

Dorian Astor développe assez peu sur l'amour de soi, le grand mépris de l'homme pour l'homme que Nietzche reprend à la tradition juive ainsi que la thématique du Grand mépris. Par contre il revient à plusieurs reprises sur le délassement. Interpréter Nietzsche c'est avant tout s'exposer soi-même.


L'idéal d'une communauté d' "esprits libres" AstNB_186
"C'est ainsi que j'ai inventé un jour que j'en avait besoin, les "esprits libres" [...] de ces "esprits libres" il n'y en a pas, il n'y en a jamais eu" NzHH préface de 1886.
Astor ne perçoit pas l'idéal de Nietzsche, aussi se permet-il : l'homme d'action a toujours un idéal à quoi il s'aliène et consacre toute son énergie. L'idéal est un fardeau que ni le génie ni l'homme d'action ne savent déposer.

L'école du soupçon contre l'esprit de science qui rapetisse l'homme
La Rochefoucauld et les autres maîtres français de l'étude psychologique (auxquels s'est joint aussi ces temps derniers un Allemand, l'auteur des Observation psychologiques) ressemblent à des tireurs qui visent juste et mettent régulièrement dans le noir,  - mais le noir de la nature humaine. Leur adresse suscite l'étonnement, mais un spectateur qui est guidé par l'amour des hommes et non par l'esprit de science finira par maudire cet art qui semble inculquer aux âmes la tendance à rapetisser et à suspecter l'homme NzHH°I,475
La dégénescence d'ensemble de l'homme, sombra jusqu'à "l'homme de l'avenir " tel qu'il apparaît aujourd'hui aux balourds socialistes aux esprits plats - leur idéal -, cette dégénescence et ce rapettissement de l'homme  en parfait animal de troupeau (ou comme ils le disent en homme de la "société libre"), cette bestialisation de l'homme transformé en animal nain aux droits égaux et aux prétentions égales est possible, cela ne fait aucun doute NzBM°203

Ma formule pour tout ce qu'il y a de grand dans l'homme amor fati Nz cité Ast_347 56

 

 Contre l'idéalisme
Tout une catégorie du plus pernicieux "idéalisme" [...] a pour but de contaminer ce qu'il y a de bonne conscience et de naturel dans l'amour sexuel... Et pour ne laisser aucun doute sur mes conviction aussi strictes qu'honnêtes sur ce chapitre, je vais communiquer un principe de mon code moral contre el vice : sous le nom de vice je combats toute espèce de contre-nature, ou si l'on préfère les grands mots, d'idéalisme. Ce principe s'énonce ainsi : "Prêcher la chasteté [ce que fera Nietzsche dans un moment de désœuvrement"] est une incitation publique à la contre-nature. Mépricer la vie sexuelle, la souiller par la notion d' "impureté" est un crime contre la vie même, - c'est le vrai pêché contre l'esprit sain de la vie."

Car vous êtes une idéaliste - et je traite quant à moi, l'idéalisme comme une insincérité devenue instinct, comme la volonté à tout pris de ne pas voir la réalité : chaque phrase de mes écrits contient le mépris de l'idéalisme. Lettre  à Malwida von Meyersburg, 29 oct 1888
Qui a donc à s'évader de la réalité par le mensonge ? Celui qui souffre de la réalité. Mais souffrir de la réalité, cela veut dire être une réalité manquée. NzSB8

 

Contre le Christianisme

Si le christianisme  a tout fait  pour orientaliser l'Occident, c'est le judaïsme  qui a essentiellement contribuer à l'occidentaliser derechef et sans trêve  ce qui équivaut en un certain sens à faire de la mission et de l'histoire de la l'Europe la continuation de celle de la Grêce. NzHH°I,36


Les lieux.

Dorian Astor revient souvent sur les villes que fréquente Nietzsche comme Méssine ou Venise pour lesquelles il a des sentiments ambivalent. Venise étant sa ville préférée alors que Dorian Astor certaineent après avoiir relu la partie physiologique et climatologique d'Ecce Homo descendra Venise en flèche. Quoiqu'il en soit par rapport à une autre ville comme Messine, il fait de suite le rapprochement avec la Provence, au climat sec contrairement au "Sirroco Venitien humide.

Les Idylle de Messine Chanson du Prince Hors-a-loi Vogelfrei, libre comme un oiseau.
Le Chant du Prince Hors-la-loi, composé en grande partie en Sicile, rappelle explicitement la notion provençale de gaya scienza, cette unité de troubadour, de chevallier et d'esprit fort, qui distingue si nettement de toutes les cultures équivoques cette admiralbe culture provençale de haute époque. D'autant que le tout derniepoème, Au mistral, un chant de danse plein de verve, dans lequel, ne vous en déplaise, c'est la morale qu'on piétine en dansant - est d'un "provençalisme" parfait.
Le terme de Gai savoir vient de Stendhal dont Nietzsche était un lecteur assidu en français (comme pour Schopenhauer, dostoïevski). " les cours d'amour datent de 1150, et la vie fut fort gaie en Provence jusqu'au sombre Louis XI, qui la réunit. Bientôt ce pays cessa d'être supérieur à ces voisins par l'esprit et le gai savoir". Stendhal, Mémoires d'un touristes. Et Astor d'ajouter "Nietzsche, comme Stendhal, suggère que la science est devenue triste depuis la formation de l'état moderne, et depuis l'établissement d'une hégémonie du Nord sur le Sud". Cette hégémonie du Nord sur le Sud se retrouve dans nombre de pays (Italie, Belgique, même si celle-ci n'a pas toujours eu lieu à l'exemple de Bruxelles la francophone. En Espagne c'est l'inverse qui se passe, ce sont les Nords Basques et Catalan qui portent en eux une chose bien irrationnelle qu'on nomme le modernisme catalan.

 Zarathoustra

Zarathoustra apparaît une première fois sous le personnage de l'insensé qui cherche Dieu parmi les hommes rassemblés : "L'insensé se précipita au milieu d'eux et les perça de ses regards. "Où est Dieu ? cria-il, je vais vous le dire ! Nous l'avons tué - vous et moi ! Nous sommes tous des meurtriers ! [...] la grandeur de cette action n'est-elle pas trop grande pour nous [..] J'arrive trop tôt, dit-il ensuite, mon temps n'est pas encore venu. Ce formidable événement est encore en marche et voyage - il n'est pas encore parvenu aux oreilles des hommes" NzGS, OPC V_149-150
Zarathoustra, le premier, a vu dans la lutte du bien et du mal la vraie roue motrice du cours des choses [...]. Zarathoustra a suscité cette funeste erreur qu'est la morale : par conséquent il doit être le premier à la reconnaître.
Mais c'est en fait là la grande thématique du couper l'histoire en deux
"Nous sommes tous des meurtriers et quiconque naîtra après nous appartiendra, en vertu de cette action même [celle du crime de lèse-divinité], à une histoire supérieure à tout ce que fut jamais l'histoire jusqu'alors !" NzGS, OPC V_149-150

 

AstNB, Nietzsche Biographie par Dorian Astor

NzBM, par delà bien et mal, éd. Flammarion

Nz GS Gai savoir

NzHH Humain trop humain

NzSB Nietzsche Sämtliche Briefe

NZOPC V
NzOPC°VIII

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 18:46

Dans notre série sur la jubilation de la transformation mis en avant par des femmes et dont relate par exemple le film de Ozon, Potiche, voici un texte sur le concept de TRANSFORMAT produit par Jean-Pierre Faye. Paris8philo.

 

par Benoît Goetz

Il ne s’agit pas, dans ce nouveau livre de Jean-Pierre Faye, de « nouvelle philosophie », mais
de nouvelles voies pour la philosophie, ce qui est bien différent. En effet, beaucoup de choses
ici narrées sont bien connues des lecteurs de Jean-Pierre Faye. Ce ne sont pas des obsessions,
mais des leitmotivs : par exemple, les raisons du retournement anti-métaphysique de Martin
Heidegger. Nous reconnaissons ce thème, inlassablement repris, mais cela ne nous lasse pas,
car Jean-Pierre Faye a un génie unique pour raconter la philosophie et ses transformations.
Et les grands enfants que nous sommes ne se plaignent jamais d’entendre toujours la même
histoire. La même histoire ? Certes, mais autrement modulée, et en d’autres circonstances,
dans un autre site, un autre livre, sur un autre « littoral ». Tout à la jouissance de l’écoute de
ce conteur génial, le lecteur pressent que pour Jean-Pierre Faye, la dénonciation ne compte
que pour presque rien (et c’est ce qui fait toute la différence...). On ne nous enjoint pas ici de
dénazifier notre bibliothèque. Il s’agirait plutôt de dilatation, d’amplification de la philosophie,
et jamais de soustraction. On peut donc se détendre à l’écoute de cette parole chantante, et
cesser de se défendre. On n’aura pas à céder à la triste passion de la contradiction. « Jean-
Pierre Faye a raison ! ». C’est d’ailleurs ce que l’on doit accorder à tout philosophe que l’on
commence à lire. En adoptant cette posture non agonistique, que peut-on espérer découvrir en
lisant Faye ? Beaucoup de choses... Beaucoup d’idées et de concepts, tissés dans la mélodie
du conteur. D’abord, ce terme curieux de « transformat ». Ce livre se présente comme une
« Introduction à la philosophie du transformat ». On se souvient du nom de la revue de Jean-
Pierre Faye : Change. Jean-Pierre Faye attire l’attention sur ce qui passe, se transforme et se
« réciproque », entre l’« espace des langues » et le sol des réels ». Le concept se raconte et le
conte devient concept. Le monde, « monstre vibratoire », devient le monde connu, le paysage
que nous connaissons, à travers la transformation conceptuelle. Faye transforme Nietzsche
avec une fidélité déconcertante. Et comme dans la pensée de Nietzsche, on est sans cesse
attiré ici vers un autre paysage (ou plutôt : c’est un autre paysage qui nous attire). Le littoral
narratif est le point où les transformations ont lieu entre concept et états de chose. Tout
concept demeure « vibrant » des mouvements, des inventions et des dangers de ce littoral. Le
« transformat » est donc ce qui a lieu entre inventions conceptuelles et inventions mentales. Le
« transformat » est le monstre transformant, et le monde lui-même est un monstre et un conte.
Faye nous raconte, sur un autre ton que celui des grands prêtres de la cosmologie vulgarisée,
l’histoire de « notre » univers et de sa lumière. Comme Nietzsche, et comme Deleuze peut-
être (avec lequel il entame un passionnant dialogue), Faye est un « «physicien », c’est-à-dire
un narrateur, tel Héraclite qui nous dit – en une sentence que Faye aime beaucoup citer (et
où surgit pour la première fois le philosophos) – que le philosophe doit connaître beaucoup
d’ « histoires ».

 

Pour citer cet article
Référence électronique
Benoît Goetz, « Jean-Pierre Faye, Les Voies neuves de la philosophie »,  Le Portique [En
ligne], 21 | 2008, mis en ligne le 21 août 2008. URL : http://leportique.revues.org/index1913.html

Par Paris8philo (texte de Benoît Goetz) - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 00:02

Pour vous dissuader de lire le livre d'esclave et médiologue qu'est Régis Dedray et vous inviter à d'autres voyages.

 

Il peut y avoir de l'épaisseur dans la frontière mais pas d'essence. Je vous renvoie à un livre pour comprendre le no man's land entre deux check point : homo disparitus, le chapiter sur Chypre ;). La frontière alors ne sépare plus mais protège ce qui la peuple (comme pour Tchernobyl qu'un jour on remerciera peut-être pour ce qui s'y passe actuellement d'endémique) car la forntière est démilitarisée.

Petit parenthèse. L'Economie du désastre ou de la rareté s'est approprié le polique et par là l'armée et politise ainsi la science en définissant comme le dit Latour ce qui est digne d'être étudié. C'est tout l'inverse avec la frontière, le no man's land puisque les naturalistes à Chypre reprennent leur droit. Bref les hommes ne maîtrisent pas comme entre les deux Corées, l'épaisseur des frontières.

Par Anthony Le Cazals - Laissez un commentaire - Voir les 0 commentaires

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